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 Rina Lasnier

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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Rina Lasnier   Mer 27 Fév 2013 - 10:54



Rina Lasnier est une autre poétesse québécoise que je vous présente. Née en 1910 et décédée en 1997, elle a produit une oeuvre de grande ampleur à ce qu'il semble selon Wikipedia :

Citation :
Féerie indienne, 1939
Images et proses, 1941
Le Jeu de la voyagère, 1941
La Modestie chrétienne, 1942
La Mère de nos mères, 1943
Le Chant de la montée, 1947
Escales, 1950
Le Jeu de la voyagère, 1950
Présence de l'absence, 1956
La Grande dame des pauvres, sur Marguerite d'Youville, 1956
Mémoire sans jours, 1960
Miroirs, 1960
Les Gisants, 1963
Rina Lasnier, 1964
L'Arbre blanc, 1966
Ces visages qui ont un pays, 1968
La part du feu, 1970
L'Invisible, 1971
La salle des rêves, 1971
Poèmes, 1972
Le rêve du quart jour, 1973
Amour, 1975
L'échelle des anges, 1975
Les signes, 1976
Femme plurielle, 1979
Le Soleil noir, 1981
Voir la nuit, 1981
Entendre l'ombre : poèmes, 1981
Le Choix de Rina Lasnier dans l'œuvre de Rina Lasnier, 1981
Chant perdu, 1983
Études et rencontres, 1984
Le Soleil noir, 1987
L'Ombre jetée, 1987
Le langage des sources, 1988
Présence de l'absence, 1992
Mémoire sans jours, 1995

Nous la reconnaissons souvent comme l'un des précurseurs de la modernité poétique québécoise. Née autour de la même époque (avant-première guerre mondiale) qu'Hector de Saint-Denys Garneau, elle s'inspire de la Bible pour écrire certains recueils poétiques. Peu à peu, elle développe une vision et un registre qui lui sont propres.

J'ai en ma possession le recueil L'épanouissement de l'ombre. Poèmes choisis publié chez Noroît en 2011. Dans ce même recueil, il y a des poèmes choisis dans 14 recueils. Il serait intéressant d'explorer l'étendue de son oeuvre assez imposante. Pour le moment, je vous convie au poème «Présence de l'absence» tiré du recueil du même nom :

Citation :
«Présence de l'absence»

Tu es né mêlé à moi comme l'archaïque lumière les
eaux sans pesanteur,

Tu es né loin de moi comme au bout du soleil les
terres noyautées de feu,

Tu nais sans cesse de moi comme les mille bras des
vagues courant sur la mer toujours étrangère;

C'est moi ce charroi d'ondes pour mûrir ton destin
comme midi au sommet d'une cloche;

Cette gorgée d'eau qui te livre la cime du glacier, c'est
mon silence en toi,

Et c'est le sillage de mon défi cette odeur qui
t'assujettit à la rose;

Cette pourpre dont tu fais l'honneur de ton manteau,
c'est le deuil violent de mon départ;

C'est moi l'amour sans la longue, la triste paix
possessive...

Moi, je suis en toi ce néant d'écume, cette levure pour
la mie de ton pain;

Toi, tu es en moi cette chaude aimantation et je ne
dévie point de toi;

C'est moi qui fais lever ce bleu de ton regard et tu
couvres les plaies du monde.

C'est moi ce remuement de larmes et tout chemin
ravagé entre les dieux et toi.

C'est moi l'envers insaisissable du sceau de ton nom.

Si ton propre souffle te quittait, je recueillerais pour
toi celui des morts dérisoires;

Si quelque ange te frustrait d'un désir, ce serait moi
la fraude cachée dans la malédiction.

Toi, tu nais sans cesse de moi comme d'une jeune
morte, sans souillure de sang;

De ma fuite sont tes ailes, de ma fuite la puissance de
ton planement;

De moi, non point l'hérédité du lait, mais cette lèvre
jamais sauvé du gémissement.

Je suis l'embrassement amoureux de l'absence sans la
poix de la glutineuse présence
.

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De Gaulle, citant Nietzsche

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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Re: Rina Lasnier   Ven 1 Mar 2013 - 11:38

Toujours dans La présence de l'absence, nous pouvons lire «Naissance obscure du poème» :

Citation :
«Naissance obscure du poème»

Comme l'amante endormie dans l'ardente captivité
- immobile dans la pourpre muette de l'amant,

fluente et nocturne à la base du désir- obscurcie
de sommeil et travestie d'innocence,

ses cheveux ouverts à la confidence - telles les
algues du songe dans la mer écoutante,

la femme omniprésente dans la fabulation de la
chair - la femme fugitive dans la fabulation de la
mort,

et l'amant pris au sillage étroit du souffle - loin de
l'usage viril des astres courant sur des ruines de feu,

elle dort près de l'arbre polypier des mots médusés
- par l'étreinte de l'homme à la cassure du dieu en lui,

par cette lame dure et droite de la conscience -
voici l'homme dédoublé de douleur,
voici la seule intimité de la blessure - l'impasse
blonde de la chair sans parité;


//p. 93

voici l'évocatrice de ta nuit fondamentale, malemer
- la nuit vivante et soustraite aux essaims de signes,

malemer, mer réciproque à ton équivoque
profondeur - mer inchangée entre les herbes amères
de tes pâques closes,

toute l'argile des mots est vénitienne et mariée au
limon vert - tout poème est obscur au limon de la
mémoire;

malemer, lent conseil d'ombre - efface les images,
ô grande nuit iconoclaste!

***

Malemer, aveugle-née du mal de la lumière -
comment sais-tu ta nuit sinon par l'oeil circulaire et
sans repos de paupière?

pierrerie myriadaire de l'oeil jamais clos -
malemer, tu es une tapisserie de regards qui te crucifiant
sur ton mal;

comment saurais-tu ta lumière noire et sans
intimité - sinon par le poème hermétique de tes
tribus poissonneuses?


//p. 94

ô rime puérile des étages du son - voici
l'assonance sinueuse et la parité vivante,

voici l'opacité ocellée par l'oeil et l'écaille - voici la
nuit veillée par l'insomnie et l'étincelle;

entre les deux mers, voici le vivier sans servitude -
et le sillage effilé du poème phosphorescent,

mime fantômatique du poème inactuel - encore à
distance de rose ou de reine,

toute la race du sang devenue plancton de mots -
et la plus haute mémoire devenue cécité vague;

pierre à musique de la face des morts - frayère
frémissante du songe et de la souvenance;

malemer, quel schisme du silence a creusé ta babel
d'eau - négation à quels éloges prophétiques?

assises du silence sur le basalte et le granit - et sur
les sinaïs noirs de tes montagnes sans révélation,
le vent n'a point de sifflement dans ton herbage -
la pluie est sur toi suaire de silence


//p. 95

veille la parole séquestrée dans l'éclair - faussaire
de tes silences catégoriques,

tu l'entendras draguer tes étoiles gisantes, tes soleils
tous démaillés - la haute mer lui portera ferveur,

pleureuse de la peine anonyme - la nuit lui est
remise à large brassée amère,

chanteuse encore mal assurée - et c'est toi socle et
cothurne inspiré,

fermentation de la parole en bulles vives - roses
hauturières et blanches pour une reine aveugle.


//p. 96

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MessageSujet: Re: Rina Lasnier   Sam 2 Mar 2013 - 11:42

Deux autres poèmes de L'homme rapaillé :

Citation :
«La pauvreté anthropos»

Ma pauvre poésie en images de pauvres
avec tes efforts les yeux sortis de l'histoire
avec tes efforts de collier au cou des délires
ma pauvre poésie dans tes nippes de famille
de quel front tu harangues tes frères humiliés
de quel droit tu vocifères ton sort avec eux
et ces charges de dynamite dans le cerveau
et ces charges de bison vers la lumière
lumière dans la gangue d'ignorance
lumière emmaillotée de crépuscule
c'est-ce pas de l'inusable espoir des pauvres
ma pauvre poésie avec du coeur à revendre
de perce-neige malgré les malheurs de chacun
de perce-confusion de perce-aberration
ma pauvre poésie dont les armes rouillent
dans le haut-côté de la mémoire
ma pauvre poésie toujours si près de t'évanouir
dans le gargouillement de ta parole
désespérée mais non pas résignée
obstinée dans ta compassion et le salut collectif
malgré les malheurs avec tous et entre nous
qu'ainsi à l'exemple des pauvres tu as ton orgueil
et comme des pauvres ensemble un jour tu seras
dans une conscience ensemble
sans honte et retrouvant une nouvelle dignité



Citation :
«En une seule phrase nombreuse»

Je demande pardon aux poètes que j'ai pillés
poètes de tous pays, de toutes époques,
je n'avais pas d'autres mots, d'autres écritures
que les vôtres, mais d'une façon, frères,
c'est un bien grand hommage à vous
car aujourd'hui, ici, entre nous, il y a
d'un homme à l'autre des mots qui sont
le propre fil conducteur de l'homme,
merci.

Nous voyons des influences certes, mais je puis dire ici que Garneau a influencé Miron d'une certaine manière.

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MessageSujet: Re: Rina Lasnier   Sam 2 Mar 2013 - 12:22

Dans Mémoire, il y a un passage fort évocateur qui transmet bien la plume braultienne :

Citation :
Trois fois accomplie c'est l'eau solitaire
de tes yeux
le même souvenir qui tierce s'écoule
une rêverie où l'horreur est lente et tranquille
un même souvenir d'autrefois une horreur
de petite fille
née trop tôt trop tard et mourante encore
de naître

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MessageSujet: Rina Lasnier   Dim 3 Mar 2013 - 10:00

Rina Lasnier a écrit plusieurs recueils. J'ai longtemps accroché après La présence de l'absence. Peut-être était ce le style d'écriture... je reprends donc la lecture de Lasnier dans un tout nouveau registre :

Citation :
«Trop de regards»

Trop de regards aux yeux,
trop de reluis dissuade;
plein amour et plein soleil
sont or oculaire de cécité.

Avers épais des paupières,
songe de lui dépeuplé de regards
balise l'amante de visions,
inverse en elle l'inépuisable...

C'était dans Matin d'oiseaux.

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MessageSujet: xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx   Lun 8 Juil 2013 - 10:27

Dans L'épanouissement de l'ombre, recueil de poèmes choisis dans plusieurs recueils, j'ai pu repêcher un poème de Rina Lasnier dans L'arbre blanc, soit «ON N'ENTERRE PAS LE SANG...» :

Rina Lasnier, L'épanouissement de l'ombre. Poèmes choisis, 2011, Noroît, p. 120. a écrit:
«ON N'ENTERRE PAS LE SANG...»

On n'enterre pas le sang décharné de la servitude
ni le sang désarmé de l'amour inutilisé;
on ne retire pas le cri de la bouche comme une clef,
on ne suture pas la pierre fissurée d'une soif.
La chaux vive du sang qui n'a point dormi,
tu l'entendras liquéfier la dalle des morts,
traverser ses étapes de neige étouffée
et siffler en remarchant tout son hiver.
On n'enterre pas le talon poudreux de la foudre
ni la fureur tendre du fruit piétiné;
le sang retourné sur sa racine comme un décombre
s'est armé tout droit d'une moisson fruste de couteaux...

La page qui suit, nous pouvons lire deux poèmes en anglais. Voilà pour le paradoxe illustré.

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