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 Jacques Brault

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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Jacques Brault   Mar 25 Déc 2012 - 17:53



Je vous réfère à cette courte introduction qui résume l'oeuvre de Jacques Brault.

Pour ma part, j'ai fait une recherche explicitant les liens entre les genres de la poésie et de l'essai qu'il tente.

Henri Michaux a eu une longue influence durable sur Jacques Brault.

Au fil de mon travail j'écris notamment :

«Dans les faits, Jacques Brault revient au cœur des œuvres poétiques du Québec pour mieux extraire la difficulté intrinsèque de composer des œuvres littéraires exemptes d’éloquence et d’engagement politique qui vicient à son sens l’état de la langue littéraire. [...]

Quoi qu’il en soit, la trame de Trois fois passera laisse transparaître dans un premier temps le motif de l’oiseau-épouvantail. Nous en revenons inévitablement aux héritages assumés d’Hector de Saint-Denys Garneau et Gaston Miron. [...]

Dans Chemin faisant, Jacques Brault s’inscrit en faux sur les notions sartriennes de l’engagement littéraire. Pour sa part, Frédérique Bernier a signalé une mise à distance de l’héritage de Maurice Blanchot (p. 152-160) – nous pouvons parler de résistance de principe. De fait, Jacques Brault peut être cité comme un spécialiste de l’œuvre d’Henri Michaux. Il a intégré sa démarche poétique à tel point qu’il fut cité dans Lire Michaux de Raymond Bellour et que la conception du titre Chemins perdus, chemins trouvés fut influencée par le titre d’un recueil de Michaux, Chemins cherchés, chemins perdus, transgressions. [...]

Avant de procéder à cette reconnaissance du poème, Jacques Brault postule Dans la nuit du poème :

C’est dire que la langue, sans cesse, se retourne et se mesure. Le vers atteste cette disposition de la langue; il l’illustre et la singularise; mais c’est elle, dans son fondement sans fond et sa dynamique instable qui supporte et même prévient les ruptures internes au vers et les cassures par quoi le vers se prosaïse, souvent pour le mieux .

Quelques années auparavant, Jean-Pierre Issenhuth a pris fait et cause, donnant la pleine mesure du poème braultien. Nous ne lui saurons plein gré d’avoir réaffirmé l’importance du poème braultien et ce qu’il propose de déséquilibres en harmonie :

Par les herbes pliées
sous le vent rageur
j’avance dans la nuit
et dans ma solitude

au-dessus de la plaine où l’espace
coule dans le temps
une vieille lune s’obstine
ébahie d’ombrages

où es-tu ma vie
dérivante comme une nouvelle
bonne ou mauvaise
on ne sait plus.


La structure du poème braultien pourrait se prosaïser parfaitement dans le découpage de cet extrait et pourtant, le maintien du vers est préservé par la maîtrise pleinement acquise des procédés d’écriture de la prose poétique et de l’essai parallèlement au vers.»

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MessageSujet: Re: Jacques Brault   Mar 26 Fév 2013 - 10:47

Jacques Brault est un poète assez complet, diversifié dans ses registres et il manie admirablement le motif.

Dans mon dernier travail, j'ai volontairement passé outre Poèmes des quatre côtés. Je reviens aujourd'hui sur un extrait :

Citation :
(d'après E. E. Cummings)

S'il y a des cieux ma mère
en aura un tout à elle
ce ne sera pas un ciel mauve de pensées
ni un ciel fragile de muguets mais
ce sera un ciel de rose rougenoires

mon père (penché comme une rose
ouvert comme une rose)
se tiendra près de ma mère
(se balançant sur elle
avec une ombre de silence)

avec des yeux qui sont vrais pétales et qui voient

tout avec visage de poète vrai qui
est une fleur et un visage avec
des mains
qui chuchotent

voici ma bien-aimée
(soudain sous le soleil
il saluera très bas)
ma racine et ma rosée
(et tout le jardin s'inclinera)


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MessageSujet: Re: Jacques Brault   Mar 26 Fév 2013 - 11:24

Un autre poème rejoint l'actualité de mes préoccupations.

Citation :
«Borne de l'histoire», dans La poésie ce matin

un caillou épuisé de poussière
jamais n'a heurté personne

il porte son poids en marge
des bruits des espaces des espoirs

tout de pierre et sans névrose
il ne demeure qu'en lui-même

gel pluie éclair d'été ne font pas ses délices
ni novembre sa frayeur immobile

il ne souffre pas ne guérit pas
au temps hagard il fait défaut

huître éponge ou méduse
il finira par s'enfoncer recouvrance

dans les pays de cendre et patience
ceux-là seuls ont une âme

sur la peau

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MessageSujet: Jacques Brault   Ven 1 Mar 2013 - 8:58

L'en dessous l'admirable est un recueil de poèmes que j'ai étudié dans mon travail sur Brault la session dernière. Je m'étais efforcé de recenser les liens à faire entre sa parole essayistique et ses références assez fréquentes à l'oeuvre d'Henri Michaux. Aujourd'hui, j'ai relu le recueil. J'ai tenté de dégager ce qui pouvait faire la force poétique braultienne à mon sens. J'ai donc retenu deux extraits :

Citation :
Animaux d'amour-angoisse
et douleur du temps pourquoi
pourquoi pas si rien plus rien

tombée du vol et jamais l'essor ne dure
dure croyance je croyais revenir
d'après ruines mais non le chemin
se perd perclus sommes-nous
hommes de si peu d'une fois
sans autre qu'elle trace effacée

nulle part donc et sans débouché

les choses se rient de tout les champs
tavelés de neige et les arbres étirés
vers un ciel d'épierrement soleil aux aguets
âmes-cailloux torpeur de muraille
et les morts que j'ai sur les bras
ces butés d'oublis
sont nos enfants


Jacques Brault, Poèmes, 2000, Noroît, p. 235


Dans le deuxième extrait, nous retrouvons ce qui fait la québécité du caractère poétique que je retrouve chez plusieurs de mes consoeurs et confrères poètes :

Citation :
Avec son regard qui allait venait comme chaloupe
pleine d'eau rue Sainte-Catherine un samedi soir
de juin qui partageait la foule à contre-courant
un fantôme d'idée la chevauchant fixe et beau
même qu'invisible aux yeux des minets minounes
d'aventures pas chères mais son regard à lui
son regard d'éboulis vieilles roches de montagne
mal accouchée son regard de biais de travers glissant
des paupières s'y raccrochant son regard de haut
vol tombé ramené planant à sa vigie son regard
traçait en zigzag un éclair de tranquillité
on eût dit on eût crié que rien jamais plus n'allait
le désespérer de voguer sur les têtes de louvoyer
entre les néons gueulards et les graisses de rires

puis il toucherait un rivage et des grenouilles
de nuits vertes chanteraient doucement
à l'abri des grands cils de l'obscur

c'est ainsi qu'on imagine la paix
la très humble citadine qui flaire dans les rues
un air ancien un air de campagne perdue


Ibid., p. 261.

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MessageSujet: Re: Jacques Brault   Dim 3 Mar 2013 - 12:11

J'ai comparé deux versions d'un même poème de Jacques Brault, «Rue Saint-Denis». On perçoit mieux le grain de la rue dans l'extrait de poème, plutôt que la version complète. Nous pouvons ainsi mieux comprendre, pour utiliser l'exemple d'un autre fil, l'intérêt d'avoir fusionné les deux fils créés à l'intention d'Hector de Saint-Denys Garneau.

Citation :
extrait de «Rue Saint-Denis»

Je pense à cette rue de mon enfance je pense à
l'hiver entre les maisons grises
J'entends la rumeur d'un autre monde dans la rue où
s'achèvent mes pas
C'était hier c'est maintenant le même désespoir étriqué
qui clopine sur la glace
La même et rêche rengaine chez Julie les lendemains
d'oubli
Je pense à ces amours sans visage oubliées je ne sais


Les cloches sonnent rue Saint-Denis la morose
Leurs voix fêlées redisent mes heures sordides
La main nerveuse comme une bête au giron de la
fillette
L'herbe jaunasse des parterres les étoiles de fiente sur
le trottoir
La cigarette baveuse et blême le soleil de six heures
sur l'épaule
La rue qui fait un bruit de vieux sous noirs
Et dans chaque vitrine le chromo de ma peine

Clochard de mes amours histrion de mes jours
Je m'en vais oui je m'en vais pour de bon
Je m'en vais avec dans ma main la chaleur de mon
autre main

Les cloches sonnent rue Saint-Denis la morose
Et leur fêlure ouvre en moi une ancienne et neuve
douceur
Cette chose au bout de la rue n'est pas si terrible
Cette chose venue là pour m'appeler de son regard
aveugle

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MessageSujet: brault 2   Lun 4 Mar 2013 - 13:14

J'ai trois extraits de Brault à vous proposer. Je vous ai déjà dit qu'il puisait à même l'oeuvre d'Henri Michaux. Nous pouvons le voir dans ce premier extrait :

Citation :
Qui est-ce (en moi dirais-je comme un autre
présent) qui est entré par effraction a tout
saccagé plus rien en place et cet autre je
me désespère tant il est de glace dur et grinçant
[EDA, 230]

Un deuxième extrait dans Moments fragiles :

Citation :
Images d'un amour amer
s'assemblent neiges muettes
et qui jonchent l'étang noir
de crocus granuleux comme l'angoisse
où je m'acharne près d'un visage perdu
c'était il y a mille ans douleur
mal endormie vieilles plissures
d'un ciel fatigué maintenant
le vent froid me chevauche les épaules
et je pousse un soupir où grelotte un rire léger

Au début d'Il n'y a plus de chemin, Brault a réussi - oui, je dis réussi - à écrire ceci :

Citation :
Voici qu'on siffle un petit air
ancien de mal à l'âme
a-t-on idée d'avoir une âme
et qui a mal en plus
où chante sans en avoir l'air
l'ombre de qui n'est plus

L'ombre de Qui je fus plane au-dessus de l'écriture du premier extrait cité. Reprenons le début de Qui je fus d’Henri Michaux :

Citation :
«Je suis habité; je parle à qui-je-fus et qui-je-fus me parlent. Parfois, j’éprouve une gêne comme si j’étais étranger. Ils font à présent toute une société et il vient de m’arriver que je ne m’entends plus moi-même.»

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MessageSujet: Re: Jacques Brault   Mer 6 Mar 2013 - 8:59

Dans Trois fois passera, la poésie est tout aussi versifiée qu'elle peut être traversée de fragments essayistiques. Jacques Brault y éclaire son génie. Pour se mesurer à Miron, ça prenait un poète tout aussi intellectuel que Brault pouvait l'être. Dans l'extrait dont il est question, Brault démontre sa capacité de féminiser sa poésie :

Citation :
Galbe d'un ventre invisible, le matin se chauffe
au creux de ton cou. Vernie de nonsoleil, ta joue
dans la pénombre se divise et se multiplie sous mes
mains qui font mine de te toucher. Qu'est-ce soudain,
cette clarté, cette évidence plantée en pleine poitrine,
qui me fit te consoler avant de te connaître? Un soir
divague et s'échoue sur ce matin à peine com-
mençant. L'été pourtant va crier, dehors et par le ciel,
les arbres l'ont chanté toute cette nuit venteuse, et ce
matin je vois chacun des arbres emprisonné dans son
extase, mais du deuil qui l'habite, nulle ombre ne
témoigne
.

Et nulle ombre en toi, entre nous, n'annonçait la
fin de cette petite éternité. Cependant tu dors; et je
veille. Chacun de son côté du monde.


Note : les caractères en gras était originellement en italique dans le texte.

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MessageSujet: Re: Jacques Brault   Lun 18 Mar 2013 - 11:07

Dans L'Artisan, Jacques Brault se révèle. Ce recueil lui donne encore une fois l'occasion de jouer ses gammes. Sur la couverture de mon livre, nous voyons un hibou. Il en est même question dans le recueil.

Dans le premier ensemble poétique, «Tombeau», Jacques Brault puise dans le lexique de Gaston Miron. Il donne ainsi à voir une conception qui renforce son propos même si ce qu'il écrit lui-même se révèle indépendamment avec beaucoup plus de force. Je note ce premier passage :

Citation :
Voix de pauvre, voix de magie et songe
fumoïde, l'harmonica des rues
tremble à sa bouche, puis les ritournelles
comme l'enroulement du liseron
s'obstinent à se frayer un passage
de béance. Et toi, fol amour de fou,
petite mort, zébrure de l'instant,
amour navigateur qui te désancres
de l'ennui néant, va, cours sur ton erre
toute la sainte face de journée.


Jacques Brault, L'Artisan, 2006, Noroît, p. 11.

Note : les passages en gras étaient originellement en italique dans le livre et puisés à même l'oeuvre de Gaston Miron.

Dans «Proses peut-être», Jacques Brault a livré un texte de deux pages intitulé «L'effacé» et qui reprend le même processus d'écriture qu'il avait fait avec Miron. Cette fois, il le fait avec Fernando Pessoa :

Citation :
Le poète n'a pas de biographie. Il peut porter sans peine les masques de chair rencontré dans la rue et qui lui font signe d'une complicité telle qu'ils sont davantage lui-même que l'être qu'il se suppose. Alberto, Ricardo, Alvaro, Bernardo, les autres, ébahis parmi vous et les choses familières, errant par les ruelles du vieux quartier, je ne dors pas. J'entresuis.

Ibid., p. 51.

J'ai noté le précédent passage puisque Jacques Brault m'a encore une fois frappé par sa capacité de fondre les mots de manière à ce qu'il se les approprie dans les motifs qu'il tisse d'un texte à l'autre. Il prend les mots de Pessoa et les fait quasiment siens.

Dans la partie «Quatrains comme», j'ai noté ce qui suit :

Citation :
Comme Oedipe qui n'a plus d'yeux que son bâton
elle s'en va la simple poésie dont on
casse la voix elle aspire bouche béante
le mutisme au coeur du néant qui nous enfante


Ibid., p. 57.

Avant de conclure sur un dernier extrait, je vous invite à lire «Relèvement» dans le recueil si jamais vous en venez à le lire. C'est quelque chose à expérimenter comme sensation du langage. Je vous livre un passage d'«Au coeur du bois» :

Citation :
En suspens de césure et soudain non-néant s'enlève
un peuple dépaysé
la vie liquide s'essore
au tournoiement là-dessus d'un indécidable oiseau


Ibid., p. 77.

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MessageSujet: Re: Jacques Brault   Lun 1 Avr 2013 - 19:12

J'ai essayé de parcourir le fil de cet auteur à l'honneur en ce début de printemps ...
Mais je reste hermétique ... Je n'arrive pas à sortir de ma petite cabane ....
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MessageSujet: Re: Jacques Brault   Lun 1 Avr 2013 - 22:51

Il y a deux pièces de théâtre que l'on reconnaît généralement assez bien dans son oeuvre. Il s'agit de La charge de l'orignal épormyable et de la pièce Les oranges sont vertes. Claude Gauvreau était un poète à sa façon, mais il faisait du théâtre et il était assez bon dans ce qu'il faisait.

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MessageSujet: Re: Jacques Brault   Mar 2 Avr 2013 - 7:25

Je regrette de ne pas savoir savourer la passion évidente de Jack-Hubert pour Brault.
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MessageSujet: Re: Jacques Brault   Mar 2 Avr 2013 - 7:43

Jacques Brault a également écrit Au fond du jardin qui constitue un recueil intimiste d'essais. Il a notamment abordé le sujet de la condition du poème intimiste. Après avoir posé les balises de cette condition, il écrit notamment :

Citation :
Quelle détresse tranquille enténèbre votre visage? Pourquoi la journée transitoire vous importe-t-elle à ce point? Vous remuez les lèvres, on croirait que vous mâchez du silence. Et ce rien, ou presque, signifie étrangement que l'intimisme adonné à la poésie quotidienne déchire le banal et le convenu. Débusque le confort machinalisé ou la souffrance complaisante. Vous murmurez enfin que l'horizon de l'intime est le plus brouillé, le plus incertain. On vous entend à peine, on se demande d'où vous tenez ce paradoxe qui a toute semblance de gratuité.

Je viens de la rue où le peuplier s'étonne.


Jacques Brault, Au fond du jardin. Accompagnements, 1996, Noroît, p. 51.

GrandGousier : Vous écrivez à voie haute. Vous vous posez alors la question. Il me fait plaisir de vous présenter d'autres découvertes de Brault au fur et à mesure.

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MessageSujet: Re: Jacques Brault   Mar 2 Avr 2013 - 9:28

Comprendre la posture instable de Jacques Brault, c'est constamment le lire et guetter le détour de sa pensée :

Citation :
Le je de cet écrivain-malgré-tout a tenu son écriture tremblée dans une position précaire. Le quiproquo guettait à chaque tournant. L'identité perdue depuis le début a emprunté diverses défroques. Pas facile de se glisser en voleur dans une vie étroite où les mots d'amour ne sont prononcés que pour couvrir de pudeur un coeur ratatiné. On écrit je avec un peu d'humour, de tendresse muette, et ça donne un déchirement de douleur. On voulait voiler; on exhibe. Comment s'en sortir? On ne s'en sort pas. On va plus avant, sans repères. On magnifie par bravade ce que le malgré tout offre de possible, mince, difficile à identifier. On écrit je, quelqu'un d'autre, «un rêveur aux mains vides», et qui n'a plus rien à donner que le vide au creux de ses mains.

Jacques Brault, Au fond du jardin. accompagnements, 1996, Noroît, p. 80-81.

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MessageSujet: Re: Jacques Brault   Sam 6 Avr 2013 - 12:38

Je reviens dans L'en dessous l'admirable. Jacques Brault est assez diversifié sur le plan des formes poétiques qu'il utilise dans ce recueil. Cet extrait m'est tombé dans l'oeil :

Citation :
avec des douleurs réapprises
aux épaules
je viens comme un matou de nuit
rôdeur parmi les
détritus
c'est toi que je trouve grise cernée de folie
vigne tombante contre un mur de briques
et cela aussi si près de l'en dessous cette splendeur
de bric-à-brac de broche à foin
est
le plus pur amour


Jacques Brault, Poèmes choisis. 1965-1990, 1996, Noroît, p. 74.

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MessageSujet: Re: Jacques Brault   Dim 7 Avr 2013 - 13:15

Dans Chemin faisant, nous assistons à du grand Jacques Brault. Cet ensemble d'essais assemblés dans un recueil gagne son autonomie littéraire en lui-même. Cette fois-ci, je puiserai un extrait de «Juan Garcia, voyageur de nuit». Ce texte est contenu dans la section «Gens de mon quartier». Jacques Brault y traite des écrivains qu'il tient en connivence. Voici le ton de ce qu'il aborde dans la finale du texte :

Citation :
Tes poèmes me font signe de laisser la parole au silence. Quand viendra le moment de marcher hors de moi et d'entrer dans la nuit non fragmentée, je n'aurai plus vraiment qu'à me taire. Qui serons-nous alors? Sans doute la réponse erre-t-elle à nos côtés par la même nuit d'exister, cette cessation d'être - et ce commencement. Je t'imagine là-bas, dans ton hôpital, non loin de l'Espagne, je descends ici la Côte-des-Neiges avec le soleil bas de nos hivers, je revois en un reflet ta figure de Gréco, tes larmes embroussaillées de rires muets, j'entends parmi les klaxons sourds, les bruits de neige écrasée, ta voix profonde qui s'adresse à quelqu'un d'invisible et qui n'est pas, pas encore, de ce monde : nous-mêmes, nous tous.

Jacques Brault, Chemin faisant, 1994 (1975), Montréal, Boréal, coll. «Papiers collés», p. 179-180.

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