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 André Langevin

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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: André Langevin   Jeu 18 Juil 2013 - 10:22



À l'instar de Paul-Marie Lapointe, André Langevin a connu une carrière d'écrivain parsemée de fulgurances. Entre 1951 et 1957, il a écrit trois romans et une pièce de théâtre, dont le classique de la Révolution tranquille, Poussière sur la ville. Il reprend donc silence. Finalement, il publie deux autres romans dans un intervalle de deux ans (1972 et 1974) avant de reprendre définitivement le silence. Assez jeune, il a perdu ses parents et son expérience d'orphelin transparaît sous sa plume :

« Ce doit être cela la maturité, sentir ses chaînes tout à coup et les accepter parce que fermer les yeux ne les abolit pas. »

Citation :
Œuvres

   Évadé de la nuit, 1951
   Poussière sur la ville, 1953
   Le temps des hommes, 1956
   L'œil du peuple, pièce en trois actes, 1957
   L'élan d'Amérique, 1972
   Une chaîne dans le parc 1974

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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Re: André Langevin   Sam 27 Juil 2013 - 9:53



Résumé

Citation :
Avant d'aborder cette étude, rappelons les grandes lignes du récit. Peu après s'être installé dans la petite ville minière de Macklin, le Docteur Alain Dubois, qui est également le narrateur, avoue ne pas s'entendre avec Madeleine, sa jeune femme. Cette dernière commence par traîner au restaurant du coin, Chez Kouri, où elle entretient des rapports familiers avec les mineurs. Madeleine ne tarde pas à s'éprendre d'un chauffeur de camion: Richard Hétu, beau, fort et plutôt simple d'esprit. On assiste ensuite au déclin du Docteur Dubois qui noie sa peine dans l'alcool tandis que sa femme pousse l'audace jusqu'à recevoir Hétu sous le nez de son mari. Mais la ville n'est pas aussi tolérante que le docteur. Le Curé, en particulier, réussit à éloigner Hétu en lui imposant un mariage avec une jeune femme de la région. Son but est naturellement d'étouffer le scandale. Mise au courant de cette manoeuvre, Madeleine tentera sans succès de tuer son amant avant de se suicider. Au-delà de la tragédie, le docteur décide de rester à Macklin et de retrouver la confiance de la ville grâce à son dévouement.

Tiré de «POUSSIÈRE SUR LA VILLE: L'ANIMALITÉ D'UN PERSONNAGE» d'Alexandre L. Amprimoz
http://journals.hil.unb.ca/index.php/scl/article/view/8029/9086

Rapidement, nous pouvons constater que le personnage de Richard Hétu a trouvé écho dans la vie réelle : un journaliste de race noire du même nom s'illustre depuis plusieurs années au journal La Presse à Montréal. En outre, j'ai lu dans le texte d'analyse de Christine Tellier, «Les conflits idéologiques dans Poussière sur la ville» que le roman s'inspirait de la ville de Thetford Mines au Québec. Or, en 1949, il y a eu une grève de l'amiante dans cette même ville. Ce conflit syndical révéla les disparités et les différends entre la société civile et le gouvernement Duplessis.

Grâce à cette toile de fond, nous pouvons mieux saisir les thématiques à l'oeuvre dans Poussière sur la ville. Cela doit faire trois ou quatre ans que j'ai repéré le roman. Il fait partie de ma LAL.

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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Re: André Langevin   Dim 18 Aoû 2013 - 7:58

Je viens de terminer la lecture d’André Langevin et du livre qui l’a propulsé au sommet, Poussière sur la ville. Après avoir lu ce roman d’une traite en moins de deux jours et tout juste après avoir terminé Bonheur d’occasion de Gabrielle Roy, j’ai pu me familiariser avec le projet ambitieux d’André Langevin dans la rédaction de ce roman. Ayant écrit ce roman dans le contexte brûlant d’une actualité toujours fumante, André Langevin nous confirme qu’un écrivain s’inscrit toujours au cœur de son époque et de ce qui l’entoure.

André Langevin est un pionnier dans le projet littéraire québécois. Il a précédé Gérard Bessette dans la gestation du roman québécois. Nous devons alors insister sur la notion de classique. Au cours de son époque, André Langevin a pu être familiarisé avec les œuvres d’Albert Camus et de Gabrielle Roy. Nous pouvons suspecter que ces deux influences littéraires ont profondément aiguillonné la conception de Poussière sur la ville, parmi plusieurs références littéraires chuchotées de façon souterraine. Dans l’avant-propos, nous parlons du mythe de Sisyphe, de La Peste et de L’Étranger. J’ajoute à ces classiques évoqués Bonheur d’occasion. En exergue, André Langevin utilise des vers d’Hector de Saint-Denys Garneau et des motifs poétiques garnéliens reviennent au cours du roman fortement teinté d’intonations poétiques.

André Langevin prononce le tourment des rapports sociaux québécois problématiques entre hommes et femmes. Dans le contexte précédant la Révolution tranquille, André Langevin prend prétexte d’une crise sociale dans le monde du travail pour inscrire le sujet québécois au cœur de la modernité. En situant les rapports problématiques entre Madeleine et Alain Dubois, l’écrivain dénonce le malaise qu’un carcan étouffant peut imposer à l’institution du mariage. Au sein des rapports étroits d’une communauté minière tissée serrée, André Langevin fait le procès des institutions sans les nommer. En dégageant une analyse psychologique d’une grande qualité et en truffant le tout d’un réseau intertextuel assez complexe, l’écrivain parvient à camoufler le côté polémique de ce qu’il soulève. Son roman sera donc bien reçu au moment où il paraîtra en 1953.

Au chapitre des bémols que je peux retenir au cours de ma lecture, c’est une certaine longueur incompatible avec la facture de L’Étranger et des influences camusiennes. Le premier chapitre fait presque 26 pages bien tassées en format poche. L’écriture est toutefois dynamique et poétique, ce qui contribue à dynamiser le rythme du récit. Nous oublions donc que les chapitres sont longs. Le texte est subdivisé en trois parties, constituées de plusieurs chapitres et les chapitres comportent leurs parts de subdivisions, ce qui confirme une architecture du roman. Le début du texte est épars, ce qui peut nous perdre par moments, mais pas si nous sommes familiarisés avec l’avant-propos du livre.

Le sujet et le contentieux du sujet est assez éludé… nous pouvons donc mettre cette préposition du texte avec la problématique traitée. Afin de vous donner un avant-goût de la plume d’André Langevin et de la profondeur des sujets traités, je vous cite un extrait de la page 169 :

André Langevin, Poussière sur la ville, 2010, Rosemère : Pierre Tisseyre, p. 169. a écrit:
Mais je n’ai pas de force. Je m’endors avec le whisky, un peu haletant, inquiet. Mon château de cartes gît dans la poussière. Une grande main impitoyable l’a renversé. J’attends que la poussière retombe, mais la perturbation se prolonge. Rien ne se repose. Il me reste le sommeil que je gagne péniblement en contemplant une étoile rouge dans une chevelure rousse.
Par la poétique et l’ampleur du projet romanesque, je peux dire qu’André Langevin s’est inscrit parmi les références incontournables du roman québécois. Toutefois, c’était assez facile de s’inspirer de la référence camusienne. Encore là, il fallait le faire avec intelligence et distinction. André Langevin y a bien réussi, sauf peut-être sur le plan de la concision où Albert Camus n’aura pas beaucoup de rivaux, rivales, qui l’égaleront.

L’histoire vaut le coup. La psychologie cœur-de-poing fait son œuvre. Maints écrivains québécois y ont concouru par la suite. Le sujet québécois tourmenté demeure une constante thématique qui témoigne de la vigueur de la plume québécoise.

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Bédoulène
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MessageSujet: Re: André Langevin   Dim 18 Aoû 2013 - 9:01

merci pour ce commentaire qui nous invite à cette lecture ! le thème m'intérêsse.

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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Re: André Langevin   Jeu 19 Sep 2013 - 11:11

Hubert Aquin était un lecteur exigeant dans le cadre des références intertextuelles qu'il disséminait aux quatre coins de son oeuvre. André Langevin est une de ces références. Je viens de relire son texte politique qui l'a consacré comme personnalité de premier-plan, «La fatigue culturelle du Canada français». Au coeur de ce texte, il cite André Langevin comme suit :

Citation :
À cet égard, la pensée pacifiste nous offre un exemple quotidien de « mondialisation » dialectique : « C’est un engagement qui transcende tous ceux que l’on peut avoir envers une patrie, un système économique ou une religion, parce que les patries, les systèmes économiques et les religions n’ont de sens que si l’homme continue ... Les pacifistes ne succombent donc pas à une émotion facile ou à un idéalisme puéril : ils obéissent à la plus froide logique et ils s’attaquent au seul problème dont la solution est préalable à celle de tous les autres ». (12)

12. André Langevin, « Einstein et la paix », le Nouveau Journal, Montréal, avril 1962.

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