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 Ingrid Thobois

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kenavo
Zen Littéraire


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MessageSujet: Ingrid Thobois   Sam 1 Mar 2008 - 20:58


Née en 1980, Ingrid Thobois a passé plusieurs années à l’étranger, entre voyages, missions humanitaires et reportages radio. Suite à un an de nomadisme sur la route de L’Usage du monde de Nicolas Bouvier, dans la grande tradition des voyageuses du XXeme siècle, elle a un temps posé ses bagages à Kaboul.
Elle vit et écrit aujourd’hui à Paris. Avec Le roi d’Afghanistan ne nous a pas mariés, elle a obtenu le prix du Premier Roman en 2007.
(source: Etonnants voyageurs)

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Sénèque
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kenavo
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MessageSujet: Re: Ingrid Thobois   Sam 1 Mar 2008 - 20:58

Le roi d’Afghanistan ne nous a pas mariés
Citation :
Présentation de l'éditeur
Composé par une jeune femme de vingt-cinq ans, ce premier roman sensible et ténu est le récit d’une passion double: pour un pays et pour un homme. Il est imprégné des mille couleurs et odeurs de l’Afghanistan, terre violente et envoûtante où l’amour peut germer.
Le grand amour est un voyage. Et les vrais voyages ressemblent à l’amour. C’est à la rencontre des deux que nous invite Ingrid Thobois à la faveur de son court récit : la fin de l’un et la découverte de l’autre.
En posant nos pas, précautionneux, dans les mots de la narratrice, nous visitons l’Afghanistan, de Kaboul à Djallabab. Un Afghanistan intime, grêlé par la guerre certes, mais étranger aux représentations que nous fournit l’actualité télévisuelle. La jeune femme est arrivée là peu après l’intervention américaine, pour donner des cours de français. Elle s’est éprise d’un autre expatrié, beaucoup plus âgé, et marié. Si cette liaison a pour elle le goût de l’inédit, ses affres sont le lot de toutes les passions: escapades érotiques, manque de l’autre, soif d’absolu, espoir de vivre un jour ensemble, promesses insensées, désillusions et souffrance. Quand la narratrice succombe finalement au charme de sa terre d’exil, elle se déprend de celui qui l’attachait à l’homme qui lui a fait subir mille morts. Certes, la rencontre avec «le Prince» ne suffit pas à lui faire oublier son amant, mais l’Afghanistan la transporte, la galvanise. C’est l’âme dépaysée qu’elle rencontre des êtres qu’un sourire, une parole, un geste gravent dans sa mémoire et que sa langue tenue grave en la nôtre
Plutôt que de parler sur ce livre, je voudrais laisser parler Ingrid Thobois lui-même. Elle le fait si bien, avec des mots magiques qui vous emportent dans quelques minutes en plein centre de Kaboul, en plein centre d’Afghanistan, un 'roman' que je qualifierais plutôt 'récit très personnelle' qui est si bien représenté pas sa couverture – couleur vif avec des broderies qui sont comme ses mots – précis, jolies et plein de finesse…



Extraits:

Dans cette faculté, on rencontre plus de peintres, de vitriers, de maçons et d’électriciens que d’étudiants. En gris de travail, ils sifflotent et remettent sur pied à petits coups de marteau la bâtisse ravagée. Les couloirs succèdent aux couloirs où les gaines électriques surgissent des murs, vilains serpents, tandis que les chambranles attendent d’être rendus à plus de dignité. Les rates portes on été fermées à double tour : on ne s’est pas donné tant de mal pour laisser seulement le vent rôder le long des charnières. La poussière tient son siège sans la moindre intention de céder place, et qu’importe : c’est encore une université, qui demain ressemblera à d’autres universités.
De dix-neuf, mes étudiants sont passés à huit. L’un est allé au mariage de sa sœur, l’autre à Mazâr-i Sharif rendre visite à sa famille, un autre encore n’a pas pu venir car il « dormait comme un caillou ». Quant à l’unique jeune fille du groupe, voilà plusieurs semaines que des démêlés avec son père l’empêchent de suivre mon cours. Je pénètre dans la salle qu’un jeune homme zélé a réorganisé : en rang d’oignons, les chaises déglinguées me font face, sages, vertes et prolongées par ces grand accoudoirs d’un temps où les élèves n’avaient pas de bureau. Le torse bombé dans leurs chemises impeccables, mes huit Afghans sont propres comme des enfants au berceau. Ils se dressent devant moi : filiformes, gominés, et m’appellent « madame » avec une candeur qui fait naître un instant l’envie folle de les embrasser. Un avien rase la ville, le mobilier frissonne et moi avec, tandis que les étudiants sourient : on ne va pas s’émouvoir pour si peu. D’ici, on devine les ruines du vieil hôpital Ali Âbâd, dissimulées, derrières des platanes blanchis par le soleil. Je réajuste mon foulard qu’un vent chaud a chassé.
Au fond de notre salle, un ouvrier donne ça et là quelques coups de pinceau fantaisistes. Sous nos fenêtres dépourvues de vitres, un marteau amorce sa litanie. Et voilà que le peintre se met à siffloter. Le cours n’a pas commencé qu’il nous faut changer de salle : on ne peut plus s’entendre. Nous suivons les couloirs sombre et frais où s’amoncellent briques, câbles arrachés, pinceaux, pierres et poussières. J’avance en tête de mon escorte aux allures studieuses et réprime un sourire de tendresse.
Personne ne traîne les pieds, personne ne lambine : on change de salle parce qu’il le faut. On ne cherche pas ici prétexte à être cancre. Un de mes étudiants, les sourcils froncés d’application, m’a rattrapée et marche à ma hauteur. Le rouge au front, il rassemble son courage et ose une question : « Allez-vous rester les trois semestres ? parce que j’aimerais bien ».

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Alors que je me délectais de mon bonheur, une radio internationale, captée par un miracle que je ne m’explique pas, a parlé de l’Afghanistan. Le nom de ce pays où j’ai actuellement ma vie m’a bien sûr fait prêter une oreille attentive, avec le bonheur sot de celle qui se réjouit d’entendre parler de ce qu’elle aime. Mais c’était oublier que pour plus d’un esprit l’Afghanistan n’est synonyme que d’atrocités absolues, de dangers prononcés et de mort assurée. Ainsi, tandis que je m’extasiais de cette journée si douce et belle et chaude et tendre, une vois dans le poste a dit qu’une maison avait été détruite par un tir de roquette, faisant sept morts dans les environs de Kaboul, près de la base américaine de Bagrâm. La conclusion de la dépêche était qu’en Afghanistan la situation était – la voix monte – encore – la voix descend – très catastrophique. Sans doute cette explosion avait-elle eu lieu et ces morts étaient-ils bien morts. Sans doute des Canadiens ont-ils réellement sauté sur des mines hier soir, comme je viens de l’apprendre. Mais qu’en est-il du calme de cette journée que nous venons de vivre ? Et des cerfs-volants fous comme celui, bleu et rose, venu s’échouer dans les branches du pommier ? Et des rires de fillettes dans la cour à côté ? Aurais-je tout inventé ? Est-ce que le jour n’a pas été paisible, et l’appel du muezzin régulier, et les gestes des habitants de Kaboul semblables à ceux d’hier et à ceux de demain ? On me dira, cela n’a rien à voir.
Cette information, lancée comme un rappel qu’ici est mieux qu’ailleurs, fut jetée sur les ondes sans le moindre commentaire. Alors, su un des murs de ma maison, en pied de nez à ce mensonge selon lequel nous tous qui sont sommes ici pour travailler relevons du héros intrépide, j’ai planté un clou. Il supporte à lui seul une paire de rangers achetée pour la rigueur de l’hiver à venir. Mais peut-être ne fera-t-il pas froid, et l’hiver, cette année, ne viendra-t-il même pas.

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Je voudrais être ce soir une planète, une étoile : l’une ou l’autre de ces choses qui ont la vie un peu moins courte.

Like a Star

Je revenais pour la dernière fois dans le lieu où la vie m’avait offert un équilibre parfait. J’avais aimé. Un homme. Un pays. Un travail. Un quotidien. Même payer mes factures. Même m’enduire les mains, et jusqu’aux avant-bras, de l’odeur pestilentielle de gazole inflammable pour allumer à tâtons mon générateur. J’avais tout aimé de cette vie. Et jusqu’à l’insécurité, jusqu’aux regards brutaux, jusqu’au voile, jusqu’aux longues tuniques par trente-cinq degrés d’air brûlant. Mais, aussi prestement qu’il m’avait été fait, le cadeau s’était évanoui.

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Aeriale
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MessageSujet: Re: Ingrid Thobois   Ven 7 Oct 2011 - 11:09

- Sollicciano-



J'ai été tout d'abord séduite par l'écriture et le style très inspiré de l'auteure. Cette femme mystérieuse dont on relie peu à peu les bribes d'un passé tumultueux, et prénommée Norma Jean, a tout de son homonyme pour faire naître la confusion: Epouse d'un psychanaliste, belle, capricieuse et perturbée, cette charmante quinquagénaire s'obstine à rendre visite à un de ses anciens élèves de philosophie emprisonné à Sollicciano en Toscane, pour le meurtre de sa fiancée.

Difficile d'en dire plus sans trop révéler de l'intrigue qui n'est pas linéaire et s'entrecoupe des différentes voix des personnages, en nous en apprenant chaque fois un peu plus sur ce parcours on ne peut plus trouble. Mais pas assez pour moi...Bien sûr le thème de la dérive, de la folie, du transfert et de ses conséquences sont abordés mais on reste sur notre faim car le flou reste entier. Dommage, la construction est ciselée, le style très personnel, rien à dire sur l'écriture qui capte d'emblée. Simplement gare aux chutes dans ce genre de roman dit psychologique, elles sont souvent frustrantes. Une histoire bien trop complexe pour être développée en 215 pages, à moins de préférer l'inconsistance qui sied bien au mystère. Pas pour moi, malheureusement...

NB: J'aimerais bien savoir ce qu' a pensé Kena de son précédent car il y a quand même quelque chose qui accroche chez Ingrid Thobois, c'est indéniable. Tu l'as terminé au final ou t'a t'il lassée aussi...?
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kenavo
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MessageSujet: Re: Ingrid Thobois   Ven 7 Oct 2011 - 11:24

Aeriale a écrit:
NB: J'aimerais bien savoir ce qu' a pensé Kena de son précédent car il y a quand même quelque chose qui accroche chez Ingrid Thobois, c'est indéniable. Tu l'as terminé au final ou t'a t'il lassée aussi...?
voilà ce qui arrive quand on ne fait pas tout de suite un commentaire Wink
je me rappelle de ma lecture.. c'était bien.. mais il ne m'a pas intéressé autant que son premier, peut-être à cause du sujet
Ce que tu en dis de son nouveau me donne envie de retenter avec elle Very Happy

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MartineR
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MessageSujet: Re: Ingrid Thobois   Lun 12 Mai 2014 - 9:07

Le roi d’Afghanistan ne nous a pas mariés

L'histoire amoureuse d'une jeune professeure de français expatriée à Kaboul.

Mais c'est en fait Kaboul qui se lie à elle. Kaboul, l'Afghanistan et tous ses afghans..

De très belles pages sur Fariba,sa voisine, jeune veuve enceinte de son cinquième enfant & découverte sous son **chadri** .



L'écriture est très recherchée comme une miniature orientale.  Very Happy bravo 
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