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 Nakamura Fuminori

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traversay
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MessageSujet: Nakamura Fuminori   Ven 18 Jan 2013 - 20:43

eXPie, tu aurais pu faire un effort !



Citation :
Fuminori Nakamura est né le 02 septembre 1977 dans la préfecture d'Aichi. Il est diplômé en sciences sociales appliquées de l'université de Fukushima.
Il débute sa carrière d'écrivain en 2002 avec Jû (Un pistolet), couronné du prix Shinchôsha des jeunes auteurs, et reçoit en 2004 le Prix Noma des jeunes auteurs pour Shakô (Obscurcissement), avant d'obtenir en 2005 le prix Akutagawa pour Tsuchi no naka no kodomo (L'Enfant dans la terre). Enfin, en 2010, il est récompensé du prestigieux prix Kenzaburo Oe des mains mêmes de l'auteur nobélisé pour Pickpocket.
En se focalisant sur des personnages soit nés, soit poussés dans la pauvreté, Fuminori Nakamura, fortement influencé par les œuvres de Kafka, Camus et Dostoïevski, souligne d'une lumière très crue les aspects souvent négligés du Japon contemporain.
Source : Babelio
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MessageSujet: Re: Nakamura Fuminori   Sam 19 Jan 2013 - 11:40

Je profite du fil ouvert par Traversay pour poster mon petit commentaire.


Pickpocket (Suri, 掏摸, 2009). Traduit du japonais par Myriam Dartois-Ako. Editions PhilippePicquier. 2013. 190 pages.
Le titre est donc "Pickpocket" en français... et "The thief" (le voleur) en anglais.

Le roman commence ainsi :
Citation :
"Lorsque j’étais encore petit, il m’arrivait fréquemment de rater mon coup. Dans les magasins bondés ou chez des gens, je laissais souvent tomber ce dont je m’étais discrètement emparé. Entre mes doigts, le bien d’autrui devenait un corps étranger qui ne trouvait pas sa place. Comme si le contact qui n’aurait jamais dû s’établir m’était refusé, ce corps étranger frémissait légèrement, affirmait son indépendance et, avant que je le réalise, tombait par terre. Au loin se dressait invariablement une tour. Une tour enveloppée de brume, aux contours indécis, telle une rêverie lointaine. Mais aujourd’hui, je n’échoue plus ainsi. Evidemment, la tour ne m’apparaît plus non plus." (page 7).

Très rapidement, la tour fait sa réapparition.
Citation :
"Par-delà plusieurs poteaux électriques, une gigantesque tour métallique est soumise au battement incessant de la pluie. Je détourne les yeux, mais, bien entendu, même si je ne la regarde pas, elle est toujours là." (page 24).
Mauvais présage, très certainement...

Les scènes de vols sont intéressantes : échauffement des mains, répérage de la future victime dans la foule, et passage à l'acte.
Notre pickpocket est dans le train :
Citation :
"Le système nerveux de l’être humain, quand il est soumis simultanément à deux stimuli, l’un fort et l’autre faible, néglige le plus faible. Cette portion de voie ferrée comprend deux grandes courbes, dans lesquelles le train bringuebale fortement. [...] Le dos de la main tourné vers le gigolo, je saisis son portefeuille entre deux doigts. Les autres passagers forment un angle droit autour de moi. La couture du bord de la poche est défaite, les fils dessinent des spirales nettes, comme des serpents. A l’instant où le train tangue, je pousse le dos du gigolo de ma poitrine, comme si je m’appuyais contre lui, et extrais le portefeuille à la verticale. J’expire pour relâcher la pression et je sens une chaleur se répandre dans mon corps. Je guette une réaction autour de moi, rien à signaler. Un cas aussi simple que celui-ci, je ne risquais pas de commettre d’impair." (page 10).

C'est presque magique. Notre héros a besoin d'argent ? Il repère un type, localise son portefeuille, et quelques minutes plus tard, il l'a volé. Mais il ne roule pas sur l'or, loin de là. Il vole quand il a besoin d'argent.

Qui est-il notre héros ? On n'a que peu d'informations sur lui. Il n'y a pas vraiment de flash-back, pas beaucoup d'explications sur les personnages auxquels il pense ou qu'il rencontre, mais on a suffisamment d'éléments pour comprendre. Il n'a pas de famille, pas d'amis. Quelques relations de travail.
Et puis, il va être pris dans une drôle d'affaire (il faut quand même qu'il y ait une histoire).

On a donc une sombre histoire, et le méchant de service est un peu caricatural. Il aime disserter sur le Destin, les gens qui jouent à être Dieu en maîtrisant la vie des autres (ceci dit, il raconte une histoire intéressante de quatre pages).
Citation :
"La meilleure façon de vivre, c'est de combiner sciemment la souffrance et la joie. [...] Quand tu regardes une femme se tordre de douleur, tu as de la peine pour elle, tu te dis qu'elle est malheureuse, tu imagines sa souffrance, tu penses même à ses parents qui l'ont élevée et tu verses des larmes de compassion tout en lui infligeant des souffrances encore plus atroces. Cet instant est jubilatoire ! Savoure tout ce que le monde t'offre. [...] Moi, immédiatement après avoir infligé une mort atroce à quelqu'un, je trouve superbe le soleil qui se lève, ravissant le sourire d'un enfant que je croise. Si c'est un orphelin, je lui tendrai peut-être la main, à moins que je ne le tue à l'improviste. En pensant, pauvre petit ! Si Dieu et le destin étaient dotés d'une personnalité et d'émotions, tu ne crois pas que c'est à peu près ce qu'ils éprouveraient ? Dans ce monde où les bons et les enfants meurent injustement !" (page 134).
Charmant.

C'est un curieux livre, un peu bancal : Nakamura Fuminori lance des pistes, mais ne les suit pas.
Par exemple, notre pickpocket trouve parfois des portefeuilles dans ses poches, mais il ne se souvient pas de les avoir volés (est-ce pour montrer qu'il est tellement bon qu'il vole sans plus y prêter attention ? pourtant, on le voit à chaque fois se préparer avec attention... bizarre...)
On a donc un peu de symbole (les tours), mais aussi une tentative de parler des marginaux de la société japonaise (pickpockets, voleurs, yakuzas, prostituées...). Une once de symbolisme, du réalisme... mais rien n'est fouillé, et le méchant fait trop gros méchant de cinéma ou de BD.

Les scènes de vol sont plutôt réussies, quand il le faut le suspens est bien mené. L'aspect social, à travers notamment une femme et son enfant, n'est pas inintéressant non plus. Mais tout ça n'est pas bien raccord, et la partie polar a un scénario un peu léger.

Le livre laisse donc une impression bizarre d'inachèvement volontaire, un peu comme si Nakamura Fuminori avait fait exprès, pour frustrer ses lecteurs, de ne pas explorer les pistes qui s'ouvraient à lui, et qui auraient pu donner de l'épaisseur à son roman.
Mais c'est sans doute ce mélange de social et de polar qui lui a valu le prix Kenzaburo Oé 2010. Une façon de mettre en lumière un roman japonais "sérieux" qui met en scène des quasi-exclus et montre la dureté de la société, probablement.


On pourra lire les 57 premières pages sur : http://www.editions-picquier.fr/catalogue/fiche.donut?id=855&cid=


Dernière édition par eXPie le Sam 19 Jan 2013 - 22:05, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Nakamura Fuminori   Sam 19 Jan 2013 - 12:42

Citation :

Pickpocket (Suri, 掏摸, 2009). Traduit du japonais par Myriam Dartois-Ako. Editions PhilippePicquier. 2013. 190 pages.

Les premières pages de Pickpocket de Nakamura Fuminori évoquent tellement le film éponyme de Bresson que cela ne peut-être un hasard. Même sens du détail dans la façon de procéder, celle d'un professionnel, mêmes lieux (le métro), même solitude d'un héros dans la foule dont on ne connait rien ou presque. Mais le ton général de ce roman noir qui se soucie plus de son atmosphère que de son intrigue le rapproche plutôt d'un Melville. Ce pickpocket est un samouraï à sa façon, du moins le voudrait-il car son coeur le trahit parfois, au contact d'un jeune garçon apprenti voleur (étonnantes scènes de transmission d'un savoir) et de sa mère prostituée. Seul, le voleur est intouchable. Dès lors qu'il se compromet avec la pègre son destin est tout tracé et l'engrenage nécessairement fatal. Ecrit au présent, fourmillant de détails d'ambiance, Pickpocket est un faux thriller pessimiste et glacial comme la mort. Sa brièveté et sa concision en font un objet tranchant, effilé comme une larme. A la fois fascinant et un poil frustrant par le peu d'informations qu'il délivre.
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MessageSujet: Re: Nakamura Fuminori   Sam 19 Jan 2013 - 12:49

traversay a écrit:
A la fois fascinant et un poil frustrant par le peu d'informations qu'il délivre.
Oui, un peu frustrant, quand même...

Deux scènes de Pickpocket, puisque tu en parles (à juste titre).
  
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MessageSujet: Re: Nakamura Fuminori   Mar 8 Sep 2015 - 21:28


Couverture : oeuvre de Izutsu Hiroyuki

Revolver (Jū, 銃, 2002). Traduit du japonais en 2015 par Myriam Dartois-Ako. Editions Philippe Picquier. 174 pages.
Il s'agit du premier roman de l'auteur, récompensé par le prix Shinchôsha des jeunes auteurs en 2002.

Le narrateur a vingt et un ans. Il est étudiant à l'université.
On entre dans le vif du sujet dès la première phrase :
Citation :
"Hier, j'ai trouvé un revolver. Ou peut-être l'ai-je volé, je ne sais pas trop. Je ne connais rien d'aussi beau, rien qui se cale aussi bien dans la main. Je n'avais jamais eu d'attirance pour les armes à feu, mais à ce moment-là, la seule pensée qui m'habitait, c'est qu'il me fallait ce revolver." (page 7)
Le narrateur a trouvé cette arme dans des circonstances particulières.
Citation :
"Souvent, quand quelque chose va m'arriver, il y a un chat qui m'observe. Sur le coup, je n'y ai pas vraiment fait attention, mais avec le recul, c'était peut-être bien un signe." (page Cool.
Il marche beaucoup et achète fréquemment des canettes de café à un distributeur automatique. Il lui arrive aussi de dormir pendant un nombre d'heures anormalement élevé, sans que l'on sache trop pourquoi. Parfois, de brusques accès de torpeur font qu'il ne comprend plus ce que lui disent les gens.
De plus, il lui arrive d'agir malgré lui :
Citation :
"De temps en temps, je me retrouve à faire l'inverse de ce que je voulais faire, comment dire, j'ai parfois ce genre de comportement." (page 8 ).
Il joue un rôle avec les autres, s'amuse à adopter tel ou tel comportement pour voir comment son entourage va réagir. Mais, finalement, il joue peut-être aussi un rôle vis-à-vis de lui-même, sans en être conscient, ce qui expliquerait qu'il se surprenne, de la même façon qu'il peut surprendre volontairement les gens. Il y a peut-être en lui quelqu'un qui l'observe.
Il est poli, ne s'énerve pas, même quand il le devrait. Il regarde le monde de l'extérieur, agit cyniquement.
Même lorsqu'il ressent des émotions, il s'étudie avec curiosité pour voir comment il réagit face au stress, à la peur.
Citation :
"Bien entendu, je n'aime pas l'angoisse ou la peur en tant que telles, mais le stimulus qui les accompagne m'intéresse." (page 60).

La découverte du revolver est à l'origine d'une grande émotion :
Citation :
"J'ai senti une joie intense envahir tout mon être. En même temps, je me suis demandé pourquoi cette simple vue suffisait à m'exalter ainsi, à me remplir d'allégresse, et j'ai trouvé cela dérangeant. J'avais l'impression de me déchirer en deux, c'était ce que je ressentais. [...] L'exaltation a fini par me submerger et, un instant, je m'y suis abandonné. [...] Puis, une phrase a surgi dans mon esprit : cette arme, elle est à moi maintenant. A peine formulée, cette pensée s'est mis à tourner dans ma tête. C'était un refrain si doux, si agréable que c'en était déroutant, jamais je n'avais éprouvé une telle sensation de plénitude. [...] Peut-être n'étais-je pas dans mon état normal, je n'en sais rien." (page 12)
Toujours est-il qu'il va bichonner son revolver, un peu comme Gollum avec son anneau. Sauf que, contrairement à Gollum, il ne va pas rester replié sur lui-même. Au contraire, la pensée d'avoir un revolver semble le changer (c'est du moins ce qu'il dit ; faut-il vraiment le croire ?) : il devient plus entreprenant, plus dynamique, et ça, c'est bien, pense-t-il. D'ailleurs, rapidement, il a "tiré un coup" (page 48)... avec une fille.

Citation :
"Par-dessus tout, l'arme me faisait me sentir vivant, c'était exactement ce que je ressentais." (page 141).
L'étudiant pourra-t-il se contenter de contempler cette arme, de l'astiquer ?

Un roman intéressant. La volonté d'analyse extrême de la part du narrateur n'aboutit jamais à une vraie compréhension de ses motivations. Parfois même, on croirait qu'elle l'en éloigne. Peut-être une part de sa conscience le regarde-t-elle en s'en amusant.


On pourra lire les 44 premières pages sur : http://www.editions-picquier.fr/catalogue/fiche.donut?id=977&cid=
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MessageSujet: Re: Nakamura Fuminori   Mar 8 Sep 2015 - 21:34

Merci pour les commentaires et puis merci beaucoup pour les liens, c’est vraiment super pour se faire une idée.
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Ariane SHOYUSKI
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MessageSujet: Re: Nakamura Fuminori   Mar 8 Sep 2015 - 22:04

J'ai déjà entendu parler de son nom et de quelques titres. Mais je ne connais pas plus de choses.
Pourtant il est un auteur de presque ma génération. Mais ça ne me tente rien (comme d'habitude). jypeurien
Merci eXPie. content
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MessageSujet: Re: Nakamura Fuminori   

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