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 François Guerrette

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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: François Guerrette   Mar 23 Fév 2016 - 9:44



Au Québec, nous avons un bon nombre de poètes qui ont les prénoms Isabelle et François. J'ai dû vous en citer quelques François avant de vous mentionner l'existence de François Guerrette. Né en 1986 à Rimouski, il a déjà quatre recueils de poésie à son actif, a été finaliste au prix Émile-Nelligan deux fois et a connu quelques rééditions de Pleurer ne sauvera pas les étoiles qui a initialement paru en 2012. La maison d'édition Poètes de brousse compte sur une collection de recueils de poésie en format poche.

Après vous avoir parlé de Sarah Marylou Brideau, je découvre François Guerrette tout bonnement sur un rayon de bibliothèque. En consultant les pages Internet qui se réfèrent à sa biographie et son oeuvre, je découvre que François Guerrette a connu l'opportunité d'une résidence d'écrivain à Sudbury du 10 au 19 octobre 2014 pour visiter la ville où la maison d'édition Prise de parole tient pignon. Nous pouvons lire des entrées de journal de voyage du 11 au 18 octobre au site suivant :

http://www.prisedeparole.ca/2014/09/29/francois-guerrette-en-direct-de-sudbury/

Tout ça pour vous dire que François Guerrette a perdu aux mains de François Turcot en 2009. J'ai l'impression de remonter le fil du temps et de découvrir les poésies émergentes. Pour l'instant, François Guerrette suscite suffisamment mon intérêt pour que je publie son fil sur Parfum de livres. Il a été l'objet d'une carte de collection de la série Doctorak Go de Mathieu Arsenault en 2011.

Oeuvres :

Citation :
Les oiseaux parlent au passé (2009)
Panique chez les parlants (2010)
Pleurer ne sauvera pas les étoiles (2012)
Mes ancêtres reviendront de la guerre (2014)

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«L'amplitude des contradictions à l'intérieur d'une pensée constitue un critère de grandeur.»
De Gaulle, citant Nietzsche

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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Re: François Guerrette   Mar 23 Fév 2016 - 10:28

Pleurer ne sauvera pas les étoiles (2012) :

A priori, je sens bien que la patte littéraire de Poètes de brousse est différente. Les voix sont assez rafraîchissantes même si elles peuvent représenter un certain élément de rusticité. J'imagine que ça nous change du formatage littéraire qui bat son plein... néanmoins, je ne suis pas encore convaincu. Je préfère suivre des auteurs au cas-par-cas. François Guerrette semble plus proche de mes sensibilités, même si son écriture diffère quelque peu de ma vision d'une poésie.

Dans Pleurer ne sauvera pas les étoiles, j'ai ressenti un côté assez militant, appelant à une révolte qui n'est pas sans faire penser à Tombe Londres tombe de Jean-François Poupart, le conjoint de Kim Doré qui est également éditeur à Poètes de brousse.

De plus en plus, je fais le tri entre les différents recueils de poésie qui me tombent sous la main. François Guerrette a attiré ma curiosité dans la mesure où il a cité en exergue des auteurs tels que : Alfred Desrochers, Geneviève Desrosiers, Carole David, Denis Vanier et Gérald Godin. Nous pouvons dire qu'il se place dans la direction d'un vent d'époque. Je vous cite la citation en exergue de Carole David :

François Guerrette, Pleurer ne sauvera pas les étoiles, 2014, Montréal : Poètes de brousse, p. 39. a écrit:
si je savais vivre, je serais
une jeune fille cruelle, avec une dentelle salie

Dans le recueil, nous pouvons lire quelques passages en prose et des vers. Nous pouvons donc déduire qu'il y a des éléments qui se rapprochent du poème en prose. Je vous dirais que c'est pas mal partagé, mais que la prose prend de l'élan qui se répercute sur les éléments en vers. Voici un exemple de la prose de François Guerrette :

Ibid., p. 16. a écrit:
Je ne compte plus les morts, depuis longtemps je
préfère ouvrir les yeux pour enflammer tout ce qui
bouge en moi : l'enfant, la femme, l'animal et la
mémoire des couteaux. Mes deux mains tremblent
en forgeant le métal de mon testament. J'embrasse
une peur entièrement lumineuse.

Mes ancêtres, sans me connaître, me soupçonnent
de mordre pendant mon sommeil : je suis de ces
animaux nés sur le chemin de l'abattoir, avec un
pied-de-biche, du gaz et beaucoup d'eau bénite.

J'ai de belles affinités avec la rage.

Nous pouvons voir les prolongements d'une oeuvre toujours en construction. Regardons maintenant du côté des vers :

Ibid., p. 19. a écrit:
j'ai le devoir de rendre
dangereusement justice

avec du fil et un tournevis je veux recoudre
le peuple qui pleure sous ma chemise
le passé gelé dans mes mitaines

aux corbeaux de toutes les époques
j'emprunte du temps de parole
et aux nuages mon regard
troué par le hurlement des cheminées

À peine deux pages plus tard :

Ibid., p. 21. a écrit:
un nouveau siècle commence chaque jour

je suis trop vieux pour naître
dans les bras inquiets d'une mère
mes caresses laissent sur les cheveux
de longues traces de cendre

laissez-moi construire
autour de mon coeur un labyrinthe parfait

Il y a plusieurs belles poésies. Je les sélectionne scrupuleusement. François Guerrette se déclare solidaire des femmes :

Ibid., p. 49. a écrit:
à ma mère et mes soeurs devenues
des milliards d'oiseaux sans ailes
j'écris de longues lettres d'excuses

les dents serrées je broie de l'ombre
j'appelle à mes lèvres les voyelles
avec lesquelles j'ai appris
à crier

mais je ne rêve presque plus
la plupart du temps je me noie

marcher sur l'eau est à notre époque
un geste purement féminin

Je passe librement d'une suite poétique à l'autre. Dans la section «Aux hommes : attention à la foudre qui dort», nous assistons à une fusion de la poésie versifiée intercalée par une poésie en prose à chaque page :

Ibid., p. 61. a écrit:
cramponnés au cauchemar nous rêvons
d'allumer des feux de crowbars
des feux de joie pour rester
au chaud dans l'immense
manteau de la misère

avec parents et ennemis nous partageons nos
cimetières sous le gazon parfait de nos jardins
secrets nos pères et nos mères forment un seul
fantôme le même portrait mal encadré accroché
avec violence sur un mur qui ne rebondit plus

nous sommes à la recherche
des vrais anges nous tordons
la laine de nos racines depuis
que parler nous laisse un arrière-goût
d'électricité dans la bouche

The last one :

Ibid., p. 80. a écrit:
donnez-moi du temps
et de l'eau pour que j'apprenne
la langue des noyés

je ne parle plus je suis
rongé comme un coquillage
les mains sur les oreilles j'entends
la mer dans mes poings

j'écoute

ma race d'humiliés veille sur moi

François Guerrette est un nom à retenir. Par son approche, je devine un poète qui construit patiemment son oeuvre toujours en élaboration. À certains égards, il me rappelle les habitudes d'écritures développées par Jean-Simon Desrochers qui écrit deux, trois oeuvres en avance.

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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Re: François Guerrette   Dim 28 Fév 2016 - 7:42

Panique chez les parlants (2010) :

François Guerrette se renouvelle de recueil en recueil. Je vous dirais qu'il s'agit d'un des bons poètes de notre génération. Je ne suis pas encore levé de mon siège, mais il travaille bien ses recueils. À chaque fois, il s'agit d'une nouvelle expérience même si j'avais tendance à remarquer que ses recueils se répondaient entre eux...

Dans le cas de Panique chez les parlants, il s'agit majoritairement de blocs de prose poétique. Il entame son recueil sur les chapeaux des roues :

François Guerrette, Panique chez les parlants, 2010, Montréal : Poètes de brousse, p. 9. a écrit:
je ne reviens jamais raconter l'horizon
les nuits minières avant d'être mouche
l'extase une arme immédiate à la bouche
me voici mourant de parole rapide
le torse serré l'âme crépue
je parle caribou de violence souveraine
loin des lèvres l'avenir lacrymogène
je viens d'un projet sans créateur

Je remarque certaines réticences que j'entretiens envers la maison d'édition Poètes de brousse. Dans ce cas, je vous dirais que l'auteur sauve la mise de la maison d'édition. Je trouve cette maison d'édition très portée sur la poésie engagée et de gauche. C'est honorable de leur part, mais je trouve que le registre poétique pourrait mal vieillir même si la poésie ébouriffe les cheveux de la tradition au passage :

Ibid., p. 21. a écrit:
une boussole encore chaude indique
ma disparition sur une route saignante
je suis trempé d'épouvantes
à genoux le corps entre les dents
j'apprends à mourir acrobate au-delà
de la parole jusqu'aux laideurs étouffées
sous tous les chiffons les torchons
les bâillons des peuples formols
je dis le mal d'avoir l'âme tranquille

François Guerrette nous surprend bloc après bloc :

Ibid., p. 31. a écrit:
tu deviens une lente fissure racontant
comment le corps est un vin de goudron
une eau hantée par la foi des noyés
tu vas dans le vertige des grands reculs
crever les reins de secours sous les continents
le courant te déchire comme un pain
à peine sorti de la bouche d'où tu viens
sur tous les murs tes portraits en retard

Ibid., p. 48. a écrit:
les routes manquent pour insulter le paysage
des bergers endormis au volant des siècles
je crache une eau noire à la prose des vitrines
une couronne en plastique sur les âmes je veux
nos alphabets comme les bibelots à genoux
en attendant les grands attentats mammifères
mes sourires sont des billots mouillés
je laisse les photos survivre à ma place
me révéler hara-kiri de l'intérieur je veux
mourir tendrement d'usines à la tête

À mon sens, la prose poétique de François Guerrette est rafraîchissante. Elle me semble approcher la quête de Danny Plourde et j'avais déjà fait un rapprochement avec Tombe Londres tombe de Jean-François Poupart.

Ibid., p. 51. a écrit:
le rêve est-il une encre blanche au loin
le décollage avorté des gratte-ciels
j'épelle des mots sans voyelles et j'aime
l'abstraite éternité des singes menteurs
les canicules organisées par de pâles messies
le malin mouvement des marées me suffit
je sais l'écart létal entre voir et entrer
dans l'ombre pelée des peuples salins

Dans ce dernier extrait, je me demande si François Guerrette faisait référence à La canicule des pauvres de Jean-Simon Desrochers... le roman de 700 pages fut paru en 2009 et la Panique chez les parlants fut sorti au 4e trimestre de 2010...

Dans ce dernier extrait que je vous propose, je vois une de ces fulgurances poétiques dont seule la poésie québécoise a le secret :

Ibid., p. 67. a écrit:
je parle épave et sauvetage à la fenêtre
debout sur une jambe un serpent de profil
un blasphème à l'oreille nuageuse des sourds
je demande pardon sur le bout des os
une peau pour les peuples cherchant l'abattoir
au galop sur de longs tambours sismographes
les prières de mantes religieuses en extase
je veux boire l'horizon filigrane l'avaler
communion mortelle au sommet je veux jouir
et périr éolien de flagrantes rechutes

Mathieu Arsenault y est allé d'une analyse de son propre cru sur Panique chez les parlants :

http://doctorak-go.blogspot.ca/2011/02/francois-guerrette-panique-chez-les.html

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MessageSujet: Re: François Guerrette   Lun 4 Avr 2016 - 10:50

Mes ancêtres reviendront de la guerre (2014) :

Farce à part, François Guerrette est dû pour publier quelque chose cette année comme en témoigne sa moyenne jusqu'à maintenant. Le recueil dont il est question est très versé du côté de la prose poétique. La plume est très épurée, je dirais même presque plus que la pratique habituelle de la maison d'édition. J'ai l'impression que François Guerrette est un tâcheron dans son travail de poète et d'écrivain. Il me fait penser encore une fois à Jean-Simon Desrochers.

Je serai très «cut it off» là-dessus. Je vais vous proposer trois extraits du recueil, soit deux poèmes de facture conventuelle et un bloc de prose poétique qui donne le ton au recueil.

Premier extrait de poésie :

François Guerrette, Mes ancêtres reviendront de la guerre, 2014, Montréal : Poètes de brousse, p. 28. a écrit:
mes poings levés sont des antennes
que l'amour fait saigner je le sens
les éclats de lumière sont coupants
quand la foudre fond sur sa proie

il faut être fort simplement fort

se laisser dévorer de l'intérieur
par la peur lorsque le corps devient
une épave attirée par les plus hauts sommets

Comme vous voyez, l'esthétique est au service du projet de François Guerrette et des thèmes qu'il évoque :

Ibid., p. 42. a écrit:
les tempêtes refoulées font gonfler
mon coeur comme une barricade
qui ne cesse de s'élever

les beaux visages réfugiés
au fond de ma mémoire forment
un bataillon de colombes suicidées

leurs ailes fanées révèlent
à quel point est brève l'histoire
que raconte le chant des oiseaux

Je vous livrerai un bloc de prose poétique de François Guerrette que je sens assez sobre dans son application, mais qui le place en digne héritier de la démarche d'une Geneviève Desrosiers :

Ibid., p. 46. a écrit:
La ligne droite n'est pas le plus court chemin
pour mener mes promesses à bon port. Je préfère
flairer l'herbe après la pluie, le pain après la nuit,
avoir confiance en tout ce qui n'a pas encore été
découvert pour que chaque pas en avant soit un
élan, un effet secondaire de la vraie magie, celle
qui permet de rester fier quand il fait noir à midi.

Il y a une justesse dans le propos, le ton, qui témoignent de la vigueur de la plume de François Guerrette. Bien sûr, il demeure comment dire dans l'effet d'une signature de sa persona d'écrivain, mais c'est un écrivain décidé dans sa démarche. Il raffole des coups d'éclat, un peu comme à l'instar de Jean-Simon Desrochers qui cite souvent Tzara et les dadaïstes. Il n'en reste pas moins que ça reste des professionnels de l'écriture.

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