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 Luis Cernuda

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bix229
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MessageSujet: Luis Cernuda   Lun 8 Juin 2015 - 22:07

Luis Cernuda


Luis Cernuda

"Il voit le jour à Séville en 1902. Il y étudie le droit sous la direction de Pedro Salinas, dont il fut le disciple et qui orienta ses premiers pas en tant que poète. Ses œuvres de jeunesse l’acheminent vers une grande affinité avec les poètes surréalistes. Cette étape, initiée par « Perfil del aire » (1927) et « Égloga, elegía, oda » (1928), arrive à maturité dans « Un río, un amor » (1929) et « Los placeres prohibidos » (1931). Dans ses publications suivantes, il s’attache avec originalité et maîtrise à la tradition romantique européenne : « Donde habite el olvido » (1934), « Invocaciones » (1935). Les titres parus à partir de cette période, outre ceux déjà publiés, alimentent son œuvre complète intitulée « La realidad y el deseo » (1936). Il meurt à Mexico en 1963."


http://www.spainisculture.com/fr/artistas_creadores/luis_cernuda.html


Cernuda est moins connu que d' autres poètes espagnols de la meme génération, tels que  Lorca, Salinas, Machado, J. Guillen...
Mais sur le plan du style, c' est sans doute celui que je préfère.
On sent toujours dans son œuvre une mélancolie irrépressible et profondément émouvante. Celle de l' exilé après la guerre d' Espagne.
Celle de l' homosexuel, à un moment de l' histoire où elle était mise à l' index sur tous les plans.

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bix229
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MessageSujet: Re: Luis Cernuda   Lun 8 Juin 2015 - 22:24

Un fleuve, un amour, (1930)


 



Je voudrais être seul dans le sud



Peut-être mes yeux lents ne verront plus le sud



Aux légers paysages endormis dans l'espace,



Aux corps comme des fleurs sous l'ombrage des branches



Ou fuyant au galop de chevaux furieux.



Le sud est un désert qui pleure quand il chante,



Et comme l'oiseau mort, sa voix ne s'éteint pas ;



Vers la mer il dirige ses désirs amers



Ouvrant un faible écho qui vibre lentement.



À ce si lointain sud je veux être mêlé.



La pluie là-bas n'est rien qu'une rose entr'ouverte ;



Son brouillard même rit, rire blanc dans le vent.



Son ombre, sa lumière ont d'égales beautés.



Exil



 



Devant les portes bien fermées,



Sur un fleuve d'oubli, va la chanson ancienne.



Une lumière pense au loin



Comme à travers un ciel.



Tous dorment peut-être,



Tandis que solitaire il porte son destin.



 



Fatigue d'être vivant, d'être mort,



Avec du froid au lieu de sang,



Du froid qui sourit s'insinuant



Par les trottoirs éteints.



 



La nuit l'abandonne, l'aurore le rencontre,



Sur ses traces l'ombre obstinément.



 



Malheur



 



Un jour il comprit que ses bras n'étaient



Faits que de nuages ;



Impossible avec des nuages d'étreindre à fond



Un corps, une chance.



 



La chance est ronde et compte lentement



Des étoiles d'été.



Font défaut des bras sûrs comme le vent,



Et comme la mer un baiser.



 



Mais lui avec ses lèvres,



Avec ses lèvres il ne sait dire que des mots ;



Mots au plafond,



Mots au plancher,



Et ses bras sont des nuages qui font de la vie



Un air navigable.



 



Je ne sais quel nom lui donner dans mes rêves



 



Je rencontrai cette forme devant la mienne



À l'heure du crépuscule,



Quand les disparitions



Confondent pour les yeux les couleurs,



Quand le dernier amour



Cherche l'ultime corps.



Une angoisse sans fond hurlait entre les pierres ;



 



En route vers l'air, des hommes sourds,



Tête oubliée,



Passaient au loin, libres ou morts ;



Honteux cortège de fantômes



Et leurs chaînes brisées qui pendaient à leurs mains.



 



Alors la vie posa une lampe



Sur des murs sanglants ;



Le jour déjà fatigué séchait tristement



Les futures aurores, rapiécées



Comme loques de roi.



 



La lampe c'était toi,



Mes lèvres, mon sourire,



Forme que trouvent mes mains dans tout ce qu'elles



touchent.



 



Si mes yeux se ferment c'est pour te trouver en rêve,



Derrière la tête,



Derrière le monde asservi,



Dans ce pays perdu



Que sans le savoir nous avons quitté un jour.



 



Rive ancienne



 



Il a tant plu depuis lors,



Quand les dents n'étaient pas chair, mais jours



Tout petits comme un fleuve ignorant



Appelant ses parents car il sent le sommeil,



Il a tant plu depuis lors,



Que les pas s'oublient déjà dans la tête.



 



Les uns disent que oui, d'autres disent que non;



Mais oui et non sont deux petites ailes,



Équilibre d'un ciel au cœur d'un autre ciel,



Comme un amour est au-dedans d'un autre,



Comme l'oubli est au cœur de l'oubli.



 



Si, furieux, le supplice réclame des fêtes



Parmi les nuits les plus viriles,



Nous ne ferons rien d'autre que poignarder la vie,



Sourire aveuglément à la déroute,



Tandis que les années, mortes comme des morts,



Ouvrent leur tombe d'étoiles éteintes.



 



Comme la peau



 



Fenêtre orpheline aux cheveux d'habitude,



Cris du vent,



Atroce paysage entre cristal de roche,



Prostituant les miroirs vivants,



Fleurs clamant à grands cris



Leur innocence antérieure aux obésités.



 



Ces cavernes aux clartés vénéneuses



Saccagent les désirs, les dormeurs ;



Clartés comme langues fendues



Pénétrant les os jusqu'à trouver la chair,



Sans savoir qu'au fond il n'y a pas de fond,



Il n'y a rien, qu'un cri,



Un cri, un autre désir



Sur un piège de pavots cruels.



 



Dans un monde de barbelés



Où l'oubli vole en dessous du sol,



Dans un monde d'angoisse,



Alcool jaunâtre,



Plumes de fièvre,



Colère dressée vers un ciel de honte,



Un jour de nouveau ressurgira la flèche



Abandonnée par le hasard



Quand une étoile meurt comme l'automne pour oublier



son ombre.





Traduction de Jacques Ancet  sur le site remarquable qu' est Esprits Nomades

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bix229
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MessageSujet: Re: Luis Cernuda   Jeu 14 Avr 2016 - 19:20



– "Une fois la frontière traversée, en entendant, portée alentour, ta langue, que depuis tant d’années tu n’entendais pas, qu’as-tu ressenti ?
    – J’ai ressenti comment sans interruption ma vie continuait en elle par le monde extérieur, puisque par l’intérieur elle n’avait jamais cessé de résonner en moi durant toutes ces années."

Telle est la première impression de Luis Cernuda à propos du Mexique. Cette impression ne fera que se renforcer par la suite.
Les pages somptueusement poétiques -poétiques en prose- de ce recueil sont une célébration de son pays d' adoption.
Bien autre chose que les séjours en Ecosse ou aux Etats Unis, où Cernuda vivait creullement son exil, après la défaite de la République espagnole
en 1939.

Non seulement le Mexique est un pays de retrouvailles, celle de la langue. Mais la terre elle-meme lui fait penser à son Andalousie.
Et puis , il y a la découverte du peuple et de la civilisations mexicains. Cernuda ne cache pas son étonnement de voir en l' Indien un etre secret
mais fidèle à son identité profonde et indéracinable malgré les siecles de colonisation et de mauvais traitements.

On peut considérer ce livre comme un livre de voyage "qui se fait à travers les mots dans la profondeur de l' espace, du temps et de la nature humaie,
profondeur doublée d' un regard interrogateur, d' un discours méditatif, interrogatif et réflexif."

Tel est le propos de Bernard Sicot, merveilleux traducteur et auteur d' une étude de quarante pages sur Cernuda.

Remerciements à José Corti, l' éditeur de cette précieuse édition bilingue.

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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Luis Cernuda   Jeu 14 Avr 2016 - 23:25

merci Bix, le livre est tentant (mais en ce moment très peu de lecture)

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