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 Carlo Levi

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Cliniou
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MessageSujet: Carlo Levi   Mer 4 Sep 2013 - 9:30



Carlo Levi (1902-1975) est un écrivain, médecin, peintre, journaliste et homme politique italien.
Il est né à Turin de Ercole Levi, médecin d'origine juive et d'Annetta Treves, la fille de Claudio Treves.

Il étudie la médecine et reçoit son diplôme de l'université de Turin en 1924. Il n'a cependant pas pratiqué la médecine, choisissant de devenir peintre et de poursuivre une activité politique commencée à l'université où il a eu comme ami Piero Gobetti.

En 1929, il participe au mouvement anti-fasciste "Giustizia e Libertà" créé par Nello et Carlo Rosselli et il devient l'un des chefs de la branche italienne avec Leone Ginzburg, un juif russe d'Odessa qui avait émigré avec ses parents en Italie.

Adversaire du fascisme, il devient également membre du Parti d'action. Arrêté en 1935, il est condamné par le régime au confino (résidence surveillée) dans une région désolée du Mezzogiorno, à Grassano, puis à Aliano (Gagliano), en Basilicate, expérience dont il tirera le livre "Le Christ s'est arrêté à Eboli" et qui marqua profondément sa peinture.

Retrouvant sa liberté, il part en France et y vit de 1939 à 1941. En 1941, de retour en Italie, il est arrêté à Florence et emprisonné dans la prison de Murate. Il est libéré après l'arrestation de Benito Mussolini et cherche refuge dans le palais Pitti, où il a écrit son ouvrage "Cristo si è fermato a Eboli".

Après la Deuxième Guerre mondiale, il s'installe à Rome où il devient pendant un certain temps rédacteur de "Italia libera", la publication du "Partito d'Azione", une organisation anti-fasciste.

Il continue d'écrire et de peindre, exposant en Europe et aux États-Unis. Ses écrits se composent de "L'orologio" (La montre) (1950), "Le parole sono pietre" (Les mots sont des pierres) (1955), et "Il futuro ha un cuore antico" (Le futur a un cœur antique) (1956).

En 1963, il est élu au Sénat en tant qu'indépendant, sous l'étiquette du Parti Communiste, et réélu en 1968.

Il meurt d'une pneumonie à Rome le 4 janvier 1975, mais ses dernières volontés sont d'être inhumé à Aliano (Gagliano en dialecte local comme il la nomme dans ses écrits). La maison qu'il y occupa peut encore être visitée.

Source: Wikipédia...
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Cliniou
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MessageSujet: Re: Carlo Levi   Mer 4 Sep 2013 - 10:39

Le Christ s’est arrêté à Eboli.

Remarque : J’avoue avoir hésité longtemps entre témoignage et récit autobiographique, je compte sur les maîtres de ces lieux pour changer de place ce sujet s’il y a lieu.

« Confinati » - c-à-d mis en résidence surveillée – de 1935 à 1936, pour antifascisme, à Gagliano, petit village de Lucanie (Basilicate actuelle), Carlo Levi a rapporté de son séjour forcé dans « cette terre sans consolation ni douceur, où le paysan vit, dans la misère et l’éloignement, sa vie immobile sur un sol aride en face de la mort ».

Pourquoi ce titre ?
« Nous ne sommes pas des chrétiens, disent-ils ; le Christ s’est arrêté à Eboli. » Chrétien veut dire, dans leur langage, homme – et ce proverbe que j’ai entendu répéter si souvent n’est peut-être dans leurs bouches que l’expression désolée d’un complexe d’infériorité : nous ne sommes pas des chrétiens, nous ne sommes pas des hommes, nous ne sommes pas considérés comme des hommes, mais comme des bêtes, moins que les gnomes qui vivent leur libre vie, diabolique ou angélique, parce que nous devons subir le monde des chrétiens, au-delà de l’horizon, et en supporter le poids et la comparaison.


Carlo Levi, dans la lenteur et la langueur du temps qui passe, des journées qui paraissent interminablement calmes et vides, observe et peint, découvre et décrit, comprend et analyse.
Sans jamais tomber dans l’apitoiement misérable, Carlo Levi nous confie son vécu dans une écriture qui coule comme une source claire et fraîche, nous livre ses réflexions d’une profonde humanité, nous bouleverse avec ses mots simples. Les descriptions des paysages y sont certes très belles mais ce qu’il réussit à merveille c’est de nous approcher de ses paysans, de leur monde. Le texte sobre donne une telle dimension à la souffrance et au désespoir que l’on frissonne tant on finit par aimer ces paysans.
Carlo Levi fait la lumière sur la réalité de ce qu’était le sud de l’Italie, un pays oublié vivant toujours comme à l’époque féodale où les propriétaires et les fascistes (la petite bourgeoisie) régnaient sur une population décimée par la malaria.
A la fin du roman, Levi expose une sorte de réquisitoire où sont développées les réelles solutions à apporter pour que cette région et ses paysans et leurs enfants se sentent intégrés dans leur propre pays, « créer une nouvelle forme d’Etat qui soit aussi l’Etat des paysans ».

Voilà une lecture pour m’a procuré une très grande émotion ; je pense que tout en traitant d’un autre sujet, ce roman est rapprocher de celui de l’autre Levi, Primo, Si c’est un homme.
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bix229
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MessageSujet: Re: Carlo Levi   Mer 4 Sep 2013 - 14:22

J' ai beaucoup  aimé ce livre qui fut adapté au cinéma. Voilà un homme condamné à l' exil pour motifs politiques dans un lieu  incroyablement misérable et déshérité.

Mais comme Carlo Levi est une heureuse nature et qu' il est curieux de nature, il s' interesse à ces très pauvres gens et ce livre est avant un hommage à ces hommes et ces femmes tellement misérables et endurants.
Et aussi, et Cliniou a raison d' insister sur ce point, c' est un plaidoyer et un réquisitoire. Et un très beau livre.
Je pense que certains d' entre vous ont déjà lu ce livre,et sinon, faites le !

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animal
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MessageSujet: Re: Carlo Levi   Mer 4 Sep 2013 - 22:14

argl. j'ai failli l'emprunter aux étagères familiales le weekend dernier. c'est (re)noté !

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animal
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MessageSujet: Re: Carlo Levi   Mer 18 Sep 2013 - 22:50



Le Christ s’est arrêté à Eboli

C'est un homme encore jeune, un intellectuel, un citadin, qui se retrouve en exil forcé au milieu de nulle part, dans le sud de l'Italie. Il est donc confronté à une certaine solitude et à un monde qui n'est pas, ou pas encore le sien. Pas encore au sens où lui pourrait être un futur "évolué" pour ce monde là. 

Ce n'est pas du premier village où il est en résidence surveillé mais du second, encore plus pauvre, encore plus solitaire. Un monde de petite bourgeoisie ou des paysans travaillent leurs maigres terres et payent quelques impôts et que les notables ou seigneurs locaux vivent une vie meilleure mais pas forcément sans misère. 

Tensions historiques, croyances locales et habitude, usage, font ce monde qui accueil avec curiosité et intérêt cet homme. A la peinture il joint malgré lui la médecine qu'il connait sans l'avoir pratiquée et qu'il se retrouve à pratiquer avec les moyens du bord.

Lentement, au fil de journées qui se répètent la découverte curieuse, teintée d'embarras parfois, se mue en une affection profonde pour ces gens qui ont fait de cet étranger, toujours un étranger mais avec un pied dans leur monde. Peut-être parce qu'il ne les a pas rejetés, ne les a pas utilisés, ne les a pas imités non plus mais leur a apporté, même maladroitement, ce qu'il pouvait leur apporter et accepté ce qu'ils donnaient.

La lecture a entretenu pour moi une assez grande distance pendant une grande partie du livre, la découverte ethnographique si on veut avec un point de vue de "civilisé". Il est l'objet des attentions, de la curiosité des enfants et décrit avec un certain humour et parfois de l'affliction mais comme en promenade ces gens. Cette posture pourtant est utile au lecteur tant elle met du temps à se transformer, à concrétiser le point de rencontre. Un point de rencontre qui est aussi un point de refus.

Le point de refus de ce que serait la société italienne (et pas que) et qui a été exacerbé par le fascisme. Son outil dans les dernières pages reste son monde à lui mais il voisine avec une réalité très concrète. Une grande peine dans cette réalité, des injustices, mais aussi son quota de violence, de ruse. Il y a un idéal de transformation qui est complexe et en fin de compte assez peu développé.

Reste la découverte d'un autre âge, d'une autre vie et des réflexions du quotidien sur le pouvoir et son exercice à travers le temps et à son échelle la plus simple, celle de l'individu.

Citation :
Je n'ai jamais connu les fonctionnaires de la police de Matera qui s'occupaient de nous, mais ce ne devaient pas être de mauvaises gens. Dans cette résidence ingrate on ne devait envoyer que de vieux policiers usés dans le métier, plein de scepticisme bourbonien et de routine. Certainement pas de jeunes enthousiastes. Ces vieilles cervelles de fonctionnaires n'étaient, Dieu merci, pas encore contaminées par la culture primaire, l'idéalisme des universités populaires, qui excitaient le zèle hystérique des jeunes et les faisaient s'imaginer que l'Etat - cet Etat indiscutablement éthique - était une personne faite à peu près comme eux, avec une morale personnelle semblable à la leur, qu'il fallait imposer à tous, livré aux mêmes petites ambitions, petits sadismes et petites combines qu'eux, mais en même temps incompréhensible aux profanes, énorme et sacré. A s'identifier avec l'idole ils éprouvaient la même jouissance physique qu'à faire l'amour. Tels étaient en partie les sentiments de don Luigino. Mais pour ce qui est de ces braves policiers de Matera peut-être savaient-ils seulement qu'il est dans les habitudes de l'administration de laisser dormir au moins trois mois tous les dossiers. Don Luigino me communiqua la nouvelle avec le sourire bienveillant d'un roi qui accorde une grâce à un de ses sujets. Il était l'Etat. Cette générosité tardive de la police était donc aussi la sienne et il était heureux de pouvoir se sentir ce jour-là l'âme d'un monarque paternel. Mais dans ce bonheur se glissait une pointe de jalousie pour la ville rivale et peut-être pour quelque autre vague sentiment désagréable qui l'assombrissait. Pourquoi avais-je l'air si heureux de m'en aller  ne fût-ce que pour quelques jours ? Peut-être préférais-je Grassano à Gagliano ? Le fait est que si, en tant que personnification de l'Etat, don Luigino pensait que les confinati devaient être traités de la pire manière, et ne pas avoir lieu de se réjouir de leurs séjours, en tant que Gaglianese et premier citoyen de Gagliano, il avait la prétention qu'ils s'y trouvassent ou tout au moins proclamassent s'y trouver mieux qu'en tout autre endroit de la province.
On apprend beaucoup de choses ou reçoit beaucoup d'impression de la complexité italienne (d'un genre qu'on oublie peut-être chez nous à force de vision très centralisée ?) et à rédiger ce petit commentaire je me rends mieux compte de ce que j'y ai trouvé. Ce n'est certainement pas une lecture que je regrette mais pour je ne sais quoi dans la distance et le "statut" (essayons avec ce mot là, avec ce qu'il peut cacher d'une forme de légèreté) je n'ai pas été chamboulé ou émerveillé. A voir comment ça s'installe dans la mémoire...

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eXPie
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MessageSujet: Re: Carlo Levi   Mer 18 Sep 2013 - 23:51

Le début du film de Francesco Rosi : Le Christ s'est arrêté à Eboli (Cristo si è fermato a Eboli, 1979) :
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Cliniou
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MessageSujet: Re: Carlo Levi   Ven 20 Sep 2013 - 14:28

Reste à aller à Matera.
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kenavo
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MessageSujet: Re: Carlo Levi   Lun 2 Juin 2014 - 5:59

trouvé sur le OneShot

Eve Lyne a écrit:
LE CHRIST S'EST ARRETE A EBOLI de Carlo Levi.

... et moi je me suis arrêtée en plein milieu du livre.  Sad

Le sujet est intéressant. Il s'agit d'une autobiographie racontant le moment de la vie de l'auteur où tout a basculé : de 1935 à 1936, il a été envoyé en résidence surveillée dans un petit village de Lucanie.

Le village est très pauvre. Les gens mènent une vie archi-routinière. Tout est sombre. Il n'y aucune lueur d'espoir. De plus, il ne se passe rien. C'est calme, très calme. Carlo passe son temps entre lecture, peinture et soins médicaux aux villageois. C'est une lecture désespérante, ne donnant pas le moral. Le désespoir et la solitude hantent chaque page.

Lecture abandonnée, non par inintérêt, mais parce que mon état d'esprit n'est pas à ce type d'ouvrage.

_________________
La vie, ce n'est pas d'attendre que l'orage passe,
c'est d'apprendre à danser sous la pluie.


Sénèque
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