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 Bohumil Hrabal [République tchèque]

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bix229
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MessageSujet: Re: Bohumil Hrabal [République tchèque]   Ven 14 Aoû 2009 - 16:32

... On peut meme dire qu' à travers la beauté de Maryska, c' est sa chevelure particulièrement qui attire l' attention...
Longue et blonde et luxuriante.
Elle l' arbore fièrement comme un drapeau. Un symbole de liberté et d' affimation de soi...
Je viens de finir le livre, et au fil de ma lecture, je me suis rendu compte que Maryska est aussi loufoque et meme carément extravagante. Et elle fait un joli duo avec l' oncle JO.
Mais elle est tellement vivante et drole qu' on lui pardonne.
D' ailleurs, elle décide de par sacrifier sa chevelure pour son amoureux de mari
qui n' en demandait pas tant.
Parce qu' elle sait que, cheveux longs ou non, elle restera elle-meme.
Un beau livre.
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Maryvonne
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MessageSujet: Re: Bohumil Hrabal [République tchèque]   Lun 7 Fév 2011 - 20:41



Je suis dans :



et je peine ... je l'avais choisi pour me détendre. Au début ça a bien marché. Mais j'en suis au point ou cela devient un brin répétitif.
Bien que toujours drôle. Je déteste lâcher une lecture... mais je me demande si cela va redécoller ou pas...
à suivre...
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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Bohumil Hrabal [République tchèque]   Lun 21 Fév 2011 - 20:43

MERCI à Maline qui m'a choisi ce livre superbe " Moi qui ai servi le Roi d'Angleterre" de Bohumil HRABAL

Ce livre est le récit par lui-même d'un enfant bâtard et complexé par sa petite taille qui essaiera la plus grande partie de sa vie de se réhausser, physiquement et socialement. Jeune groom, puis garçon de café il cotoiera des personnages riches, les clients des restaurants et hôtels où il est employé, mais même devenu socialement leur égal, il ne sera jamais reconnu par ceux de sa profession.
On lui crachera à la figure pour s'afficher avec les Allemands, il se mariera d'ailleurs avec une belle Allemande dont il aura un enfant débile qu'il abandonnera dans un asile d'aliénés à la mort de sa femme tuée lors d'un bombardement.
Détenteur de timbres très rares substitués par sa femme à des Israélites, il parviendra avec la vente de deux de ces timbres, à s'enrichir et deviendra propriétaire d' un magnifique hôtel restaurant.
comprenant enfin l'inutilité de sa vie durant son enfermement volontaire avec les "millionnaires" déchus dans un centre ouvert par le gouvernement communiste, il choisit de s'exiler dans une région détruite et isolée afin de travailler dans un emploi forestier.
A la fin de son engagement, il opte ensuite pour remplacer des tziganes dans une région encore plus isolée, où il vivra seul humain et tentera de reconstruire une route. Là dans cet isolement souhaité, il revit, refait le parcours de sa vie, ccomprends ses erreurs et une fois par semaine rejoint un village où il fait ses achats et raconte aux habitants où il souhaite être enterré, ce qui les effraie mais les villageois sont contents de l'entendre raconter et s'habituent à lui.
Il sombre dans une douce folie, lui qui a servi le roi d'éthiopie.

L'écriture est très belle, l'auteur sait avec des mots légers dénoncer même les grands maux de l'humanité, comme le nazisme -2 êtres sains, de physiques aryens donnent naissance à un enfant aliéne - ; avec ironie - l'enfermement volontaire du personnage afin qu'on reconnaisse son statut de millionnaire -
la dénonciation - l'histoire de la petite cuillère volée ou l'enfant Jésus échangé - .............
Un récit plein d'ironie où la phrase maîtresse du narrateur l'inconcevable devient réalité résume bien sa vie et les évènements qui s'y déroulent.

j'ai vraiment beaucoup aimé ce livre, je lirai certainement un autre de cet auteur.

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traversay
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MessageSujet: Re: Bohumil Hrabal [République tchèque]   Mar 17 Mai 2011 - 22:24

Bédoulène a écrit:
MERCI à Maine qui m'a choisi ce livre superbe " Moi qui ai servi le Roi d'Angleterre" de Bohumil HRABAL

Ce livre est le récit par lui-même d'un enfant bâtard et complexé par sa petite taille qui essaiera la plus grande partie de sa vie de se rehausser, physiquement et socialement. Jeune groom, puis garçon de café il cotoiera des personnages riches, les clients des restaurants et hôtels où il est employé, mais même devenu socialement leur égal, il ne sera jamais reconnu par ceux de sa profession.
Un récit plein d'ironie où la phrase maîtresse du narrateur l'inconcevable devient réalité résume bien sa vie et les évènements qui s'y déroulent.

Entièrement d'accord avec Bédoulène. Cette histoire "inconcevable devenue réalité" raconte près de trente ans d'histoire tchèque à travers l'ascension et la chute d'un garçon de café. La plume ironique de Hrabal fait merveille.
Le film de Jiri Menzel, sorti il n'y a pas si longtemps, est très fidèle au roman.
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Emmanuelle Caminade
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MessageSujet: Re: Bohumil Hrabal [République tchèque]   Mer 18 Mai 2011 - 8:37

Bohumil Hrabal s'est donné la mort en 1997, il disait aimer pardessus tout Une trop bruyante solitude , ce livre qui symbolisait sa vie et son oeuvre.
Ce livre fut pour moi aussi un choc. ( J'ai bien aimé Moi qui ai servi le roi d'Angleterre, mais ce n'est pas de la même veine )
C'est pourquoi je vous copie la critique que j'en avais faite sur mon blog en septembre 2008 :


Je demeure encore sous le choc d' Une trop bruyante solitude, ce petit livre de l'écrivain tchèque Bohumil Hrabal, fable politique et philosophique sur la condition humaine, baroque et flamboyante, à la fois tragique et drôle, triviale et poétique, mêlant avec art le grotesque et le sublime.
 
Le narrateur, Hanta, ouvrier dans une usine de recyclage de papiers, ivrogne crasseux et solitaire, passe ses journées à jeter pêle-mêle dans son pilon, vieux papiers de boucherie sanguignolents, ouvrages des philosophes interdits et reproductions de peintres illustres, écrasant sans sourciller, par la même occasion, des colonies de souris innocentes, dans le vacarme et la puanteur d'une cave obscure envahie par les mouches.
Et dans ce flot, «tel le beau poisson qui scintille parfois dans le courant d'une rivière aux eaux sales et troubles à la sortie des usines, brille de temps en temps (...) le dos d'un volume précieux» qu'il repêche et lit, «sirotant une idée comme un petit verre de liqueur» jusqu'à ce qu'elle se dissolve en lui.

Instruit malgré lui, Hanta travaille sans relâche au rythme de sa presse mécanique, avançant et reculant alternativement le plateau, buvant «pour que le lire l'empêche à jamais de dormir.»
Car ses lectures le soustraient à l'aliénation du travail et, dans le brouillard de l'alcool, émergent les silhouettes des écrivains et philosophes qui lui tiennent compagnie ainsi que le lointain souvenir de Marinette et de «sa petite Tsigane en forme de voie lactée», victime de l'extermination nazie.


Ce livre dénonce avec violence tous les progressismes totalitaires et productivistes et la foi insensée en la raison qui les sous-tendent.
Kafka et Orwell ne sont pas loin , mais Hrabal nous éblouit par son affirmation grandiose de l'humanité face à la barbarie.
L'homme est par essence bivalent, ange et bête, rat au fond de son cloaque obscur avec une petite trappe ouverte sur les étoiles. Aussi, la guerre fratricide des rats se répètera-t-elle à l'infini dans le mouvement circulaire de cette gigantesque presse qu'est le monde.

Et, de même que le style contrasté de l'auteur épouse cette contradiction fondamentale, la construction de son livre, redondante, récurrente, exalte tour à tour l'enfer et le ciel.
Les contraires ne seront jamais dépassés, la dialectique progressiste n'est qu'une illusion, n'en déplaise à Hegel et Jésus n'est pas venu « apporter la paix mais le glaive».
Le paradis ne sera jamais sur cette terre , point d'autre choix pour l'homme que de suivre le précepte de Lao Tseu en assumant les deux parts qui sont en lui : «connaître sa honte et soutenir sa gloire», comme le fait Marinette.

Parfois, Hanta aperçoit une lumière, celle du plaisir désintéressé, «ce grand feu qui réchauffe l'âme», mais notre héros vieillissant, dédaignant les jupons rouge et turquoise des Tsiganes qui s'offrent à lui, dans une morale toute Kantienne, s'affirme résolument comme disciple de Schopenhauer, après avoir reçu la révélation soudaine de son humanité en croisant le regard de la souris qu'il compressait et découvert l'amour véritable, au sens universel de compassion.

Face à la rationalisation du travail apportée par la nouvelle presse hydraulique et à la frénésie de consommation de notre société industrielle, comment la jeunesse, qui ne voit plus dans le livre qu'un objet matériel, accèdera-t-elle à cette culture classique qui perpétue l'humain ?
Contraint d'abandonner «l'encre et la maculature» pour «emballer des paquets d'une blancheur inhumaine» dans les caves d'une imprimerie, notre héros choisira de se libérer en imitant Sénèque et entrera au paradis, illustrant à son tour cette phrase du Talmud :
«Nous sommes semblables à des olives, ce n'est qu'une fois pressés que nous donnons le meilleur de nous-mêmes.»

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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Bohumil Hrabal [République tchèque]   Mer 18 Mai 2011 - 10:19

merci pour ton commentaire Emmanuelle, je devais lire un autre livre de cet auteur, ce sera ceui-ci !

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Astazie
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MessageSujet: Re: Bohumil Hrabal [République tchèque]    Lun 14 Nov 2011 - 11:54

Je remercie Bédoulène d'avoir choisi ce livre.


Moi qui ai servi le roi d'Angleterre

Un petit groom tchèque a deux ambitions, devenir grand et riche. Il est engagé à l'hôtel « À la ville dorée de Prague » Il apprend vite et devient , serveur, puis maître d'hôtel. Il côtoie les plus grands.Il se marie avec une allemande .Il devient millionnaire et il recouvre chaque soir le plancher et les murs de sa chambre avec les billets de banque gagnés dans la journée. « L'inconcevable devient la réalité". Malgré son ascension, il n'est pas reconnu par les siens. Après la grandeur succède la décadence. .

Dans la dégringolade aussi ! Notre petit homme se retrouve, chargé d'ans, exilé dans un village de montagne, avec pour seuls compagnons un petit cheval, une chèvre, un chien et un chat. Il est livré à lui-même, Il revoit son existence avant de sombrer dans la folie.


Bohumil Hrabal nous conte cette histoire d'une façon burlesque, qui se déroule des années 1920 aux années 1960. années folles, invasion de la Tchéquie par les nazis, puis les communistes.Son écriture est agréable, sous son ironie, il parle des maux de l'humanité.





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zazy
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MessageSujet: Re: Bohumil Hrabal [République tchèque]   Lun 14 Nov 2011 - 14:29

Je vais mettre cet auteur dans ma LAL. Merci de me faire progresser !
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MessageSujet: Re: Bohumil Hrabal [République tchèque]   Lun 14 Nov 2011 - 16:30

Astazie a écrit:
Je remercie Bédoulène d'avoir choisi ce livre.


Moi qui ai servi le roi d'Angleterre




ce livre est un petit bijou !

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Astazie
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MessageSujet: Re: Bohumil Hrabal [République tchèque]   Lun 14 Nov 2011 - 19:10

zazy a écrit:
Je vais mettre cet auteur dans ma LAL. Merci de me faire progresser !

Ce ne sera qu'un livre de plus, Zazy rire
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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Bohumil Hrabal [République tchèque]   Lun 14 Nov 2011 - 19:15

contente que ce livre t'ai plus Astazie, c'est Maline il me semble qui me l'avait proposé sourire

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zazy
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MessageSujet: Re: Bohumil Hrabal [République tchèque]   Lun 14 Nov 2011 - 22:03

Astazie a écrit:
zazy a écrit:
Je vais mettre cet auteur dans ma LAL. Merci de me faire progresser !

Ce ne sera qu'un livre de plus, Zazy rire
Bof, quand on aime on ne compte pas !!!!
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Maline
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MessageSujet: Re: Bohumil Hrabal [République tchèque]   Lun 14 Nov 2011 - 23:48

Bédoulène a écrit:
contente que ce livre t'ai plus Astazie, c'est Maline il me semble qui me l'avait proposé sourire
bonjour Oui, j’apprécie énormément Bohumil Hrabal qui montre bien que l’humour tchèque est une affaire très sérieuse. La pointe plaisante arrive par inadvertance, en passant, accompagnée d’une légère tristesse. Un roman comme « Moi qui ai servi le Roi d'Angleterre » évolue constamment entre l’ironie et le sérieux.

C’est un grand plaisir pour moi de lire que vous appréciez cet auteur. Je ne peux que vous recommender de lire les autres romans et nouvelles de Bohumil Hrabal.
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colimasson
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MessageSujet: Re: Bohumil Hrabal [République tchèque]   Lun 20 Aoû 2012 - 16:29

Je continue sur la lancée de votre enthousiasme...

Une trop bruyante solitude (1976)




Il ne faut pas négliger la puissance d’attraction du titre d’un livre. Celui-ci se serait-il appelé Presseur de papier au temps de la répression communiste, je ne l’aurais peut-être pas ouvert avant longtemps et j’aurais raté la lecture d’un texte qui, bien qu’inscrit dans un contexte politique unique, ne s’épargne aucune réflexion universelle.

Hanta, le seul personnage sur lequel se concentre Une trop bruyante solitude, travaille à la presse d’un entrepôt de vieux papiers. Tous les jours, des tonnes de livres, gravures et paperasses diverses s’abattent sur lui depuis le plafond. Hanta effectue son travail sans se bousculer, s’attirant par la même occasion les plus vifs reproches de son supérieur. Plutôt que de forcer le rythme, Hanta préfère se laisser aller au charme de la découverte des papiers qu’on l’oblige à détruire, mettant de côté les ouvrages qui lui semblent nécessaires ou les gravures et peintures qu’il juge belles. De cette façon, l’employé illettré s’est peu à peu constitué une culture propre, qui résulte à la fois du charme qui s’opère à la rencontre de certains mots ou de certaines phrases, mais aussi de la terreur sourde que suscite la vie dans une société barbare.

Dans la presse où travaille Hanta, le silence et la solitude l’amènent à se sentir comme un démiurge contradictoire, doté d’une volonté propre qu’il ne peut toutefois suivre totalement. Hanta a conscience que sa tâche l’avilit et qu’elle est contraire à ses principes, mais son statut ne lui permet pas de faire autrement que de la poursuivre. D’où un sentiment de culpabilité qui rappelle –dans le fond et dans l’expression- celui qui poursuit Kafka dans la plupart de ses textes. Ce sentiment est sans doute le moteur qui pousse Hanta à ramasser frénétiquement des tonnes de livres qu’il accumule ensuite chez lui, formant des tours et des colonnes bancales qui prennent une allure menaçante, prêtes à s’effondrer, à chaque instant, sur un Hanta épuisé et assommé par les idées. D’autres aspects de la culpabilité surgissent sous des formes différentes. La violence de la vie en société et la répression qu’elle effectue sur ses individus se traduit à travers l’évocation récurrente de la guerre que se livrent les rats dans les égouts de Podbaba. Lorsque des images d’espoir surgissent –avec les tsiganes par exemple-, elles sont aussitôt éludées derrière une réalité grise et implacable.

La deuxième partie du roman prend une tournure plus accablante lorsque Hanta découvre la presse mécanique de Bubny et ses joyeux employés en uniforme, dont les rêves de voyages et de loisirs, ainsi que les goûters de sandwiches et de lait, traduisent pour Hanta la décadence d’une civilisation uniformisée et individualiste :

« Les ouvriers déchiraient les paquets, en tiraient des livres tout neufs, arrachaient les couvertures et jetaient leurs entrailles sur le tapis ; et les livres, en tombant, s’ouvraient ça et là, mais personne ne feuilletait leurs pages. C’était du reste bien impossible, la chaîne ne souffrait pas d’arrêt comme j’aimais à en faire au-dessus de ma presse. Voilà donc le travail inhumain qu’on abattait à Bubny, cela me faisait penser à la pêche au chalut, au tri des poissons qui finissent sur les chaînes des conserveries cachées dans le ventre du bateau, et tous les poissons, tous les livres se valent… »

Les sentiments de Hanta deviennent encore plus contradictoires. On sent un déchirement intérieur face auquel il est difficile de lutter. Le titre du roman se justifie encore davantage dans ce virage.

L’extrême tension de la situation vécue par Hanta ne se propage pas dans l’écriture de Hrabal. Peut-être parce qu’il frôle souvent le désespoir, Hanta ne s’apitoie jamais directement sur son sort. Il se protège en jouant avec l’absurde et la dérision et lorsque ces derniers ressorts ne sont plus possibles, il s’exprime à travers une colère sincère et effrayante. Le talent de Hrabal réside dans sa capacité à glisser d’une situation politique singulière donnée –la répression communiste des années 60 en Tchécoslovaquie- aux sentiments que peuvent universellement ressentir les individus lorsqu’ils se trouvent à la croisée d’un dilemme qui leur ordonne de choisir entre leurs convictions et la virulence de préceptes extérieurs.

« Les cieux ne sont pas humains, mais il y a sans doute quelque chose de plus que ces cieux-là, la pitié et l’amour que j’ai depuis longtemps oubliés, effacés totalement de ma mémoire. »

« Les cieux ne sont pas humains et la vie, hors de moi et en moi, ne l’est pas davantage.»

« Les cieux n’étaient pas humains et moi, c’était plus que j’en pouvais supporter. »

Des phrases lancinantes qui reviennent ponctuellement dans le texte, en réponse au « progressus ad futurum, regressus ad originem » de Hanta, finissent enfin d’angoisser le lecteur en même temps que le personnage. L’impression que le progrès et le recul vont de pair devient une certitude. Hanta nous abandonne finalement dans un monde dangereux, qui oscille sans cesse entre la chute et l’équilibre…


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MessageSujet: Re: Bohumil Hrabal [République tchèque]   Lun 20 Aoû 2012 - 16:36

coline a écrit:

Un récit d’inspiration autobiographique : Bohumil Hrabal a travaillé pendant cinq ans (de 1954 à 1959) comme presseur de papier dans un entrepôt de vieux papiers, rue Spalena, à Prague où est située l’action du roman.
Hanta, le narrateur, était son collègue de travail. Après la normalisation soviétique de 1968, les ouvrages -interdits- de Hrabal ont été pilonnés dans ce même dépôt, où était employée la femme de Hrabal, qui sauvait autant d’exemplaires qu’elle le pouvait des livres de son mari.

Merci pour ces informations qui permettent encore une fois d'accorder davantage d'attention à ce livre de Hrabal...

Arabella a écrit:

Je ne trouve pas ce livre aussi triste que cela, car malgré la mise au rencart de Hanta, il a vécu toutes ces années avec le plaisir qui lui apportaient les livres, un plaisir dont Bohumil Hrabal nous parle en connaissance de cause.


Pas "triste", en effet, mais pas joyeux non plus...
Hanta est un peu soumis à une contrainte extérieure, en tout cas c'est cet aspect-là que j'ai perçu plus que tout autre. Aurait-il voué une telle adoration à la culture s'il n'avait pas exercé cette profession, dans ces conditions données ? Il me semble en fait que ce n'est pas l'amour des livres qui le pousse avant tout à les épargner, mais la haine du système qui conduit ces livres à la destruction. D'où la punition encore plus immense lorsqu'il rentre chez lui et qu'il se trouve prisonnier parmi ses rescapés. D'où, aussi, le sentiment de culpabilité ?
Bref, s'il est encore en vigueur, j'aimerais utiliser le terme de "comportement névrotique", qui ne rend pas forcément heureux, mais qui évite d'être plus malheureux que ça ne le serait autrement...

En tout cas, sa manière de vivre est poétique, je suis d'accord avec toi bonjour

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