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 Nicolas Bouvier

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kenavo
Zen Littéraire


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MessageSujet: Re: Nicolas Bouvier   Jeu 7 Mai 2009 - 16:41

vient de paraître:


Le Vide et le Plein

Citation:
Editeur
Les fameux carnets que Nicolas Bouvier tint pendant son séjour au Japon en 1964 restèrent longtemps inédits. Partie intégrante du « Livre des Merveilles » qu'il souhaitait écrire, Le vide et le plein impose cet art unique qu'il a de saisir, comme on dérobe des pommes à l'étalage, des fragments d'éternité. Bouvier découvre, s'émerveille, s'étonne, se laisse faire mais aussi défaire par ce pays « non pas tant mystérieux que mystifiant ». Et se livre dans ces courts chapitres plus peut-être que nulle part ailleurs.

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Celui qui se perd dans sa passion a moins perdu que celui qui a perdu sa passion.
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bix229
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MessageSujet: Re: Nicolas Bouvier   Jeu 7 Mai 2009 - 17:38

Enfin... une bonne nouvelle ! Wink
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eXPie
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MessageSujet: Re: Nicolas Bouvier   Jeu 7 Mai 2009 - 19:34

Le Vide et le Plein. Carnets du Japon. Collection Etonnants voyageurs. Editions Hoëbeke. 186 pages.

Ces textes datent essentiellement de 1964 et 1965. Il s'agit des carnets de voyage de Nicolas Bouvier. Il n'en avait utilisé qu'une petite partie pour son Japon (1967), qui devint Chroniques Japonaises en 1988 avec l'adjonction "de courts extraits de son journal de 1956 et 1964" (introduction, page 6). Les parties déjà publiées ont été enlevées.
Bien que Nicolas Bouvier ait retravaillé et corrigé ces carnets, ces textes n'étaient pas destinés à être publiés en l'état. Ils n'en restent pas moins très intéressants, et une prolongation bien venue à ceux qui avaient aimé Chroniques Japonaises.

Le livre est divisé en trois parties : Kyoto, Petit voyage au cap Kyoga (très court), et Tokyo.
Il y aurait tellement de passages à citer... En voici quelques-uns.

Citation:
"Le voyage ne vous apprendra rien si vous ne lui laissez pas aussi le droit de vous détruire. C'est une règle vieille comme le monde. Un voyage est comme un naufrage, et ceux dont le bateau n'a pas coulé ne sauront jamais rien de la mer. Le reste, c'est du patinage ou du tourisme." (page 158).


Il parle de Kyoto en ces termes :
Citation:
"Cette ville - une des dix au monde où il vaut la peine d'avoir vécu - a pour moi, malgré sa douceur, quelque chose de maléfique. Austère, élégante, mais spectrale. On ne serait pas trop surpris au réveil de ne plus la retrouver du tout." (page 10).

Il visite une exposition artisanale des ères Meiji et Taisho :
Citation:
"On vous vend un programme de plusieurs pages. Vous entrez : eh bien, il n'y a presque rien dans les vitrines : un panier de bambou tressé dans lequel on mettrait quatre pommes et signé par un certain Rokanzai Iizuka, troisième d'une dynastie de tresseurs de paniers, dispose d'autant d'espace qu'un grand Rubens dans un de nos musées. Quelques mètres plus loin se trouve un cendrier de bronze, plus loin encore, une écharpe de soie. Tout cela signé, bien entendu. [...] Ici, si vous voulez honorer un homme ou un objet, donnez-lui de l'espace. Promené pendant une heure dans cette exposition sans parvenir à savoir ce que j'en pensais ; comme s'il n'y avait pas eu assez de substance pour supporter un jugement." (page 12).


A propos des femmes japonaises :
Citation:
"A-t-on affaire à une situation qui présente un risque d'imprévu, on envoie les femmes en avant-garde. Si le malheur veut qu'elles perdent la face, cela a moins de conséquences. Aussi ont-elles depuis toujours servi, dans tous les cas délicats, d'intermédiaires et de porte-parole aux hommes qui ne s'exprimaient que par des ordres laconiques, borborygmes et grognements. Comme elles étaient également tenues de deviner sur-le-champ leurs humeurs et désirs - alors qu'ils n'étaient pas tenus à la réciproque - elle ont l'esprit incomparablement plus dégourdi et cette différence ne manque pas de frapper l'étranger. Subalternes mais ingénieuses et venant sans peine à bout de leurs solennels époux, un peu comparables aux graeculi des comédies de Plaute ou de Térence, qui, pour toutes les couleuvres qu'ils avalent, n'en finissent pas moins par tenir le bon bout." (page 20-21).


Les Jésuites :
Citation:
"Entre les jésuites et la Chine, ça a été tout de suite le coup de foudre : même mépris de la ligne droite, même talent aussi pour les pesées à la Ponce Pilate et pour les robes à larges manches où l'on peut enfouir tant de petites choses que l'on produit, le moment venu, pour désarçonner l'interlocuteur. [...]
Au Japon, ces qualités leur ont valu dans les débuts des succès spectaculaires, ensuite, il ont perdu le chemin.
Même pour eux, les Japonais tournaient trop souvent, et pour des motifs trop imprévisibles. Cela s'est terminé comme on sait : sur la croix pour certains d'entre eux, un épilogue qu'en maîtres diplomates qu'ils sont ils n'avaient certes pas prévu, mais auquel ils ont fait face avec un grand courage." (page 177).
Nicolas Bouvier parle de « courbure de l'espace psychologique ». (page 178).

A propos du zen :
Citation:
"Les mauvais livres sur la pensée zen ne lui font pas grand mal : ceux qui s'en contentent, c'est qu'ils n'en avaient pas vraiment besoin." (page 171).


Il y a toujours une autorité qui dit au Japonais ce qu'il convient de faire - et comment le faire - , ce qu'il convient de penser. Tout est sécurisé, on ne peut pas prendre le risque de se tromper.
Citation:
"Un homme sans maître : un bon à rien. Au Japon, qui n'a pas de maître - et il en faut pour tout : maître d'armes, maître à penser, maître de fleurs (on ne fait pas un bouquet sans maître) - est bon pour la fourrière.[...]
Dans l'art aussi, on s'efforce de fournir au public la sécurité dans l'admiration.
La Vénus de Milo : plus d'un million de visiteurs rien que pour Kyoto, pedigree à toute épreuve. On peut emporter un sac de papier armorié qui prouve qu'on l'a bien vue, qu'on a fait le circuit, qu'on est devenu hadji.
Le jardin du Ryojan ji : quatre siècles d'excellentes références. [...] Chaque pierre choisie avec un soin morose par des experts dont le nom est conservé. Même le petit portail de bambou qu'on distingue à peine, dans les communs du temple, n'a pas été fait au hasard, mais longuement cuisiné par un spécialiste du bambou qui avait trente ans d'affres et d'expérience, et si vous voulez sa généalogie, vous l'aurez. Toutes les garanties sont fournies et vous ne trouverez personne, sauf quelques vauriens connus de la police, qui songe une seconde à mettre le Ryojan ji en question. Les Japonais ne peuvent qu'admirer, ils n'ont pas le choix. C'est pour cela sans doute qu'ils ont l'air tellement emmerdés. Et c'est dommage, car le jardin est vraiment beau." (pages 59-60).


Les chats :
Citation:
"Ici - superstition, bouddhisme ? - on ne tue pas les chatons à leur naissance. Pour une semaine, on les livre aux enfants qui s'en amusent et lorsqu'ils sont estropiés un peu, on va les perdre dans un parc public, dans l'enceinte d'un temple bouddhique, mais toujours le plus loin possible de la maison, de crainte que l'esprit de l'animal mort de faim ne retrouve le logis dont on l'a exilé et n'en tire vengeance. Les paisibles allées du Daitoku ji sont ainsi peuplées de petits moribonds résignés et pouilleux qui tremblent au gros soleil sur les pattes grêles." (page 67).


Un livre très intéressant, et un complément aux Oeuvres éditées chez Gallimard (Quarto).

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MessageSujet: Re: Nicolas Bouvier   Dim 20 Sep 2009 - 12:17

En lisant l'oeil qui écrit, j'ai été choquée d'apprendre toutes les difficultés qu'a eues Nicolas Bouvier pour arriver à faire éditer le livre extraordinaire qu'est "l'usage du monde". Shocked

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MessageSujet: Re: Nicolas Bouvier   Dim 20 Sep 2009 - 14:56

- Le Vide et le plein, Le Hibou et la baleine, L' Oeuil du voyageur, Un galet
dans le torrent dans mes prochaines commandes...

On en a jamais fini avec Bouvier...
Ensuite ensuite je le relirai !
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MessageSujet: Re: Nicolas Bouvier   Dim 20 Sep 2009 - 15:15

Cachemire a écrit:
En lisant l'oeil qui écrit, j'ai été choquée d'apprendre toutes les difficultés qu'a eues Nicolas Bouvier pour arriver à faire éditer le livre extraordinaire qu'est "l'usage du monde". Shocked

Oui, je crois me souvenir qu'en plus il n'avait pas été très chanceux. Mais de toute façon les éditeurs ne se bousculaient pas pour le publier. Peut-être qu'ils pensaient que le livre n'avait pas de potentiel commercial... ou alors les lecteurs des maisons d'édition avaient mauvais goût...
C'est un problème qui me rappelle ce qu'écrivait Michel Tournier dans son Journal Extime :
Citation:
En matière littéraire, le critère de l'amateur et du professionnel pourrait être le suivant : être capable de reconnaître la valeur éminente d'un livre que personnellement on déteste, tel est le privilège du professionnel. Au contraire l'amateur reste aveugle aux qualités même éclatantes d'un livre dès lors qu'il va à l'encontre de ses goûts.

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Nicolas Bouvier

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