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 Ben Fountain

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topocl
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MessageSujet: Ben Fountain   Sam 8 Juin 2013 - 11:30

Ben Fountain



Ben Fountain est un auteur américain. Il vit à Dallas.
Il est diplômé en droit, et après avoir brièvement exercé le droit immobilier, il devient auteur de fiction . Il publie en 2006 le recueil de nouvelles Brief Encounters with Che Guevara, (Brèves rencontres avec Che Guevara) couronné par le Prix PEN/Hemingway. Billy Lynn's Long Halftime Walk (Fin de mi-temps pour le soldat Billy Lynn ) est son premier roman .
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topocl
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MessageSujet: Re: Ben Fountain   Sam 8 Juin 2013 - 21:19

Fin de mi-temps pour le soldat Billy Lynn



Billy,19 ans, puceau et les rêves qui vont avec, s'est engagé en Irak pour échapper à la prison après une bêtise qui a mal tourné. Avec sa compagnie Bravo, revenus au pays le temps d'une Tournée de la Victoire, adulés, courtisés, ils incarnent le suprême de l'héroïsme et du patriotisme, pour avoir su mater l’ennemi bien salement . D’ailleurs, Hollywood veut tourner un film, sans dire si c’est pour chanter leurs louanges, galvaniser l’Amérique, ou s’en mettre plein les poches.

Demain, il retournent en Irak. Chapeautés par Dime, le sergent qui cache derrière un humour pince-sans-rire et ravageur des oreilles de grand frère éclairé, ils affrontent la dernière étape, leur présence attendue au match de football des Cow-boys à Dallas. On ne sait trop si cette tournée, farce monstrueuse et dérisoire, est une récompense grand-guignolesque, ou une promotion nauséabonde de l’Amérique bien pensante. Billy et ses potes errent entre leur envie de sales gosses d’en profiter à fond, leur plaisir et leur fierté à conforter leur image de bon petits gars transformés en héros, leur solitude face à l’incompréhension totale dont il sont l’objet, leur questionnement désespéré du sens de cette sordide mascarade et de leur engagement. Ils constituent un curieux mélange d’aveuglement, de lucidité et de candeur.

Évidemment, on ne peut s'empêcher de faire un parallèle entre ce match de football américain et la guerre, et Ben Fountain ne s’en prive pas. Ces 2 univers factices de violences bien-pensantes, où les hommes tiennent sous l’exhortation de leurs supérieurs, mêlant hargne et condescendance, où l'acte final, chargé de férocité et d'adrénaline, s’apparente à un écrasement sans scrupules, n'est que l'aboutissement d'une mise en condition, d’entraînements psychologiques et physiques répétés, où il faut foncer sans surtout se poser de questions, ou de jeunes hommes, mastodontes portés par l'appel de la gloire, tout pétris d’amitiés viriles, mettent un temps leur cervelle au repos pour gagner le titre de héros nationaux, déchaîner les foules et les pom-pom girls.

La comparaison est bien au-delà de football/guerre, car le cinéma hollywoodien, et les pom-pom girls, est-ce que ce n'est pas cela : la gloire factice de l'Amérique et de sa fameuse réussite à la portée de tous, son investissment inouï dans le pouvoir et le clinquant, une insulte portée à ces jeunes abusés, arrachés à leur jeunesse, leur famille, leurs blagues débiles, entraînés pour l’honneur dans un engrenage qu’ils ont cru honnête et qui n’est qu’une plongée dans l’horreur.

Ben Fountain pousse jusqu’à l’extrême la description de cette Amérique aux certitudes indécentes basées sur le fric et l’arrogance.

Il faut s’accrocher sur les pages du début, qui sont complètement speed, où on se sent presque agressé par ces informations dans tous les sens, sans toujours de logique, parfois allusives. On se dirait dans un film d’action, caméra à l’épaule ou tout bouge et part dans tous les sens. Tout est fait pour qu'on soit complètement perdu, comme ces jeunes gens le sont, perdus, entre excitation et désarroi face à ce monde qui les agresse sans aucun respect pour eux. Une agression toute autre que celle des combats qu'ils ont vécus, pris entre leur image de bons petits américains, de chrétiens « pacificateurs" , et leur demande d'une vie comme tous les jeunes, les filles, l'alcool et une petite fumette pour se sentir bien.

Mais peu à peu, Fountain se met à écrire plus « normalement », c'est vraiment très brillant, et au milieu du cynisme décapant il y a des moments d'émotion aussi intense que fulgurante. Les héros de Ben Fountain sont, derrière leur obéissance servile, tendres et désespérés. Billy est alternativement un fanatique de guerre porté par un rêve de grandeur, un petit garçon qui téléphone à sa mère et imagine ce que sera sa vie quand il sera mort au combat, un jeune homme qui veut croire, face à une pompom girl bien roulée, que l’amour peut encore exister et le sauver. Il a 19 ans et connaît toutes les ignominies de la guerre. Il a fait honnêtement ce que l’Amérique ignorante lui demandait, sans trop se poser de questions. La guerre l’ a autant bousillé que mûri, dit-il, mais il veut encore croire au rêve américain, il refuse de croire que son pays s’incarne dans cette débauche insolente de vulgarité décérébrée.

Citation :
Les applaudissements se calment et on lui demande s'il pensera à son ami le sergent Breem tout à l'heure pendant l'exécution de l'hymne national, et il répond oui, juste pour demeurer dans le ton. Oui, naturellement, je penserai à lui, ce qui lui paraît obscène, et il s'interroge sur le processus qui fait que chaque discussion à propos de la guerre semble virtuellement profaner les questions fondamentales sur la vie et la mort. Comme si pour évoquer convenablement ces questions, il fallait un discours proche de la prière, sinon on n'avait qu'à fermer sa gueule, car le silence est plus adapté à ce sujet que les sanglots étoilés, les pleurs aigres-doux, les étreintes consolatrices ou quoi que signifie cette saloperie d’expression « tourner la page» que tout le monde utilise. Ils aimeraient que ce soit facile, mais ça ne le sera pas.
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MessageSujet: Re: Ben Fountain   Sam 8 Juin 2013 - 21:20

Bon, une fois de plus , c'était un peu long. je vous propose donc un petit résumé en images..

Le rêve de Billy, c’est ça: On lui raconte de belles histoires qui ressemblent à ça : Il se laisse embarquer dans une aventure qui ressemble à ça : Pour le remercier, ou peut-être plutôt pour le presser jusqu'au bout, on lui offre ça : Et finalement tout cela n'est jamais que pour la gloire d' « un brave gars qui ne cherche qu'à bien faire », lui :.

Mais Ben Fountain est beaucoup plus malin que ça, il nous propose une histoire sacrément inventive, toute en nuances et pleine de brio.
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MessageSujet: Re: Ben Fountain   Sam 8 Juin 2013 - 21:23

Ah, oui! J'ai bien aimé ça, aussi:



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Igor
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MessageSujet: Re: Ben Fountain   Dim 9 Juin 2013 - 9:17

Lu en avril dernier, j'ai immédiatement associé cette écriture au "journalisme Gonzo" cher à Hunter S. Thompson.
Et effectivement, plus on avance dans le bouquin, plus le rythme se calme mais plus la perception du jeune Billy est envahie par le doute. Des perspectives nouvelles lui sont offertes et le choix lui est difficile.
L’Amérique y est brossée sans concessions: univers du spectacle aux fondements puritains dominé par l'argent.
Le commentaire de Topocl en efface les quelques réserves que j'ai pu avoir...

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topocl
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MessageSujet: Re: Ben Fountain   Dim 9 Juin 2013 - 9:36

Tu m'avais parlé de tes réserves, Igor, et peut-être est-ce qu'on ne parle pas du tout de l'Irak. Le drame de la guerre n'est vu que du côté des Américains. Mais je pense qu'il y a un axiome d'évidence qui sous-tend tout le livre, et Ben Fountain ne ressent donc pas le besoin d'en parler, c'est cette ingérence péremptoire des Etats-Unis en territoire "ennemi"



En m’endormant hier soir (l'heure de l’endormissement est pour moi vraiment propice à l'élaboration des commentaires - mais l'élaboration des commentaires n’est malheureusement pas très propice à l’endormissement), j'ai pensé que le jeune Billy a du lire l'Alchimiste, ce conte que nous avons tous tant aimé, et Ben Fountain fait parti des pilleurs des Mille et une nuit, me suis-je dit

Billy part vers de lointains horizons pour donner un sens à sa vie. Des voleurs d'Hollywood tentent de le détrousser. (Mais lui ne se laisse pas faire). Il rencontre au passage l'amour de sa vie, mais qui saura bien l'attendre. (Il en est moins sûr que Santiago). Les téléphones portables étant au XXIe siècle ce que les rêves étaient au temps des contes et légendes, il reçoit par ce canal un message qui lui explique qu'il a tout à gagner rester chez lui, home sweet home. (Et je vous laisse découvrir la suite).
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Queenie
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MessageSujet: Re: Ben Fountain   Dim 9 Juin 2013 - 10:06

J'avoue j'ai lu en diagonal le long avis (mais je le relirais mieux plus tard), du coup, j'ai beaucoup apprécié le résumé en images ! C'est une sacrément bonne idée ludique de roman photo de synopsis en deux coups de cuiller à pot !)

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