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 Max Frisch [Suisse]

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colimasson
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MessageSujet: Re: Max Frisch [Suisse]   Max Frisch [Suisse] - Page 4 Icon_minitimeJeu 1 Aoû 2013 - 13:36

Bizarre ? Pourquoi ? Tu ne te verrais pas à la place de ce Don Juan, refusant toutes les plus belles femmes pour te consacrer à la géométrie ? Very Happy

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MessageSujet: Re: Max Frisch [Suisse]   Max Frisch [Suisse] - Page 4 Icon_minitimeJeu 1 Aoû 2013 - 18:45

colimasson a écrit:
Bizarre ? Pourquoi ? Tu ne te verrais pas à la place de ce Don Juan, refusant toutes les plus belles femmes pour te consacrer à la géométrie ? Very Happy
Pas la géométie euclidienne en tout cas dentsblanches 
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MessageSujet: Re: Max Frisch [Suisse]   Max Frisch [Suisse] - Page 4 Icon_minitimeDim 4 Aoû 2013 - 18:33

GrandGousierGuerin a écrit:
colimasson a écrit:
Bizarre ? Pourquoi ? Tu ne te verrais pas à la place de ce Don Juan, refusant toutes les plus belles femmes pour te consacrer à la géométrie ? Very Happy
Pas la géométie euclidienne en tout cas dentsblanches 
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MessageSujet: Re: Max Frisch [Suisse]   Max Frisch [Suisse] - Page 4 Icon_minitimeSam 10 Aoû 2013 - 11:26

colimasson a écrit:
GrandGousierGuerin a écrit:
colimasson a écrit:
Bizarre ? Pourquoi ? Tu ne te verrais pas à la place de ce Don Juan, refusant toutes les plus belles femmes pour te consacrer à la géométrie ? Very Happy
Pas la géométie euclidienne en tout cas dentsblanches 
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MessageSujet: Re: Max Frisch [Suisse]   Max Frisch [Suisse] - Page 4 Icon_minitimeVen 23 Aoû 2013 - 12:00

Pour les cinéphiles, The Voyager (Homo faber) de  Volker Schlöndorff  avec Sam Shepard dans le rôle titre.

edit modération : suppression de lien : on peut trouver des extraits sur youtube


Dernière édition par animal le Lun 4 Aoû 2014 - 20:45, édité 1 fois (Raison : lien)
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MessageSujet: Re: Max Frisch [Suisse]   Max Frisch [Suisse] - Page 4 Icon_minitimeMar 27 Aoû 2013 - 19:04

Homo faber

Walter Faber, la cinquantaine plutôt bien conservée, ingénieur à l’UNESCO va de par le monde pour superviser des installations telles que des centrales électriques. C’est un homme nouveau qui se définit par son nomadisme utilisant tous les moyens de transport perfectionnés des années cinquante : avion (SuperConstellation), paquebot, automobile (Studebaker couleur framboise), train mais aussi et surtout par une analyse technique, logique et raisonnée du monde. Célibataire aux rapports formels avec son entourage et plus particulièrement avec les femmes, Faber oscille et ne sait plus quoi faire dès qu’il est question d’amitié, d’amour filial ou marital. Sa perception technique se grippe dès que l’humain rentre en jeu et balaie tout système logique. Et cela va le conduire aux dernières extrémités, enfreindre des tabous, tout en restant un spectateur de sa vie.
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MessageSujet: Re: Max Frisch [Suisse]   Max Frisch [Suisse] - Page 4 Icon_minitimeMar 27 Aoû 2013 - 19:11

GrandGousierGuerin a écrit:
Pour les cinéphiles, The Voyager (Homo faber) de  Volker Schlöndorff  avec Sam Shepard dans le rôle titre.
Un argument de plus pour lire le roman et le comparer à cette adaptation.

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"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).
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MessageSujet: Re: Max Frisch [Suisse]   Max Frisch [Suisse] - Page 4 Icon_minitimeMer 23 Avr 2014 - 18:31

Livret de service

Citation :
Livret de service critique de manière lucide la place de l’armée de milice en Suisse et la façon dont elle construit l’identité politique du pays.
Revenant sur ses expériences militaires au cours de la seconde Guerre mondiale, Max Frisch s’interroge sur l’inertie des soldats suisses face à l’actualité, sur les rapports de la Suisse avec l’Allemagne nazie, et sur l’impossibilité de se remettre en question que provoque une vie de soldat très réglementée, constituée d’exercices et de simulations qui rendent la réalité distante, irréelle.
source : héros-limite (éditeur qui fait du bon boulot !)

Max Frisch avait publié son journal avec ses périodes de mobilisation pendant la deuxième guerre. Dans les années 70 alors que la remise en question du fonctionnement de l'armée suisse est dans l'air du temps, il décide de revenir sur cette période de sa vie.

Avec une écriture ultra-précise il livre quelques souvenirs épars et quelques réflexions qui s'orientent. La défense du pays contre un ennemi nazi sur laquelle reposait sa foi (mauvais mot mais faute de mieux...) n'est pas remise en cause mais ce sera de ce côté surtout qu'il y aura à chercher.

La vision lucide d'une vie de soldat avec son lot d'exercices de hiérarchie et de discipline n'est pas inintéressante non plus mais le sens ne se prend vraiment que dans l'ensemble, l'absurdité de certains faits n'apparaissant pas comme particulièrement grave.

Il nous donne une vision d'un mythe, ou d'un monde qui se coupe de la réalité. Au courant ou pas au courant des événements les soldats ? entre les deux ? leur devoir est d'être prêts.

La question de l'obéissance qui vient là derrière reste en filigrane. L'armée reproduit la même hiérarchie que le monde civil, une image du monde civil se construit par rapport à l'armée : tous participent et tous défendent l'îlot de neutralité dans le monde à feu et à sang... et pourtant les tendances du pouvoir suisse sont les mêmes que celles des autres pouvoirs de l'époque avec des sympathies et des tendances pro-allemandes et anti-communistes. C'est sur le dévoilement progressif de l'inversion de sens avec la remontée du système qu'il met les pieds dans le plat, car s'il n'appuie pas dessus c'est que ce n'est pas nécessaire : les motivations en haut et en bas ne sont pas forcément les mêmes.

Et pourtant c'est comme si, l'absence d'engagement dans le conflit ayant peut-être préservé un mythe fragile qui aura continué de fructifier.

La préface fait comprendre que la tournure du texte n'est pas exceptionnelle dans son contexte, pouvant même avoir l'air opportuniste, n'empêche qu'en plus d'être bien écrit, ça prend bien garde à ne pas risquer de laisser le problème se déporter sur la mise en œuvre, se concentrant sur un fond plus complexe... et laissant des questions ouvertes.  

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MessageSujet: Re: Max Frisch [Suisse]   Max Frisch [Suisse] - Page 4 Icon_minitimeSam 26 Avr 2014 - 20:51

C'est écrit de manière sérieuse et premier degré alors ?
Quelques extraits seraient fortement recommandés ! Very Happy

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MessageSujet: Re: Max Frisch [Suisse]   Max Frisch [Suisse] - Page 4 Icon_minitimeDim 27 Avr 2014 - 0:13

il y a un humour et un recul important(s) (et ça démange et dérange) mais je range ça dans le sérieux et premier degré ?

j'ai du marqué une page pour un extrait prochainement.  Wink 


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MessageSujet: Re: Max Frisch [Suisse]   Max Frisch [Suisse] - Page 4 Icon_minitimeLun 28 Avr 2014 - 14:00

j'exagère un peu parce que le paragraphe qui suit est de la fin du bouquin, il n'en est pas moins révélateur, et peut aider à répondre à la question, parce que le ton de l'ensemble est très égal.

Citation :
A cette époque* eurent lieu 17 exécutions. Aujourd'hui encore, les archives ne sont pas accessibles sans autre. On sait pourtant que des traîtres à la patrie se sont trouvés surtout dans les grades inférieurs. Par exemple un fourrier auquel un autre fourrier avait demandé si le matériel de minage était chargé, a dévoilé ce qu'il savait sans se rendre compte que celui qui avait posé la question transmettait les renseignements à l'espionnage allemand ; d'autre part, il n'avait pas caché à l'autre fourrier la composition de l'explosif. L'auditeur de l'armée exigea la peine de mort pour les deux fourriers ; elle fut exécutée. Un expert militaire, ingénieur civil de son état, disait à ce propos : "Un dépôt militaire, dont d'ailleurs chaque enfant connaît l'existence ; le chlorate est composé de 90% de potassium ou de chlorate de sodium et de 10% de paraffine, n'importe quel mineur devrait le savoir, c'est enseigné à l'instruction, cela appartient à l'initiation aux armes et à la connaissance des explosifs. Que tant de chimie ait alors été un mystère pour la Wehrmacht, je l'ignore." La trahison à un niveau plus élevé, où de plus grands secrets sont imaginables, la trahison dans le commerce et l'industrie, en relation avec le capital et la diplomatie, ne semblent pas s'être produites ; quoi qu'il en soit, elles ne donnèrent lieu à aucune exécution.

* : 1945 (référence au paragraphe qui précède)

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MessageSujet: Re: Max Frisch [Suisse]   Max Frisch [Suisse] - Page 4 Icon_minitimeMer 30 Avr 2014 - 14:09

Ourch, c'est dense, pas sûre que ça me plairait...
Merci pour l'extrait !

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MessageSujet: Re: Max Frisch [Suisse]   Max Frisch [Suisse] - Page 4 Icon_minitimeMer 30 Avr 2014 - 19:02

mmh... c'est une façon de réclamer un autre extrait ?

Citation :
L'armée "pour la défense de la démocratie", alors qu'elle est anti-démocratique dans toute sa structure, n'apparaît comme une contradiction que dès l'instant où l'on croit qu'elle défend vraiment la démocratie; et j'en étais convaincu en ces années-là.

Le texte est une suite de paragraphe qui dépassent rarement la longueur d'une page. Il y a diverses choses dedans mais la lecture reste légère, il n'y a pas de continuité logique directe entre le contenu des paragraphes, et il y a l'humour aussi (qui n'apparaît pas des masses dans les extraits).

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MessageSujet: Re: Max Frisch [Suisse]   Max Frisch [Suisse] - Page 4 Icon_minitimeSam 3 Mai 2014 - 9:22

C'est peut-être le côté très politisé qui me dérange ? ça doit être la raison...

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MessageSujet: Re: Max Frisch [Suisse]   Max Frisch [Suisse] - Page 4 Icon_minitimeSam 9 Aoû 2014 - 20:46

Homo faber

Je suis étonné de constater, en lisant vos commentaires, que je n'ai pas compris le roman et le personne exactement comme vous... Preuve supplémentaire de leur richesse !  content 
A première vue, le roman sonne comme un paradoxe : journal intime (au-delà du carnet de voyage) d'un homme qui affirme ne pas aimer ni savoir parler de lui et de ses sentiments. Le tour de force, c'est la virtuosité avec laquelle l'auteur parvient à construire son personnage. Le tout est tellement bien ficelé, bien fignolé, qu'on en viendrait presque à vouloir en parler comme d'un authentique journal d'une personne réelle. Et je ne vais pas résister à la tentation !

Walter Faber est un ingénieur à l'UNESCO, sorte de Prométhée moderne qui se targue de vouloir substituer définitivement le savoir scientifique au rêve, et à l'émotion, les mathématiques. « La probabilité (que sur 6 000 000 000 de coups de dé à six faces, le « 1 » sorte approximativement 1 000 000 000 de fois) et l’improbabilité (qu’exceptionnellement il se trouve six « 1 » sur six coups de dé avec le même dé) ne diffèrent pas en leur essence, mais uniquement sous le rapport quantitatif, et c’est simplement la plus grande quantité qui d’emblée paraît plus vraisemblable. » Une telle prise de vue semble pouvoir tout résorber dans un paradis aseptisé où l'on ne craint pas ce que l'on ignore, un paradis de positivisme où l'étonnement n'a plus sa place. Et au milieu de ce rêve, Walter Faber. D'emblée pourtant, on se prend à douter : tant d’esbroufe, c'est toujours suspect. Et les contradictions ne manquent pas de jaillir dès lors qu'on y prête attention : Faber est un homme qui "ne rêve pas", tout en étant obsédé par ses rêves, il prétend "voir les choses telles qu'elles sont" et pourtant toutes les visions qu'il retrace sont peuplées de symboles et d'affects (en témoigne au premier chef la description nauséeuse de la jungle guatémaltèque battue par une violente pluie d'orage). Partout, toujours, l'affect, qui décidément s'impose comme le nécessaire mode d'être au monde de l'homme... Ainsi est-on en droit de se demander si son attachement quasi maladif au calcul des probabilités, ne serait pas, au fond, une manière comme une autre d'éloigner la seule statistique qui soit irrévocable, c'est-à-dire signifiante : la mort ? Partout, la mort : les urubus, les dents qui tombent, le besoin de se raser sans cesse, etc. Au plus profond du progrès technique à tout prix se terre donc l'antique peur de la mort qui ne s'avoue pas, et le fantasme de l'immortalité - ce qui m'a rappelé la fabuleuse pièce de Gustave Thibon, Vous serez comme des dieux. "Seules les dents sont mauvaises. J'en ai toujours eu peur ; leur détérioration, quoi que l'on fasse. L'homme tout entier d'ailleurs ! possible en tant que construction, mais la matière est ratée : la chair, ce n'est pas une matière c'est une malédiction." L'homo faber est pétri d'illusions (autant que les Mayas sinon plus), mais les siennes le plongent dans la dénégation et le désenchantement.
Le tragique se révèle dans toute sa violence au moment où la science révèle ses limites, où les probabilités ne servent plus qu'à ressasser la douleur de l'homme et le scandale de son impuissance : "Lésion de l'arteria meningica media, hématome épidural, qu'une intervention chirurgical aurait très bien pu éviter" ; "Où que j'aille, la même pensée inutile : Si seulement nous étions encore il y a deux mois !".

"Pourquoi fatalité ?" Ce n'est d'abord qu'une question rhétorique -presque une devise- qui rejette une hypothèse inutilement complexe, mais bientôt, à force d'être répétée, elle finit par trahir le désespoir d'un homme aux abois, qui voit s'effondrer son monde et ses certitudes. Le génie de Max Frisch, à mon sens, c'est d'avoir opté pour une narration rétrospective, car grâce à ce procédé, le lecteur entend quelque chose comme une dissonance, une brèche : arrivé au terme d'un périple qui l'a conduit à l'article de la mort, Walter Faber finit par douter, l'air de rien, devant l'acharnement des circonstances qui ont fait se rejoindre les sillons de son passé et de son présent en une prodigieuse configuration : dans le labyrinthe des possibles semble ainsi s'esquisser comme une ironie (du sort, de l'auteur...) ; le calcul des probabilités crée alors un vertige - et quelque part, dans le lointain, le rire de Max Frisch.

En effet, ce chantre du progrès technique va se trouver entraîné dans un voyage "à rebours", au cours duquel, abandonnant l'avion pour le bateau puis le bateau pour la Citroën, il doit apprendre peu à peu la lenteur et peut, de là, contempler le mystère de sa vie, dont les méandres subtils feraient -presque- croire au destin. A mesure que notre héros ralentit, il s'enfouit dans son passé. Et peut-être la vraie fatalité est-elle justement là.
C'est en effet une des questions que je me suis posé en découvrant cette destinée exemplaire : toujours le narrateur insiste sur les petits riens, les hasards qui ont produits de "terribles" effets ; souvent, ces hasards sont interprétés comme des "caprices" et justifiés par un besoin impérieux "de n'être pas attendu" ou d'être hors d'atteinte (symptômes d'une crise de la modernité ?), mais jamais il n'identifie au coeur de ses caprices l'attachement qui le noue à son passé : la rencontre d'Herbert, le frère de Joachim, est un hasard, mais elle ne devient une cause que par la curiosité et l'affection qu'il porte encore à son ami d'antan et à son passé ; on pourrait aller plus loin (je ne sais pas si j'irais jusque-là) et se demander si au fond sa décision d'accompagner Herbert ne trahirait pas sa conviction qu'il y a une raison à cette rencontre et donc une croyance résiduelle en une "finalité", ou en une "direction" à tout le moins... Vient ensuite Sabeth, autre rencontre fortuite (Max Frisch use à volonté de l'outil tragique par excellence, la rencontre-retrouvailles) : là encore, il s'agit d'un hasard, mais qui n'entraîne un réseau de causalité que lorsque l'affect s'en mêle. Or, le trouble resurgit lorsque le narrateur avoue -à demi-mot- qu'il a perçu en elle un je ne sais quoi qui lui rappelait Hannah : comment alors ne pas penser à Descartes qui remarquait être enclin à aimer les femmes atteintes de strabisme parce que, selon lui, enfant, il avait aimé une jeune fille qui louchait (c'est dans une lettre à Chanut) ? Par-delà le hasard, l'inconscient ne serait-il pas la cause déterminante ? La fatalité a de multiples visages... Et surtout, comme ça a été déjà dit, Faber aurait pu ne jamais connaître la vérité sur Sabeth : or, n'est-ce pas une fois encore la conséquence de son attachement viscéral à son passé ? Bien sûr, le narrateur est, comme toujours, trop lapidaire pour qu'on soit sûr de rien : "à un moment donné ma question : 'quel est donc le prénom de ta mère ?' " ; rien ne prépare la transition, et surtout, la question, étant posée plusieurs fois, a de toute évidence de l'importance à ses yeux... Il y aussi cette demande en mariage inopinée, non expliquée, et qui soulève autant de questions.

Il y aurait encore tant à dire... sur ce démon de Maxwell qui me paraît essentiel même si je ne comprends pas encore bien pourquoi, sur ce professeur O. rencontré deux (trois ?) fois, sur l'inceste bien sûr, etc. J'en reste là pour l'instant pour avoir le plaisir de relire certains passages et d'y revenir à l'occasion.

M. Frisch se moque bien de son personnage, il le tourne en bourrique, il faut bien avouer (le coup du serpent m'a beaucoup fait rire !), mais il ne s'abandonne jamais à la facilité, et c'est là l'inépuisable richesse du roman : Walter Faber aura le dernier mot, envers et contre tout/tous ; il ne tirera pas la conclusion de la "démonstration" que semble constituer le roman (rien n'est moins sûr), preuve qu'il n'y a pas de conclusion définitive. La vertu du roman, c'est de soulever des questions, de nourrir la tension, la contradiction, et ça, Frisch l'a parfaitement compris. Le lecteur n'a qu'à bien se tenir : il sortira changé de sa-ses lecture-s !

Ma plus belle découverte, depuis longtemps. Merci Maline !  bisous
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