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 Ivan Illich [Politique]

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colimasson
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MessageSujet: Ivan Illich [Politique]   Dim 6 Nov 2011 - 14:14

Ivan Illich (1926-2002)

Citation :

Fils d'une mère juive et d'un père catholique croate, Ivan Illitch étudie la théologie et la philosophie à Rome. Il aspire à devenir prêtre et, pour ce faire, quitte sa ville natale pour les Etats Unis. Il devient alors assistant de pasteur au sein d'une paroisse portoricaine. Son altruisme l'amène à oeuvrer en faveur de bien des causes. Contestataire humaniste, il lutte contre la société industrielle ; ses actes et écrits en témoignent : 'Une société sans école', 'Le Chômage créateur'... Il fonde d'ailleurs le Centre international de documentation de Cuernavaca au Mexique. Il dénoncera par ailleurs à moult reprises le système éducatif. Homme de convictions, il ne récoltera néanmoins pas les foudres de ses pairs.

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MessageSujet: Re: Ivan Illich [Politique]   Dim 6 Nov 2011 - 14:18

Une société sans école (1971)


Une société sans école décrit mal l’état d’esprit du titre original donné par Ivan Illich à son essai. Plus littéralement, il aurait du s’intituler : Déscolarisons la société. Ce titre, un peu moins aguicheur, aurait pourtant eu le mérite d’indiquer plus pertinemment l’objectif poursuivi par Illich dans sa réflexion sur l’institution scolaire.

Publié en 1971, cet essai doit aujourd’hui éblouir pour sa lucidité et son intuition. Au fil des décennies, le constat appuyé par Illich s’est aggravé : la reconnaissance par les diplômes est devenue la seule que l’on puisse légitimement exiger pour l’accès à l’emploi ; la course aux études longues devient de plus en plus impitoyable ; la compétition s’accroît ; la confiance que l’on accorde aux autres et à soi-même diminue ; enfin, le système scolaire n’arrive plus à cacher ses faiblesses et peine à légitimer une consommation accrue de « connaissances » qui n’assurent même plus l’accès à une profession stable.

Je ne crois pas avoir été en désaccord avec le moindre constat qu’Illich dresse de notre société « scolarisée » et, plus généralement, « institutionnalisée » (car la critique adressée à l’école peut s’étendre à toutes les autres institutions de services telles, par exemple, les institutions de la santé ou le système carcéral).
Nous sommes engoncés dans le paradigme de l’éducation obligatoire, à tel point que plus personne ne pense à remettre en question un système éducatif qui semble aller de soi. La dangerosité se situe dans cette évidence. Elle rend l’individu passif en lui faisant croire que son instruction ne peut se faire en dehors de la consommation normalisée du savoir qu’on lui impose par la fréquentation régulière des « temples » de l’éducation, et elle lui fait croire que tout savoir capturé en-dehors de ce cadre précis ne possède aucune valeur. Elle détruit ainsi l’autonomie des individus et leur capacité à croire en eux-mêmes et en leurs semblables, et les force à se tourner vers l’offre proposée par l’institution. Toutefois, comme celle-ci ne fournit pas la même qualité et la même convivialité que l’apprentissage autonome, l’individu est marqué par un sentiment de frustration et de malaise.


« L’enseignement fait de l’aliénation la préparation à la vie, séparant ainsi l’éducation de la réalité et le travail de la créativité. Il prépare à l’institutionnalisation aliénatrice de la vie en enseignant le besoin d’être enseigné. Une fois cette leçon apprise, l’homme ne trouve plus le courage de grandir dans l’indépendance, il ne trouve plus d’enrichissement dans ses rapports avec autrui, il se ferme aux surprises qu’offre l’existence lorsqu’elle n’est pas prédéterminée par la définition institutionnelle. »


L’éducation, considérée comme un produit de consommation de nos sociétés modernes, est une conception qui peut de prime abord surprendre. Cet étonnement traduit justement la pertinence de l’hypothèse : remettre en question le système de l’éducation tel que nous le connaissons aujourd’hui ? Quelle idée ! Bien installé dans notre société, revendiqué comme un héritage précieux des luttes menées par nos ancêtres pour un libre-accès à l’éducation, ce système semble aller de soi.
Cette évidence est abrutissante. Nous absorbons sans nous poser de questions. Là où le système éducatif échoue, ses consommateurs sont désignés comme responsables. Si tu n’as pas réussi à obtenir le diplôme que tu préparais, c’est à cause de ta médiocrité ; si tu n’as pas réussi à gravir l’échelle sociale, c’est parce que tu n’as pas su profiter des opportunités que l’on te proposait. L’enseignement obligatoire, dispensant des cours formatés qui ont peu de chance de correspondre aux attentes des élèves au moment où on les leur propose, est assimilé à un gavage forcé qui dégoûte plus qu’il n’éduque. Tous remplis des mêmes connaissances, englouties à la va-vite, rarement avec envie, plus souvent par nécessité (une nécessité provisoire dont le terme dépasse rarement la préparation d’un examen), l’enseignement nous rend passif et annihile l’originalité de chacun.

On pourra dire que la critique est facile, et se demander ce qu’Illich propose pour remplacer ou améliorer le système éducatif. Une société sans école propose quelques pistes, qui s’appuient sur des exemples concrets qui ont fait leurs preuves (l’apprentissage d’une langue peut se faire en quelques semaines si les élèves sont soumis à des situations concrètes de la vie quotidienne dans laquelle ils pourront ultérieurement trouver leurs intérêts).
Plus généralement, Ivan Illich souhaite avant tout abolir la notion de maître et d’élève, de programmes définis et obligatoires et de fréquentation régulière des établissements du savoir. Rien ne doit obliger l’individu à apprendre ou à enseigner. Seule sa motivation doit le guider dans son processus d’apprentissage pour que celui-ci soit efficace. Le concept des universités libres répond peut-être déjà, de manière partielle, aux exigences scolaires d’Illich…


« Il serait possible de concevoir une solution plus révolutionnaire en créant une sorte de « banque ». Ainsi, on donnerait à chaque citoyen un premier crédit lui permettant d’acquérir des connaissances de base. Ensuite, pour bénéficier de nouveaux crédits, il lui faudrait lui-même enseigner, soit dans les centres organisés, soit chez lui, voire sur les terrains de jeu. Le temps passé à enseigner par l’exemple et la démonstration serait celui-là même qui lui permettrait de bénéficier des services de personnes plus instruites. Une élite entièrement nouvelle apparaîtrait, constituée de ceux qui auraient gagné leur éducation en la partageant avec autrui. »



Peut-être pourra-t-on reprocher à Illich de proposer des solutions irréalisables. Lui-même en est conscient, et il sait qu’une remise en question du système de l’éducation ne pourra se réaliser sans un chamboulement profond de toutes les institutions et valeurs qui façonnent notre société (autrement dit, il y a du boulot à l’horizon). Frisons-nous l’utopie ? Peut-être, mais je ne pense pas que cela soit rabaissant car Illich, même s’il frôle souvent l’idéalisation, a au moins le mérite de remettre en question un système dont rares sont ceux qui osent critiquer le caractère quasi-sacré.
Sa réflexion, loin de toucher uniquement aux problèmes de l’éducation, s’étend également à la condition de l’homme dans la société institutionnalisée moderne, et ouvre de nombreuses œillères que nous conservions parfois par manque de regard critique. Si Illich ne convaincra pas tout le monde par l’extrémisme de ses idées, il mérite tout du moins qu’on le respecte pour sa détermination.

« Le but qu’il faut poursuivre, qui est réalisable, c’est d’assurer à tous des possibilités éducatives égales. Confondre cet objectif et la scolarité obligatoire, c’est confondre le salut et l’Eglise. »



Pour conclure, un très beau passage de cet essai :

« Vivre à New-York suppose l’apparition d’une conception particulière de la nature de l’existence et de ses possibilités. Sans cette vision, la vie à New-York devient impossible. Un enfant des rues n’y touche jamais rien qui n’ait été scientifiquement conçu, réalisé et vendu à quelqu’un ; les arbres qui existent encore sont ceux que le service des jardins publics a décidé de planter. Les plaisanteries que l’enfant entend à la télévision ont été programmées à grand frais. Les détritus avec lesquels il joue dans les rues de Harlem ne sont que les emballages conçus pour attirer le consommateur. L’éducation elle-même se définit comme la consommation de diverses matières, faisant partie de programmes, objets de recherche, de planification et de promotion des ventes. Tous les biens sont le produit de quelque institution spécialisée et ce serait sottise, par conséquent, que d’exiger quelque chose qu’une institution quelconque ne saurait produire. L’enfant de la ville n’a rien à attendre, rien à espérer, sinon ce que lui promet le développement possible des méthodes de fabrication. Pour satisfaire son imagination, on lui fournit au besoin quelque récit d’ « anticipation » ! Et que connaît-il, d’ailleurs, de la poésie de l’imprévu ? Son expérience en ce domaine se limite à quelque découverte dans le caniveau : une pelure d’orange qui flotte sur une flaque. Il en vient à attendre l’instant où l’ordre implacable s’interrompra : une panne d’électricité, une échauffourée dans la rue. »


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MessageSujet: Re: Ivan Illich [Politique]   Lun 7 Nov 2011 - 12:12

Sur l'état de la recherche scientifique :

"Une grande partie de la connaissance scientifique est enfin inaccessible ! Le réseau de communication international a été démantelé et remplacé par une lutte impitoyable entre les équipes de recherche. On a mis sous clef ceux qui appartiennent à la communauté scientifique, de même que les instruments dont ils disposent. Ils sont au service des programmes nationaux ou du développement de sociétés anonymes. Et ce n’est pas tant une recherche théorique qu’il leur faut poursuivre, mais trouver d’abord des applications pratiques qui, loin de servir les hommes, contribuent à les appauvrir un peu plus."

Un constat amer qui me semble encore prévaloir aujourd'hui (peut-être même plus qu'avant ?)


Et la distinction opérée par Illich entre l'espoir et l'espérance :

"L’espoir, dans son sens fort, signifie une foi confiante dans la bonté de la nature, tandis que les espérances, dans le sens où nous utiliserons ici ce terme, veulent dire que nous nous fions à des résultats voulus et projetés par l’homme. Espérer, c’est attendre d’une personne qu’elle nous fasse un don. Avoir des espérances, au contraire, nous fait attendre notre satisfaction d’un processus prévisible qui produira ce que nous avons le droit de demander."


Une petite définition de l'homme moderne pour terminer ?

"Quelle est la valeur de l’homme institutionnalisé ? On ne lui demande que d’être un bon incinérateur ! Il est devenu, en quelque sorte, l’idole de ses œuvres. Il est la chaudière qui brûle les valeurs produites par ses outils. Et il n’existe aucune limite à sa voracité. Il vit dans la démesure, dans un idéal prométhéen porté à l’extrême."

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MessageSujet: Re: Ivan Illich [Politique]   Lun 7 Nov 2011 - 22:36

je suis allé lire un bout de page sur le bonhomme, j'ai quand même un peu de mal à imaginer la façon dont il place "l'école" (que je trouve d'ailleurs beaucoup remise en cause en général). L'école ou l'enseignement en réponse à quoi ?

forcément ce n'est pas parfait et ce qui entoure l'école est très complexe et peut-être différent selon les pays et les époques mais le lire et compter est-ce qu'il ne passe pas par un semblant d'institution quand c'est impossible autour ou à côté ? Est-ce qu'il parle aussi de l'école dans les pays qu'on peut considérer comme dans la m... ?

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MessageSujet: Re: Ivan Illich [Politique]   Mar 8 Nov 2011 - 21:38

Je trouve que la démonstration d'Illich est particulièrement pertinente lorsqu'il place l'école dans les institutions dites "de droite". Illich distingue en effet les institutions de gauche des institutions de droite, et je cite un extrait de la Société sans école pour la définition des institutions de gauche :

"A l’opposé, se placent des institutions qui se distinguent par le fait que nous ne sommes pas contraints d’avoir recours à leurs services. Les services postaux et téléphoniques, les marchés n’ont pas besoin de nous convaincre de leur nécessité. Nous utilisons des systèmes de tout-à-l’égout, nous avons l’eau potable, nous nous servons des parcs et des trottoirs, toutes choses qui sont, après tout, des institutions, mais qui ne cherchent pas à se justifier !"

Et un exemple concret pour cibler les institutions "de droite" :

« Tandis que le réseau postal ou celui du téléphone existe pour servir ceux qui souhaitent l’utiliser, le réseau routier, quant à lui, est conçu pour y faire circuler des automobiles particulières. Les deux premiers sont de véritables services publics, le troisième un service faussement public, puisque réservé aux possesseurs de voitures, de camions et de cars. De véritables services publics assurent, ou plutôt facilitent, les communications entre les hommes ; le réseau routier, comme d’autres institutions que nous avons classées à droite, n’existe que par rapport à un produit.
[…] Imaginer un système de routes qui serait un véritable service public reviendrait à écarter ceux pour qui l’idée de transport s’associe à celles de vitesse et de confort personnel, au profit de ceux qui voient dans le transport une possibilité de se déplacer, de se rendre d’un point à un autre. Le réseau doit donc augmenter ces possibilités de déplacement pour tous les voyageurs, et non pas réserver un droit à des privilégiés et dans des secteurs limités. »


Et donc l'école fait partie de cette dernière catégorie car elle se définit comme la seule institution apte à éduquer les hommes et interdit tout autre moyen d'apprentissage (bien sûr, on apprend tous les jours en dehors des établissements scolaires, mais l'apprentissage dans la rue, dans la famille ou n'importe où ailleurs ne possède aucune légitimité). C'est ce qu'Illich critique avant toute autre chose.

Et en ce qui concerne les pays dans la merde, le constat est encore pire. Les pays "en voie de développement" (on va rester polis) misent sur l'éducation en prenant exemple sur les pays développés et mettent en danger toute une économie qui est déjà, souvent, peu reluisante.
Encore une fois, je laisse Illich parler à ma place :

« La plupart des nations d’Amérique latine se précipitent déjà dans l’ère du développement économique et de la consommation concurrentielle. Ils commencent de connaître, par conséquent, la pauvreté modernisée. Leurs citoyens ont appris à penser comme des riches, tandis qu’ils vivent comme des pauvres. Il leur faut des lois fixant la durée de scolarité obligatoire ; elle est de six ans dans tel pays, elle atteint dix ans dans tel autre. […] Dans tous ces pays, voilà la majorité des habitants pris dans les rêts de l’école : j’entends qu’elle les a déjà instruits de leur infériorité face à ceux qui ont « fait des études ». Ils vénèrent l’école, ils seront doublement exploités. Ils acceptent qu’une part sans cesse plus importante des ressources publiques soit consacrée à l’éducation du petit nombre et ils finissent par croire que le contrôle du milieu social n’est pas du ressort de l’individu. »

« Lorsque la technologie « moderne » commence de s’implanter dans des pays pauvres (« sous-développés »), elle se présente sous trois aspects : les biens de consommation, les usines qui les fabriquent, les institutions de service (en particulier les écoles) qui, elles, transforment les hommes en producteurs et en consommateurs modernes. […] Les diplômés formés par l’école créent ensuite une demande pour d’autres prétendus services, la puissance industrielle, les routes macadamisées, les hôpitaux modernes et les aéroports, et ceux-ci, à leur tour, créent un marché pour les biens conçus pour des pays riches, et bientôt on commence, au besoin, à importer des outillages et des usines (d’un modèle déjà dépassé) pour les produire… »

J'espère que ça a répondu un peu à tes questions... intense reflexion

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MessageSujet: Re: Ivan Illich [Politique]   Mar 8 Nov 2011 - 22:11

oui, en un sens au moins. mais les dérives exposées semblent ou un peu exagérées (les routes il y en a qui se discutent, y a des coins sans route entretenu/maintenu tu oublies certains service "de gauche") ou se tromper de cible. L'école a en ce moment pas mal l'air de ramer à contresens d'elle même, ensuite c'est compliquer de ne pas vouloir d'une école qui fait un travailleur/consommateur et de ne pas vouloir non plus une école qui ne mène à rien ?

L'école c'est comme la poste par exemple , ça dépend de comment c'est fait, maintenant ça devient de plus en plus nécessaire de le justifier non ?

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MessageSujet: Re: Ivan Illich [Politique]   Mer 9 Nov 2011 - 22:16

Oui, je suis tout à fait d'accord que c'est difficile de critiquer l'école lorsque rien de mieux ne semble pouvoir la remplacer. D'ailleurs, les solutions proposées par Illich ne me convainquent pas totalement...

« Il serait possible de concevoir une solution plus révolutionnaire en créant une sorte de « banque ». Ainsi, on donnerait à chaque citoyen un premier crédit lui permettant d’acquérir des connaissances de base. Ensuite, pour bénéficier de nouveaux crédits, il lui faudrait lui-même enseigner, soit dans les centres organisés, soit chez lui, voire sur les terrains de jeu. Le temps passé à enseigner par l’exemple et la démonstration serait celui-là même qui lui permettrait de bénéficier des services de personnes plus instruites. Une élite entièrement nouvelle apparaîtrait, constituée de ceux qui auraient gagné leur éducation en la partageant avec autrui. »

Ca fait un peu dinette et échange de billes entre gamins. A la limite, généraliser les universités libres pourrait se rapprocher de la conception d'Illich, mais là encore il faudrait un gros paquet de couilles pour changer de système du jour au lendemain. Ca prendrait beaucoup de monde au dépourvu, et pas sûre que ça n'ait que des effets positifs.

Bon, après, la question que je me pose à propos d'Illich est la suivante : s'il n'avait pas suivi d'études dans le monde conditionné de l'éducation, en serait-il arrivé à former les thèses qui furent les siennes ? ...

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MessageSujet: Re: Ivan Illich [Politique]   Jeu 8 Déc 2011 - 21:36



Une société sans école est disponible dans son intégralité et en anglais ICI

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MessageSujet: Re: Ivan Illich [Politique]   Jeu 8 Déc 2011 - 22:38

Après "une société sans école", il a publié "La convivialité" où il continue de démonté la société moderne et ses institutions... il s'en prend à notre société de spécialiste, de technicien.

Ceux de la médecine : il prêche pour l'automédication... comme chacun soit responsable de sa santé, de se soigner ou pas... (j'ai entendu l'autre jour le nombre de personnes qui meurent des effets secondaires de médicaments, c'est effrayant). Par exemple, Illich a choisi de ne pas soigner son cancer, il a vécu avec.

Ceux de l'automobile : l'environnement façonné (amochi) par le réseau routier... et ce paradoxe, que l'on va moins vite en voiture qu'à pied, si l'on décompte le temps perdu à travailler pour pouvoir l'acheter et l'entretenir, le temps passer à l'entretenir etc... notre dépendance à l'automobile, et cet autre paradoxe qui fait que plus nous avons des moyens de transports efficace, moins on a de temps, car on multiplie les déplacements inutiles etc...

Et toutes les technologies qui ne peuvent être maîtriser que par des experts, dont nous sommes dépendants... technologies qui nous asservisse plus qu'elles nous servent... Alors il imagine une société conviviale, dans laquelle on utiliserait des outils conviviaux (c'est le titres original de son bouquin Tools of Conviviality)... c'est à dire des outils simples, basiques et humains. On peut rapproché son idée de ce qu'on appelle à présent la décroissance ou la simplicité volontaire.

En tout cas, les industriels de l'informatique ont bien retenu l'adjectif "convivial", que l'on met à toutes les sauces... sont forts pour tout récupérer et pervertir ces gens-là...

Et je conseille la lecture de Jacques Ellul, grand ami de Illich qui a beaucoup réfléchi lui aussi à notre rapport aux technologies, mais aussi à la bible, à l'anarchisme etc.



A propos de l'école, il existe des écoles, des collèges, des lycées dits alternatifs ou libertaires, mais ils sont de moins en moins nombreux et c'est dommage... ils proposaient un autre rapport au savoir, un autre rapport au professeur... plus convivial.

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MessageSujet: Re: Ivan Illich [Politique]   Ven 9 Déc 2011 - 21:59

Merci pour la référence à Jacques Ellul, je ne connaissais pas ! Ca risque aussi de m'intéresser.

En ce qui concerne le cancer d'Illich, je croyais qu'il en était mort très rapidement mais après avoir lu ton message, j'ai été vérifier sur Wiki et en effet, il a bien vécu pendant 20 ans avec. C'est plutôt pas mal, par rapport aux échecs qui suivent les chimios ou les rayons.
D'ailleurs je pense que je vais poursuivre avec son Némésis médicale qui me fait de l'oeil depuis un petit moment...

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MessageSujet: Re: Ivan Illich [Politique]   Dim 2 Sep 2012 - 22:21

"Une politique de basse consommation d' énergie permet une grande variété de modes de vie et de cultures. La technique moderne peut etre économe en matière d' énergie, elle laisse la porte ouverte à différentes options politiques. Si, au contraire, une société se prononce pour une forte consommation d ' énergie, alors elle sera obligatoirement dominée dans sa structure par la technocratie et,, sous l' étiquette capitaliste ou socialiste, cela devindra pareillement intolérable."

Ivan Illich : Energie et Equité. - 1973. Cité par Fabrice Nicolino : Prix de l' essence : le plein de bobards. - Charlie Hebdo, n° 1 054

... Comme quoi,parfois, le bon sens ne se démode pas.
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MessageSujet: Re: Ivan Illich [Politique]   Sam 29 Sep 2012 - 14:48

Le travail fantôme (1981)




Le Travail fantôme est constitué de cinq essais qui découlent des expériences atypiques vécues par Ivan Illich en Amérique latine. On imagine très bien que c’est à partir de son décloisonnement d’avec les sociétés conventionnelles de l’Occident que le sociologue a réussi à prendre un recul tel que sa pensée peut prétendre à être unique. En observant les différences qui régissent les structures dans lesquelles il a passé une durée plus ou moins longue de sa vie, Ivan Illich a réussi à faire ressortir les tournants majeurs des sociétés occidentales au cours des siècles passés.


Dans cet essai, le sociologue progresse pas à pas. Ils nous propose tout d’abord de réfléchir à la colonisation du secteur informel, avant d’évoquer les valeurs vernaculaires, la répression du domaine vernaculaire et son opposé de la recherche conviviale qui mènera enfin à la définition du concept qui donne son titre au livre : le travail fantôme.


Le développement est logique. Suivant un constat selon lequel le secteur de l’informel –ce qui relève de la vie privée et des occupations non-productives (du point de vue économique)- serait sans cesse envahi par le monnayable –l’école pour l’apprentissage et l’éducation, l’hôpital pour la convalescence, les biberons pour l’allaitement, les maisons de retraite pour les parents âgés, le psychologue pour le lien social…- Ivan Illich introduit la notion du « vernaculaire ». Il explique son choix par l’étymologie :


« Le mot « vernaculaire », emprunté au latin, ne nous sert plus qu’à qualifier la langue que nous avons acquise sans l’intervention d’enseignants rétribués. A Rome, il fut employé de 500 av. J.-C. à 6OO ap. J.-C. pour désigner toute valeur engendrée, faite dans l’espace domestique, tirée de ce que l’on possédait, et que l’on se devait de protéger et de défendre bien qu’elle ne pût être un objet de commerce, d’achat ou de vente. Je propose que nous réactivions ce terme simple, vernaculaire, par opposition aux marchandises et à leur ombre. »


Toujours en restant dans le domaine du langage, Ivan Illich s’empare du cas Nebrija pour illustrer sa notion. Cet « espagnol », auteur d’une grammaire castillane, a insisté sur l’importance d’uniformiser la langue et d’éliminer ses patois locaux afin d’affermir la puissance royale et chrétienne de la nation, qu’il s’agisse d’assujettir ses habitants ou de faire une démonstration de sa puissance vis-à-vis des étrangers. Ivan Illich y voit le présage de toutes les métamorphoses à venir au sein de la société industrielle :


« Ce passage du vernaculaire à une langue maternelle officiellement enseignée est peut-être l’évènement le plus important –et pourtant le moins étudié- dans l’avènement d’une société hyperdépendante de biens marchands. Le passage radical du vernaculaire à la langue enseignée présage le passage du sein au biberon, de la subsistance à l’assistance, de la production pour l’usage à la production pour le marché, des espérances divisées entre l’Eglise et l’Etat à un monde où l’Eglise est marginale, la religion privatisée, et où l’Etat assume les fonctions maternelles auparavant revendiquées uniquement par l’Eglise. »


Pour se définir à l’opposé de cet exemple nocif, Ivan Illich cite Hugues de Saint-Victor. Doit-on l’appeler « philosophe », « homme de sciences », « penseur » ? On n’oserait trancher, en tout cas pas devant Ivan Illich qui semble vouer à Hugues de Saint-Victor une admiration sans faille qui dépasse l’expression verbale. Il définit le type même de la recherche conviviale -qui avait déjà fait l’objet d’un essai d’Ivan Illich-, image de l’homme qui se livre à l’apprentissage dans le plaisir, non dans l’objectif de soumettre l’inconnu à sa domination humaine, mais afin de poursuivre plus loin vers l’inconnu dans une quête dénuée de tout aboutissement. Bien sûr, on comprend tout de suite en quoi la recherche conviviale s’oppose aux bureaux de R&D ou à la science des machines, entièrement tournée vers la production pour l’homme et pour la rentabilité économique.


Tout cela posé, Ivan Illich arrive enfin à la dernière partie de son essai et nous retrace l’historique de l’apparition du travail fantôme, qui ne doit être confondu ni avec le chômage, ni avec le travail salarié :


« Pour saisir la nature du travail fantôme, nous devons éviter deux confusions. Il n’est pas une activité de subsistance : l’économie formelle s’en nourrit mais non la subsistance sociale ; il n’est pas non plus un travail salarié sous-payé. Il est un travail non-payé dont l’accomplissement permet précisément que des salaires soient payés. »



Le constat d’Ivan Illich est donc effrayant : plus aucune dimension de notre vie privée ne serait épargnée par le travail de la machine économique, dont nous dépendons entièrement, jusque dans la constitution de notre famille ou dans nos choix de vie les plus anodins. Sous une apparence maternelle, la société s’introduit jusque chez nous et nous impose, sous couvert de bons sentiments, des services soumis aux règles de l’économie classique qui viennent rendre obsolètes ce qui relevait jusqu’alors du « vernaculaire ». Ivan Illich répond aux contestations qu’on pourrait lui faire : non, nous ne sommes pas obligés de souscrire à tous les services « obligatoires » ou « recommandés » par la société (transports publics, école, hôpital, alimentation industrielle, etc.). Mais tout de même…rares sont ceux qui peuvent s’en détourner, et ceux-ci constituent les derniers privilégiés de notre société moderne.


La réflexion est intéressante, cela ne fait aucun doute, et explique une partie du malaise dont la population occidentale se dit aujourd’hui largement victime. Malheureusement, Ivan Illich n’échappe pas aux propres travers qu’il dénonce. Je pense aux nombreuses dualités qu’il met en jeu et qui opposent par exemple vernaculaire et économique, convivialité et travail, industriel et individuel… dans une vision parfois réductrice qui semble n’avoir qu’un seul objectif : se faire le contempteur d’une société moderne qui a perdu le charme des siècles précédents. En ce sens, le discours du sociologue sonne souvent sur le ton du désespoir et tout son texte est bercé par cette litanie : « C’était mieux avant », ou par sa variante : « C’est mieux ailleurs ». Mais hormis le voyage dans le temps, ou le déménagement hors de la société occidentale, Ivan Illich ne propose pas de solution concrète. On se contente alors de sa réflexion pure, qui ne remplit aucun critère du rendement productif. Totalement stérile mais d’une beauté absolue, elle correspond tout à fait à sa démarche de la Recherche conviviale, et il faut avouer qu’on y goûte avec un triste plaisir.

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MessageSujet: Re: Ivan Illich [Politique]   Sam 29 Sep 2012 - 14:52

Pour une définition des nouveaux privilégiés :
Citation :

« Le privilège le plus recherché est désormais moins d’obtenir du développement une nouvelle « satisfaction » que de se prémunir contre ses dommages. La personne « arrivée » est celle qui peut se déplacer en dehors des heures de pointe ; qui sort probablement d’un établissement d’enseignement privé ; qui peut accoucher chez elle ; qui « en sait suffisamment » pour se passer du médecin en cas de maladie ; qui a assez d’argent et de chance pour respirer un air pur ; qui a les moyens de construire sa propre baraque. Les classes inférieures se composent aujourd’hui de ceux qui sont dans l’obligation de consommer les produits et soins contre-productifs que leur imposent des tuteurs auto-accrédités ; les privilégiés, ceux qui sont libres de les refuser. »


Une référence au Chômage créateur publié en 1977 ?
Citation :


« Selon que l’on accepte ou rejette l’idée que l’homme est un drogué de la croissance, on considérera que le chômage, c’est-à-dire la liberté effective de travailler sans rétribution, est une chose malheureuse que l’on subit, ou une chose utile qui représente un droit. »


Concernant les travaux ménagers :

Citation :
« Les travaux ménagers ne reçoivent pas de rétribution. Ils ne sont pas non plus des activités de subsistance comme au temps où, côte à côte avec les hommes, les femmes créaient sur place la presque totalité des produits nécessaires à la vie quotidienne de la maisonnée. De nos jours, les travaux ménagers sont standardisés par des produits industriels conçus précisément pour entretenir la production et imposés de façon discriminatoire aux femmes afin de reproduire, régénérer et motiver le travail « productif » rétribué. »

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