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 Saneh Sangsuk [Thaïlande]

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Marko
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MessageSujet: Saneh Sangsuk [Thaïlande]   Mar 23 Juil 2013 - 12:07

Saneh Sangsuk


Bibliomonde a écrit:
Écrivain thaïlandais

Né en 1957, près de Bangkok, Saneh Sangsuk est le fils d'un chef de village. Il s'est fait connaître avec L'Ombre blanche, roman autobiographique dans lequel il raconte ses frasques d'adolescent. Il a étudié la langue anglaise à l'université et il est devenu traducteur de Joyce, Oscar Wilde... Il a aussi travaillé pour USAID (l'Agence américaine pour le développement national), ainsi que dans la publicité à Bangkok.

Aujourd'hui, il vit à Phetchaburi, au sud-ouest de Bangkok, loin de la vie littéraire d'un pays qui ne s'est intéressé que tardivement à son œuvre, par ailleurs traduite en une demi douzaine de langues. En 2008, il a été fait chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres par le gouvernement français. Il publie aussi sous le pseudonyme de Daen-Aran Saengthong.

3 romans en partie autobiographiques sont disponibles en traduction française. Le plus célèbre étant L'ombre blanche, portait de l'artiste en jeune vaurien (titre en hommage à James Joyce). C'est par ce roman impressionnant que je l'ai découvert il y a quelques années et je suis revenu à cet auteur après avoir lu l'essai de Frédéric Beigbeder (Premier bilan après l'Apocalypse) qui le classe parmi ses 100 romans préférés et qui se demande, à juste titre, s'il ne serait pas un peu le Apichatpong Weerasethakul de la littérature. Je me suis rendu compte avec plaisir à l'occasion qu'il en avait donc publié 2 autres depuis.

Quelques commentaires sur ses 3 romans après la lecture récente des 2 derniers, Venin et Une histoire vieille comme la pluie.



Citation :
Un enfant thaï de dix ans garde ses vaches dans le jour finissant. C'est un enfant estropié, rêveur, mais sûr de sa gloire à venir... Tandis qu'il se donne en spectacle pour amuser ses amis, il ne voit pas le cobra géant qui s'approche de lui : une femelle de quatre mètres de long ! Ralliant toutes ses forces pour un combat mortel, l'enfant tient en respect, de son seul bras valide, le serpent qui lui broie le corps. Mais pour combien de temps ? Autour de lui, ses proches se défilent, épouvantés... Après son roman L'Ombre blanche, qui a imposé Saneh Sangsuk comme l'un des écrivains thaïlandais les plus importants de sa génération, ce récit bref et envoûtant, imprégné de tendresse, est d'une intensité rare.

Une bonne entrée en matière avec cette longue nouvelle d'une soixantaine de pages aérées qui tient à la fois du récit naturaliste et du conte ou de la parabole.

On y découvre la vie d'un petit village de la campagne thaïlandaise. Un enfant qui pourrait être le futur écrivain Sangsuk rêve d'impressionner ses petits camarades en fabriquant un théâtre d'ombre et de marionnettes. Beaucoup de saveur et d'exotisme authentique dans ces descriptions extrêmement vivantes avant que le récit ne bascule dans une dimension plus mythologique ou chamanique en quelque sorte. Un cobra géant menaçant de broyer cet enfant qui l'affronte dans des pages au bord de l'hallucination. Le final désenchanté laisse à bout de souffle à la fois ému et émerveilé devant l'évidence d'un écrivain inspiré.



Citation :
«Le révérend père Tiane avait un nombre infini de choses à raconter. Ses histoires étaient parfois loufoques parfois tristes parfois effrayantes et maintes fois regorgeaient de formules magiques et de miracles... L'histoire de la fois où il s'était rendu en pèlerinage en Inde et il s'était trouvé confronté à une harde d'éléphants à en avoir le souffle coupé, les enfants l'avaient déjà entendue et voulaient l'entendre encore ; l'histoire de la fois où il en était encore à s'entraîner pour le pèlerinage et où un cobra de douze coudées était venu lui tenir compagnie sur sa couche par une nuit glacée de la saison froide de cette année-là, les enfants l'avaient déjà entendue et voulaient l'entendre encore ; [...] l'histoire du tigre mangeur d'homme dont l'âme de la victime avait fini par l'habiter et par faire de lui un tigre saming au corps de tigre dominé par l'âme maléfique [...] les enfants l'avaient déjà entendue et voulaient l'entendre encore...» (Saneh Sangsuk)

L'intensité du récit envoûte. La jungle constitue une symphonie du monde dans sa dernière splendeur, mais l'angoisse sourd peu à peu. Les vieilles histoires s'effacent devant un suspense dont la progression admirablement maîtrisée et le tragique emportent le lecteur.

Une histoire vieille comme la pluie pourrait être la version longue de Venin avec cette fois l'affrontement d'une famille et d'un tigre dans une jungle somptueuse de plus en plus menaçante. Tout le roman semble se lire dans un seul souffle avec un rythme au départ presque frénétique dans cette accumulation de récits mythiques emboîtés les uns dans les autres contés par un vieux prêtre qui captive son auditoire. Il semble faire le portrait d'un jungle enchantée et presque paradisiaque dans des descriptions fabuleuses. Puis le récit se ralentit et devient plus introspectif. Le prêtre recentrant sa narration sur un drame familial qu'il prend le temps de développer avec beaucoup de force. L'écriture de Sangsuk est vraiment merveilleuse de richesse dans les détails, d'évocation au bord de l'onirisme ou du fantastique tout en restant réaliste. Le rythme lancinant du roman a quelque chose d'incantatoire et l'ensemble a réellement une dimension chamanique. J'ai beaucoup pensé au tigre chaman du film de Weerasethakul Tropical Malady. Et le traumatisme familial prend effectivement une dimension maladive comme si le narrateur devenait fou ou possédé par les sortilèges de la jungle qui l'entoure. La jungle paradisiaque est devenu un enfer et un espace mental. Un texte d'une grande beauté.


Couverture thaïlandaise du roman qui évoque une scène où les personnages se plaquent contre le sol pour échapper aux morsures du tigre.

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bix229
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MessageSujet: Re: Saneh Sangsuk [Thaïlande]   Mar 23 Juil 2013 - 16:02

Merci Marco !  J' ai Une histoire vieille comme la pluie dans ma bibliothèque. Il va falloir que je le cherche.

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Marko
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MessageSujet: Re: Saneh Sangsuk [Thaïlande]   Mar 23 Juil 2013 - 16:17

Par contre L'ombre blanche (dont je parlerai après) est devenu difficile à trouver (il est à un prix excessif sur amazon) mais j'en ai un exemplaire que je peux faire circuler.

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shanidar
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MessageSujet: Re: Saneh Sangsuk [Thaïlande]   Mar 23 Juil 2013 - 17:52

j'ai découvert cet écrivain en lisant Venin dont voici le commentaire (assez lapidaire) tiré du one shot :

shanidar a écrit:
Venin  de Saneh Sangsuk (Thaïlande)

il s'agit d'une nouvelle, de celles qui se lisent vite et laissent un petit goût d'amertume dans la bouche.

Tout y est : les buffles, la rizière, le palmier, un enfant estropié, la pauvreté, le temple, le devin, les sarong et les fleur de lotus. Immergé dans cette fable, ficelé par une écriture vive, qui n'hésite pas à utiliser la répétition, par un rythme un peu sec, très proche d'une langue orale, on veut aller au bout, et arrivée au bout on prérèrerait ne pas y avoir été parce que la fin a la violence d'une claque.

Venin est un conte attachant et sans doute une belle manière de découvrir la Thaïlande, ses bouviers, sa nature, ses dangers... et ses traditions.

Il s'agit du seul livre de l'auteur se trouvant à la médiathèque mais il m'avait tant plu que j'ai fini par l'acheter (si quelqu'un est intéressé...).
Ce fil me donne envie de retourner vers cet auteur.

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Marko
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MessageSujet: Re: Saneh Sangsuk [Thaïlande]   Mar 23 Juil 2013 - 18:59

shanidar a écrit:
Ce fil me donne envie de retourner vers cet auteur.

Je suis certain que tu aimerais beaucoup L'ombre blanche Shanidar. Heureusement que tu as fait remonter ton commentaire sur Venin. On égare trop de bonnes choses dans le One Shot.

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shanidar
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MessageSujet: Re: Saneh Sangsuk [Thaïlande]   Mar 23 Juil 2013 - 22:13

Marko a écrit:
shanidar a écrit:
Ce fil me donne envie de retourner vers cet auteur.

Je suis certain que tu aimerais beaucoup L'ombre blanche Shanidar. Heureusement que tu as fait remonter ton commentaire sur Venin. On égare trop de bonnes choses dans le One Shot.

 Une proposition malhonnête pour retourner vers l'Extrême-Orient ?? ou une invitation à découvrir le cinéma de Weerasethakul que je ne connais pas ?
En tout cas, j'étais assez réticente quand j'ai emprunté Venin, j'avais peur d'y trouver ce que voudrait y trouver un occidental, un pittoresque, une manière de démontrer la réalité 'touristique' ou en tout cas compréhensible pour un occidental d'un pays visité mais finalement si peu connu et puis... j'ai découvert une écriture, un savoir-faire particulier, une façon de dire, attachée à une terre mais aussi et surtout une expression poétique, forte, réelle... une manière de vivre unique, belle dans son expression et qui laisse largement la place à la créativité d'une écriture particulière et fine et riche et.... profondément originale ! A lire donc !!

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MessageSujet: Re: Saneh Sangsuk [Thaïlande]   Mar 23 Juil 2013 - 22:27

C'est exactement ça et c'est encore plus vrai dans Une histoire vieille comme la pluie. On découvre un monde et un mode de vie totalement exotiques mais jamais pittoresques. C'est vibrant et envoûtant. Weerasethakul a ce même rapport quotidien presque documentaire qui fusionne avec une dimension plus mystérieuse, animiste, ou la metempsychose crée cette continuité entre l'humain, l'animal et la nature. J'aime beaucoup ça et c'est à la fois très oriental et tout particulièrement thailandais. Vois au moins Oncle Boonmee et Tropical Malady.

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MessageSujet: Re: Saneh Sangsuk [Thaïlande]   Mar 23 Juil 2013 - 22:34

Je vais tâcher de livre Venin pour commencer ; ça n'est vraiment pas long, et je ne connais pas du tout le littérature thaïlandaise.
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Marko
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MessageSujet: Re: Saneh Sangsuk [Thaïlande]   Mar 23 Juil 2013 - 23:13

eXPie a écrit:
Je vais tâcher de livre Venin pour commencer ; ça n'est vraiment pas long, et je ne connais pas du tout le littérature thaïlandaise.

 Il faudrait faire une lecture commune consacrée à la littérature thaïlandaise. Je dois lire "La chute de Fak" et "Sonne l'heure"  de Chart Korbjitti très prochainement...

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MessageSujet: Re: Saneh Sangsuk [Thaïlande]   Mar 27 Aoû 2013 - 22:09

Venin (อสรพิษ, 2001). Récit traduit du thaï en 2001 par Marcel Barang. Seuil. 75 pages. Est également disponible en format poche.

Le personnage principal (dont on ne connaîtra jamais le nom) est un jeune Thaï âgé de dix ans qui garde ses vaches. Il est surnommé "patte folle" parce qu'il a un bras estropié.
Un soir, tout en surveillant ses vaches, qu'il compte fréquemment (il y en a huit),
Citation :
"L'enfant se dirigea vers le bosquet de bambous au bord du réservoir, près de l'autel de la Mère Sacrée. La fraîcheur qui émanait de l'eau dans le réservoir et des arbres le long des berges semblait l'y convier. Plus on se rapprochait et plus on avait l'impression de pénétrer dans une retraite sereine. Il n'y avait que le sifflement du vent dans les branches, le geignement des tiges de bambous les unes contre les autres, le crissement des feuilles mortes foulées au pied." (page 26).
L'enfant confectionne quelques marionnettes.
Citation :
"Quand un montreur de marionnettes donnait une représentation dans le village ou dans les hameaux environnants, il ne la manquait pas. Il grimpait derrière la scène et regardait la façon de travailler du montreur et des musiciens. Il était extrêmement impressionné lorsqu'il voyait le montreur assis en tailleur dans la lumière aveuglante, le corps baigné de sueur, les deux mains animant les marionnettes, la bouche filant une chanson, des bouts rimés, des répliques de dialogue. Il avait mémorisé quantité de bouts rimés, de chansons et de gags de montreur. Il rêvait de devenir montreur de marionnettes quand il serait grand, même s'il ne pourrait se servir que d'un bras seulement.
À présent, il se trouvait donc assis, dos tourné au soleil qui s'enfonçait à l'horizon. Le soleil serait sa lampe-tempête. L'espace vide devant lui serait son écran. " (pages 28-29).
Il entonne des vers ; d'autres enfants approchent.
Quelques pages plus loin, conformément au titre :
Citation :
"Et c'est alors que, d'un antre secret au sein de la terre sous le tamarinier géant pourrissant qui gisait là, un cobra de sexe femelle pointa la tête au comble de la colère. Son corps était gros comme la cuisse d'un homme mûr. Son dos était d'un noir d'encre, son ventre blanc strié de gris." (page 33).
Bien sûr, le cobra géant va attaquer notre héros...

Un récit prenant. On s'attend à lire une fable, mais c'est sans doute un peu trop réaliste ou critique (le personnage de Songwât, par exemple, qui exploite la crédulité des villageois).
Très bien.

Marko, merci d'avoir ouvert ce fil ! bonjour


Dernière édition par eXPie le Mer 28 Aoû 2013 - 7:59, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Saneh Sangsuk [Thaïlande]   Mer 28 Aoû 2013 - 0:02

Content que ça te plaise. Encore un auteur dont j'aimerais trouver davantage de traductions. Je me suis d'ailleurs trompé plus haut, la couverture avec le personnage étendu sur le sol appartient à son dernier roman en date non traduit. Mais elle aurait aussi bien pu être celle d'Une histoire vieille comme la pluie.

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MessageSujet: Seule sous un ciel dément   Mer 28 Mai 2014 - 12:31

Seule sous un ciel dément


Seule sous un ciel dément... une femme court à travers la jungle avec son enfant mordu par un cobra qu'elle porte dans ses bras jusqu'à l'épuisement. Elle cherche un remède, un sorcier, n'importe quelle aide qui pourrait empêcher ce petit garçon de mourir...

Ce récit s'inspire de l'histoire de Kisa Gotami et de sa rencontre avec Siddharta Gautama.



Une courte introduction nous présente cette même femme entrée depuis dans les ordres dans  le plus grand dénuement. Elle attend sa propre mort avec le sourire et raconte à ses disciples son histoire.

Après une première partie qui évoque la condition des femmes dans cette société de castes à travers son mariage (esclavage plutôt) avec un homme de la caste des brahmanes, l'histoire prend une dimension incantatoire lorsqu'elle se met à traverser la jungle avec son fils en rencontrant toute la faune, la flore, les éléments qui se font de plus en plus menaçants.

J'ai trouvé ce récit hypnotisant. Je n'ai pas pu le lâcher jusque tard hier soir et l'expérience de lecture d'un seul tenant (le roman fait 150 pages) m'a laissé bouleversé par sa magie narrative, l'évocation superbe de la nature et l'intensité croissante jusqu'à la transe de cette quête désespérée au bord de la folie qui s'achève par une rencontre lumineuse avec la simplicité et la justesse du message qu'il délivre. Magnifique!


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Dernière édition par Marko le Jeu 29 Mai 2014 - 11:30, édité 1 fois
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Arabella
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MessageSujet: Re: Saneh Sangsuk [Thaïlande]   Mer 28 Mai 2014 - 19:23

Je note cet auteur, pour mon tour du monde, je n'ai encore rien pour la Thaïlande.  sourire 

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MessageSujet: Re: Saneh Sangsuk [Thaïlande]   Mer 28 Mai 2014 - 21:43

Tu me donnes bien envie de le lire Marko.

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Marko
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MessageSujet: Re: Saneh Sangsuk [Thaïlande]   Mer 28 Mai 2014 - 22:17

pia a écrit:
Tu me donnes bien envie de le lire Marko.

Je le conseille vivement. On accompagne cette femme, on souffre avec elle, on espère, on participe aux épreuves qu'elle traverse dans une jungle à la fois concrète et métaphorique, sorte d'espace à la fois mental et mystique qui autorise une escalade de violence subie avec des apparitions inouïes (cet éléphant blessé et en colère, ces danses tribales érotiques et frénétiques interrompues par la foudre!) puis une forme de catharsis. C'est très libératoire et ce que Sangsuk tente de faire c'est de nous confronter à la coexistence naturelle de la vie et de la mort qui se confrontent en permanence. Et tout ça dans une forme qui, par son rythme qui s'accélère et ses phrases parfois répétées, cherche la transe comme une expérience chamanique. Fabuleux!



Extrait du début:


De l'extérieur de la cellule parvenaient l'appel enroué d'un coq de bruyère, le craquettement grasseyant des cigales, la crécelle d'un serpent de kukri, le souffle du vent. La terre semblait sur le point de gémir. Quant au ciel, plus sensible, il se lamentait en grondant. Ces sons éraillaient la sérénité étale et iridescente tel un lac du monastère de Jetavana et y faisaient naître des ondulations. Parmi ces sons et cette sérénité, la vénérable mère se mit à parler, les yeux parfois à demi clos, parfois fermés sur le secret d'une méditation et parfois grands ouverts, tandis que le corps demeurait immobile, comme si la posture du lotus créait un bastion que nul ne saurait renverser. Sa voix, claire, avait le timbre d'une cloche d'étain. A plusieurs reprises la vénérable mère parla comme si elle récitait des formules magiques; à plusieurs reprises la vénérable mère parla comme si elle s'adressait à elle-même et était la seule à pouvoir se comprendre; tout ceci de la voix léonine qui était la sienne. L'histoire que la vénérable mère était sur le point de narrer était celle de sa vie avant son ordination. Même à cette époque, cette histoire avait la noirceur autant que l'éclat des contes mythologiques - une noble tradition perpétuée des temps lointains du Bouddha à nos jours.

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