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 Émile Nelligan

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MessageSujet: Émile Nelligan   Lun 30 Juil 2007 - 18:53



[font=Times New Roman]Émile Nelligan fut la fierté et le symbole littéraire de la communauté très serrée des Canadiens français au tournant du siècle dernier. Cet auteur de poésie, fils d'un immigrant irlandais comme il en eut de nombreux à l'époque, est né à Montréal le 24 décembre 1879 et décédé dans cette même ville le 18 novembre 1941.

En 1896, alors qu'il reprenait ses études Classiques au collège, qu'il avait précédemment échouées, il se découvre un goût ineffable pour la littérature, particulièrement la poésie. Il abandonne alors ses cours pour se plonger dans sa passion de l'écriture. À 16 ans, Nelligan publie son premier poème, Rêve fantastique. De ce moment, il publia de très nombreux poèmes, dont quelques-uns qui restèrent gravés dans les mémoires, notamment La romance du vin, Soir d'hiver, Le Vaisseau d'or...

Sa carrière fut très courte et prit fin en 1899 alors que le jeune poète fut diagnostiqué de plusieurs psychoses pour lesquelles il fut hospitalisé dans un hôpital psychiatrique puis transféré dans un second, où il vécut jusqu'à son dernier jour.

Son oeuvre, elle, continua de traverser les éditeurs, les bibliothèques et les coeurs québécois, jusqu'à traverser l'océan pour se faire connaître en Belgique et en France. Nelligan fut un symbole de la force, de la créativité et de la culture canadienne française. Aujourd'hui, il est considéré comme un des grands poètes québécois.


(Informations tirées de manuscritdepot.com et jesuismort.com)
Soir d'hiver

Ah! comme la neige a neigé!
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah! comme la neige a neigé!
Qu'est-ce que le spasme de vivre
À la douleur que j'ai, que j'ai!

Tous les étangs gisent gelés,
Mon âme est noire: Où vis-je? Où vais-je?
Tous ses espoirs gisent gelés:
Je suis la nouvelle Norvège
D'où les blonds ciels s'en sont allés.

Pleurez, oiseaux de février,
Au sinistre frisson des choses,
Pleurez, oiseaux de février,
Pleurez mes pleurs, pleurez mes roses,
Aux branches du genévrier.

Ah! comme la neige a neigé!
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah! comme la neige a neigé!
Qu'est-ce que le spasme de vivre
À tout l'ennui que j'ai, que j'ai!...


Dernière édition par animal le Dim 14 Juin 2015 - 22:28, édité 2 fois (Raison : modif présentation)
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MessageSujet: Re: Émile Nelligan   Ven 14 Nov 2008 - 16:59

Clair de lune intellectuel

Ma pensée est couleur de lumières lointaines,
Du fond de quelque crypte aux vagues profondeurs.
Elle a l'éclat parfois des subtiles verdeurs
D'un golfe où le soleil abaisse ses antennes.

En un jardin sonore, au soupir des fontaines,
Elle a vécu dans les soirs doux, dans les odeurs,
Ma pensée est couleur de lumières lointaines,
Du fond de quelque crypte aux vagues profondeurs.

Elle court à jamais les blanches prétentaines,
Au pays angélique où montent ses ardeurs,
Et, loin de la manière et des brutes laideurs,
Elle rêve l'essor aux célestes Athènes.

Ma pensée est couleur de lunes d'or lointaines.

Nelligan Émile - poèmes choisis
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MessageSujet: Re: Émile Nelligan   Ven 14 Nov 2008 - 17:08

Le jardin d'antan

Rien n'est plus doux aussi que de s'en revenir
Comme après de longs ans d'absence,
Que de sen revenir
Par le chemin du souvenir
Fleuri de lys d'innocence,
Au jardin de l'Enfance.

Au jardin clos, scéllé, dans le jardin muet
d'où s'enfuirent les gaietés franches,
Notre jardin muet
Et la danse du menuet
Qu'autrefois menaient sous branches
Nos soeurs en robes blanches.

Aux soirs d'Avrils anciens, jetant des cris joyeux
Entremêlés de ritournelles,
Avec des lieds joyeux
Elles passaient, la gloire aux yeux,
Sous le frisson des tonnelles,
Comme en les villanelles

Cependant que venaient, du fond de la villa,
Des accrods de guitare ancienne,
De la vieille villa,
Et qui faisaient deviner là
Près d'une obsucr persienne,
Quelque musicienne.

Mais rien n'est plus amer que de penser aussi
À tant de choses ruinées!
Ah! de penser aussi,
Par des sentes de fleus fanées,
À nos jeunes années.

Lorsque nous nous sentons névrosés et veillis,
Froissés, maltraités et sans armes,
Moroses et veillis,
Et que, surnageant aux oublis,
S'éternise avec ses charmes
Notre jeunesse en larmes!

Nelligan Émile -

Émile le poète devenu fou
la mue de sa voix cristaline
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MessageSujet: Re: Émile Nelligan   Ven 14 Nov 2008 - 17:43

Émile Nelligan le poète devenu fou , hélas .

Émile Nelligan refuse la parole à l’intrus, à ce père ébahi, c’est d’autant plus évident qu’il rejeta son vocabulaire pratique, ses mots anglais. Il ne recherchait pas la réalité, mais la mère qu’il avait perdue, qui restait la seule femme qu’il eut connue et qu’il ne pouvait plus partager, malgré qu’il en eût, entre l’homme qu’il était devenu et l’enfant qu’il avait été.Ce fut avec des mots français, mais choisis parmi les plus rares, sans rapport avec les mots de tous les jours, comme si l’anglais avait contaminé le français usuel, qu’il para sa mère comme une idole, probablement sans le savoir, qu’il composa son œuvre en y mettant toute son âme, avec une exaltation qui ne pouvait pas avoir de suite.Cette œuvre faite, il fut trop tard. Le père descendit de la pleine lune, brutal, et tout ce qu’il obtint fut de faire de son fils un vagabond qui couchait dans les parcs de peur de rentrer à la maison. Par bonheur – ou par malheur, sait-on ? – ce père n’y restait guère, obligé de repartir sur sa lune en tournée d’inspecteur des Postes. Le poète alors rentrait, génie honteux ; il se réfugiait dans sa chambre où sa mère lui portait ses repas. Il n’y avait plus de commune mesure entre cette femme effarée et l’idole qu’il avait parée.Un jour, il éclata ; il se mit à frapper à coups de poing contre les murs de cette chambre où il étouffait. Telle fut la crise qui le mena à l’asile Saint-Benoît, non point comme fou, mais en tant que délinquant. Ce fut dans cette prison sans femme que ce beau garçon, dans toute la verve de l’âge, s’éteignit.Sa mère en fit son sacrifice : elle ne le reverra qu’une fois, furtivement. Lui, avec l’incroyable obstination des fous, il restera fidèle à son œuvre somptueuse et baroque, à cet éblouissement qu’il l’avait obscurci, dont il ne se rappelait plus que des lambeaux qu’il déclamait, les yeux vides, d’une façon machinale. pris sur Train de nuit -
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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Re: Émile Nelligan   Ven 28 Nov 2008 - 12:02

Citation :
Ma pensée est couleur de lumières lointaines,
Du fond de quelque crypte aux vagues profondeurs.

Je vois ces lignes à chaque soir que je descend les marches me menant à la rame du métro Crémazie, à Montréal sur une oeuvre artistique murale, où on voit ses lignes aux côtes de Garneau et cie.
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MessageSujet: Re: Émile Nelligan   Ven 28 Nov 2008 - 13:38

jack-hubert bukowski a écrit:
Citation :
Ma pensée est couleur de lumières lointaines,
Du fond de quelque crypte aux vagues profondeurs.

Je vois ces lignes à chaque soir que je descend les marches me menant à la rame du métro Crémazie, à Montréal sur une oeuvre artistique murale, où on voit ses lignes aux côtes de Garneau et cie.

Quand j'y retournerai, métro Crémazie, je vais regarder. Wink

Il avait tout un talent study
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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Re: Émile Nelligan   Ven 1 Mar 2013 - 13:51

Je vous ferai un pied-de-nez. Parler de poésie et ne point parler de Nelligan... ce serait prendre des vessies pour des lanternes...

Ainsi donc, il faut bien regarder ce que Nelligan a fait outre ce fantasme de la neige... Je vous propose «Les communiantes» :

Citation :
«Les communiantes»

Calmes, elles s'en vont, défilant aux allées
De la chapelle en fleurs, et je les suis des yeux,
Religieusement joignant mes doigts pieux,
Plein de l'ardent regret des ferveurs en allées.

Voici qu'elles sont toutes agenouillées
Au mystique repas qui leur descend des cieux,
Devant l'autel piqué de flamboiements joyeux
Et d'une floraison de fleurs immaculées.

Leur séraphique ardeur fut si lente à finir
Que tout à l'heure encore, à les voir revenir
De l'agape céleste au divin réfectoire,

Je crus qu'elles allaient vraiment prendre l'essor,
Comme si, se glissant sous leurs voiles de gloire,
Un ange leur avait posé des ailes d'or.

Je sais pas pour vous, mais cette poésie me fait rigoler. :)

_________________
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De Gaulle, citant Nietzsche

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MessageSujet: Re: Émile Nelligan   Sam 2 Mar 2013 - 9:59

Citation :
«La passante»

Hier, j'ai vu passer, comme une ombre qu'on plaint,
En un grand parc obscur, une femme voilée :
Funèbre et singulière, elle s'en est allée,
Recelant sa fierté sous son masque opalin.

Et rien que d'un regard, par ce soir cristallin,
J'eus deviné bientôt sa douleur refoulée;
Puis elle disparut en quelque noire allée
Propice au deuil profond dont son coeur était plein.

Ma jeunesse est pareille à la pauvre passante :
Beaucoup la croiseront ici-bas dans la sente
Où la vie à la tombe âprement nous conduit;

Tous la verront passer, feuille sèche à la brise
Qui tourbillonne, tombe et se fane en la nuit;
Mais nul ne l'aimera, nul ne l'aura comprise.

_________________
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MessageSujet: Re: Émile Nelligan   Dim 3 Mar 2013 - 12:32

Je ne sais point pour vous, mais l'iconographie de Nelligan habite nos consciences. Son unique portrait de jeunesse lui a valu la gloire éternelle. Quand même, c'est mal connaître sa poésie. Pour ma part, je privilégie «La romance du vin» pour l'instant :

Citation :
«La romance du vin»

Tout se mêle en un vif éclat de gaîté verte.
Ô le beau soir de mai! Tous les oiseaux en choeur,
Ainsi que les espoirs de naguère à mon coeur,
Modulent leur prélude à ma croisée ouverte.

Ô le beau soir de mai! le joyeux soir de mai!
Un orgue au loin éclate en froides mélopées;
Et les rayons, ainsi que de pourpres épées,
Percent le coeur du jour qui se meurt parfumé.

Je suis gai! je suis gai! Vive le vin et l'Art!...
J'ai le rêve de faire aussi des vers célèbres,
Des vers qui gémiront les musiques funèbres
Des vents d'automne au loin passant dans le brouillard.

C'est le règne du rire amer et de la rage
De se savoir poète et l'objet du mépris,
De se savoir un coeur et de n'être compris
Que par le clair de lune et les grands soirs d'orage!

Femmes! je bois à vous qui riez du chemin
Où l'Idéal m'appelle en ouvrant ses bras roses;
Je bois à vous surtout, hommes aux fronts moroses
Qui dédaignez ma vie et repoussez ma main!

Pendant que tout l'azur s'étoile dans la gloire,
Et qu'un hymne s'entonne au renouveau doré,
Sur le jour expirant je n'ai donc pas pleuré,
Moi qui marche à tâtons dans ma jeunesse noire!

Je suis gai! je suis gai! Vive le soir de mai!
Je suis follement gai, sans être pourtant ivre!...
Serait-ce que je suis enfin heureux de vivre;
Enfin mon coeur est-il guéri d'avoir aimé?

Les cloches ont chanté; le vent du soir odore...
Et pendant que le vin ruisselle à joyeux flots,
Je suis si gai, si gai, dans mon rire sonore,
Oh! si gai, que j'ai peur d'éclater en sanglots!

_________________
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MessageSujet: Re: Émile Nelligan   Mar 5 Mar 2013 - 10:54

Citation :
«Le missel de la morte»

Ce missel d'ivoire
Que tu m'as donné,
C'est au lys fané
Qu'est sa page noire.

Ô legs émané
De pure mémoire,
Quand tu m'as donné
Ce missel d'ivoire!

Tout l'antan de gloire
En lui, suranné,
Survit interné.
Quel lacrymatoire,

Ce missel d'ivoire!

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MessageSujet: Re: Émile Nelligan   Mer 6 Mar 2013 - 10:19

Émile Nelligan était empreint d'humour et c'est sans doute une des principales sources d'influence d'Hubert Aquin. Nous pouvons voir une manifestation de cet humour ricanant, même s'il passe pour cynique et disons le... macabre.

Citation :
«Banquet macabre»

À la santé du rire! Et j'élève ma coupe,
Et je bois follement comme un rapin joyeux.
Ô le rire! Ha! ha! ha! qui met les flammes aux yeux,
Ce vaisseau d'or qui glisse avec l'amour en poupe!

Vogue pour la gaîté de Riquet à la Houppe!
En bons bossus joufflus gouaillons pour le mieux.
Que les bruits du cristal éveillent nos aïeux
Du grand sommeil de pierre où s'entasse leur groupe.

Ils nous viennent, claquant leurs vieux os : les voilà!
Qu'on les assoie en ronde au souper de gala.
À la santé du rire et des pères squelettes!

Versez le vin funèbre aux verres par longs flots,
Et buvons à la Mort dans leurs crânes, poètes,
Pour étouffer en nous la rage des sanglots!

_________________
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MessageSujet: Re: Émile Nelligan   Jeu 17 Oct 2013 - 23:17

Merci, bulle, pour ce fil.
Au poèmes déjà cités, je ne puis résister au plaisir d'ajouter "La romance du vin".

Tout se mêle en un vif éclat de gaieté verte.
Ô le beau soir de mai. Tous les oiseaux en choeur,
Ainsi que les espoirs naguères à mon coeur,
Modulent leur prélude à ma croisée ouverte.

Ô le beau soir de mai, le joyeux soir de mai!
Un orgue au loin éclate en froides mélopées;
Et les rayons ainsi que de pourpres épées,
Percent le coeur du jour qui se meurt parfumé.

Je suis gai! je suis gai! Dans le cristal qui chante,
Verse, verse le vin! verse encore et toujours,
Que je puisse oublier la tristesse des jours,
Dans le dédain que j'ai de la foule méchante!

Je suis gai! je suis gai! Vive le vin et l'Art!...
J'ai le rêve de faire aussi des vers célèbres,
Des vers qui gémiront les musiques funèbres
Des vents d'automne au loin passant dans le brouillard.

C'est le règne du rire amer et de la rage
De se savoir poète et l'objet du mépris,
De se savoir un coeur et de n'être compris
Que par le clair de lune et les grands soirs d'orages!

Femmes! je bois à vous qui riez du chemin
Où l'Idéal m'appelle en ouvrant ses bras roses;
Je bois à vous surtout, hommes aux fronts moroses
Qui dédaignez ma vie et repoussez ma main!

Pendant que tout l'azur s'étoile dans la gloire,
Et qu'un hymne s'entonne au renouveau doré,
Sur le jour expirant je n'ai donc pas pleuré,
Moi qui marche à tâtons dans ma jeunesse noire!

Je suis gai! je suis gai! Vive le soir de mai!
Je suis follement gai, sans être pourtant ivre!...
Serait-ce que je suis enfin heureux de vivre;
Enfin mon coeur est-il guéri d'avoir aimé?

Les cloches ont chanté; le vent du soir odore...
Et pendant que le vin ruisselle à joyeux flots,
Je suis si gai, si gai, dans mon rire sonore,
Oh! si, que j'ai peur d'éclater en sanglots!


Dans sa biographie consacrée à Emile Nelligan, Paul Wyczynski fait le commentaire suivant :

«Ce poème de neuf quatrains a été écrit par un soir de mai 1899. C'est dans ce poème qu'il a investi sa rage et sa douleur d'être un poète incompris, ses sanglots de vivre. La société contribue à son malheur, à son rire sonore, à ses sanglots étouffés. C'est une réponse aux journalistes croque-morts, aux femmes qui rient de lui, aux hommes qui repoussent sa main. Jamais Nelligan n'avait crié aussi fort. Toutes les strophes du poème sont ponctuées d'exclamations. Dans un moment d'extrême isolement, la place revient au cri et à l'ironie. Rien de plus à propos que de jeter à la face de cette auguste assistance, la dure vérité qu'elle applaudit la poésie sans comprendre le poète.
C'est une diatribe adressée à la société, c'est un credo poétique. C'est l'inextricable ivresse d'être: affirmer son désir de vivre douloureusement et pleinement sa destinée d'artiste, dans l'effarante lucidité de son moi déréglé. Les énoncés et les images de ce poème convergent vers un état d'âme qui alterne les périodes d'excitation et de dépression. Il s'agit en effet, d'une alternance de gaieté et de tristesse, de gloire et d'échec, d'euphorie et d'apathie, de rire sonore et de sanglots... Ce fut le chant du cygne d'un homme meurtri, incompris et aigri.»
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MessageSujet: Re: Émile Nelligan   Ven 18 Oct 2013 - 8:40

Thierry, j'ai déjà cité le poème un peu plus haut mais bon, c'est bien de rappeler l'existence de ce poème!

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MessageSujet: Re: Émile Nelligan   Ven 18 Oct 2013 - 8:55

Vous avez raison jack-hubert.
Un autre poème me revient en mémoire :

Le vaisseau d'or

Ce fut un grand Vaisseau taillé dans l'or massif:
Ses mâts touchaient l'azur, sur des mers inconnues;
La Cyprine d'amour, cheveux épars, chairs nues,
S'étalait à sa proue, au soleil excessif.

Mais il vint une nuit frapper le grand écueil
Dans l'Océan trompeur où chantait la Sirène,
Et le naufrage horrible inclina sa carène
Aux profondeurs du Gouffre, immuable cercueil.

Ce fut un Vaisseau d'Or, dont les flancs diaphanes
Révélaient des trésors que les marins profanes,
Dégoût, Haine et Névrose, entre eux ont disputés.

Que reste-t-il de lui dans la tempête brève ?
Qu'est devenu mon coeur, navire déserté?
Hélas! Il a sombré dans l'abîme du Rêve!
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MessageSujet: Re: Émile Nelligan   Ven 18 Oct 2013 - 9:05

C'est super de parler du Vaisseau d'or. C'est l'un des plus célébrés de Nelligan. Par ailleurs, Nelligan est à peu de chose près, le poète le plus célèbre du Québec avec Gaston Miron. Edit : Hubert Aquin reprend d'ailleurs le motif du vaisseau et parle de Norvège... Nelligan parlerait de ce thème dans ses poésies...

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