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 Mario Vargas Llosa [Pérou]

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Marie
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MessageSujet: Re: Mario Vargas Llosa [Pérou]   Mario Vargas Llosa [Pérou] - Page 8 Icon_minitimeDim 15 Sep 2013 - 1:57

Merci, Igor!
Et tu n'oublieras pas de mettre quelques mots au sujet de ce livre, que tu as lu ?

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Igor
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MessageSujet: Re: Mario Vargas Llosa [Pérou]   Mario Vargas Llosa [Pérou] - Page 8 Icon_minitimeDim 15 Sep 2013 - 7:28

Le rêve du Celte
Marie l'a souligné dans son commentaire, Roger Casement, est une force de la nature et un héros.
Très jeune il est envoyé par la couronne anglaise dans les contrées les plus reculées (Congo) comme observateur, il sera l'auteur de rapports accablants sur les conditions faites aux natifs. Tout cela sous le couvert de la "légalité" (belge) qui aurait fait signer des contrats en bon et dû formes aux autorités "légales" de ce "pays". Le rapport remis à ses supérieurs, il est ensuite envoyé en Colombie où règne les mêmes conditions d'esclavagisme.
Voilà en gros l'affaire. Mais elle ne me parait aussi simple.
Tout d'abord,les rapports ne sont pas des articles de journeaux mais des rapports confidentiels destinés à de sombres tractations dans les salons de la société des nations. Ensuite, je serai pas surpris que le jeune Casement n'ait pas eu quelques militaires planqués dans l"ombre espionnant ses faits et gestes jusqu"aux plus intimes. Et le choix même de l'individu (Irlandais de souche mais élevé dans lé tradition anglaise). Tous des éléments qui le moment venus vont se retourner contre lui et celer son destin.
Je ne rentre pas dans les détails mais il faudrait lire plusieurs livres traitant de cette époque pour essayer d"en comprendre les tenants et aboutissants. Mario Vargas Llosa fait déjà une bonne partie du travail.
Mon sentiment est que  Roger Casement a été manipulé toute sa vie, servi des intérêts et supprimé lorsqu'il n’a plus été utile à rien.
Reste son rêve qui lui dépasse le temps et s'inscrit dans l'Histoire.

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MessageSujet: Re: Mario Vargas Llosa [Pérou]   Mario Vargas Llosa [Pérou] - Page 8 Icon_minitimeDim 15 Sep 2013 - 8:11

Igor a écrit:
Ensuite, je serai pas surpris que le jeune Casement n'ait pas eu quelques militaires planqués dans l"ombre espionnant ses faits et gestes jusqu"aux plus intimes.
Et bien, je crois que tu as raison, et je n'y avais pas pensé! Intimes, c'est certain, mais quelque part, je ne comprenais pas bien la mission au Congo. J'ai appris à connaître l'Angleterre en lisant John Le Carré Very Happy Qu'ils sont tortueux.. Ou c'est moi qui suis encore naïve, je veux bien le croire!

Ils ont utilisé un "pur", et comme tu le dis très bien:
Citation :
Reste son rêve qui lui dépasse le temps et s'inscrit dans l'Histoire.

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MessageSujet: Re: Mario Vargas Llosa [Pérou]   Mario Vargas Llosa [Pérou] - Page 8 Icon_minitimeDim 15 Sep 2013 - 11:05

Je lis avec beaucoup d'attention vos commentaires et je pense me plonger dans l'œuvre de Vargas Llosa très rapidement !

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MessageSujet: Re: Mario Vargas Llosa [Pérou]   Mario Vargas Llosa [Pérou] - Page 8 Icon_minitimeDim 15 Sep 2013 - 11:08

Igor, ton commentaire me laisse interrogateur. Quoi qu'il en est, Casement attire mon attention... :)

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MessageSujet: Re: Mario Vargas Llosa [Pérou]   Mario Vargas Llosa [Pérou] - Page 8 Icon_minitimeDim 15 Sep 2013 - 18:03

Igor a écrit:
Marie a écrit:
En tout cas, Igor, qui a lu le livre, et qui connait, LUI, l'histoire du Congo, m'a dit quelque chose qui m'a fait réfléchir, et je crois qu'il a raison, que Casement a été toute sa vie, manipulé par les Anglais..
C'est tout à fait possible, en effet, ça m'expliquerait plus cet engouement soudain pour une cause anti-colonialiste. Parce que les Anglais ( et tous les pays, d'ailleurs..mais différemment) en matière de colonialisme, il y aurait beaucoup à en dire..

Lui reste à lire l'Histoire du Congo, 1500 pages, désolée Igor, je suis occupée, ce n'est pas moi qui vais les lire, à toi:cheers:
Un challenge à relever! parce que justement je ne connais pas l"histoire du Congo mais je me doute qu'une part de notre monde d'aujourd'hui y est redevable :
Mario Vargas Llosa [Pérou] - Page 8 Congo10
présentation de l'éditeur:
Ce livre est l'histoire, fidèle, rigoureuse, éminemment documentée et absolument romanesque d'un pays. L'histoire d'un peuple, d'une nation, d'un fleuve sur lequel s'aventurèrent Stanley et les premiers marchands d'esclaves, les envoyés du roi des Belges, et ceux venus tracer les lignes frontalières de cette immensité géographique appelée Congo. Ainsi David Van Reybrouck retrace-t-il le destin tumultueux de ce pays, de la préhistoire à nos jours. De la colonisation à l'indépendance, il entremêle les faits historiques et le récit de ses rencontres, son livre prend alors une dimension très personnelle où l'empathie à l'égard de ses interlocuteurs est fondamentale. Parmi ces figures généreuses, le lecteur se souviendra de ces anciens qui content au jeune Belge des aventures extraordinaires remontant jusqu'à l'époque précoloniale. Alternant passages explicatifs et narratifs, David Van Reybrouck prend tour à tour sa plume d'historien, de romancier, de journaliste et d'auteur de théâtre - quatre "territoires" d'écriture - qu'il travaille avec virtuosité, passant de l'ample rigueur d'une Histoire du Congo à la sensibilité littéraire d'un grand récit de voyageur : une construction qui donne à ce livre son rythme, sa vivacité, sa singularité. Au fil du temps, il rencontre des acteurs essentiels des débuts de l'indépendance, de l'ère Mobutu et des guerres qui ont éprouvé le pays depuis l'arrivée au pouvoir des Kabila, il retrouve des victimes et des bourreaux - tel ce seigneur de guerre au Kivu - qui se confient à lui et offrent des témoignages inédits où le tragique le dispute à un comique féroce. Mais Congo, une Histoire est aussi un hymne jubilatoire à la vitalité de tout un peuple, à sa créativité musicale et artistique, à sa capacité de survie dans une économie de la débrouillardise qui, en l'absence de structures, se mondialise naturellement : alors que s'installent déjà une population chinoise venue exploiter les richesses du sous-sol, certains importateurs congolais vont aujourd'hui se fournir à Guangzhou. Le XXIe siècle sera peut-être celui de l'âge d'or du Congo... Paru à l'occasion du cinquantenaire de l'indépendance du Congo, ce grand livre a valu à son auteur le prix Ako (le Goncourt belgo-néerlandais). Véritable best-seller en V. O. (plus de 300 000 exemplaires vendus), Congo est traduit dans de nombreux pays. Pourquoi cet engouement international ? Parce que nous avons tous en Europe un passé colonial et l'histoire du Congo est le symbole même de la mainmise européenne sur l'Afrique, de ses succès, de ses excès, de ses échecs et des conséquences brûlantes de nos récentes interventions sur le continent africain.

Biographie de l'auteur
David Van Reybrouck est né à Bruges en 1971 dans une famille flamande de fleuristes, de relieurs, d'électriciens et d'artistes. Il a étudié l'archéologie, l'histoire et la philosophie à l'université de Louvain puis à Cambridge et a obtenu son doctorat à l'université de Leyde. Ecrivain, romancier, homme de théâtre, il est également journaliste. Actes Sud a publié son roman Le Fléau (2008) et ses pièces de théâtre Mission suivi de L'Ame des termites (Actes Sud-Papiers, 2011).

864 pages
Editeur : Actes Sud Editions
Tres gros succès en librairie chez nous, of course. Emprunté à la bibliothèque, je n'ai pas eu le temps de tout lire. Beaucoup d'anecdotes, de rencontres, de conversations. Une autre façon de parler de l'histoire et un auteur très intéressant que j'ai pu écouter lors d' une rencontre littéraire. Son précédent récit, Le fléau, vient de paraître en poche. Et il me tente pas mal aussi. Tout comme Le rêve du celte que je lirai probablement également.
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shanidar
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MessageSujet: Re: Mario Vargas Llosa [Pérou]   Mario Vargas Llosa [Pérou] - Page 8 Icon_minitimeMar 8 Oct 2013 - 17:44

Mario Vargas Llosa [Pérou] - Page 8 Vargas10 La tante Julia et le scribouillard

Tout commence assez douillettement, disons même que le début de ce roman est plutôt académique : une tante trentenaire et divorcée arrive de Bolivie, le neveu est un jeune étudiant en Droit qui rêve d'être écrivain et passe le plus clair de son temps à travailler pour une radio où il réécrit les informations (pour chaque bulletin à peu près toutes les heures !). L'autre histoire est celle de l'arrivée d'un feuilletoniste (le scribouillard), lui-même originaire de Bolivie (et qui possède une dent féroce contre les Argentins !?!). Pedro Camacho va rapidement devenir la vedette de la radio grâce à des feuilletons radiophoniques que toute la population de Lima et du Pérou écoute chaque jour.

Rapidement on comprend que la tante Julia et le neveu Mario vont vivre une romance, voir un bel si ce n'est éternel amour. Il a 18 ans, elle en a 30, la famille ne doit être au courant de rien. Bien sûr.
De l'autre côté, nous lisons les feuilletons radiophoniques.
Les chapitres se succèdent, ne mêlant jamais les deux niveaux de lecture jusqu'à ce que...
Tout à coup, cette narration s'emballe et devient absolument folle et drôle. Le feuilletoniste perd les pédales, mélange les histoires, oublie les personnages, les regroupe, les dissous, les tue, les ressuscite... De l'autre côté, Mario et tante Julia sont découverts et pour ne pas se voir séparés doivent impérativement trouver un maire qui fermera les yeux sur la minorité du jeune homme et les mariera.

Ce livre est tout à la fois sidérant, bourré d'un humour explosif, hallucinant d'audace et surtout il pousse si loin la logique narrative du récit qu'il en devient totalement fou, débridé, incontrôlable et fascinant.
Le coup de force est d'autant plus osé (voir rocambolesque) que Mario Vargas Llosa se met lui-même en scène, il a en effet réellement épousé sa tante et toute cette histoire apparait comme pratiquement autobiographique, d'où le trouble incessant (et toujours agréable) dans lequel se retrouve le lecteur, jonglant entre réalité et délire fictionnel, perdant la tête avec bonheur au fabuleux mélange des genres de ce roman écrit tambour battant.

Un coup de force qui ressemble à un coup de maître !

Après les découvertes ébouriffantes de Carpentier, Cortázar et Fuentes, Vargas Llosa pourrait bien rejoindre ce trio de farfelus littérateurs osant tout. Il manque peut-être ici une dimension 'politique' ou 'historique' qui se trouve sans doute plus forte dans d'autres livres de Vargas Llosa.

A suivre, donc...

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MessageSujet: Re: Mario Vargas Llosa [Pérou]   Mario Vargas Llosa [Pérou] - Page 8 Icon_minitimeMar 8 Oct 2013 - 19:08

@Shanidar : super commentaire !
Je dois l'avoir dans mes cartons ... Lu il y a très longtemps mais n'a laissé que peu de souvenir ...
Mais tu me donnes l'envie de m'y replonger !
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MessageSujet: Re: Mario Vargas Llosa [Pérou]   Mario Vargas Llosa [Pérou] - Page 8 Icon_minitimeMar 8 Oct 2013 - 19:30

shanidar a écrit:
Ce livre est tout à la fois sidérant, bourré d'un humour explosif, hallucinant d'audace et surtout il pousse si loin la logique narrative du récit qu'il en devient totalement fou, débridé, incontrôlable et fascinant.
Les romances me laissent de marbre, dommage parce que ton enthousiasme est communicatif.

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MessageSujet: Re: Mario Vargas Llosa [Pérou]   Mario Vargas Llosa [Pérou] - Page 8 Icon_minitimeMar 8 Oct 2013 - 20:02

C'est parmi ses livres que j'ai lu, celui que je préfère.

heyoka a écrit:
Les romances me laissent de marbre, dommage parce que ton enthousiasme est communicatif.
Ah ! Moi qui pensais que Brad avait tourné un certain nombre de films de ce type. Mario Vargas Llosa [Pérou] - Page 8 192279

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MessageSujet: Re: Mario Vargas Llosa [Pérou]   Mario Vargas Llosa [Pérou] - Page 8 Icon_minitimeMar 8 Oct 2013 - 21:12

Heyoka a écrit:
shanidar a écrit:
Ce livre est tout à la fois sidérant, bourré d'un humour explosif, hallucinant d'audace et surtout il pousse si loin la logique narrative du récit qu'il en devient totalement fou, débridé, incontrôlable et fascinant.
Les romances me laissent de marbre, dommage parce que ton enthousiasme est communicatif.
Je ne suis pas particulièrement fleur bleue et la romance est vraiment très secondaire dans ce roman essentiellement basé sur ce qu'est l'imaginaire, la puissance de la fiction, la capacité des histoires à nourrir les fantasmes, à transformer le monde, à avoir le pouvoir de dire tout et son contraire... et le plaisir du lecteur à se laisser emporter dans ce typhon d'aventures irréelles et souvent désopilantes...

Le prochain sera sans doute La fête au bouc, l'as-tu lu Arabella ?

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MessageSujet: Re: Mario Vargas Llosa [Pérou]   Mario Vargas Llosa [Pérou] - Page 8 Icon_minitimeMar 8 Oct 2013 - 21:40

shanidar a écrit:


Le prochain sera sans doute La fête au bouc, l'as-tu lu Arabella ?
Non, je n'en ai pas lu tant que cela, 4 ou 5.

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MessageSujet: Re: Mario Vargas Llosa [Pérou]   Mario Vargas Llosa [Pérou] - Page 8 Icon_minitimeMar 8 Oct 2013 - 21:52

Arabella a écrit:
Ah ! Moi qui pensais que Brad avait tourné un certain nombre de films de ce type. Mario Vargas Llosa [Pérou] - Page 8 192279
Quand c'est avec Brad, ça compte pour du beurre. ange
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MessageSujet: Re: Mario Vargas Llosa [Pérou]   Mario Vargas Llosa [Pérou] - Page 8 Icon_minitimeMar 10 Déc 2013 - 20:50

Eloge de la marâtre (1990)


Mario Vargas Llosa [Pérou] - Page 8 37957-10

Dans la pinacothèque de Mario Vargas Llosa, on déambule entre des tableaux de Jacob Jordaens, de François Boucher, de Francis Bacon, de Fra Angelico ou encore du Titien. L’exercice de style pourrait être le suivant : reliez chacun de ces tableaux par une histoire érotique dont la progression semble liée à la succession des différentes toiles.


Mario Vargas Llosa [Pérou] - Page 8 Jacob_12

« Candaule, roi de Lydie, montre sa femme au premier ministre Gygès » permet au possesseur de la divine croupe de faire l’éloge simple et univoque de sa « jument tout muscles et velours, nerfs et douceur » -femme plus bête qu’il n’y paraît, vision masculine de la possession féminine dans toute sa fierté virile. Apparaît alors la « Diane au bain » et les allures bestiales se confirment une nouvelle fois derrière l’image d’une femme chasseresse, jouisseuse et volubile. La possession s’inverse pour asservir l’homme à sa fascination, trouvant une nouvelle affirmation dans le tableau de « Vénus, l’Amour et la Musique ». Des digressions s’ensuivent, plus énigmatiques, plus abstraites, semblant faire taire l’amour pour mieux en souligner les constantes comportementales : universalité et ambivalence du sentiment. « Tête I » et « Sur le chemin de Mendieta » nous interpellent par leur étrangeté. Que veulent dire ces tableaux ? A première vue, ils ne semblent pas pouvoir trouver leur place dans la pinacothèque érotique de Mario Vargas Llosa –mais c’est pour cette raison qu’ils s’y intègrent le mieux, illustrant du même coup l’improbabilité du sentiment amoureux, les connexions incompréhensibles qu’il établit entre deux êtres monstrueux (sinon dans l’apparence, du moins dans la complexité) et la variété infinie des sensations qu’il suscite. Si la chasteté religieuse pensait pouvoir échapper à l’amour, « L’annonciation » est l’occasion d’infirmer ce présupposé dans une mise en scène naïve et donc troublante de l’amour absolu –le don de soi sans vergogne.


Mario Vargas Llosa [Pérou] - Page 8 Fra_an10


Les sujets de ces tableaux pensent et s’animent, comme de multiples excroissances sentimentales des personnages principaux de l’intrigue : un homme, son fils et sa marâtre. Marâtre plutôt que belle-mère –le mot interpelle et laisse l’imagination s’emporter autour de visions de brimades car « de mauvaise marastre est l’amour moult petite ». Si la marâtre est mauvaise mère, elle est surtout blâmable moralement car trop peu avare sentimentalement. Elle emporte avec elle le petit Fonchito dans un jeu de séduction inégal. Si l’enfant semble chercher la marâtre comme fin, la marâtre le recherche comme moyen de stimuler et d’exacerber son amour pour le père Rigoberto. Jusqu’où le jeu peut-il être conduit sous couvert d’innocence ? Une fois le seuil dépassé, comment s’assurer encore de la possession et du silence de l’être possédé ?




Mario Vargas Llosa [Pérou] - Page 8 Bronzi10

L’éloge de la marâtre n’est pas sans rappeler la Curée de Zola moins les considérations politiques et plus les divagations artistiques. Le macrocosme disparaît au profit du triangle amoureux dans sa plus large expansion. D’ailleurs, trois personnes constituent déjà un microcosme trop nombreux pour permettre au bonheur de s’installer. L’éloge de la marâtre est aussi une ode à la félicité qui ne peut s’éprouver autrement que dans le couple autosuffisant ou dans l’amour-propre.


« La félicité existe. […]  Oui, mais à condition de la chercher là où elle était possible. Dans son propre corps et celui de l’aimée, par exemple ; tout seul et dans la salle de bains ; à toute heure ou  à toute minute et sur un lit partagé avec l’être si désiré. Parce que la félicité était temporelle, individuelle, exceptionnellement à deux, très rarement à trois et jamais collective, municipale. »


L’épicurisme se modernise et s’individualise, réduit à l’organicité dans ses plus simples apparats. Il s’agit de jouir à l’écoute de ses sensations, et de se reposer dans l’harmonie corporelle, dans l’attention portée à ses fluides, à ses contractions musculaires, à ses respirations et à ses nonchalances. Mario Vargas Llosa nous conduit par-delà le bien et le mal, écrivant des pages durant les défécations de Rigoberto et ses ablations rituelles. Il déploie les prouesses du langage, de l’art et de la musique, pour nous permettre d’atteindre l’harmonie spirituelle de ses personnages jusqu’à leur point d’équilibre –la suite constituant un drame sentimental dont l’auteur ne relève plus, se refusant à décrire le désastre corporel.


Mario Vargas Llosa [Pérou] - Page 8 Fernan10

L’éloge de la marâtre se déguste dans le raffinement. Les phrases se suivent avec des rondeurs de sens et de prononciations délicieuses sur lesquelles on pourrait rêver aussi longtemps que nous y autorise notre nonchalance.


« Excitée par mes fictions lubriques, tout en elle devient courbe et proéminence, sinueuse élévation, douceur au toucher. C’est la consistance que le bon gourmet devrait préférer chez sa compagne à l’heure de l’amour : elle a une abondance qui semble sur le point de se répandre mais qui demeure ferme, libre, élastique comme le fruit mûr et la pâte qu’on vient de pétrir, cette tendre texture que les Italiens appellent morbidezza, mot qui même appliqué au pain devient lascif. »


Délectable et lent, l’éloge se construit doucement pour éviter l’écueil de la simplicité écœurante. Le plaisir et la félicité finissent par se dessiner en contraste avec la souffrance et la tragédie, piquant la langue de sucré et d’amer :


« Je sais jouir. C’est une aptitude que j’ai perfectionnée sans relâche, au long du temps et de l’histoire, et j’affirme sans arrogance que j’ai atteint dans ce domaine à la sagesse. Je veux dire : l’art de butiner le nectar du plaisir de tous les fruits –même pourris- de la vie. »


Mario Vargas Llosa [Pérou] - Page 8 Franao10

Quelques extraits de plus...


Citation :
Don Rigoberto plissa les yeux et poussa, faiblement. Il n’en fallait pas plus : il sentit sur-le-champ le bienfaisant chatouillis au rectum et la sensation que, là-dedans, dans les cavités du bas-ventre, quelque chose s’apprêtait humblement à partir et se dirigeait déjà vers cette porte de sortie qui, pour lui faciliter le passage, s’élargissait. […]
Don Rigoberto sourit, content : « Chier, déféquer, excréter, sont-ce des synonymes de jouir ? » pensa-t-il. Oui, pourquoi pas ? A condition de le faire lentement et en se concentrant, en dégustant la chose, sans la moindre hâte, en s’attardant, en imprimant aux muscles de l’intestin un doux ébranlement, soutenu. Il ne fallait pas pousser mais guider, accompagner, escorter gracieusement le glissement des oboles vers la porte de sortie.


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Citation :
Le bonheur qu’il avait trouvé dans son hygiène solitaire et, surtout, dans l’amour de sa femme, lui semblait une compensation suffisante de sa normalité. Pourquoi, possédant cela, aurait-il eu besoin d’être riche, célèbre, extravagant, génial ? La modeste obscurité qu’était sa vie aux yeux des autres, cette existence routinière de directeur d’une compagnie d’assurances, cachait quelque chose dont, il en était sûr, peu de congénères jouissaient ou soupçonnaient même l’existence : la possibilité d’être heureux.


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Peintures par ordre d'apparition :
-Jacob Jordaen, Candaule, roi de Lydie
-Fra Angelico, L’annonciation
-Bronzino, Allégorie de l’Amour
-Fernando de Szysko, Sur le chemin de Mendieta
-François Boucher, Diane au bain
-Le Titien, Vénus, l’amour et la Musique
-Francis Bacon, Tête 1

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MessageSujet: Re: Mario Vargas Llosa [Pérou]   Mario Vargas Llosa [Pérou] - Page 8 Icon_minitimeVen 31 Jan 2014 - 15:49

Les chiots



Les chiots, ce sont ces jeunes gens fringants et tapageurs qui étudient au collège Champagnat dans la banlieue de Lima. Nous sommes au Pérou dans les années 50, et un petit nouveau – Cuéllar – vient d’arriver. Il est bûcheur et ne tarde pas à s’imposer comme le meilleur dans toutes les matières. Mais il n’est pas hautain pour autant. Pas un premier de la classe que ses camarades rejettent et aiment martyriser. Au contraire : il se montre tout de suite bon camarade.

Un gamin promis à un bel avenir. Du moins jusqu’à l’accident. Alors que la bande de copains est sous douche après un entrainement sur le terrain de foot, le molosse irascible qui ne cesse de leur aboyer dessus jour après jour s’échappe de sa cage et s’introduit dans le vestiaire. C’est un carnage : Cuéllar est blessé, l’animal lui ayant arraché tout ou partie de son appendice masculin. Dès lors surnommé Petit-Zizi, Cuéllar peine à se reconstruire. L’adolescence et l’entrée dans l’âge adulte lui sont particulièrement pénibles : développant un profond complexe d’infériorité, il éprouve une peur panique envers les filles et le flirt. Quelle sera la réaction de mademoiselle lorsqu’elle découvrira son infirmité ?

Cuéllar devenu un homme bien bâti, sombre peu à peu dans la dépression et la folie, la gente féminine lui étant à la fois indispensable et source de terreur. Le lecteur assiste alors à une descente aux enfers qui menace de fort mal finir.

On a coutume de dire que ce n’est pas la taille qui compte. Mario Vargas Llosa ne semble pas convaincu. Ce petit bout de chair qui préoccupe tant une bonne moitié de la population mondiale est ici au cœur du récit. L’auteur en a fait son point de départ pour écrire un roman – court mais intense – sur la société péruvienne du milieu du XXe siècle. Une société dans laquelle les apparences sont tout, dans laquelle les femmes doivent belles et les hommes vifs et courageux.

Un texte très bien écrit dans lequel les dialogues sont étroitement imbriqués à la narration. Un récit intéressant qui aurait aisément pu être placer à une époque plus moderne et sur un autre continent.

_________________
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[Joyce Carol Oates - J'ai réussi à rester en vie]
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MessageSujet: Re: Mario Vargas Llosa [Pérou]   Mario Vargas Llosa [Pérou] - Page 8 Icon_minitime

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