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 Denis Vidal [Anthropologie]

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shanidar
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MessageSujet: Denis Vidal [Anthropologie]   Mer 24 Aoû 2016 - 9:20



Denis Vidal a été recruté à l’IRD en 1983 après avoir soutenu sa thèse à Nanterre et à l’EPHE en 1981 sur « le culte des divinités locales en Himachal Pradesh » sous la direction de Charles Malamoud.

Ses travaux ont essentiellement porté sur l’Inde du Nord où il a effectué plusieurs séjours de longue durée. Il s’est d’abord intéressé aux croyances religieuses de l’Himalaya indien, en mettant l’accent sur les manières dont se manifestait la présence des divinités dans la vie sociale des habitants. Puis, après avoir étudié des traditions de vengeance dans cette même région, il a proposé une analyse plus générale du rôle joué par la violence dans la société indienne, en se basant, aussi, cette fois, sur des recherches de terrain et l’exploration des archives d’un petit royaume du Rajasthan (Sirohi). Il a mené après cela des recherches à Delhi qui ont porté, en particulier, sur l’étude de l’organisation économique des bazars et sur la culture visuelle de la vieille ville.

Par ailleurs, à la suite de ses études dans l’Himalaya, il n’a cessé de s’intéresser à l’étude des interactions qui prennent place – dans des contextes sociaux et culturels très divers – avec toutes sortes d’entités, identifiées, à un titre ou un autre, à des créatures artificielles (image mobiles et représentations variées de divinités, « sirènes » momifiées, figures en cires, robots, etc. ). Il a mené également depuis le début de ses recherches en anthropologie des recherches dans le domaine de la culture visuelle (sanctuaires himalayens, environnement urbain, cinéma documentaire indien) et de l’anthropologie de l’art (art contemporain et « tribal » en Inde).

Enfin, depuis plusieurs années, il s’intéresse à la manière dont l’anthropologie permet d’aborder dans une perspective différente de celle de l’histoire des techniques, un ensemble de questions liées à l’invention, à l’appropriation et à la réappropriation de technologies « nouvelles » et « traditionnelles » dans le monde contemporain.

Il travaille actuellement – en collaboration avec les chercheurs du laboratoire de Robotique de Cergy-Pontoise (ETIS/CNRS/INSEA) – à la conception de créatures artificielles robotiques dont le fonctionnement met en jeu des réflexions issues aussi bien de l’anthropologie que de la robotique et de l’intelligence artificielle. Il mène, par ailleurs, des recherches en collaboration avec Balusubra ( IFP-Pondichéry) sur la construction artisanale  de cargos en bois au Tamil Nadu


Bibliographie

2016 Aux frontières de l’humain, Dieux, figures de cire, robots et autres artefacts,

2016 (avec Th.  Dufrêne, E. Grimaud, A .C. Taylor) Persona , étrangement humains,

2007 (avec E. Grimaud et T.Takahashi)  Vers l'infini et au-delà,

1995, Violences et vérités : un royaume du Rajasthan face au pouvoir colonial,

1994 (avec G. Tarabout et E. Meyer), Violences et non-violences en Inde,

1989, Le culte des divinités locales dans une région de l’Himachal Pradesh,

1987 (avec Ph. Cadène), L’Inde dans les sciences sociales,

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shanidar
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MessageSujet: Re: Denis Vidal [Anthropologie]   Mer 24 Aoû 2016 - 9:29

Aux frontières de l'humain, Dieux, figures de cire, robots et autres artefacts

A noter, en préambule, l'excellente présentation des éditions Alma, la richesse iconographique de l'ouvrage, sa qualité de papier, de ses notes, sa très grande lisibilité (tant d'un point de vue physique qu'intellectuel). Un pur bonheur de lecteur !

D'emblée Denis Vidal évoque les grands mythes technologiques qui ont effrayé les hommes du Golem à Frankenstein en passant par les révoltes des robots contre les humains. Mais qu'en est-il du mythe inverse qui incorporerait l'homme, l'intelligence humaine dans une machine (rendant ainsi l'homme immatériel, éternel et toujours réinventable) ? Cependant, le propos de Vidal est un regard d'anthropologue d'aujourd'hui, cherchant à comprendre la manière dont l'esprit humain envisage la machine, l'artefact, le surnaturel et le religieux. Quelles interactions peut-on expérimenter entre les hommes et les dieux, entre les hommes et les machines ou des figures présentées comme factices et pourtant tentant à ressembler (ou pas) à l'homme ?

J'ai décidé de découper les différents chapitres du livre de Vidal en messages séparés, pour une meilleure lisibilité.

Un petit plus de l'éditeur :

En rassemblant neuf enquêtes ethnographiques et historiques menées en Inde et en Europe sur les dieux, les robots, les figures de cire, les images sacrées, les momies de sirènes et la sculpture contemporaine, Denis Vidal propose un point de vue totalement inédit. Il montre comment les sociétés et les individus mettent depuis toujours une énergie et une ingéniosité peu commune non seulement pour définir et préserver la frontière entre humains et non humains, mais aussi pour en jouer et la transgresser de toutes les façons possibles et imaginables.


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MessageSujet: Re: Denis Vidal [Anthropologie]   Mer 24 Aoû 2016 - 9:34

Chapitre I Quand les hommes dialoguent avec leurs dieux



Dans cette première partie, Vidal raconte une de ses expériences en Inde durant laquelle des dieux interrogés par les croyants répondent suivant des schémas plus ou moins codifiés. Mais au moment où les doléances, les réclamations, les grognes des 'classes inférieures' risquent de déstabiliser le pouvoir des castes supérieures, alors la divinité semble se laisser diriger par les prêtres et finir par bouder. Il s'agirait presque de dire que les dieux dans leurs relations aux hommes sont là pour redéfinir le contrat social, le faire bouger mais sans trop s'éloigner des principes d'une société ultra-rigide et codifiée. Les dieux manipulés par les hommes se plient obligatoirement à un moment donné à la loi du plus fort. Mais qu'on ne se méprenne pas sur ce que je dis trop rapidement car le jeu d'interactions entre les uns et les autres, pour fonctionner correctement, est un jeu particulièrement subtil, dosé et délicat. Un jeune médecin indien, ami de Vidal, veut comprendre si les dieux dirigent vraiment les reliquaires que les hommes portent sur leurs épaules et qui en fonction des directions qu'ils prennent, donnent des réponses au croyant. Il se couvre donc d'une des statues et lors d'un rite concède que le dieu parle à travers sa statue, donnant au porteur le sentiment de diriger ses pas...

La relation aux dieux est donc ici à la fois un jeu entre celui qui demande et celui qui donne, un contrat et au moment où la transgression devient trop manifeste une réappropriation du dieu par les plus forts.

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MessageSujet: Re: Denis Vidal [Anthropologie]   Mer 24 Aoû 2016 - 9:43

Chapitre II Les sirènes de l'expérience



Vidal part là aussi d'un exemple précis : celui d'un marin qui achète en Asie ce qu'il croit être (ou en tout cas ce qu'il compte montrer comme étant) une véritable sirène ; il s'agit apparemment d'un torse de singe cousu à une queue de poisson… Arrivée en Amérique, le célèbre Barnum décide de montrer cette sirène en laissant à chaque visiteur de l'exposition le choix entre croire ou pas à cette fabuleuse histoire. L'intérêt de la chose est qu'on se trouve à la jonction entre mystère, mensonge et croyance, chacun pouvant faire sa propre expérience, sa propre expérimentation de l'objet. S'agit-il d'un faux (et quand on voit le nombre d'images trafiquées qui envahissent internet, on peut se dire que la question reste brûlante), s'agit-il d'une machination ou d'un conte. En faisant appel au libre-arbitre des visiteurs, Barnum semble laisser à chacun carte-blanche pour se faire sa propre opinion et donc avoir le sentiment d'une entière liberté quant à ses conclusions. C'est oublier la grosse campagne de presse que Barnum fomente sous divers noms, ni la demande aux scientifiques (la plupart plus que dubitatifs) de ne pas parler de leurs doutes après étude de l'objet.

Nous sommes donc dans une manipulation, mais celle-ci, bien orchestrée, semble satisfaire tout le monde, aussi bien ceux qui veulent croire à l'existence des sirènes (bien hideuses pour le coup) et ceux qui n'y croient pas. Démocratie du jugement ou populisme expérimental ? Vidal pose la question en se gardant bien d'y répondre… Cela pose également la question de la science, de sa rationalité, de son empirisme, de l'importance des légendes populaires, de leurs prégnances dans l'imaginaire de chacun et de la nécessité pour tous de courir, chacun à sa manière, derrière 'sa' vérité. Ou du moins comme une manière de 'réenchanter' le monde.

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MessageSujet: Re: Denis Vidal [Anthropologie]   Mer 24 Aoû 2016 - 9:51

Chapitre III Quand les dieux boivent du lait



21 septembre 1995.

Un miracle se produit d'abord en Inde puis dans le monde entier. Les statues de Ganesh (puis celles d'autres dieux hindous) boivent du lait à la cuillère. La nouvelle se répand comme une traînée de feu. Au premier abord, cela ressemble à un coup monté par les Hindouistes extrémistes qui sont les premiers à se saisir et à répandre cette annonce (dont les premières observations ont eu lieu dans des temples 'dirigés' par des politiciens du BVP -un parti hindouiste indien).

Rapidement, les scientifiques donnent une explication rationnelle à ce miracle : il s'agit purement et simplement de la mécanique des fluides, la 'tension de surface' étant à l'origine de la disparition du lait, à moins qu'il ne s'agisse d'un phénomène de capillarité (les statues étant, c'est bien connu, des buvards ou des éponges). Mais deux questions se posent : pourquoi le miracle n'est-il pas permanent (en d'autres termes pourquoi les statues de Ganesh ne boivent pas du lait depuis des lustres ?), pourquoi les statues n'ont bu du lait que pendant 24 heures et que certaines statues ont accepté ou parfois refusé de boire sans raison apparente ?

Des journalistes participent au miracle, vérifiant que les statues n'ont pas de système de tuyau ou autres pour évacuer le lait, et certains confirment que les statues boivent du lait (en Angleterre, par exemple) ; ce qui renforce ici l'idée d'un miracle c'est que les spectateurs de l'évènement ne sont pas tous hindouistes, ni croyants, ni dévots, ni sâdhus mais de simples observateurs qui confirment l'absorption.

Alors quoi ? Puissante illusion collective ? Manipulation religieuse (difficile malgré tout d'expliquer que le phénomène ait essaimé de l'Inde aux States en passant par l'Australie, le Népal, le Kenya, ou encore le Danemark, etc.) ? Superstition liée à un manque de culture, déformation socio-culturelle, question de mentalités ou pur miracle ? La question reste posée.


Ce que Denis Vidal se propose de questionner ici, en prenant l'exemple de ce miracle, c'est l'étonnante proximité du religieux et du politique (l'un influençant l'autre et vice-versa) mais également l'utilisation par ses deux entités des moyens de communication les plus modernes. Pour que durant l'espace d'une journée, le savoir et le religieux s'interrogent l'un l'autre à travers une matière et une pensée.

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MessageSujet: Re: Denis Vidal [Anthropologie]   Mer 24 Aoû 2016 - 10:05

Chapitre IV Les figures de cire



Chapitre qui m'a moins intéressé, sans doute parce qu'il n'apporte pas énormément d'informations nouvelles, en dehors de l'idée que les historiens de la Révolution française feraient bien d'aller regarder la manière dont les figures de cire ont été utilisées à cette période : d'abord sacralisées pour être mieux désacralisées, le simulacre iconique en cire est baladé sur des piques le 12 juillet selon le procédé de la marche funèbre, puis les figures sont dépouillées de l'aura qui les entourent pour être utilisées le 14 juillet comme des effigies à abattre.

Denis Vidal revient longuement sur le double plaisir des visiteurs de musée des figures de cire (celui de Madame Tussauds en particulier), qui consiste à la fois à venir voir des célébrités dans des mises en scène de plus en plus réalistes et à se confronter aux figures elles-mêmes, la plupart du temps en se faisant photographier avec elles (d'où la création d'une double-illusion, d'une double empreinte, celle de la cire et celle de la photo).


Je voudrais quant à moi, ajouter une réflexion qui n'apparait pas dans le chapitre de Vidal sur les figures de cire à savoir sur la peur qu'elles engendrent. Pour avoir visiter le musée Grévin (dont je me demande encore comment on peut lui donner l'appellation de musée -mais c'est une autre histoire-) ou pour avoir découvert, médusée dans une église (par ailleurs magnifique) à San Sebastian, une descente de croix toute de cire, c'est bien un sentiment d'effroi, de malaise qui m'étreint à la vue de ces figures figées, luisantes, plus réelles que nature. C'est dans leur sur -réalité et leur absence de vie que ces figures m'effraient et me font éprouver un sentiment de répulsion… Qui ne semble d'ailleurs pas étreindre les visiteurs des musées, s'amusant à être pris en photo à côté de leur 'idole'…


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MessageSujet: Re: Denis Vidal [Anthropologie]   Mer 24 Aoû 2016 - 10:09

Chapitre V Antony Gormley



Formidable chapitre sur le travail de ce sculpteur anglais qui met en scène des effigies faite d'après nature sur son propre corps. Cherchant à réfléchir sur la place de l'homme dans l'espace et s'offrant à des lieux de méditation tels que des plages, des rivières ou des jardins, Gormley éparpille ses silhouettes les figeant dans une attitude empreinte d'une grande poésie et d'un intense questionnement : comment être dehors tout en étant dedans, comment s'épanouir dans un environnement donné, comment se saisir de l'espace, comment être soi ??

Denis Vidal parle longuement des recherches et du travail de Gormley qui échappe aux règles de l'art contemporain par sa quête à la fois artistique mais surtout philosophique, voire métaphysique. Il insiste sur l'histoire de Gormley qui après avoir vécu trois ans en Inde à méditer rapporte en Angleterre un désir de questionner la place de l'homme dans le monde.


J'ajoute que contrairement aux sentiments éprouvés devant les figures de cire, les silhouettes de Gormley, à la fois gracieuses, différentes (malgré leur intense immobilité) créent chez moi une sorte de repos, de calme, de sérénité bienvenue.

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MessageSujet: Re: Denis Vidal [Anthropologie]   Mer 24 Aoû 2016 - 10:25

Chapitre VI Robotique humanoïde

Au début des années 90, la firme japonaise Honda surprend tout le monde en présentant un prototype de robot humanoïde. Enfin, pas vraiment tout le monde puisque la plupart des habitants de cette terre grâce à la science-fiction et aux films d'anticipation sont familiers de ces histoires. En revanche, les roboticiens de l'époque sont surpris qu'un pays cherche à créer un robot et qui plus est un robot humanoïde.

A cette interrogation, Denis Vidal répond par deux explications : d'une part le Japon des années 60 a dû choisir politiquement et économiquement entre la robotisation et l'émigration (qui pose encore plus de problèmes qu'en occident) pour avoir des ouvriers dans leurs usines et d'autre part, dès les années 80, à répondre au vieillissement inquiétant de la population. Le Japon choisit donc la voie de la robotisation. D'autant plus que ce vieillissement s'accompagne de la création de nouveaux emplois d'aide à la personne auxquels des robots pourraient prétendre.

Denis Vidal nous raconte alors que deux écoles se disputent sur la manière de représenter les robots : d'un côté les techniciens qui font des robots qui ressemblent à des robots et de l'autre des designer qui tendent vers une représentation humanisée du robot. On voit d'ailleurs parfaitement (mais là c'est moi qui souligne) les deux écoles dans les représentations actuelles avec le français Nao et la japonaise Aico Chihira… Là où certains craignent que la ressemblance puisse freiner l'utilisateur, d'autres cherchent à donner un maximum d'humanité à leurs robots. Bien sûr, au final les représentations son surtout tributaire des possibilités de la technologie.

Alors se pose la question anthropologique de l'animisme, c'est-à-dire (je traduis avec mes mots) la manière de mettre de l'humain dans des objets 'inanimés'. Puisque le robot est animé, on peut voir en lui des capacités cognitives d'adaptations à l'environnement et de services qui lui donnent une sorte d' 'essence'. Les théoriciens de la singularité (Kurzweil, Moravec,etc.) nous ont sensibilisé aux questions liées au développement de l'intelligence artificielle, en présumant de la fin de l'homme. Ils avancent en effet, que les machines seront un jour capable de supplanter l'humain, en sachant se perfectionner, se reproduire et s'entretenir seules. Denis Vidal affirme que ces penseurs de la robotique sont minoritaires et que la potentialité de pouvoir transplanter l'ensemble d'un cerveau humain dans une machine reste totalement utopique (d'autant plus utopique que pour l'instant le cerveau humain reste une énigme).

Une fois refoulés les fantasmes d'une humanité détruite par les machines, Denis Vidal convoque le mouvement cyborg (Dona Haraway, etc.) qui de son côté remet en question les différences jugées fondamentales (on dira ontologiques) entre l'homme et la machine : capacité de penser, intentionnalité, conscience de soi… sont des attributs humains, mais aussi race, sexualité, genre, espèce…
Or certains pionniers de la robotique (tel que Rodney Brooks) pensent que l'opposition homme contre machine n'a plus vraiment de sens mais que se pose plutôt la question de l'assimilation de l'un à l'autre, nous sommes de plus en plus connectés, nous utilisons de plus en plus souvent des machines pour nous aider à mieux vivre (tant d'un point de vue médical que des transports ou des services) et de la même manière les robots intègrent de plus en plus des comportements humains. Cela pose la question de la dissolution de l'idée de nature humaine par l'assimilation, l'hybridation, l'indifférenciation entre robot et humain. Ce qui relance la réflexion sur la nature humaine et les limites du sujet, mais aussi sur ce qui différencie un homme d'un être inanimé, d'un objet, d'une plante ou d'un animal. Reprenant les travaux d'anthropologues comme Descola, Ingold et Viveiras de Castro, Denis Vidal affirme que nous sommes bien à l'aube d'une révolution technologique et ontologique remettant en perspective les frontières de l'humain avec le non-humain, de la culture et de la nature, de l'animé et de l'inanimé.

En conclusion, le robot n'est pas notre ennemi mais son évolution remet en question nos critères ontologiques et les frontières que nous considérons comme 'naturelles' entre humain et non-humain. Ces frontières et ses définitions sont bien sûr différentes selon l'endroit où l'on se place dans le monde et selon la culture dont nous sommes issus, mais globalement la robotisation humanoïde implique de renouveler nos modèles et nos convictions.

Je vous laisse méditer en images sur les deux manières d'envisager le futur présent des robots :

Nao le petit robot fabriqué en France

Aiko Chihira fabriquée au Japon


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topocl
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MessageSujet: Re: Denis Vidal [Anthropologie]   Mer 24 Aoû 2016 - 10:48

(quel boulot, shanidar!)
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shanidar
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MessageSujet: Re: Denis Vidal [Anthropologie]   Mer 24 Aoû 2016 - 10:51

topocl a écrit:
(quel boulot, shanidar!)

oh non, c'est un livre vraiment passionnant, très ouvert, avec beaucoup de photos à l'intérieur (pas celles que j'ai sélectionnées d'ailleurs) et qui m'a apporté beaucoup d'informations notées au fil de la lecture.

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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Denis Vidal [Anthropologie]   Mer 24 Aoû 2016 - 23:24

commentaire très détaillé, mais ce livre m' impressionne ! (les têtes de cire et les robots Japonais)

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shanidar
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MessageSujet: Re: Denis Vidal [Anthropologie]   Jeu 25 Aoû 2016 - 11:40

Bédoulène a écrit:
commentaire très détaillé, mais ce livre   m' impressionne ! (les têtes de cire et les robots Japonais)

C'est exactement l'une des questions posées par Vidal : que fait-on avec les images, les représentations, les objets, les figures de cire, les artefacts, les représentations religieuses qui nous perturbent, nous questionnent, nous tendent un miroir à la fois déformant et informant ? Et tout cela dit dans des termes très simples et accessibles ; ce livre est une très intéressante manière de présenter les défis qui nous attendent.

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ArenSor
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MessageSujet: Re: Denis Vidal [Anthropologie]   Mar 25 Oct 2016 - 19:08

shanidar a écrit:

Je voudrais quant à moi, ajouter une réflexion qui n'apparait pas dans le chapitre de Vidal sur les figures de cire à savoir sur la peur qu'elles engendrent. Pour avoir visiter le musée Grévin (dont je me demande encore comment on peut lui donner l'appellation de musée -mais c'est une autre histoire-) ou pour avoir découvert, médusée dans une église (par ailleurs magnifique) à San Sebastian, une descente de croix toute de cire, c'est bien un sentiment d'effroi, de malaise qui m'étreint à la vue de ces figures figées, luisantes, plus réelles que nature. C'est dans leur sur -réalité et leur absence de vie que ces figures m'effraient et me font éprouver un sentiment de répulsion… Qui ne semble d'ailleurs pas étreindre les visiteurs des musées, s'amusant à être pris en photo à côté de leur 'idole'…
Il est vrai que les espagnols ont fait fort dans le genre. Il y a des sculptures du 17e siècle d'un réalisme époustouflant (la National Gallery avait organisé une exposition sur ce sujet il y a quelques années).
En France, nous avons connu également au 19e siècle cet engouement pour les reproductions en cire. Bien entendu, elles ont pratiquement toutes disparu aujourd'hui, disparition qui s'est accentué avec Vatican II, ces représentations ne correspondant plus à la religiosité contemporaine. Elles sont devenues tellement rares qu'elles sont souvent protégées au titre des monuments historiques afin d'enrayer la disparition des derniers exemplaires !
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