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 Leconte de Lisle

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ArturoBandini
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MessageSujet: Re: Leconte de Lisle   Lun 9 Mai 2016 - 8:44

N'est-ce pas plutôt un problème avec le vers libre ? Y a-t-il des poètes qui utilisent le vers libre qui ont grâce à tes yeux ?
Pour ma part, j'ai beaucoup de mal avec celui-ci, et je regrette qu'il ait pris le monopole chez les poètes depuis plus d'un siècle.

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Sigismond
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MessageSujet: Re: Leconte de Lisle   Dim 4 Déc 2016 - 18:50

Le pantoum ?

Il s'agit d'une forme rimée (le pantun), venue de l'archipel Malais au début du XIXème siècle via le colon batave.

Vous en trouverez un intéressant descriptif ici.
A noter que le Claude Asselineau dont il est question, poète cultivé qui codifia le pantoum en français, fut l'ami et le biographe de Baudelaire.  

Spoiler:
 

Tout ceci pour amener aux pantoums des Parnassiens, et, tant qu'à faire, au plus orientalisant d'entre ceux-ci, Leconte de Lisle.
Prenons par exemple la suite de cinq pantoums intitulés, en toute simplicité, Pantouns Malais, parus dans le recueil Poèmes tragiques en 1884 - soit tard pour de la poésie Parnassienne, qui avait encore plus que de beaux restes, véritablement des choses encore à dire en pleine époque Symboliste (vous trouverez ces cinq pantoums très facilement sur la Toile).

Voici le V, dernier d'entre eux:

V




Ô mornes yeux ! Lèvre pâlie !
J’ai dans l’âme un chagrin amer.
Le vent bombe la voile emplie,
L’écume argente au loin la mer.

J’ai dans l’âme un chagrin amer :
Voici sa belle tête morte !
L’écume argente au loin la mer,
Le Praho rapide m’emporte.


Voici sa belle tête morte !
Je l’ai coupée avec mon kriss.
Le Praho rapide m’emporte
En bondissant comme l’axis.

Je l’ai coupée avec mon kriss ;
Elle saigne au mât qui la berce.
En bondissant comme l’axis
Le Praho plonge ou se renverse.

Elle saigne au mât qui la berce ;
Son dernier râle me poursuit.
Le Praho plonge ou se renverse,
La mer blême asperge la nuit.

Son dernier râle me poursuit.
Est-ce bien toi que j’ai tuée ?
La mer blême asperge la nuit,
L’éclair fend la noire nuée.

Est-ce bien toi que j’ai tuée ?
C’était le destin, je t’aimais !
L’éclair fend la noire nuée,
L’abîme s’ouvre pour jamais.

C’était le destin, je t’aimais !
Que je meure afin que j’oublie !
L’abîme s’ouvre pour jamais.
Ô mornes yeux ! Lèvre pâlie !


Si vous avez bien lu le modus operandi du pantoum, et que vous tenez compte du fait qu'à tout prendre, rien ne vaut un Parnassien en matière d'agilité au moyen du formalisme (en poésie, comme sans doute dans bien d'autres domaines de l'activité humaine, il en est que la règle stricte libère !), alors vous n'êtes pas sans avoir remarqué:

L'extrême parallélisme des strophes de quatre vers de neuf pieds à rimes croisées.
Le second et quatrième vers de chaque strophe se retrouve dans la suivante pour former le premier et le troisième vers.
Enfin, le tout premier vers du poème est aussi le tout dernier de celui-ci:

Un carcan d'acier trempé, tout ce qu'il y a de plus entravant pour un poète, direz-vous ?
Pour un besogneux sans doute, déjà, être capable de ménager adroitement, à bon escient, les retours de vers c'est une extrême difficulté dont Leconte de Lisle paraît se jouer, mais il fait beaucoup mieux, menant deux idées, se poursuivant de strophes en strophes, toujours dissociées dans l'écriture mais associées en matière de sens et de musicalité: comme des affinités mystérieuses.

L'audace de certaines rimes est à souligner, ainsi croiser des rimes en -mais et en -uée, comme à l'avant-dernière strophe, je ne sais pas si l'on peut conseiller cela à un jeune poète non sûr de sa plume !  

Vous aurez noté les nécessaires touches d'orientalisme dans le vocabulaire (kriss, praho), mais en deux mots seulement !
Leconte de Lisle n'en surajoute pas, deux mots et ça suffit, et je laisse à vos talents de lectrices et lecteurs à voix haute la découverte de la prodigieuse musicalité de ce petit poème: n'hésitez pas à en donner des nouvelles !
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Leconte de Lisle
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