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 Wajdi Mouawad

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coline
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MessageSujet: Re: Wajdi Mouawad   Wajdi Mouawad - Page 2 Icon_minitimeMer 17 Oct 2007 - 17:19

Visage retrouvé

Autant j’ai pu aimer avec fougue les pièces de théâtre de Wajdi Mouawad que j’ai lues, autant son roman m’a déçue. Le récit s’envole sur certains passages et retombe platement sur d’autres…
Reste pourtant la puissance et la beauté d’une langue qui s’apparente souvent à la poésie.

Fortement inspiré de sa propre vie, le livre commence au Liban en temps de guerre et se poursuit en France, pays de l’exil.
Wahab, entre ces deux périodes, passe de l’enfance à l’adolescence. Le jour de ses 14 ans, rentrant chez lui, il ne reconnaît plus les gens qui vivent dans son appartement. Et notamment sa mère et sa soeur…Il sait que c’est sa mère mais il ne la reconnaît plus. Il a devant lui, dans la cuisine, une femme à la longue chevelure blonde.
Wahab se croit fou. Il s’interroge mais ne dit rien de son désarroi, de son désespoir. Il préfère fuguer. La fugue s’avérera être une quête initiatique.
Le récit devient partiellement onirique, comme toujours les textes de Wajdi Mouawad.

Le drame survenu s’ancre dans le passé de Wahab. Dans un événement qui l’a traumatisé. L’incendie sous ses yeux, en pleine ville, d’un autobus dont les passagers ont brûlé vif. C’était un attentat et la terreur qui ne l’a jamais quitté est symbolisé par un visage de femme, une « femme de bois », l’horreur, le malheur…

"À elle seule elle était l'éclatement de toutes mes douleurs. Tapie dans tous les recoins de mon âme, elle surgissait au moment où, au coeur d'une trop effrayante obscurité, j'invoquais la lumière. Elle apparaissait de mon aveuglement dû à la soudaine clarté et s'apprêtait à me dévorer."
Comment survivre au pire ? Comment exorciser un passé aussi terrible ?
« Le jour n’était en effet pas parvenu à sortir de la nuit. »
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MessageSujet: Re: Wajdi Mouawad   Wajdi Mouawad - Page 2 Icon_minitimeDim 10 Fév 2008 - 13:44

Assoiffés
(pièce de théâtre)

Comme toujours avec Wajdi Mouawad, le texte « déménage »…

On retrouve au fond d’un lac les cadavres enlacés de deux jeunes gens. Boon, un anthropologue judiciaire, est chargé de mener l’enquête.
On réussit à identifier l’un des corps, c’est celui de Sylvain Murdoch et ce dernier n’est pas un inconnu pour Boon.

"J'avais un cadavre devant moi, auquel mon métier d'anthropologue judiciaire m'avait permis d'accoler un nom, et ce nom, celui de Murdoch, avait fait ressurgir un autre cadavre : le mien, celui de l'adolescent que j'étais. [...] Pourtant, je ne peux pas dire que Sylvain Murdoch était mon ami, c'était un voisin"

Murdoch était en classe avec le frère de Boon. Le frère ? Un cancre et un paresseux qui faisait écrire ses textes à Boon, le jeune frère rêvant de devenir écrivain.
Un jour, Boon avait imaginé une histoire et, apparemment, elle n’avait été appréciée par personne. Alors son frère lui avait craché à la figure. Depuis, tous deux étaient fâchés et Boon avait renoncé à devenir écrivain. Il s’était tourné vers une carrière d’anthropologue judiciaire.
Avec le cadavre de Sylvain Murdoch, quinze ans après, c’est aussi le passé de Boon qui remonte… le fantôme de son rêve d’écriture abandonné.

L’histoire de Boon est liée à celle de Murdoch, et aussi à celle de Norvège, la jeune fille dont le cadavre est enlacé à celui de Murdoch.

Le jour du drame, Murdock s’était réveillé avec la tête pleine de questions et il ne pouvait plus s'arrêter de parler et de remettre en question ce qui l’entourait.
En classe, il avait écouté le texte écrit par Boon…Ce texte avait bouleversé sa vie et celle de Norvège, une jeune fille enfermée depuis plusieurs jours dans un mutisme absolu parce que devenue transparente et vulnérable...Une jeune fille… inventée par Boon pour écrire son histoire…

Lorsqu’il comprend tout, Boon, l’anthropologue, s’exclame :
"Murdoch tenait entre ses bras le personnage fictif que j'avais inventé."

Triompher de l’inertie, préserver en nous la beauté, la soif d'amour et de sens…Tel est le message de ce texte fougueux, furieux…

"Tout le monde, un jour ou l'autre, se réveillera avec la laideur au fond de soi [...] Et puis on s'y habitue, et l'on se met à vivre avec cette monstruosité en nous." […]Pour se départir du laid, nul doute qu'il faille renouer avec nos rêves.

L’urgence de dire et de vivre est le sujet de cette pièce un peu fantastique où se mêlent réel et imaginaire, humour et tragédie

Les premières lignes (dans les pièces de Wajdi Mouawad le langage parlé des personnages se confronte toujours au lyrisme du narrateur. N’oublions pas que Wajdi Mouawad, d’origine libanaise, vit au Canada. Ceci pour le langage de Murdoch…Lisez-le avec l’accent…content )


Murdoch : Mercredi 6 février 1991.Jour de la Saint-Gaston.7 h 30.Murdoch se réveille en parlant.
MURDOCH. Je ne sais pas ce qui se passe, ni depuis quand, ni pourquoi, ni pour quelle raison, mais je rêve tout le temps à des affaires bizarres, pas disables, pas racontables, pas même imaginables. Je me sens envahi par un besoin d'espace et de grand air ! Je mangerais de la glace juste pour calmer la chaleur de mon écoeurite la plus aiguë ! Le monde est tout croche et on nous parle jamais du monde comme du monde ! Chaque fois que je rencontre un ami de mon père ou de ma mère, il me demande : «Comment va l'école ?» Fuck ! Y a pas que l'école ! Y a-tu quelqu'un en quelque part qui pourrait bien avoir l'amabilité de m'expliquer les raisons profondes qui poussent les amis de mes parents à être si inquiets à propos de l'école ! J'ai comme l'intime conviction que comme ils ne savent pas quoi dire à quelqu'un de jeune et parce qu'ils croient qu'il serait bon d'engager la conversation avec, ils ne trouvent rien de mieux qu'à s'accrocher sur le thème ô combien original de l'esti d'école ! «Puis, comment va l'école ?» Je leur demande-tu, moi, comment ça va leur névrose, fuck ! Je veux dire que c'est pas parce que tsé que crisse ! Non je ne me tairai pas, c'est mon droit de parler, de m'exprimer, de dire des affaires, de les articuler et de les dire ! Mon droit ! Je m'appelle Sylvain Murdoch et parler relève de mon droit ! L'adjectif possessif mon n'est pas là innocemment, sacrament ! Je suis écoeuré ! Comme si l'avenir était ma tombe ! Non je ne me tairai pas, j'ai encore des choses à dire et à exprimer ! Vous la regardez, vous autres, la télévision quand vous voulez, autant que vous voulez ! Personne n'est là pour vous dire : «Arrête de regarder la télé !» Jamais la télé vous lui dites : «Tais-toi !» Pourquoi moi ? Non je ne m'habillerai pas, je vais rester en bobettes, esti ! Je veux dire, il est sept heures du matin, crisse, la télé elle joue déjà, fuck ! Je veux dire que fuck !


Éd. Leméac / Actes Sud-Papiers, 2007 :

Littéralement mordante, cette pièce à trois voix fait écho à la bêtise séculaire des hommes. Il y est question de suicide, de capitalisme et de solitude, mais aussi de création, d'imaginaire et de réconciliation. Vous trouverez à n'en pas douter dans ces pages tout ce qu'il faut pour étancher votre soif de beauté
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MessageSujet: Re: Wajdi Mouawad   Wajdi Mouawad - Page 2 Icon_minitimeDim 10 Fév 2008 - 13:50

animal a écrit:
je prends le temps, avec un peu de retard, de passer te dire coline que suite à la lecture de ton extrait de rêves, je l'ai immédiatement copié (que c'est pratique l'informatique pour ça...) et envoyé à une amie...

me disant que si elle trouvait le temps de le lire cela lui parlerai probablement quelque part...

Finalement Animal, t'a-t-elle fait part de ses impressions? content
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MessageSujet: Re: Wajdi Mouawad   Wajdi Mouawad - Page 2 Icon_minitimeDim 10 Fév 2008 - 14:35

hahaha, non du moins pas encore...

c'est une personne avec qui je ne m'entretiens que trop rarement... le moins qu'on puisse dire. Peut être la croiserai-je mardi... poserai la question si... j'y pense ! cat

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MessageSujet: Re: Wajdi Mouawad   Wajdi Mouawad - Page 2 Icon_minitimeMer 2 Avr 2008 - 19:46

Festival d'Avignon 2008 (je n'y serai pas malheureusement)

http://www.festival-avignon.com/index.php?r=29&pid=120592870463

Wajdi Mouawad
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Le programme est trés prometteur d'ailleurs, on retrouve Jan Fabre aussi.
Terrible.
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MessageSujet: Re: Wajdi Mouawad   Wajdi Mouawad - Page 2 Icon_minitimeMer 2 Avr 2008 - 19:55

lekhan a écrit:
Festival d'Avignon 2008 (je n'y serai pas malheureusement)

http://www.festival-avignon.com/index.php?r=29&pid=120592870463

Wajdi Mouawad
Ottawa / Chambéry

Seuls
Gymnase Aubanel

Le programme est trés prometteur d'ailleurs, on retrouve Jan Fabre aussi.
Terrible.

C'est Wajdi Mouawad qui joue lui-même sa pièce...

cliquer ici

J'irais bien à Avignon...Le problème c'est toujours l'hébergement. Tout est plein d'une année sur l'autre (ou presque..Ou il faut sortir asez loin de la ville).
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MessageSujet: Re: Wajdi Mouawad   Wajdi Mouawad - Page 2 Icon_minitimeJeu 3 Avr 2008 - 20:10

En fait si tu as une voiture il y a un bon plan.

Séjourner dans les Baronnies (Nyons) (à peine cent kilomètres) et de faire Avignon un jour sur trois, ou sur deux.

http://www.drome-provence.com/villages/stejalle.php

Une fois à Avignon tu vas directement à la maison du OFF( en face du palais des papes)(Prendre le programme généralement une bonne centaine de pages mais avec des entrées par auteur (très bien les premiers jours en attendant les échos du festival), à la chapelle saint louis (y lire les critiques du IN, réserver très vite ses places), tu sélectionnes une pièce le matin, tu en fais une ou deux dans l'après-midi-soir, et quand tu rentres chez toi tu profites du beau soleil et de la lavande (que tu as tout le temps d'explorer quand tu n'es pas à Avignon) :)

Voilà, ou alors il faut réserver dans un rayon de 30 kilomètres autour d'Avignon, mais je pense que c'est déjà plein pour le coup à mon avis.
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MessageSujet: Re: Wajdi Mouawad   Wajdi Mouawad - Page 2 Icon_minitimeJeu 3 Avr 2008 - 23:21

lekhan a écrit:
En fait si tu as une voiture il y a un bon plan.

Séjourner dans les Baronnies (Nyons) (à peine cent kilomètres) et de faire Avignon un jour sur trois, ou sur deux.

http://www.drome-provence.com/villages/stejalle.php

Une fois à Avignon tu vas directement à la maison du OFF( en face du palais des papes)(Prendre le programme généralement une bonne centaine de pages mais avec des entrées par auteur (très bien les premiers jours en attendant les échos du festival), à la chapelle saint louis (y lire les critiques du IN, réserver très vite ses places), tu sélectionnes une pièce le matin, tu en fais une ou deux dans l'après-midi-soir, et quand tu rentres chez toi tu profites du beau soleil et de la lavande (que tu as tout le temps d'explorer quand tu n'es pas à Avignon) :)

Voilà, ou alors il faut réserver dans un rayon de 30 kilomètres autour d'Avignon, mais je pense que c'est déjà plein pour le coup à mon avis.

Merci de tes suggestions Lekha. C'est peut-être une solution...mais pas pour moi...

Pour y être allée plusieurs fois, je connais bien le système pour les spectacles, ce que je trouve difficile c'est de loger loin d'Avignon. Je l'ai fait la dernière fois que j'y suis allée, je n'ai pas envie du tout de recommencer...Cela me gâche mes spectacles du soir...
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MessageSujet: Re: Wajdi Mouawad   Wajdi Mouawad - Page 2 Icon_minitimeLun 9 Juin 2008 - 18:33

Télérama parle de Wajdi Mouawad: ici
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MessageSujet: Re: Wajdi Mouawad   Wajdi Mouawad - Page 2 Icon_minitimeMar 9 Déc 2008 - 14:21

Forêts

Coline m'invite à découvrir ce fil qui m'avait échappé alors que j'ai vu une des pièces de Wajdi Mouawad, Forêts, au théâtre du Nord à lille il y a quelques mois.

Présentation:

L’auteur de Littoral, d’Incendies et des Mains d’Edwige au moment de la naissance, nous revient avec une œuvre somme qui, de part et d’autre de l’Atlantique, à travers les destins successifs de sept femmes, embrasse toute l’histoire du XXe siècle. On y retrouve toutes les multiples richesses d’une écriture épique, lyrique, généreuse comme la belle «parlure» poétique de son pays d’adoption, le Québec.


Wajdi Mouawad - Page 2 Forets10
Wajdi Mouawad - Page 2 Forets11 Wajdi Mouawad - Page 2 Forets12 Wajdi Mouawad - Page 2 Forets13 Wajdi Mouawad - Page 2 Forets14

Explications de l'auteur:

Si l’on veut une histoire, Forêts est peut-être le récit de six femmes qui, suite à un événement qui s’abat sur la plus jeune d’entre elles, font brutalement face à l’incohérence de leur existence. Cette plongée forcée à laquelle elles auraient bien voulu se soustraire se fera par l’entremise d’un paléontologue amené en 1946 à se rendre avec une équipe de scientifiques dans un des camps de concentration pour tenter de ramener du néant ce que l’on a voulu y précipiter. Chacune de ces femmes verra sa raison mise en pièce puisque là, dans les cendres humaines de cette innommable douleur, irreprésentable, elles déchiffreront, abasourdies, les traces et le futur de leur destinée.
Forêts …
Forêts…
Forêts…
Mais si l’on veut vraiment une histoire, on peut aussi dire qu’il s’agit du récit d’une désertion : quittant le champ de bataille en 1917, un soldat ; Lucien Blondel ; se réfugie au coeur d’une forêt. Là, traversant une rivière étrange et obscure, serpentant au milieu des arbres, il découvre un zoo où quatre femmes vivent au milieu des animaux sauvages . Au coeur de ce paradis improbable, Lucien rencontrera Léonie avec laquelle il vivra une histoire d’amour sans se douter que leur union sera, à l’image de ce siècle, le théâtre de douloureuses déchirures.
Forêts…
Forêts…
Forêts est peut-être l’histoire de cette femme, en 1989, qui apprend qu’elle est atteinte d’un mal incurable son cerveau étant dévoré par une tumeur.
Forêts…
Forêts…

Wajdi Mouawad

PANORAMIQUE

Forêts est la troisième partie d’un quatuor dont Littoral, créé en 1997 et Incendies créé en 2003, sont les deux premiers opus. Sans être une suite narrative, ces histoires, puisqu’il s’agit d’histoires avant tout, abordent, de manière différente et j’ose l’espérer de manière à chaque fois plus complexe et plus précise, la question de l’héritage. Celui dont on hérite et celui que l’on transmet à notre tour. Mais là, il ne s’agit pas d’un héritage conscient, il s’agit de tout ce que l’on nous transmet dans le silence, dans l’ignorance et qui pourtant déchire notre existence et broie notre destin. Il s’agit de cet héritage sourd que des générations et des générations peuvent se transmettre jusqu’à ne plus avoir le choix, par trop de douleur, que de briser le tamis qui nous voile la vérité, pour faire en sorte que cet héritage silencieux, devienne un héritage bruyant, évident, cru, étalé là, sous la lumière.

ECRITURE



Il est important de comprendre que, pour moi, l’écriture de Forêts, tout comme celle de Littoral et Incendies, est une écriture qui suit les répétitions.
En d’autres termes, il n’y a pas de texte dialogué au début des répétitions, il y a un synopsis assez précis d’où surgissent les personnages, les scènes et les dialogues, en les raccordant aux envies, désirs et questionnements qui animent les comédiens au moment où nous sommes ensemble. De ces désirs naissent des idées fondamentales pour l’histoire, que je n’aurai pas pu trouver seul. Voilà pourquoi mon temps de répétition est si étalé dans le temps puisque cette méthode de travail se rapproche davantage du travail d’un chorégraphe qui doit dans un premier temps créer son langage chorégraphique pour, par la suite, créer le spectacle. Or, tout comme il serait impossible au chorégraphe de créer son langage chorégraphique sans les danseurs, il m’est impossible de créer le langage de Forêts sans une rencontre quotidienne avec les comédiens du spectacle. Cette méthode doit être considérée non seulement comme capitale, mais condition sine qua non à la possibilité de créer ce spectacle.


LE POISSON-SOI


Il existe un étrange dialogue entre l’écrivain et l’écriture. Un dialogue se situant dans un autre espace-temps qui paraît lorsque l’imagination largue les amarres pour aller vers la tempête et se plonger dans le chaos des vagues immenses des choses anciennes où se trouve la beauté nouvelle qu’il faut pêcher.

Cette beauté, je lui donne le nom de poisson-soi.

Ce dialogue mystérieux a comme principe de base, de contrôler la volonté et de l’empêcher de décider consciemment des éléments qui fomenteront l’histoire à venir. Ce dialogue entre l’écriture et l’écrivain est une plongée. Une plongée en apnée. Une plongée où l’écrivain tente d’aller au plus profond de lui, là où la pression est énorme, pour deviner, dans l’obscurité de l’inconscient, ce qui gît là, ce poisson-soi, qui est l’objet de beauté. Une fois l’animal trouvé, réellement trouvé, le dialogue consiste alors pour l’écrivain et l’écriture, à laisser venir et croire que c’est une nature métaphysique qui est là, puisque entre eux, il sera question de la mort, de la douleur et de l’amour. Puis, par une entreprise chirurgicale dont les mots sont les multiples et savants scalpels, l’écrivain a pour mission de faire émerger ce poisson-soi à la surface houleuse de l’océan. Et de là, le ramener, le temps d’un instant, vers la rive. Le temps d’une marée basse.

La marée basse où est échoué pour un temps le poisson-soi pêché par l’écrivain, c’est cela, pour moi, le théâtre lorsque ce théâtre est le fruit de l’écriture et la mise en scène d’un seul individu. Le temps que dure la marée basse, c’est ça la représentation, puisque le poisson-soi est là, sur le sable fin, respirant à peine, espérant le retour de l’eau. Les spectateurs, eux, regardent et observent cette méduse qui semble si fragile. Mais aussi, pareille aux méduses, on n’ose pas y toucher, car le poisson-soi est porteur de poison. Puis, la marée remonte et emporte avec elle cet animal dévoilé. La nuit tombe. Le spectacle est terminé.


Un petit commentaire à suivre après tout ça...

_________________
"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).
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MessageSujet: Re: Wajdi Mouawad   Wajdi Mouawad - Page 2 Icon_minitimeMar 9 Déc 2008 - 15:46

Forêts suite...

Cette pièce m'a beaucoup touché malgré sa longueur (4h environ) et sa complexité narrative. Le texte est poétique et puissant. Il y est question de transmission de la mémoire des traumatismes individuels et collectifs, de sacrifice de soi, de don et d'amour. Le récit kaléidoscopique alterne réalité et imaginaire, Histoire et mythologie.

J'ai renoncé à suivre la trame narrative pour me concentrer sur la magie du texte. Je me suis parfois ennuyé comme dans tout spectacle d'une telle densité (je pense au Mahabharata de Peter Brook, à Tambours sur la digue d'Ariane Mnouchkine ou Les pièces de Philippe Caubert entre autres...) mais j'ai aussi été envoûté grâce à une mise en scène très théâtrale où les mouvements des corps sont le reflet des répétitions et des hésitations des personnages.

Un spectacle exigeant qui demande un effort au spectateur mais le résultat en vaut la peine et cet auteur me semble important par l'inspiration de son écriture.

_________________
"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).
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MessageSujet: Re: Wajdi Mouawad   Wajdi Mouawad - Page 2 Icon_minitimeMar 9 Déc 2008 - 16:24

Merci Marko de ces posts très complets!...Ca tombe bien, je n'avais rien pu écrire sur Forêts... content

J'aime beaucoup les textes de Wajdi Mouawad et n'ai pu, jusque-là, assister qu'à une seule de ses pièces.

Sur le site du Théâtre de La Colline, Stanislas Nordey qui a mis en scène Incendies , évoque la pièce (vidéo):
ici

Wajdi Mouawad écrit, joue et met en scène...retenez ce nom...Cet homme a des choses à dire (remontez ce fil)...Il devrait avoir encore une actualité en 2009...avec Stanislas Nordey...
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MessageSujet: Re: Wajdi Mouawad   Wajdi Mouawad - Page 2 Icon_minitimeMar 9 Déc 2008 - 16:29

"Littoral, Incendies, Forêts : à rebours des narcissiques, qui tiennent les divagations de l’intime pour sommet de leur distinction, Wajdi Mouawad travaille l’histoire à la fresque, dispensant du verbe et du personnage sans regarder à la dépense. Plonger avec lui dans ces tourments, auxquels le Liban plus que le Québec donne son sang avec ses paysages, c’est être entraîné plus profond, là où le crime situe l’origine de tout récit nécessaire, de toute mémoire collective, de tout silence à lever. Les grands mythes méditerranéens n’ont pas fini de se combiner, nous assure Mouawad. Leur temps est encore le nôtre, et si l’actualité s’avère incapable d’en rendre compte, c’est que, seule, une parole tentée – teintée – par l’épique peut en approcher l’horreur. En laboureur de ce temps, il retourne terre et mer de ses enfances pour tenter, comme l’anthropologue judiciaire d’Assoiffés, de restituer au vivant du théâtre les corps inextricablement mêlés de victimes et de bourreaux qu’il faut séparer et identifier avant de pouvoir entendre ce qu’ils ont à nous dire. Ainsi naissent ses personnages, à rebours là aussi, démêlés de réseaux de filiations et de vengeances d’une complexité perverse, dont l’auteur ne paraît s’extraire que dans le moment même où il écrit et met en scène. Survivant d’un mal antique, en cela légitime dans sa tentative de restituer le récit dans sa vérité, Mouawad ne craint ni les assauts de l’éloquence, ni les excès d’émotions. Sa prodigalité en vient à déborder le drame, pour retrouver les termes du tragique. "

J.-L. P. (source Mouvement.Net)
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MessageSujet: Re: Wajdi Mouawad   Wajdi Mouawad - Page 2 Icon_minitimeVen 19 Déc 2008 - 10:50

Y a-t-il un Parfumé que l'on pourrait envoyer en mission d'information?

Festival d'Avignon: Une année s'achève, une autre se profile : cap sur l'édition 2009 !

Après Joël Jouanneau, Wajdi Mouawad,
artiste associé du prochain Festival d'Avignon,
dévoilera ses projets pour juillet lors d'une rencontre publique

lundi 12 janvier 2009 à 20h30 à la salle Benoît XII
12 rue des Teinturiers 84 000 Avignon
entrée libre, mais réservation conseillée au 04 90 27 66 50


Lettre du Festival d'Avignon:
Wajdi Mouawad a l’art de raconter les histoires. Littoral, Incendies et Forêts ont révélé ce dramaturge québécois au public français, conquis par le souffle épique de cette trilogie sur la guerre, l’exil et l’identité. Des thèmes qui lui tiennent particulièrement à coeur, lui qui, enfant, a dû quitter le Liban. Un déracinement qu’il transcende aujourd’hui par l’écriture, son premier ancrage. Dire le monde, le déployer, le dérouler telle une fresque offerte au regard, voilà ce que propose l’oeuvre de Wajdi Mouawad. « S’il n’y a pas d’histoire, il n’y a pas de théâtre » affirme-t-il. Ses pièces sont autant de récits brûlants portés par des acteurs incandescents. Un théâtre universel qui résonne comme une tragédie moderne. Une odyssée du temps présent qui nous entraîne aux sources mêmes de notre existence. Existence, un mot qui en arabe se dit Wajdi.


Né au Liban en 1968, Wajdi Mouawad est contraint d’abandonner sa terre natale à l’âge de huit ans, pour cause de guerre civile. Débute une période d’exil qui le conduit d’abord en France. Une patrie d’adoption qu’il doit à son tour quitter en 1983, l’État lui refusant les papiers nécessaires à son maintien sur le territoire. De l’hexagone, il rejoint alors le Québec. C’est là qu’il fait ses études et obtient le diplôme de l’École nationale de Théâtre de Montréal. Acteur mais aussi auteur et metteur en scène, il crée très vite sa première compagnie, Théâtre Ô Parleur. Dès 2000, il est sollicité pour prendre la direction artistique du Théâtre de Quat’sous de Montréal : il accepte, avant de mettre sur pied en 2005 la première compagnie québéco-française, Abé carré cé carré/Au carré de l’hypothénuse. Travaillant des deux cotés de l’Atlantique, il monte ses propres textes (Littoral, Willy Protagoras enfermé dans les toilettes, Rêves, Incendies, Forêts, et tout récemment Seuls), mais s’intéresse également à Shakespeare (Macbeth), Cervantes (Don Quichotte), Irvine Welsh (Trainspotting), Sophocle (Les Troyennes), Frank Wedekind (Lulu le chant souterrain), Pirandello (Six personnages en quête d’auteur), Tchekhov (Les Trois Soeurs) ou encore Louise Bombardier (Ma mère chien). Depuis 2007, il est directeur artistique du Théâtre français du Centre national des Arts d’Ottawa.


Au Festival d’Avignon, Wajdi Mouawad a déjà présenté deux spectacles : Littoral en 1999 et Seuls en 2008.
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MessageSujet: Re: Wajdi Mouawad   Wajdi Mouawad - Page 2 Icon_minitimeMer 11 Fév 2009 - 23:13

Doriane a écrit:
Coline, tu sembles être une admiratrice de Wajdi Mouawad. Je suis d'accord avec toi, c'est un écrivain formidable et un très bon acteur. J'ai vu sa dernière pièce, Seuls, cet automne au Théâtre d'Aujourd'hui à Montréal et que j'en ai été très bouleversée. C'est à mon avis l'une de ses meilleures.


Ah!... cheers ...Voilà enfin une Canadienne qui partage mon engouement pour les textes de Wajdi Mouawad!... content
Il faut parler de cet auteur, metteur en scène et comédien qui a tous les talents...
Nul ne doit plus oublier son nom si difficile à prononcer...
J'ai pour projet d'aller voir son dernier spectacle à Avignon cet été si possible...
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