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 André de Richaud

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Constance
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MessageSujet: Re: André de Richaud    André de Richaud  - Page 3 Icon_minitimeMer 11 Sep 2013 - 8:38

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André de Richaud  - Page 3 10_mar26

Le prix Nocturne 2013 a été décerné à l'unanimité à "La Nuit aveuglante".





Quatrième de couverture :


Depuis vingt-deux ans et quarante jours, Cyprien vit retranché du monde, sur le flanc d'une montagne presque inaccessible. Seul.
Seul avec les phantasmes de son imagination.
Seul avec un masque au visage. Un masque de diable — monstrueux.
Un masque qu'il a revêtu par dérision, par défi, pour railler un jour la procession du village.
Un masque qui lui a tellement adhéré à la peau qu'il n'a jamais pu le retirer.
Depuis vingt-deux ans et quarante jours.


Incipit :

"Il faut pourtant que je me mette à écrire ces mémoires.
Des fois que le Dieu voudrait me rappeler à lui, comme on dit : mais je n'y crois guère.
Depuis quarante ans qu'il m'a laissé tomber sur sa terre, depuis vingt-deux ans que s'est passé l'évènement, il a toujours été sourd à mes plaintes, à mes menaces."




"L'évènement" s'est produit le jour de la Fête-Dieu. Cyprien, jeune homme insouciant et plutôt fat de sa personne, observe le passage du cortège religieux, accoudé à la fenêtre de sa chambre. C'est alors que son ami Célestin Borgne qui "n'était plus le fils Borgne mais le Malin lui-même" aiguillonne son goût pour la provocation en l'incitant à s'exhiber avec un masque de mardi-gras "Fais-leur peur !"
Si la plaisanterie atteint son objectif blasphématoire, le "masque affreux, rouge sang, surmonté de deux bourgeons de cornes, comme des escargots, aux tempes. Le masque du Diable, quoi !" demeure irrémédiablement collé au visage de Cyprien.
Ni la généreuse aspersion d'eau bénite, ni les sommmités médicales appelées en dernier recours, n'auront raison de son douloureux cauchemar  : désormais Cyprien portera la face du Diable et, Maudit, il prendra la décision de s'enfuir par une nuit sans lune, pour trouver refuge dans une maison abandonnée au fond d'une combe jadis nommée la combe du Volontaire, qu'il baptisera avec dérision "Villa Sainte-Farce" car il "aime les calembours et les à peu près de mauvais goût, et aussi l'irrévérence : c'est pour cela que je l'aurais volontiers appelée "Villa Sainte-Face".


Surnaturelle villa car "c'est vraiment la maison de la Sainte-Farce ... Un seul homme, je crois, un Belge, a vu des choses semblables. Il se nomme, à ce qu'on m'a dit, quelque chose comme Michaux (Henri)" : chaque jour, une horloge s'arrête à la seconde précise du lever du soleil, en même temps disparaissent les meubles sauf une chaise, et le vin s'écoule à volonté d'un robinet à la simple approche du reclus qui n'ose s'aventurer hors de sa combe, que la nuit venue.
Une de ces nuits propices à son vagabondage, quatre vieux philosophes se réunissent pour s'adonner à l'ivrognerie et se quereller en de viles et stériles chamailleries - pourtant la lune naît d'un plateau de cuivre jeté en l'air;  une tête de femme guillotinée en 1793 sort du mur du salon et l'appelle par son prénom Cyprien; dans une pièce de débarras, une mystérieuse porte de bois noir, impossible à desceller, qui "ne donne sur rien" mais à laquelle, pourtant, quelqu'un frappera un jour ...
Mais, on lui a laissé de quoi écrire ...    



"Silence donc, le danger est dans les mots", la citation du dramaturge anglais Christopher Marlowe, placée en exergue par Richaud au chapitre intitulé "Une réunion de philosophes", livre au lecteur l'une des clefs de ce récit fantastique à la complexité labyrinthique où les pronoms jouent le jeu troublant de la schizophrénie. En son état de derelection, que peut-il attendre de la parole philosophique qui tourne à vide depuis des siècles ? quel sens doit-il donner à son existence puisqu'elle se nourrit des pompeux artifices du langage énoncés doctement par de humbles mortels ?
Que lui sert cette pensée raisonneuse qui corrode l'âme et l'esprit aussi sûrement que la sénescence précède la mort, tandis que l'imaginaire poétique permet d'édifier des cathédrales créatrices de savoir.  
Peu à peu, après avoir accepté son châtiment surnaturel - tout d'abord avec accablement puis avec ironie et enfin avec l'humour de l'autodérision - Cyprien bénéficie de quelques allégements de sa peine qui lui permettront de redécouvrir les autres et surtout lui-même, mais ces cruelles captations de la vérité en la déchirure libératrice des ténèbres "aveuglantes" ne pourront que lui en être que fatales ... tenter de se dire, de se raconter par l'écriture, oser le "je" pour accéder à ce "moi" authentique, franchir cette mystérieuse  "porte noire" pour entrevoir ce "moi " profond est-il voué à l'échec lorsque l'on se sent irrémédiablement glisser dans le Néant littéraire, et vers cet autre inéluctable Néant qu'annonce la vieillesse ?


"Le personnage le plus intéressant d’un livre est toujours l’auteur." (André de Richaud)


Cyprien-Richaud n'a jamais tant aimé que la saveur de la vie qui ne lui a pas rendu ses attentes démesurées, cette promesse exhalée par sa terre natale d'un univers purement poétique.
Perpétuel exilé de sa propre existence, en quête de son insaisissable "je" qu'il ne voulait pas " autre", Richaud se perdit en la fuite existentielle des paradis artificiels de l'alcool.
Solitaire, il fuyait la solitude en se parant de masques, délusoires visages de façade plaqués sur les intimes recès de son âme tourmentée qui jamais n'a totalement livré le secret de sa détresse et de ses effrois.  


"Le Créateur tâta ses membres, car il se sentait allégé de quelque chose. Un frisson de crainte parcourut ses épaules : le Démon venait de naître, ami de la nuit qui l'a dérobé à Dieu"
 (La création du monde, André de Richaud)





Extraits :




"Donc, ce matin, j'avais grand peur que mes feuillets eussent disparu [...] Il n'en a rien été. Ils étaient à leur place, mais ils avaient été lus.[...] C'est prouvé : je suis surveillé. On ne me défend pas de me raconter. Comme toujours, en voyant qu'on avait lu ma prose, j'ai voulu tout détruire." (p.29)


"On se disait peut-être : "Il ne lui est rien défendu : sa seule condition de prisonnier libre le fait souffrir. Il n'osera plus rien écrire" (p.30)


"Voilà : la philosophie tout entière était en péril et, pour le tiers que j'étais, leur querelle ressemblait à une bagarre de chiffonniers ivres qui se disputent le dernier bouquet pourri de la prima donna. Ils emploient des mots ronflants pour qualifier leur façon de faire. Ils s'étalent comme des dindons. L'autre, tout nu, joue admirablement son rôle de condamné. Tout est en branle dans leur discours, la métaphysique était en péril - qu'ils disent - le monde vacillait ... " (p.78)


" Cyprien, si tu veux, sinon être heureux - c'est comme si je voulais devenir nègre ! - du moins avoir la paix, ne sors pas la nuit et fais comme ce philosophe qui, lui aussi "s'avançait masqué" et ne sortait pas de son poêle". Mon poêle est grand comme le monde; et si je me suis, en somme, tiré à mon honneur de cette première aventure, peut-être il n'en serait pas de même d'une seconde. Ne jouons jamais avec nos chaînes." (p.86)


"Je parlerai de moi à la troisième personne. Le "je" m'ennuie et, contrairement à ce que pensent les gens qui n'écrivent pas, il est très gênant pour la sincérité d'un auteur. Tandis que le "il" vous détache dans l'espace, vous donne une autre dimension; bref, fait de vous un homme. Je dis "il" ou "Cyprien" et suis un autre qui va et vient dans mon récit, qui s'asseoit ou marche.(p.99)



" - Comment vous nommez-vous ?
Il ne voulait plus se souvenir de son nom de famille, et le nom de Cyprien, qui était une des rares choses qui lui appartinssent en propre, il ne voulait pas le donner à tout bout de champ.  "Quelqu'un qui sait votre nom vous tient"
Il ne savait quel nom lui dire, et son silence devait paraitre insolite à la jeune fille. Une idée sotte vint brusquement. Elle était morte en 1793, donc elle ignorait tout ce qui s'était passé après :
- Eugène Delacroix, dit-il modestement
- C'est un beau nom, dit-elle, avec admiration. Vos ancêtres ont dû aller à Jerusalem : de-la-Croix ... "
(p118-119)


"Je consignai cette réflexion dans mon cahier : du moment qu'elle n'a pas tiqué au nom de Delacroix, c'est que les morts ont peu de rapports entre eux - peut-être pas du tout et moins encore avec les vivants, sans quoi le nom du célèbre peintre romantique n'aurait pas manqué d'arriver jusqu'aux oreilles de ma singulière visiteuse.
Les métaphysiciens tireront de ce fait les conséquences qui leur sembleront utiles."
(p.121)


" Mystère de l'écriture qui vous entraîne jusqu'au fond de vous-mêmes en multipliant les illusions du monde extérieur ... Dante  assis, la plume à la main, voit s'enfoncer devant lui la route de l'enfer et en descend les cercles. Cervantès, les chevilles encore douloureuses de ses chaînes, suit sur les routes interminables Don Quichotte. Même Lesage qui ne pouvait lâcher Gil blas ... " (p.148)


"  
- Pourquoi es-tu en prison ? demanda Cyprien.
- Pourquoi es-tu dehors ? répondit l'autre."
(p.151)


Dernière édition par Constance le Mer 11 Sep 2013 - 14:32, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: André de Richaud    André de Richaud  - Page 3 Icon_minitimeMer 11 Sep 2013 - 9:26

@Constance  : Superbe commentaire qui me donne envie de rajouter un nouvel opus de de Richaud dans ma LAL ...
Par contre, la couverture innocent
De quand date ton édition ?
Je n'en trouve pas de récente et seulement des exemplaires d'occasion de prime abord ...
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MessageSujet: Re: André de Richaud    André de Richaud  - Page 3 Icon_minitimeMer 11 Sep 2013 - 14:29

GrandGousierGuerin a écrit:
@Constance  : Superbe commentaire qui me donne envie de rajouter un nouvel opus de de Richaud dans ma LAL ...
Par contre, la couverture innocent
De quand date ton édition ?
Je n'en trouve pas de récente et seulement des exemplaires d'occasion de prime abord ...
Mon édition date de 1972 (N° 422), et je l'ai achetée d'occasion car il n'existe pas de réédition depuis cette année-là.  

Quant à la couverture, elle est dans la même veine que tous les ouvrages parus chez Bibliothèque Marabout/ Fantastique. Encore que certaines soient plus inspirées. Very Happy 

Sinon, j'aurais préféré faire l'acquisition de l'édition de Robert Morel Editeur datant de 1966 (couverture avec un masque aux yeux mobiles), mais le prix m'en a dissuadée ! affraid 

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MessageSujet: Re: André de Richaud    André de Richaud  - Page 3 Icon_minitimeMer 11 Sep 2013 - 19:21

Constance a écrit:


Sinon, j'aurais préféré faire l'acquisition de l'édition de Robert Morel Editeur datant de 1966 (couverture avec un masque aux yeux mobiles), mais le prix m'en a dissuadée ! affraid 

André de Richaud  - Page 3 10_aa10
Juste pour se faire peur ... peux-tu nous donner un prix ?
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MessageSujet: Re: André de Richaud    André de Richaud  - Page 3 Icon_minitimeSam 14 Sep 2013 - 17:44

Etat moyen : entre 50 et 80 euros. André de Richaud  - Page 3 162492 
Etat neuf : 115 euros. affraid 

Sinon, dans la bio croisée que Jean-Louis Malves a consacrée à Delteil et Richaud (Sol y sombra/ Ed. Loubatières), j'ai appris que Althen-des-Paluds évoquait le passé de cette terre marécageuse, et le ravage de ses fièvres paludéennes.
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MessageSujet: Re: André de Richaud    André de Richaud  - Page 3 Icon_minitimeSam 14 Sep 2013 - 17:51

Constance a écrit:
Etat moyen : entre 50 et 80 euros. André de Richaud  - Page 3 162492 
Etat neuf : 115 euros. affraid 
J'espère que ce vendeur te proposait un envoi sans frais avec de tels tarifs affraid
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MessageSujet: Re: André de Richaud    André de Richaud  - Page 3 Icon_minitimeSam 14 Sep 2013 - 18:15

GrandGousierGuerin a écrit:
Constance a écrit:
Etat moyen : entre 50 et 80 euros. André de Richaud  - Page 3 162492 
Etat neuf : 115 euros. affraid 
J'espère que ce vendeur te proposait un envoi sans frais avec de tels tarifs affraid


Je me suis contentée d'esquisser un bras d'honneur virtuel. Very Happy 
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MessageSujet: Re: André de Richaud    André de Richaud  - Page 3 Icon_minitimeMar 17 Sep 2013 - 12:06

Il me reste plusieurs ouvrages à commenter mais, avant que je ne trouve le courage de m'y atteler, intermède poétique :



En épigraphe au recueil de poèmes "Le droit d'asile & Poèmes épars" :


Lit écimant des rêves et des cuivres
à vous gouffres sans sources
j'abreuve mon sommeil.

André de Richaud






Le passé indéfini


Pour Laurent



Colonnes éparses pierres maudites épaves lavées
regardez-moi sanglant revenir à mon trou
La tombe ? Avenir bégayant ... Tais-toi !
C’est à moi de parler encore
Les feux du matin
Les palmes balancées du soir
Tout ça donné pour un caillou
perdu dans les sables du couchant


Les neiges ont fondu
Les oiseaux se dispersent
Les yeux de ma douleur s’ouvrent au fond des bois
Toi, seule statue à la bouche scellée
Toi, seule gardes l’horrible secret ...


Heureusement qu’il y a une voix verte qui fleurit toujours
au fond de la campagne.


"Fais doucement ta ronde
l’oiseau rit dans le vent
Et le ciel et le monde
se parlent bien souvent ... "



(Extrait de "Le Droit d'asile" (1943-1953), in Le Droit d'asile & Poèmes épars/ Ed. L'Ether Vague/ Patrice Thierry éditeur)
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MessageSujet: Re: André de Richaud    André de Richaud  - Page 3 Icon_minitimeMer 18 Sep 2013 - 12:28

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Madrigal

Pour Madeleine Robinson



Le sommeil des oiseaux se défait aux fontaines
Et dans les lignes de ta main
Je vois s'émerveiller mille montagnes bleues ...


*

Les astres qui s'en vont les roses qui s'effeuillent
Le disque bleu et noir de nos amours voilées
L'amour trouvant la mort au rire de nos lunes
Et la neige des coeurs sur les chaînons rouillés.



(Extrait de "Le Droit d'asile" (1943-1953), in Le Droit d'asile & Poèmes épars/ Ed. L'Ether Vague/ Patrice Thierry éditeur)
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MessageSujet: Re: André de Richaud    André de Richaud  - Page 3 Icon_minitimeMar 24 Sep 2013 - 20:49

Personnalité complexe, insaisissable, André de Richaud savait jouer l'histrion à ses heures. Dans cette chronique, on trouve d'ailleurs une parenté certaine avec l'humour vialattien.  




Lettre sur la fin du monde


D'abord, les cristaux commenceront à fondre sans tambour ni trompette. Le diamant noir qui trône sur le front de la marquise de Z ..., en fusion, s'enfoncera lentement dans sa tignasse mordorée. Quel spectacle !... Elle est cramoisie, elle buffle, ses yeux se liquéfient, ses seins bombardent, ses cuisses se rengorgent. C'en est fait d'elle ...
Le même sort est réservé à tout ce qui porte pierre sur crâne, rubis sur l'ongle, corail aux lèvres, cristal en voix, verre en pied, ambre en finesse ...
Deux minutes après ce léger incident qui enlèvera un bon peu de ce qui volaille sur la surface du globe terraqué, se produira un événement ayant trait à la vie littéraire.
Les lettres de l'alphabet, ordinairement si au courant de l'ordre de marche, se patineront et celles du nom de M. Clément Vautel, refusant de se placer dans l'ordre arbitraire auquel elles sont contraintes depuis si longtemps, se mettront dans leur suite logique : Cul et lavement. (Prenez votre crayon, amie chérie, il n'en manque pas une.)
[...]
Vos yeux sont tristes, ma poulette, vous pensez qu'après cela il ne restera plus personne. Détrompez-vous. La fin du monde sera partiale ou ne sera pas.
Il restera, flottant sur les décombres, un bateau, agrémenté de jeunes filles et de jeunes gens que des panamas tressés du cristal pris aux plus tendres roches aura protégé du néant ..."


La Bête noire, n° 8, février 1936,

(Extrait de la préface de "Echec à la concierge"/ collec. l'alambic/ Ed. de l'Arbre vengeur)
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MessageSujet: Re: André de Richaud    André de Richaud  - Page 3 Icon_minitimeVen 27 Sep 2013 - 14:57

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André de Richaud  - Page 3 0_andr10

Illustrations de Frédéric Bézian




Quatrième de couverture :


Citation :
Au Panthéon des maudits, André de Richaud s’est taillé une place de choix. Ne réclamant rien à la gloire, il a droit à celle, posthume et étriquée, des écrivains de haut style qui négligèrent de consolider leur statue.
Reste pourtant une gerbe de livres splendides et des éclats de talent disséminés dans les revues et les journaux. Le prouvent les onze textes rassemblés dans ce volume qui couvrent sa large palette d’inspiration, des chroniques parisiennes aux nouvelles rurales ou fantastiques. On y retrouve le Richaud lunaire parfois fantaisiste, le tendre, le poignant qui cachait sous son humour une sourde violence que la difficulté d’être lui imposait. Derrière sa concierge ignoble et drôle apparaissent des personnages d’une humilité héroïque ou d’un héroïsme mordant.
Un livre pour les nuits blanches et les jours sombres.

En préambule à ces onze nouvelles (dont les deux dernières ne sont que les premières versions non encore remaniées par Richaud pour l'écriture du premier chapitre de "La nuit aveuglante"), la publication de "Au lecteur qui me connaît" (paru dans "Arts" du 16 septembre 1949) permet au lecteur néophyte de faire connaissance avec l'esprit richaldien, tout d'humour, de fantaisie et de rigueur.
Dans cette chronique, très en verve, feignant l'irritation, mais arguments imparables à l'appui, émaillés de réflexions sur la littérature et sur la liberté de création d'un auteur romanesque, Richaud sermonne un ami lecteur imaginaire, un pointilleux qui aurait douté de la véridicité des sources de son oeuvre.



Extraits :


Vous me connaissez depuis longtemps, dites-vous ?
Cela me surprend et m'étonne car, moi, je ne me connais pas moi-même et il suffit qu'il y ait un livre entre un auteur et un ami pour que celui-ci disparaisse dans un nuage et devienne le lecteur.
(p.27)


Vous insistez sur les inexactitudes. Inexactitudes en regard de quoi ?
En quoi un rêve est-il inexact ? Et qu'est-ce qu'un vrai roman, sinon un rêve ?
Parce que vous avez reconnu certaines silhouettes parmi mes personnages; parce que vous vous souvenez de certains propos entendus et que je reproduis, vous êtes bien content de m'écrire que mon livre "fourmille d'erreurs". Je me trompe, dites-vous, sous-entendu : je trompe mon lecteur.
D'abord, posons une fois pour toutes que ce que vous avez lu est un roman, donc une oeuvre d'imagination.
(p.29)


Les choses se sont gâtées quand j'ai eu le culot de poser délibérément un moulin au bord de la rivière, à trois kilomètres de la ville. Ca touche à l'abus de confiance. Il n'y a même pas - en aval ou en amont - les ruines d'un moulin, et ce n'est pas parce que j'ai eu besoin d'un moulin pour y loger ma petite histoire que je vais en coller un où il n'y en a jamais eu. "C'est trop facile", et vous ne voulez pas être pris pour un imbécile.
Vous oubliez, avec une bonne foi que je n'ose mesurer, que j'écris une oeuvre d'imagination et non un guide de la région et que, derrière mon front, l'Escurial ne pèse pas plus que la guérite de la marchande de billets de la loterie nationale.
(p.31)


Excusez-moi d'avoir eu la légèreté de vous répondre publiquement. Mettez-vous bien dans la tête que vous n'avez aucun droit de regard sur ce qu'on vous donne (même si vous l'achetez très cher) en art, musique, peinture ou poésie. Il y a constamment, jour et nuit, un innocent qui travaille dans son coin et presque malgré lui, à vous dorer la pilule que celui qui vous a vu naître vous impose chaque matin. Dites merci et fermez-la. (p.33)


Cher lecteur qui me connaît si bien, parions que le jour où je vous épinglerai dans un roman qui se passera dans votre ville, vous reconnaîtrez tout le monde, sauf vous. (p.34)



Commentaires des nouvelles, hors les deux incluses dans le roman "La nuit aveuglante" ... à suivre. content
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MessageSujet: Re: André de Richaud    André de Richaud  - Page 3 Icon_minitimeSam 12 Oct 2013 - 17:40

Echec à la concierge



La première nouvelle, titre éponyme de l'ouvrage, met en scène une concierge parisienne telle qu'il en existait encore dans les années 60, avant que celles-ci ne fussent peu à peu, puis définitivement remplacées par les digicodes.
"La mère Guillot", une ivrognesse pingre et retorse, méchante comme une teigne, tyran domestique avec son "vieux" - épousé dans le seul but d'obtenir sa loge de concierge - abuse du privilège de sa fonction pour imposer sa loi aux locataires.
"À soixante-quinze ans, petite, preste, il fallait la voir ribouler son œil cerclé de fer. [...] Il fallait la voir traverser à la hâte le boulevard, la langue pendante et surchargées de racontars, comme celle du tamanoir repu est surchargée de fourmis."
Nul n'échappe à ses cancaneries fielleuses ni à ses fausses indiscrétions calomnieuses, prétextes à faire triompher ses supposés principes moraux. Mais un locataire, un jeune étudiant, "Joseph Valeureux", occupant une chambre de bonne au sixième étage, fait l'obsession de ses jours et de ses nuits, car Julot, son petit-fils, est devenu "trop grand pour coucher sur un divan, dans la chambre du grand-père et de sa grand-mère et qu'elle voulait la chambre de bonne pour lui" ... la concierge et son petit-fils imaginent et exécutent alors maints scénarii, afin de faire chasser l'étudiant de son logement, mais la main facétieuse du destin se posera sur tous les protagonistes de l'histoire ...


La plume est féroce, mais Richaud brosse le portrait à peine caricatural de certaines concierges qui, autrefois, exercèrent leur tyrannie sur leurs concitoyens, d'ailleurs l'importance du rôle social de ces "pipelettes" ou "bignoles" (argot : dérivé de "bigner", regarder) traverse la littérature française, tant dans les romans que dans l'univers théâtral, et le cinéma d'avant-guerre a offert de savoureux seconds rôles de concierges à des actrices populaires (entre autres, Pauline Carton et Jeanne Fusier-Gir).
"Dans son petit pamphlet intitulé "la Saint-Piplet" (1897), Emile Bergerat proposait un "concours annuel de la conciergerie et un prix de vertu portière" décerné par l'Académie française ... "
Néanmoins, plus que son mari, c'est la concierge, réputée plus sournoise que lui dans l'imagerie populaire, qui fit les beaux jours des satiristes.
Bref ! cette succulente nouvelle s'inscrit en une époque révolue, à l'heure où la pittoresque mais souvent détestable sonnette du cordon a fait place au tout électronique ...  


Concierge : Familier. Personne qui aime les potins, les commérages. (Larousse)



André de Richaud  - Page 3 Concie10



Petites tyrannies quotidiennes : de vrais fléaux
subis et docilement acceptés

(D’après « Ma Revue hebdomadaire illustrée », paru en 1907)


Citation :
"[...] mais le plus terrible de tous, c’est peut-être le Concierge. Le voilà bien, le Néron des temps modernes ! N’exagérons rien. Pipelet est souvent un brave homme ; mais, quand il ne l’est pas, malheur à qui l’offense, à qui excite sa haine ou simplement froisse sa vanité. Cette vanité atteint des proportions qui ne doivent pas trop nous surprendre. Le concierge dans sa loge est une espèce de roi. Son bonnet lui sert de couronne et son balai de sceptre. Il a, lui aussi, un grand cordon. Cordon, s’il vous plaît !

L’antipathie ou la rancune d’un concierge, c’est la tyrannie s’exerçant au logis et sans trêve, à chaque heure de la journée : les journaux lus, les lettres remises le plus tard possible ; les amis que vous attendez et à qui on dit que vous n’êtes pas là, les créanciers introduits avec empressement, les observations aigres-douces pour un tapis secoué une minute trop tard, les potins de la loge colportés par la valetaille de la maison.

Croyez-vous que toutes ces vexations sournoises, dont souffre une bonne moitié des Parisiens, ne soient pas plus odieuses et surtout plus gênantes que le despotisme du plus absolu des souverains qui ne saurait pas seulement que vous existez et qui se soucierait de vous autant que de sa première paire de bretelles ?" (Henri d'Alméras)
Source de l'extrait de cette chronique : ICI
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MessageSujet: Re: André de Richaud    André de Richaud  - Page 3 Icon_minitimeSam 12 Oct 2013 - 18:27

Constance a écrit:
"À soixante-quinze ans, petite, preste, il fallait la voir ribouler son œil cerclé de fer. [...] Il fallait la voir traverser à la hâte le boulevard, la langue pendante et surchargées de racontars, comme celle du tamanoir repu est surchargée de fourmis."
J'adore !
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MessageSujet: Re: André de Richaud    André de Richaud  - Page 3 Icon_minitimeSam 12 Oct 2013 - 19:47

Il m'interpelle cet André de Richaud jemetate : merci pour cette nouvelle piste à découvrir Constance !

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Constance
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MessageSujet: Re: André de Richaud    André de Richaud  - Page 3 Icon_minitimeDim 13 Oct 2013 - 19:44

GrandGousierGuerin a écrit:
Constance a écrit:
"À soixante-quinze ans, petite, preste, il fallait la voir ribouler son œil cerclé de fer. [...] Il fallait la voir traverser à la hâte le boulevard, la langue pendante et surchargées de racontars, comme celle du tamanoir repu est surchargée de fourmis."
J'adore !


Il lui a suffi de deux phrases pour incarner la parfaite mégère ... respect 


églantine a écrit:
Il m'interpelle cet André de Richaud jemetate : merci pour cette nouvelle piste  à découvrir Constance !


Je ne peux que t'encourager à lire Richaud. sourire 


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MessageSujet: Re: André de Richaud    André de Richaud  - Page 3 Icon_minitime

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