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 Magda Szabo [Hongrie]

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coline
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MessageSujet: Magda Szabo [Hongrie]   Dim 4 Fév 2007 - 13:44

« Avec Frau Szabo, vous avez pêché un poisson d’or. Achetez toute son œuvre, ce qu’elle a écrit et ce qu’elle écrira. » écrivait Hermann Hesse en lisant Le Faon.

Magda Szabó, née à Debrecen en 1917, était poète à ses débuts. Elle est aussi une des plus populaires parmi les auteurs de pièces de théâtre hongrois des dernières décennies. Elle a écrit des essais, ses mémoires et parmi ses traductions littéraires on trouve des œuvres des écrivains de l’antiquité, de Shakespeare et de Glasworthy. Mais elle est avant tout prosateur : elle a écrit 40 romans. Ses œuvres ont paru dans 34 pays.

« La Porte " est l'histoire d'une confession, terrible et douloureuse. «C'est moi qui ai tué Emerence»: ainsi débute le livre, récit autobiographique bouleversant qui a obtenu le Prix Femina étranger en 2003.

Dans La Porte, la romancière hongroise reconstitue la vie d'Emerence, à la personnalité peu ordinaire, qui fut sa femme de ménage (et beaucoup plus encore) pendant vingt ans à Budapest. Malgré le fossé culturel et social qui les sépare, Magda sera la seule à recueillir les confidences d'Emerence et à découvrir son secret. Malgré leurs difficultés à se comprendre, elle sera la seule à passer la porte de sa maison, interdite à tous. Elle seule la trahira, persuadée en toute bonne foi d'agir pour son seul bien.

Grande, osseuse, le front toujours couvert d'un impeccable foulard, Emerence a passé sa vie à servir : elle trime, au service des autres. Sans compter, sans économiser ni son temps ni ses forces. Mais elle n'avait rien de servile: rebelle, bougonne, furieusement anticléricale, «pure comme les étoiles», elle était une femme exceptionnelle, et Magda Szabo ne tarda pas à déceler les trésors de bonté qu'elle dissimulait sous ses airs cabochards.

Au fur et à mesure, on apprendra de quel enfer est sortie Emerence: quand elle était adolescente, elle a vu la foudre terrasser ses deux frères jumeaux, un jour d'orage, avant que sa mère ne se jette dans un puits. Et après, il y a eu la mort atroce de son fiancé, lapidé par la foule en 1918, pendant la Révolution des chrysanthèmes. «Une vie dévastée», poursuit Magda Szabo, qui raconte aussi comment Emerence a sauvé une petite juive des griffes nazies, au prix des pires humiliations. Comment elle a soigné cet infirme qu'elle enterra dans son jardin, sous un bouquet de dahlias. Et comment elle savait parler aux bêtes, elle qui vécut comme un chien et qui disparut tragiquement, dans la plus grande solitude, claquemurée derrière les volets d'un appartement dont elle n'ouvrait plus la porte.
«Comment tant de vie trouvait place dans une seule existence, je l'ignore», écrit la romancière.

Magda Szabo témoigne en ces mots lors de la remise d’un prix littéraire : « Je devais de vivre cette journée notamment à Emerence qui s’était chargé de tout ce qui aurait pu m’empêcher d’écrire tant il est vrai que derrière toute réussite se cache une personne invisible sans qui il n’est pas d’œuvre possible. »

Extraits de La Porte :
"C’était un de ces jours d’été où l’on n’a aucune raison de se protéger, nous étions dans le jardin en début de soirée sous un ciel teinté de mauve, et elle ne semblait pas à sa place parmi les roses. On sait parfois par intuition quelle fleur pourrait être quelqu’un, s’il était né fleur. Elle ne serait certainement pas une rose ; la rose, étalage presqu’impudique de carmin, n’est pas une fleur innocente. J’ai tout de suite senti que ce n’était pas la fleur d’Emerence, et pourtant je ne savais encore rien d’elle, encore moins quelle fleur elle eût été."

"Quand j’étais étudiante, je détestais Schopenhauer, plus tard j’ai compris que je devais retenir de sa théorie, que toute relation sentimentale est une possibilité d’agression, plus je laisse de gens m’approcher, plus il y a de voies par lesquelles le danger peut m’atteindre"
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Elfe
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MessageSujet: Re: Magda Szabo [Hongrie]   Jeu 1 Mar 2007 - 18:18

Rue Katalin

Voici un roman aussi déroutant que magnifique! Une fois les premières lignes entamées, vous ne pourrez lacher ce récit .
Nous sommes à Budapest, rue Katalin. 4 enfants : Balint, Iren, Blanka et Henriette. 3 familles : les Biro, les Held et les Elekes. Tous sont voisins et ont vécu des évènements qui les lieront pour la vie.
Iren, Blanka et Henriette sont folles amoureuses de Balint, même si tout le monde sait que c'est Iren qui se fiancera avec lui. Puis vient la guerre, les parents d'Henriette sont déportés, Henriette, elle, est cachée chez ses voisins et puis survient l'accident.
Mais malgré les aléas de la vie et ses épreuves, l'amitié entre ces 4 amis ne sera jamais ébréchée...

Voilà un texte d'une beauté fulgurante sur le thème de l'existence perpétuelle des morts. Oui vous allez dire que j'exagère!! Mais non, je vous assure, il est rare que je ressente autant d'émotions à la lecture d'un livre.
Magda Szabo tisse sous nos yeux une histoire dramatique où les personnages courbant le dos sous le poids du passé ne cessent d'avancer.
Henriette, même disparu, est en chacun d'eux, de façon ténue, mais bien présente. L'ambiance est parfois étouffante, étriquée mais vite nous ressentons la volonté des personnages de sortir de l'impasse, par le seul fait de leurs souvenirs de leur amitié. Car le temps passe et désagrège tout mais, au final on se rend compte que ce qui nous reste est le plus important.

"Alors, ils surent aussi que la différence entre les vivants et les morts n'était que qualitative, qu'elle ne comptait pas beaucoup, ils surent que dans la vie de chacun il n'y a qu'un seul être dont il puisse crier le nom à l'heure de la mort."

J'espère vous avoir transmis mon enthousiasme pour cet ouvrage, et vous invite à aller le découvrir si ce n'est déjà fait!!!!
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coline
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MessageSujet: Re: Magda Szabo [Hongrie]   Jeu 1 Mar 2007 - 18:49

Tu l'as bien vendu...Wink Bravo!
Et je vais le lire...J'avais tellement été touchée par La porte.
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Elfe
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MessageSujet: Re: Magda Szabo [Hongrie]   Jeu 1 Mar 2007 - 20:12

J'ai découvert cette auteur par ce livre!! Mais par contre, depuis que je parle de Rue Katalin, tout le monde me parle de La porte!! que je n'ai jamais lu, je crois que je vais corriger cette erreur très vite!!
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coline
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MessageSujet: Re: Magda Szabo [Hongrie]   Ven 2 Mar 2007 - 0:20

Elfe a écrit:
J'ai découvert cette auteur par ce livre!! Mais par contre, depuis que je parle de Rue Katalin, tout le monde me parle de La porte!! que je n'ai jamais lu, je crois que je vais corriger cette erreur très vite!!

Fonce...Wink
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Marie
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MessageSujet: Re: Magda Szabo [Hongrie]   Ven 2 Mar 2007 - 1:54

Très beau roman, "La porte"..et je note "Rue Katalin", et un de plus!
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Aeriale
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MessageSujet: Re: Magda Szabo [Hongrie]   Ven 2 Mar 2007 - 7:18

Elfe a écrit:
J'espère vous avoir transmis mon enthousiasme pour cet ouvrage, et vous invite à aller le découvrir si ce n'est déjà fait!!!!

Eh bien ,oui Elfe ...tu as réussi (tu l'as bien vendu comme dirait Coline !:) )car ces existences que tu relates au travers des romans de Magda Szabo ont de quoi interpeller !

Un écrivain à retenir en tout cas , j'ai du coup relu toute la page concernant cet auteur et vous m'avez convaincue toutes les deux , merci ! Very Happy
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coline
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MessageSujet: Re: Magda Szabo [Hongrie]   Ven 2 Mar 2007 - 11:17

Magda Szabo est née en 1917. Elle est longtemps restée une femme de l'ombre. Condamnée à l'exil intérieur dans la Hongrie communiste, elle n'est sortie de son purgatoire qu'à la fin des années 1950, après qu'une traduction l'a fait connaître en Allemagne, grâce à Hermann Hesse. «Je lui dois beaucoup. Un jour, il a appelé son éditeur, Fischer Verlag, et lui a dit: "J'ai pêché un poisson d'or! "» racontait récemment celle qui passe désormais pour la grande dame des lettres hongroises.
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coline
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MessageSujet: Re: Magda Szabo [Hongrie]   Jeu 31 Mai 2007 - 14:01

RUE KATALIN

« Quand elle s’arrêtait près d’eux dans un magasin ou les croisait dans la rue, leur réaction était toujours la même ; ils lui jetaient un bref regard puis détournaient brusquement les yeux, sans même manifester d’incrédulité ou de gêne. Aucun d’eux ne pouvait prendre au sérieux qu’Henriette se tienne près d’eux ou marche à leurs côtés. Tout au plus leurs visages exprimaient-ils une sorte d’attendrissement, comme si le vent leur apportait les bribes d’une mélodie lointaine, une chanson qu’ils n’avaient plus fredonnée depuis l’enfance et dont ils s’étonnaient d’entendre soudain quelques mesures. »

« Henriette ne pouvait pas leur parler tant qu’ils ne l’avaient pas reconnue, ne lui avaient pas adressé la parole, elle ne pouvait pas leur dire que c’était bien elle qu’ils voyaient, alors elle attendait un moment, se retournait pour les regarder. Il arrivait qu’eux aussi se retournent, s’arrêtent même un instant, mais ils poursuivaient toujours leur chemin, les yeux embués, émus, tant cette jeune fille ressemblait à quelqu’un qu’ils avaient aimé et ne pouvaient oublier -mais jamais ils ne lui adressaient la parole. »

Eux ce sont les vivants…
Les membres des trois familles voisines et amies de la Rue Katalin à Budapest, ceux qui n’ont pas été emportés par les drames de l’Histoire du pays entre 1936 et 1968.
Elle, Henriette, elle était la plus jeune et la plus craintive des enfants. Henriette Held fut abattue de deux balles dans son jardin peu après que ses parents furent arrêtés en 1944 et déportés .
Mais Henriette n’a jamais quitté le souvenir de ceux qui restent. Elles les visite et sait tout de ce qu’ils ont traversé. C’est elle qui continue de faire vivre le souvenir de la rue Katalin, bien que des travaux aient transformé complètement la rue et bouché la vue sur le Danube, bien que soient éparpillés ses anciens habitants survivants, qu’elle continue d'aimer malgré leurs erreurs.

Dans la rue Katalin, avant la fin des années 30, les maisons et les jardins des Biro, des Held et des Elekes constituaient un véritable paradis pour l’amitié entre leurs enfants : Irén et Blanka Elekes, Juliette Held et Balint Biro.
Promis à un bel avenir dans la médecine, Balint était le seul garçon. Il plaisait aux trois filles et c’est Irén qu’il allait épouser…
Le matin de leurs fiançailles, les voisins Held furent arrêtés et la vie, pour chacun, a basculé dans la Rue Katalin….

Au début de ce roman on se perd un peu dans les lieux, dans les noms des personnages, entre les morts et les vivants…les survivants…Ce sont eux, les survivants, que l’on retrouve au début du récit, eux désemparés après la tourmente de l’Histoire :

« Ils n’étaient pas assez nombreux pour supporter le poids des images que les souvenirs faisaient remonter à la surface, les morts manquaient, leur absence était tangible, la pièce semblait s’effondrer comme si le plafond s’écroulait. C’était peine perdue, chacun le sentait, mais ils recommençaient sans cesse car, s’ils ne l’énonçaient jamais, ils espéraient qu’en se raccrochant les uns aux autres, en se tenant la main et en devinant les phrases, ils sortiraient de ce labyrinthe, ils retourneraient un jour dans leur maison. »

On s’attache très vite à ces personnages et le récit est passionnant.
Profondément humain aussi…tout sauf idyllique…
Face à la cruauté des circonstances, les personnages ne sont ni tout à fait bons ni tout à fait mauvais…Merveilleusement solidaires et liés par l’amour qu’ils se portent…Un amour qui pourtant n’est pas exempt de jalousies, de blessures, de rancœur, de trahisons…Leurs relations sont tendres mais elles sont aussi cruelles…
C’est un roman très vivant, empreint d’une grande douceur toute nostalgique.

« Pour la première fois de ma vie, je pressentis que les morts ne mouraient pas, que ce qui un jour avait été vivant sur cette terre, sous quelque forme que ce soit, était indestructible. »
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coline
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MessageSujet: Re: Magda Szabo [Hongrie]   Jeu 31 Mai 2007 - 14:02

RUE KATALIN

Voici les deux premières pages, écrites en prologue au récit.

« Vieillir ne se passe pas
comme dans les livres, ce n’est pas plus ce que décrit la science médicale.
Aucune œuvre littéraire, aucun
médecin n’avait préparé les habitants de la rue Katalin à l’éclairage
impitoyable que l’âge apporterait dans l’obscure galerie qu’ils avaient
parcourue presqu’inconciemment pendant les premières décennies de leur
vie ; ni à ce qu’il mette de l’ordre dans leurs souvenirs et leurs
craintes, modifie leur jugement et leur échelle de valeurs. Ils savaient qu’ils
devaient s’attendre à certains changements biologiques, que leur corps avait
entrepris un travail de démolition qu’il poursuivait aussi minutieusement qu’il
s’était construit, depuis l’instant de leur conception, en vue du chemin à
accomplir. Ils avaient accepté de voir leur physique se modifier, leurs sens
s’affaiblir, leurs goûts, leurs habitudes et même leurs besoins s’adapter à ces
changements, de devenir gourmands ou de perdre l’appétit, d’être craintifs,
voire susceptibles. Ils s’étaient résignés à avoir du mal à dormir et à
digérer, fonctions dont la régularité leur semblait jadis aussi naturelle que
la vie même. Mais nul ne leur avait dit que perdre la jeunesse est
effrayant, non par ce qu’on y perd, mais
par ce que cela nous apporte. Et il ne s’agit pas de sagesse, de sérénité, de
lucidité ou de paix, mais de la conscience de ce que tout se décompose. Ils
s’étaient soudain rendu compte que le temps avait désagrégé leur passé, alors
que durant leur enfance et leurs années de jeunesse, ils l’avaient considéré
comme un ensemble compact et bien cimenté. Tout s’était dissocié, rien ne
manquait de ce qui leur était arrivé jusqu’à ce jour et pourtant, ce n’était
plus la même chose. L’espace avait été divisé en lieux, le temps en moments,
les événements en épisodes, et les habitants de la rue Katalin comprirent enfin
que de tout ce qui avait constitué leur vie, seuls quelques lieux, quelques
moments, quelques épisodes comptaient vraiment, le reste ne servait qu’à combler
les vides de leur fragile existence, comme les copeaux dans une caisse préparée
pour un long voyage empêchent le contenu de se briser. Alors ils surent aussi
que la différence entre entre les vivants et les morts n’était que qualitative,
qu’elle ne comptait pas beaucoup, ils surent que dans la vie de chacun il n’y a
qu’un seul être dont ils puissent crier le nom à l’heure de la mort
. »
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coline
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MessageSujet: Re: Magda Szabo [Hongrie]   Sam 14 Juil 2007 - 9:35

Rue Katalin: Prix Cévennes du roman européen.

Présidé par Alberto Manguel, le jury du Prix Cévennes du roman européen, (pour sa première édition) a décerné le prix à Magda Szabo pour Rue Katalin.

"Que s'est-il passé, pendant la guerre, rue Katalin ? Quel drame a pu précipiter ses habitants dans la détresse ? Et qui est cette jeune Henriette dont la disparition hante les familles Biro, Elekes et Held qui semblent vivre dans son ombre portée ?

"Oui, c'est cela au fond qui est fascinant chez Magda Szabo, cette réflexion profonde sur ce qu'on garde, ce qu'on laisse (c'est-à-dire ce qu'on oublie mais aussi ce qu'on lègue aux autres). Bien peu en somme."
(Florence Noiville. Le Monde des Livres)
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Babelle
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MessageSujet: Re: Magda Szabo [Hongrie]   Mer 21 Nov 2007 - 20:14

Merci Coline! Je n'ai pas encore lu Magda Szabo que je découvre ici. C'est un bel hommage que tu lui as rendu.
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Sahkti
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MessageSujet: Re: Magda Szabo [Hongrie]   Dim 25 Nov 2007 - 12:16

LA BALLADE D'IZA

Encore sous le charme de "La Porte", j'ai entamé la lecture de "La ballade d'Iza" avec le plaisir d'une nouvelle découverte, celle d'un personnage auquel Magda Szabo donnerait vie comme elle sait si bien le faire. Aucune déception ne m'attendait, bien au contraire. Magda Szabo donne tellement de volume à ses héroïnes, sans doute parce qu'il y a beaucoup d'elle derrière tout cela. Dans "La Porte", elle parlait d'Emerence qui a partagé sa vie en qualité de femme de ménage, confidente, organisatrice et bien d'autres choses encore pendant vingt ans. Dans ce livre, elle évoque l'oppression ressentie dans une grande ville qui étouffe et enlève toute individualité aux êtres qui fleurissent un peu trop. A l'image de l'écrivain elle-même, longtemps humiliée dans son pays, victime d'un régime politique hongrois qui n'appréciait guère sa manière de penser et de concevoir le monde, celui de la liberté.

Vince est un ancien magistrat, mis au ban de la société pour avoir prononcé un jugement qui ne plaisait pas au régime. Il est aujourd'hui mourant, atteint d'un cancer. Ses derniers mots, ses confidences, ses secrets sont recueillis par une infirmière dévouée qui ne le quitte pas. La mort arrive, son épouse se retrouve seule, complètement perdue, elle ignore comment elle pourra continuer à vivre sans son mari. Sa fille Iza la déracine de sa Hongrie rurale pour l'emmener avec elle en ville, à Budapest, dans un tout petit logement où la vieille femme se sent prisonnière. Elle prend cependant garde de n'adresser aucun reproche à sa fille, elle sait que celle-ci a agi pour bien faire seulement voilà, elle se sent déracinée et va mal. Alors Madame Szöcs erre de parc en square, elle nourrit les pigeons, elle se parle, elle vit dans ses souvenirs et la nostalgie d'un passé révolu. Puis elle nourrit un rêve, celui de rentrer chez elle et d'élever une belle pierre tombale pour son mari; ça devient son but, son unique raison de vivre.

Magnifique texte de Magda Szabo tout en pudeur et en sensibilité pour nous raconter l'errance et le désoeuvrement d'une veuve déracinée, mal aimée par une fille trop occupée, perdue dans une ville sans âme. On devine derrière ces lignes la douleur de l'exil et le poids du silence qui ont dû longtemps hanter l'auteur. J'ai été touchée par l'intimité qu'elle glisse dans des mots simples, en racontant la vie de tous les jours, en se glissant (avec un talent!) dans les pensées de ses héroïnes.
Merci à l'éditeur pour la réédition de ce titre de Magda Szabo, qui est un auteur à découvrir absolument, son écriture mérite amplement de sortir de l'oubli.
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Sahkti
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MessageSujet: Re: Magda Szabo [Hongrie]   Dim 25 Nov 2007 - 12:17

LA PORTE

Les livres de Magda Szabo ont dû se frayer un passage clandestin sous le régime communiste hongrois qui n'hésita pas à oppresser les auteurs. Longtemps Magda Szabo fut livrée à l'obscurité et au régime des indésirables dans son pays.

"La porte" est un texte autobiographique dans lequel Magda Szabo nous livre sa relation avec Emerence, sa femme de ménage à Budapest, pendant plus de vingt ans à son service.
Emerence ressemble à une sainte femme, humble et toute entière dévouée aux autres. Une âme noble, une servante au grand coeur pourrait-on dire. Quel respect et quel amour dans les lignes de Magda Szabo ! Emerence incarne la bonté tout en ayant un caractère bien marqué et quelques facettes originales. Elle n'hésite pas à réclamer des références à ses employeurs ! Sans parler de son logement dans lequel elle s'enferme, et gare à quiconque brisera son intimité. Magda Szabo l'a longtemps prise pour une originale, voire une douce dingue, ripostant parfois par la colère aux attitudes d'Emrence. Mais tout bascule lorsque le mari de la romancière tombe gravement malade et que la domestique se révèle être une dévouée infirmière accompagnatrice et confidente. La maîtresse de maison est sous le charme et accorde carte blanche à son employée, qui finit par inverser les rôles et prend peu à peu possession (symboliquement) de la maisonnée, n'hésitant pas à refaire la décoration avec une collection bien sentie d'horreurs en tous genres. Une femme étonnante que cette Emerence, hors norme, libre dans sa tête (à une époque où le régime politique hongrois ne permettait pas ou peu de l'être autrement), proche de Magda Szabo avec un amour sans failles.

Un portrait superbe et émouvant, triste aussi, lorsque cette vieille servante qui a toujours servi les autres tombe malade, devient paralysée et s'enferme pour de bon dans sa chambre avec pour seule compagnie une ribambelle de chats puants. Un récit à lire, sans doute aucun, sans attendre, un franchissement de porte salutaire.
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Sahkti
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MessageSujet: Re: Magda Szabo [Hongrie]   Dim 25 Nov 2007 - 12:17

RUE KATALIN

Budapest. La rue Katalin et trois habitations. Emplie de souvenirs dans lesquels chaque habitant est plongé. Se remémorant Henriette, déportée pendant la guerre. La guerre qui occupe chaque instant, chaque esprit et a modelé les vies de chacun. Un récit qui s'écoule sur une trentaine d'années, l'histoire de la Hongrie, mais aussi celle de ces gens de la rue Katalin et, à travers eux, de l'Humanité, parce que la guerre et ses horreurs, ça concerne tout le monde.
Chacun raconte, tour à tour, ses souvenirs, ses rêves, ses folies et ses désirs. La vie est étouffante, on n'existe qu'à travers l'autre et ses fantômes.

Une histoire dramatique que le mode narratif employé par Magda Szabo rend oppressante. Les personnages sont nombreux, elle virevolte de l'un à l'autre et le lecteur peut s'y perdre. Les périodes et les voix sont mélangées, tout se croise et se confond. Pas simple à suivre, parfois pesant mais en même temps, c'est un reflet de l'atmosphère qui règne dans ces trois maisons dévastées par le passé. On sent que l'auteur parle de quelque chose bien présent en elle, le ton est juste, le récit quelques fois insoutenable.
Une histoire triste, empreinte de mélancolie et de désillusion, belle aussi parce que très sensible. Une sensibilité que j'ai appréciée, ces personnages sont consistants et très présents, on les sent proches de nous et ça rend leur histoire encore plus troublante.
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