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 Pierre Guyotat

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coline
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MessageSujet: Pierre Guyotat    Lun 10 Juin 2013 - 17:48



Né d'un père médecin de campagne et d'une mère née en Pologne près de Cracovie, Pierre Guyotat fait des études secondaires dans des pensionnats catholiques, après une petite enfance marquée par l'engagement souvent tragique de membres de sa famille dans la Résistance et dans la France libre.

En même temps qu'il peint, il commence à écrire à l'âge de 14 ans.
À 16 ans, il envoie ses poèmes à René Char, qui lui répond et l'encourage.
À 19 ans, encore mineur, un an après la mort de sa mère, il s'enfuit à Paris où, tout en continuant d'écrire, il fait plusieurs petits métiers.
Il envoie un premier texte à Jean Cayrol qui en perçoit aussitôt la valeur prémonitoire.
En 1960, Pierre Guyotat écrit sa première fiction, Sur un cheval. Le livre est publié au Seuil en 1961.

Pierre Guyotat est appelé en Algérie en 1960.
Au printemps 1962, il est arrêté, interrogé pendant dix jours par la Sécurité militaire et inculpé d’atteinte au moral de l’armée, de complicité de désertion et de possession de livres et de journaux interdits. Après trois mois de cachot "au secret", il est transféré dans une unité disciplinaire.
De retour à Paris, il est engagé comme lecteur aux éditions du Seuil.
(source Wikipédia)


Pierre Guyotat  est un écrivain qui s’est engagé dans  plusieurs combats: dans des mouvements de soldats, des mouvements en faveur des immigrés...
Ses écrits, qu’on a pu qualifier d’obscènes, violents, ont suscité bien des polémiques.

Pierre Guyotat attira  la controverse dès 1965 lors de  la publication de « Tombeau pour cinq cent mille soldats », long poème cru et violent, témoignage de son expérience de soldat lors de la guerre d’Algérie, le roman est interdit dans les casernes.
Il est soutenu par des intellectuels comme Michel Foucault, Barthes…

L’écrivain qui ne laisse personne indifférent, admiré ou haï, opposé au général de Gaulle, adhère au parti communiste durant 3 ans.
Il fut arrêté deux fois pendant les événements de mai 1968, au cours desquels il créea avec Nathalie Sarraute, Michel Butor et d'autres « l'Union des écrivains ».

Il publiera ensuite « Eden, Eden,Eden » autre récit très cru sur la guerre.
L’ouvrage fut interdit de publication par le gouvernement (malgré le soutien international, par pétition, de Pier Paolo Pasolini, Jean-Paul Sartre, Pierre Boulez, Joseph Beuys, Pierre Dac, Jean Genet, Joseph Kessel, Maurice Blanchot, Max Ernst, Italo Calvino, Jacques Monod, Simone de Beauvoir, Nathalie Sarraute…)

En 1990, le président François Mitterrand commande à des artistes, pour le grand hall de la BNF, des portraits de quelques personnalités contemporaines : le portrait de Pierre Guyotat est peint par Bernard Dufour.

Fictions
1961 : Sur un cheval (Seuil, Paris)
1964 : Ashby (Seuil, Paris)
1967 : Tombeau pour cinq cent mille soldats (Gallimard, Paris)
1970 : Éden, Éden, Éden (Gallimard, Paris)
1975 : Prostitution (Gallimard, Paris)
1984 : Le Livre (Gallimard, Paris)
2000 : Progénitures (Gallimard, Paris)



Récits autobiographiques
Coma (Mercure de France, prix Décembre en 2006).
Formation (2007)
Arrière-fond (2010)

Il publiera également de la poésie, des carnets de travail  et divers essais.


En 1981, « Tombeau pour cinq cent mille soldats «  est joué dans une mise en scène d'Antoine Vitez, au Théâtre national de Chaillot.

En 2008-2010, le metteur en scène et cinéaste Patrice Chéreau réalise une lecture-spectacle de Coma à Salonique, Rome puis Paris.
Le 24 octobre 2012, Patrice Chéreau donne Coma au Florence Gould Hall de New York puis les 30, 31 octobre et 1er, 2, 3 et 4 novembre 2012 à Montréal, au Théâtre du Nouveau Monde.
Reprise cet été dans le IN du Festival d’Avignon.

L'œuvre de Pierre Guyotat est traduite en japonais, en anglais (Royaume-Uni/États-Unis), en russe, en espagnol (Mexique), en italien, en allemand, en néerlandais.


Pierre Guyotat a reçu en 2010 le Prix de la BnF pour l'ensemble de son œuvre.
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colimasson
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MessageSujet: Re: Pierre Guyotat    Lun 10 Juin 2013 - 21:58

Il est inscrit sur ma LAL...
Je vais lire vos avis avec intérêt.

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MessageSujet: Re: Pierre Guyotat    Lun 10 Juin 2013 - 23:54

colimasson a écrit:
Il est inscrit sur ma LAL...
Je vais lire vos avis avec intérêt.

Je n'ai lu que Coma et je rédigerai mon commentaire coli...très fort, très dur, je l'ai terminé bouleversée.
C'est le récit d'une dépression(et beaucoup plus que cela) qui, passant par la privation de nourriture, a conduit Pierre Guyotat à un coma...alors que Antoine Vitez était en train de monter son texte tellement décrié sur la guerre d'Algérie, Tombeau pour cinq cent mille soldats .

Pierre Guyotat me faisait peur, après la lecture de Coma j'ai envie de l'aimer. Comme m'est venue un jour l'envie d'aimer Jean Genet...
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Marie
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MessageSujet: Re: Pierre Guyotat    Mar 11 Juin 2013 - 1:25

Hello Coline! Toujours eu envie de lire ce Coma
J'attends ton commentaire!

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coline
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MessageSujet: Re: Pierre Guyotat    Mar 11 Juin 2013 - 12:07

Marie a écrit:
Hello Coline! Toujours eu envie de lire ce Coma
J'attends ton commentaire!

Hello Marie!...Dès que possible...Pas facile!...Mais je vais m'y coller.
Et je préviens bien, ce n'est surtout pas le genre de livre que je pourrais recommander à qui que ce soit...

«Vieillir n'est pas pour les mauviettes», disait Bette Davis (citation entendue récemment dans le film Quartet de Dustin Offman).
"Faire une dépression profonde n'est pas (non plus) pour les mauviettes" aurais-je envie de dire à propos de Coma.
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colimasson
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MessageSujet: Re: Pierre Guyotat    Mer 12 Juin 2013 - 20:16

coline a écrit:
colimasson a écrit:
Il est inscrit sur ma LAL...
Je vais lire vos avis avec intérêt.



Je n'ai lu que Coma et je rédigerai mon commentaire coli...très fort, très dur, je l'ai terminé bouleversée.
C'est le récit d'une dépression(et beaucoup plus que cela) qui, passant par la privation de nourriture, a conduit Pierre Guyotat à un coma...alors que Antoine Vitez était en train de monter son texte tellement décrié sur la guerre d'Algérie, Tombeau pour cinq cent mille soldats .

Pierre Guyotat me faisait peur, après la lecture de Coma j'ai envie de l'aimer. Comme m'est  venue un jour l'envie d'aimer Jean Genet...

J'avais noté Eden, eden, eden, mais après ce que tu dis de Coma, je vais peut-être revoir...

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MessageSujet: Re: Pierre Guyotat    Jeu 13 Juin 2013 - 15:40

colimasson a écrit:
coline a écrit:
colimasson a écrit:
Il est inscrit sur ma LAL...
Je vais lire vos avis avec intérêt.









Je n'ai lu que Coma et je rédigerai mon commentaire coli...très fort, très dur, je l'ai terminé bouleversée.
C'est le récit d'une dépression(et beaucoup plus que cela) qui, passant par la privation de nourriture, a conduit Pierre Guyotat à un coma...alors que Antoine Vitez était en train de monter son texte tellement décrié sur la guerre d'Algérie, Tombeau pour cinq cent mille soldats .

Pierre Guyotat me faisait peur, après la lecture de Coma j'ai envie de l'aimer. Comme m'est  venue un jour l'envie d'aimer Jean Genet...







J'avais noté Eden, eden, eden, mais après ce que tu dis de Coma, je vais peut-être revoir...




Voici enfin mon commentaire...en quelque sorte un avertissement...Cet ouvrage m'a donné une grande claque, de ces claques que l'on n'oublie pas, tant leur force nous atteint , nous émeut au plus profond de notre être. C'est rare! C'est tellement beau!
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MessageSujet: Re: Pierre Guyotat    Jeu 13 Juin 2013 - 15:56


Coma de Pierre Guyotat
Prix Décembre 2006

 Texte autobiographique, Coma est le récit de la traversée d’une dépression, de 1977 à 1981. Pierre Guyotat en parle ainsi : « une crise qui m’avait amené au bord de la mort».
Ayant perdu la moitié de son poids il finit par sombrer dans le coma.

 Il a porté ce texte en lui, il l’entendait, et au sortir de l’enfer, il a écrit cet ouvrage constitué de fragments divers, de souvenirs, sans rigueur chronologique, un texte qui erre comme il a erré lui-même pendant ces années-là.

 Ecrivain alors en doute, puis en terreur, se vivant multiple et aussi comme un medium, un intermédiaire, un messager, il chercha l’oubli de lui-même:
 « L’empathie qui me gouverne et contre laquelle j’oppose avec peine depuis l’enfance ma raison. »
Dans une impérieuse nécessité d’écrire, « humble laboureur de la langue » il cherchait une langue qui ne serait plus la sienne mais celle des autres, mais sans blesser, sans y mettre sa propre détresse.

 « L’œuvre est là sous mes doigts, des voix qu’il faut que je libère de mes entrailles. »

« Depuis l’enfance […] je  vois le mouvement dans l’humain, je vois la lutte que mène chaque être pour vivre. »

« Tant de vies individuelles, collectives, dont je suis exclu, moi qui depuis l’enfance ne peut se faire à ce fait qu’on ne peut dans le temps d’une vie humaine embrasser chacune des milliards et millions de vies humaines en cours, en cours de naissance, qui ne peut voir une fenêtre allumée sans éprouver le regret, la rage de n’être pas l’un ou l’une de ceux qui y vivent- et y lampent la soupe. »

 « Quoique j'aie devant moi la plaine la plus industrieuse et la plus lumineuse et, plus loin, la mer la plus chargée de mythes, la seule réalité, c'est, pour moi, la page où j'écris, plus réelle encore que le monde, les objets, les espaces fermés ou extérieurs, la lumière où je fais bouger mes figures ».

 Sa quête est difficile, impossible. Ecrire le terrorise.

 «  Mais comment faire parler depuis ma gorge muette ? »

«  Ma recherche de l’absolu aboutit à ceci que j’en espère toujours de plus absolu encore. »

 « Bénédiction et terreur de créer des figures qui seront réelles au lecteur – et au juge. »

 La détresse s’installe et peu à peu il « se hâte vers ce qui le tue ».
Ne pas manger, ne pas dormir, veiller, nomadiser sans cesse, toujours repartir dans son véhicule, un modeste camping-car, « sa maison à créer » où il  entasse des denrées, des conserves mais ne mange presque pas.
Garder autant qu’il est possible (et dangereux !) sa « Liberté de mouvement » entre douleur et euphorie.
Souffrir mais ne pas vouloir guérir, pour continuer à écrire, à écrire pour vivre, pour « échapper même à la sensation de la mort ».
Car «  Nomadiser c’est se rendre disponible à tous, aux  proches mais surtout aux inconnus. »
Car «  Tant qu’on pense on ne meurt pas. »

 "Ce que je ressens, écrit-il, comme une liberté nouvelle c’est la perte de mon poids. La beauté de l’hiver, sa lumière, l’éclat, le scintillement de la neige et de la glace (le spectacle prévu pour décembre à Chaillot) me font comme un corps glorieux » 

 « Toute ma joie de vivre se tient dans cette tension et ce va-et-vient, ce jeu intérieur entre un mal que je sais depuis l’enfance être celui de tous les humains à la fois, à savoir de n’être que cela, humain dans un monde minéral, végétal, animal, divin, et une guérison qui me priverait, en cas de réussite, de tout courage, de tout désir, de tout plaisir d’aller toujours au delà; en avant - et dont par intérêt bien compris depuis longtemps, je ne veux pas ».

La dégradation de son corps et de son esprit, inéluctablement, est en cours. Pneumonie, mycoses, mains qui tremblent, tentations de suicide, angoisses, épouvantes, détresse.
«  La fatigue, la vision vague me font marcher et bouger lentement […] ma voix se fait lente, basse, et le bégaiement de l’enfance revient. »

 Il cherche à dissimuler son mal à ses amis, ses frères et sœurs pour lesquels c’est aussi une traversée et qui, lucides et compatissants, jamais ne l’abandonnent.
«  Qui voit, le lendemain, que j’ai pleuré, œil séché, doucement et en silence jusqu’à l’aube ? »
Mais il les sait proches, prêts à répondre au moindre appel qui viendra de lui (rarement) ou d’autres personnes.

 Il se souvient du passé :
- Les Allemands qui investissent le village Bourg-Argental et son père les mains levées contre le mur pour la fouille des miliciens.
- Ses amis Algériens en France: « Leur exil est le mien dans ma langue. »
- Un interrogatoire qu’il a subi en Algérie.
- Une tante revenue de Ravensbrück.
- Dieu.
- Et surtout sa mère  morte  prématurément dont il rêve « à en perdre du poids ».

 « Qui ? Quoi ?Quel choc me sortira de cette terreur muette ? »
Il doute que la médecine puisse quelque chose pour lui :
« Comment un médecin même savant pourrait-il comprendre que mon épuisement ne procède que d’une torture d’ordre artistique ? »
Alors peu à peu, son obsession, son unique préoccupation, celle qui l’occupe tout entier est la recherche de comprimés de Compralgyl.
« La recherche de Compralgyl, que je prends de plus en plus souvent, jusqu’à près de cent cachets par jour, fait que presque tous mes déplacements y sont liés : l’absorption des cachets, leur garde même exigent que je me cache de mes plus proches, que j’invente des situations exceptionnelles.[ …] Cette recherche est une épreuve, cette épreuve me maintient debout. »

 

J’ai longtemps eu peur d’aborder l’œuvre de Pierre Guyotat. Son nom m’était familier puisqu’il était originaire d’une région proche de celle où j’ai étudié. Mais je savais ce que l’on avait dit de la violence, de la crudité de ses textes. Avec quelle violence en retour aussi ils avaient été reçus.  Tombeau pour cinq cent mille soldats et  Eden, Eden, Eden
Je redoutais de les aborder. Je ne sais même pas si j’en serais capable aujourd’hui.

Si j’ai lu Coma, c’est parce que je vais voir au Festival d’Avignon, ce que Patrice Chéreau aura fait de ce texte.

Je ressors de ma lecture avec une immense tendresse pour l’écrivain.
Car je  ressens toujours cette tendresse pour les artistes funambules de l’existence, les « brigandoragés dans leur tête » comme les appelle Orion, L’enfant bleu d’Henry Bauchau.
J’ai pensé à Lionel-Orion bien sûr, et aussi à Artaud, à Garouste, à Janet Frame, aux « sept femmes » du livre de Lydie Salvayre, et à tant d’autres…

Coma, récit violent, douloureux et poétique,  nous éclaire sur la personnalité ultra-sensible et douce de Pierre Guyotat , ainsi que sur son œuvre.

 A propos de ceux qui viennent l’interwiever :
 « Ma diction douce, légère, les surprend, les déçoit - on attend toujours que ce que j’écris, je ne puisse le prononcer qu’avec violence : d’une plainte féerique faire une éructation tragique ? »

 A propos d’Antoine Vitez qui mit en scène son « Tombeau pour cinq cent mille soldats » et qui le trouvait drôle :
 « La comédie est ma vraie nature ; pour le comprendre, il faut avoir passé l’effarement devant mes monstres, et trop peu encore atteignent tout juste cet effarement ».

Des photos sont insérées dans le livre, suffisamment évocatrices de ce qui occupe l'univers mental de l'auteur. En voici quelques unes...





           

Lilian Guish dans "Le vent"
Photo de Pierre Vianney (jeune déporté libéré devant un camarade carbonisé (danseuse nue à Paris devant des officiers allemands)
Photo Roger Schall

 

 
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Marko
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MessageSujet: Re: Pierre Guyotat    Jeu 13 Juin 2013 - 16:15

Ton commentaire me rend impatient de voir la pièce de Chéreau à Avignon.  J'avais lu Eden, Eden, Eden qui faisait partie de la liste des livres préférés de Jean-Baptiste Del Amo (avec Suttree et quelques autres). C'était un texte incroyablement intense, violent, cru, presque halluciné, d'une sexualité cauchemardesque qui a du inspirer Del Amo pour son Pornographia. Un auteur que j'ai envie de mieux connaître.

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MessageSujet: Re: Pierre Guyotat    Ven 14 Juin 2013 - 2:20

Merci Coline,c'est noté.
J'aime cette phrase: « Tant de vies individuelles, collectives, dont je suis exclu, moi qui depuis l’enfance ne peut se faire à ce fait qu’on ne peut dans le temps d’une vie humaine embrasser chacune des milliards et millions de vies humaines en cours, en cours de naissance, qui ne peut voir une fenêtre allumée sans éprouver le regret, la rage de n’être pas l’un ou l’une de ceux qui y vivent- et y lampent la soupe. »

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MessageSujet: Re: Pierre Guyotat    Ven 14 Juin 2013 - 13:46

Marko, il faut absolument que tu aies une place...Ce texte est vraiment  pour toi! Croisons les doigts! Et on va être au poste dès la première heure des réservations! (j'y serai aussi pour multiplier nos chances:content:)



Marie, moi aussi je l'aime ce passage...et tant d'autres!
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MessageSujet: Re: Pierre Guyotat    Jeu 3 Juil 2014 - 10:33

Je viens placer aussi sur ce fil le commentaire que j'avais rédigé après Avignon...Le nom de Guyotat va rester pour moi attaché au souvenir de Patrice Chéreau...

coline a écrit:
Coma
par Patrice Chéreau
Mise en scène de Thierry Thieû Niang

Il y a quelques semaines j’ai ouvert un fil pour Pierre Guyotat et écrit mon commentaire après la lecture de Coma.
J’avais fait cette lecture en prévision du spectacle que j’allais voir à Avignon: Patrice Chéreau lisant (interprétant, incarnant plutôt) le texte.

C’est là !

Une scène nue, une chaise et Patrice Chéreau s’avance en disant avec beaucoup de simplicité et de force :
« Je dédie cette lecture à Valérie Lang ! ».
(On a beaucoup parlé du décès de Bernadette Laffont, on a peu évoqué celui de Valérie Lang, comédienne, fille de Jack Lang, morte quelques jours auparavant, à 47 ans, d’une tumeur au cerveau foudroyante.)
L’émotion me saisit d’emblée. Elle ne me lâchera guère tant le sujet abordé dans le texte, la dépression, et les mots de Guyotat pour la dire, m’atteignent profondément.

Patrice Chéreau a dû « adapter » pour la lecture, c’est-à-dire faire des choix et sélectionner des passages du livre ne pouvant le lire dans son intégralité. Je n’aurais peut-être pas fait exactement les mêmes, il m’a manqué des passages forts. Mais tout de même ce fut un grand moment !

« Tant de vies individuelles, collectives, dont je suis exclu, moi qui depuis l’enfance ne peut me faire à ce fait qu’on ne peut dans le temps d’une vie humaine embrasser chacune des milliards et des millions de vies humaines en cours, en cours de naissance, qui ne peut voir une fenêtre allumée sans éprouver le regret, la rage de n’être pas l’un ou l’une de ceux qui y vivent. »


Patrice Chéreau suit les errances de Pierre Guyotat dans sa traversée de la dépression, de 1977 à 1981 tandis que peu à peu il « se hâte vers ce qui le tue ».
Ne pas manger, ne pas dormir, veiller, nomadiser sans cesse, toujours repartir dans son véhicule, un modeste camping-car, « sa maison à créer » où il entasse des denrées, des conserves mais ne mange presque pas.
Garder autant qu’il est possible (et dangereux !) sa « Liberté de mouvement » entre douleur et euphorie.
Souffrir mais ne pas vouloir guérir, pour continuer à écrire, à écrire pour vivre, pour « échapper même à la sensation de la mort ».



Pieds nus et en chemise, Patrice Chéreau garde les feuilles du texte en mains mais ne s’en sert guère. Sa lecture est marquée par l’émotion, sa voix se casse parfois. Il faut beaucoup de talent, d’humanité, de force et de sensibilité pour porter à la scène un tel texte !
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Marko
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MessageSujet: Re: Pierre Guyotat    Jeu 3 Juil 2014 - 11:09

Je vois qu'il vient de sortir une sorte de roman de SF érotique:



Citation :
«Une mégapole intercontinentale et multiclimatique constituée de sept mégapoles dont l'une au moins est en guerre. Vaisseaux spatiaux, drones occupent l'espace céleste. En bas, animaux, monstres, fous de "dieu".
En bordure d'un district "chaud" de l'une de ces sept mégapoles, de climat chaud, à proximité de grands ports et de grands chantiers, et dans un reste d'immeuble (rez-de-chaussée, escalier, deux étages), un bordel mené par un maître jeune qui l'a hérité de son père, et qui se pique.
Trois putains y traitent un tout-venant de travailleurs – époux souvent trompés, pères prolifiques –, de fugitifs, d'échappés d'asiles, de meurtriers : deux mâles, un "père", son "fils", Rosario, une femelle en chambre à l'étage et qui ne sort jamais – un chien la garde. Les deux mâles sont renforcés, en cas d'affluence, d'un "appoint", époux abandonné avec enfants ; la femelle est le but sexuel mais il faut passer par l'un des mâles, le tarif comprend les deux prises.
Vie domestique ordinaire dedans, et au dehors immédiat : toilette, à l'étage, des putains, leur exposition, en bas, à l'entrée contre le mur (la montre), prises disputées, conflit "père" / "fils", saillies de putains à putains d'autres bordels pour renouvellement des cheptels.
Aventures extérieures, surtout pour Rosario dont la "mère" survit dans un battage mi-urbain mi-rustique, climat humide, très lointain dans la mégapole. Il la visite à intervalles réguliers : le trajet d'aller, en camionnette ou fourgon locaux d'abord puis en bahut intercontinental, dure plus d'une journée, de nuit à nuit, la visite, quelques heures à l'aube, où, entre autres, la mère reprise le mowey, court vêtement, toujours redécousu, du "fils".
La fiction avance sous forme de comédie, crue et enjouée, de dialogues, de jactances, de "direct" sur l'action en cours.

J'ai écrit ce texte, de langue aisée, d'une seule traite et toutes affaires cessantes, comme exercice de détente dans le cours de la rédaction d'une œuvre plus longue, Géhenne, à paraître prochainement : son emportement, son allégresse se ressentent, je l'espère, de cette exclusive heureuse. Le monde qui s'y fait jour n'est ni à désirer ni à rejeter : il existe aussi, en morceaux séparés par la distance, dans l'humanité actuelle ; et je ne suis ni le premier ni le dernier à vouloir et savoir tirer connaissance, beauté et bonté de ce qui peut nous paraître le plus sordide, voire le plus révoltant, à nous tels que nous sommes faits
Pierre Guyotat.

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MessageSujet: Re: Pierre Guyotat    Sam 5 Juil 2014 - 20:24

Oh. SF érotique. Jamais lu rien de tel encore. Ca t'intéresse toi Marko ?

Merci Coline pour le reportage. Tu crois que tu aurais pu apprécier le texte sans la mise en scène ?

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MessageSujet: Re: Pierre Guyotat    Sam 5 Juil 2014 - 20:30

colimasson a écrit:
Oh. SF érotique. Jamais lu rien de tel encore. Ca t'intéresse toi Marko ?
Oui surtout si c'est écrit par Guyotat. Eden, Eden, Eden était une expérience de lecture étonnante. Je suis curieux de voir ce qu'il raconte dans cette nouvelle histoire.

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