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 Patrick Autréaux

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Marie
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MessageSujet: Patrick Autréaux   Patrick Autréaux Icon_minitimeVen 10 Juil 2009 - 2:27

Patrick Autréaux Autraa10

Né en 1968, Patrick Autréaux a publié de la poésie, des critiques d’artistes contemporains et une anthologie de textes mystiques. Dans la vallée des larmes est son premier récit. Il est psychiatre et vit entre Paris et Boston.

Dans la vallée des larmes

Récit
Editions Gallimard

Avec en exergue donc cette phrase de Susan Sontag, Dans la vallée des larmes, étends tes ailes.

Il s’agit d’un récit, celui d’un médecin urgentiste qui apprend, à 35 ans, qu’il est atteint d’un cancer, un lymphome digestif, d’assez mauvais pronostic.

Pendant quelques années, on voit par les livres et les livres conduisent vers des brancards et des lits. On le sait, on l’oublie et on se laisse entraîner: on vogue loin de la souffrance, là où rien ne meurt pour se régénérer selon la grande roue de la biologie. Cette masse de connaissances enivre et fait admirer la beauté de l’ordre et la logique de ses défaillances, jusqu’à ce qu’on se retrouve, gêné et maladroit, pour la première fois devant un regard où se lisent la peur d’avoir mal, l’angoisse de savoir, l’angoisse tout court.
Malade, c’était la distance du biologiste que je recherchais: je me plaçais loin de moi et descendais vers l’élémentaire, je faisais face en pensée à cette tumeur et contemplais ce qui menaçait de me désorganiser.


Vient le moment classique du traitement, les interventions, la chimiothérapie.
Et des aides,pour supporter l’angoisse, à chacun les siennes:

Je gardais à portée de main quelques auteurs devenus mes compagnons dans cette dérive intérieure. La sidération passée, le traitements débutés, je m’étais mis à lire beaucoup, suivant un fil que je ne discernais pas bien. Des récits de voyages extrêmes surtout.
Je n’explorais pas de terres périlleuses et n’affrontais pas d’inconcevables conditions climatiques; je n’étais ni persécuté, ni humilié, ni contraint pour survivre d’agir contre ce qui faisait de moi un être moral: j’étais seulement malade. Je cherchais de l’aide dans ces voix qui décrivent des tempêtes et ont connu de très vastes souffrances ,attentif à leur écho en moi pour comprendre la particularité de ce qui m’arrivait, et pour en sortir.
C’est ainsi que j’avais relu les livres de Primo Levi. Il me semblait entendre la voix de cet homme pour la première fois…
Plus que tout autre, Primo Levi me faisait comprendre que je ne traversais là que les méandres d’un aspect du Mal. Au-delà des circonstances et des particularités de la déréliction dans les camps, il me tendait la main et m’invitait non pas à chercher du fond de mon dénuement d’illusoires repères qui me feraient souffrir plus qu’ils ne m’aideraient, mais à replacer mon destin dans la cohorte infinie des vies bousculées, c’est-à-dire à prendre réellement conscience de mon humanité.


Et puis..
Au printemps suivant, mon cancer était déclaré en rémission complète.Et là, gourmand de tout et beaucoup plus jeune qu’avant, sans avoir eu besoin de signer de pacte, j’étais un faune sorti d’hibernation.

Après le vide complet, une sorte de deuxième naissance. Avec recherche de sensations et d’émotions multiples, des aventures sexuelles au départ dans un désert.
A la recherche finalement de sensations comparables sur le plan intensité à celles qu’il vient de vivre. Ce n’est bien sûr plus possible.

Pour devenir un être cosmique, il fallait errer, ramper, avoir soif, que les yeux brûlent, que la sueur irrite le visage; il fallait chercher de l’ombre, craindre la solitude et regretter de toutes ses forces d’être là; il fallait voir l’horreur du désert et s’y savoir prisonnier; et puis il fallait avoir la chance de s’en tirer…
Rechercher ce qui s’était montré une fois ne pouvait qu’être sacrilège-une imposture. Je ne devais rien désirer. Ni survive, ni mourir,ni voir.
Le voyage commence lorsqu’on ne choisit plus. Mon désert, c’était un lit d’hôpital.


Une fois compris cela, la vraie re-naissance peut commencer.

Fort beau , honnête et lucide récit d’une expérience vécue jusqu’au bout dans ses conséquences mêmes, et un très bel hommage, encore une fois, à Primo Levi.

Primo Levi m’aidait à tirer de mon expérience une autre leçon. Comme tout homme jeté dans un des cercles infernaux, sous cette menace continue qui l’y terrorise et à laquelle il s’habitue au point de ne plus la discerner de lui-même, comme tout homme qui se trouve enclos dans une parcelle de ce Mal et qui s’en sort, je portais désormais quelque chose d’infiniment plus important que moi.

La critique de René de Ceccaty dans Le Monde ici

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MessageSujet: Re: Patrick Autréaux   Patrick Autréaux Icon_minitimeVen 10 Juil 2009 - 7:22

Les extraits choisis sont très beaux.
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MessageSujet: Re: Patrick Autréaux   Patrick Autréaux Icon_minitimeVen 10 Juil 2009 - 11:43

merci Marie de ton commentaire et des extraits.

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MessageSujet: Re: Patrick Autréaux   Patrick Autréaux Icon_minitimeVen 17 Juil 2009 - 16:27

Marie a écrit:


Dans la vallée des larmes

Récit
Editions Gallimard

Fort beau , honnête et lucide récit d’une expérience vécue jusqu’au bout dans ses conséquences mêmes, et un très bel hommage, encore une fois, à Primo Levi.


Ah la voilà la troisième belle critique qui m'avait échappée!...
Je suis bien contente d'avoir investi dans ce livre... content A suivre...
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MessageSujet: Re: Patrick Autréaux   Patrick Autréaux Icon_minitimeDim 24 Oct 2010 - 19:04

Mon avis

« Etre malade avait fait de moi un être aux aspirations cosmiques. Etre en bonne santé ne faisait peut-être de moi qu’un égoïste. » p 49

Un court, mais intense récit, dans lequel un médecin urgentiste raconte son « voyage » à travers la maladie.
Il est jeune, médecin, et frappé d’un lymphome qui va le faire passer de l’autre côté du rideau, du côté des malades. Ce voyage va le porter de son lourd traitement à sa guérison.
Le médecin s’efface peu à peu pour laisser parler l’homme. L’homme ne s’encombre pas de détails, il va droit au but, avec des mots choisis, et dans une langue admirablement écrite.
La maladie est pour lui une seconde naissance ; et c’est à cette renaissance que nous assistons tout au long de ce livre sur les passages.

« L’appel du voyage ne venait pas d’une banale envie de partir, mais d’un besoin d’exotisme radical. Oui, peut-être étais-je vraiment pressé de mourir ? Rien ne m’avait été donné à vivre d’aussi intense que cette maladie ?» p66

L’auteur met en lumière un cap difficile à franchir dans sa vie sentimentale, l’éloignement, les solitudes bilatérales. Ce voyage, il le fera à sa façon, avec la compréhension et la tolérance de son compagnon
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MessageSujet: Re: Patrick Autréaux   Patrick Autréaux Icon_minitimeMar 14 Fév 2012 - 1:05

Soigner
L'un et L'autre Gallimard

A ce qu'on m'a dit et redit, enfant, je décrétais déjà que je serais médecin. Après avoir vu Le docteur Jivago un soir à la télé, j'ai ajouté: et poète. Médecin et poète. L'émoi suscité par Omar Sharif ne devait pas y être pour rien.
Confiant, j'ai commencé à écrire, même si j'avais lu que pour un seul vers il faut avoir parcouru bien des villes et des pays. Mon grand-père m'en avait tant raconté. J'avais l'impression d'être très vieux. Ses histoires s'ouvraient sur un arrière-pays plein de promesses d'avenir, mais, assurait-il, j'aurais à me confronter à la vie. Le jeune Jivago cherchait cela aussi. La médecine le permettait.
Je laisse à qui voudra le mot " vocation" qui m'arrangerait bien. Il est trop peu solide et, plutôt qu'un socle, un aggloméré de doutes et de souvenirs rajustés. En matière de destin, les dalles sur lesquelles on s'appuie pour comprendre sont suspendues dans le vide. On avance en suivant les marches d'un escalier qui, n'ayant ni haut ni bas, valonne dans un pays brumeux, et dans sa propre histoire comme un lettré errant dans les montagnes.


Récit des suites d'une maladie grave déclarée guérie, réflexion sur les changements profonds qu'elle a provoqué en lui, en particulier dans sa pratique professionnelle, et témoignage assez bouleversant de l'accompagnement de son grand père jusqu'à la fin, ce deuxième très court livre de Patrick Autréaux est encore une fois beau et émouvant.

Soigner, c'est à dire soigner jusqu'au bout, c'est traverser un champ dont on ne connait ni l'état du sol, ni la nature des herbes. C'est accepter les fleurs d'ortie, la gadoue putride, les entorses et aussi les odeurs fraîches, l'ombre piquetée de soleil d'un arbre solitaire. C'est fatigant et dur. On se fait mal au dos, on en a marre, on voudrait que ça se termine vite, on se le reproche, on essaie de sourire et de ne pas se presser, et on pleure en cachette après l'avoir entendu appeler ce nom d'enfant que lui seul utilisait.

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