Ce livre m'a fait une forte impression parce qu'il est l'un des rares à ne pas traiter l'holocauste sous le prisme de la victimisation, au contraire, plutôt que d'insister sur le fait que c'est le sort des
juifs, Primo Levi s'intéresse au devenir d'être humains traités par d'autres être humains. Bien évidemment, le fait qu'il soit juif ressort dans le livre, mais cela ne sert qu'à décrire les faits, et non à insister outre mesure sur le fait qu'il est juif et que ce qui est arrivé est spécifique au juifs. Certes, ce génocide est unique en son genre, certes l'antisméitisme peut sembler particulier dans l'histoire de l'Occident (Occident très large puisque je compte le Proche Orient et les pays de l'est), certes l'ampleur du génocide est (presque) inégalée et certes (encore une fois) les moyens techniques sont uniques en leur genre, mais Primo Levi nous rappelle ce qu'il y a d'essentiel dans ce génocide: la déshumanisation, la volonté de détruire l'humanité chez autrui, qu'importe la haine qu'on lui porte, quelle que soit son appartenance à un groupe, un ethnie, une nationalité. L'horreur de ce crime concerne toute l'humanité et non seulement les juifs qui en ont été victime.
L'antisémitisme qui soutient la création des camps n'est qu'une donnée factuelle à laquelle il ne faut donner aucune importance morale dans la mesure où ce qu'il faut critiquer dans de telles pratiques doit l'être quel que soit le peuple concerné (d'un point de vue historique, il reste évidemment fondamental de rappeler que ce sont 6 millions de juifs qui ont été tués, mais il faut aussi rappeler qu'avec eux, 20 millions de russes ont péri, ainsi que des Tziganes, des homosexuels, des noirs, des métisses, etc.). En insistant démesurément sur l'antisémitisme qu'il y a derrière ce génocide, on obtient l'effet inverse de la mise en garde... il serait en effet tentant de remettre ce système à jour pour à nouveau tuer des Juifs (et lorsque je dis cela, en réalité, plusieurs personnalités connues pour leur antisémitisme ont déjà fait des déclarations dans ce sens). Ce que je veux dire par-là (parce que ce n'est pas très clair) c'est qu'à force de ne pas insister sur le problème
humain que cela pose, on insiste pas assez (du même coup) sur le fait que les Juifs sont aussi des humains, ce qui donne à certains antisémites à priori contre ce genre de pratiques l'impression qu'effectivement, si les camps ont existé, c'est parce que les Juifs ne sont pas humains. Donc, voir les camps comme un problème strictement juif, c'est la porte ouverte à toutes les dérives et manipulations intellectuelles possibles et imaginables. Le scond problème que pose une vision "juive" de l'holocauste, c'est que personne d'autres que les Juifs ne se sentiront concernés, ce qui aura pour effet d'endormir les consciences si cela devait arriver un jour à d'autres populations.
Bref, je m'éloigne un peu du sujet (quoique), mais je voulais vraiment insister sur le fait que ce livre est exceptionnel rien que pour cette vision "humaine" de l'holocauste qui le remet à sa place et nous rappelle à quel point ce genre de pratiques sont inacceptables.
_________________
nieks