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 Carsten Jensen [Danemark]

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topocl
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MessageSujet: Carsten Jensen [Danemark]   Mer 18 Juil 2012 - 18:19

Carsten Jensen





Carsten Jensen, né le 24 juillet 1952 à Marstal, sur l'île d'Ærø au Danemark, est un écrivain et journaliste danois.
Titulaire d'une maîtrise ès-lettres de l'université de Copenhague, il écrit tout d'abord dans le quotidien Politiken et collabore ensuite à divers autres titres de la presse danoise: Dagbladet Information, Aktuelt, Ekstra Bladet et Jyllands-Posten. De 1985 à 1990, il est rédacteur en chef de la revue Fredag.
En 1997, il reçoit le Laurier d'or des libraires danois pour son récit de voyage Jeg har set verden begynde, paru en 1996. Il enseigne à partir de 2001 à la faculté des lettres de l'université d'Odense ("Université du sud du Danemark") et participe à des émissions de télévision.
En 2007, la station de radio P2 lui décerne le Prix du roman pour Nous, les noyés (Vi, de druknede), son premier roman. Cet ouvrage sera également couronné par le Prix littéraire de la Banque du Danemark. En 2010, Carsten Jensen est lauréat du Prix Olof Palme, et en France, il reçoit le prix Gens de mer, qui lui est remis lors du festival Étonnants voyageurs de Saint-Malo.
Il est maintenant traduit dans une vingtaine de pays


L'œuvre de Carsten Jensen comprend des essais, des récits de voyages et un roman.

· Salg, klasse og død, 1975
· Sjælen sidder i øjet, 1985
· På en mørkeræd klode, 1986
· Souveniers fra 80'erne, 1988
· Kannibalernes nadver, 1988
· Jorden i munden, 1991
· Af en astmatisk kritikers bekendelser, 1992
· Forsømmelsernes bog, 1993
· Jeg har set verden begynde, 1996
· Jeg har hørt et stjerneskud, 1997
· År to & tre, 1999
· Oprøret mod tyngdeloven, 2001
· Jorden rundt (2003)
· Livet i Camp Eden (2004)
· Det glemte folk - en rejse i Burmas grænseland (2004)
· Vi, de druknede (2006) traduit en France en 2010 sous le titre Nous, les Noyés aux éditions Libella-maren-Sell
· Sidste rejse (2007)
· Vi sejlede bare - virkeligheden bag Vi, de druknede (2009)

Wikipedia

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topocl
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MessageSujet: Re: Carsten Jensen [Danemark]   Mer 18 Juil 2012 - 18:35

Nous les Noyés
Prix gens de mers, festival Etonnants Voyageurs 2010



Marstal, 1850-1945. De la guerre contre l’Allemagne à la seconde guerre mondiale, cent ans d’histoire (d’histoires) d’un petit port danois, où naquit Carsten Jensen et qui fut, à l’aube du XXème siècle, grâce au dynamisme et à l’esprit communautaire de ses habitants, le deuxième port danois après Copenhague. C’était le temps de la marine à voile puis la ville, par une certaine frilosité, périclita ensuite, ne sachant s’investir dans l’acier et les moteurs. De tous temps, les femmes voyaient partir en mer leurs hommes pour des mois ou des années, et la mer ne les rendait pas toujours, le cimetière restant désespérément vide des tombes des noyés perdus. Elles pleuraient leurs maris et élevaient les enfants, garçons ne rêvant que de prendre la mer, à l’emprise aussi magnétique que tragique, filles épousant des marins qu’elles pleureraient bientôt. Et les hommes fascinés par l’océan, l’aventure, l’esprit de corps, les mondes à découvrir, et ce malgré la violence, la peur et la solitude.

Citation :
L'océan, c'était cet ailleurs infini où un gamin pouvait laisser derrière lui des mauvais traitements de son enfance et se réinventer.

Citation :
C'était la promesse de devenir un homme qui poussait un garçon à prendre la mer.
Pourquoi une femme tombait-elle amoureuse d'un marin ? Parce que le marin était perdu, lié à quelque chose de lointain, d’inaccessible, d'incompréhensible au fond, même pour lui-même? Parce qu'il partait ? Parce qu'il revenait à la maison ?

Peu adepte habituellement des récits de voyages en bateau (dont les dénominations des diverses constituants, voiles, ponts, machines restent pour moi une énigme), je ne me suis pas ennuyée une minute dans ce roman que je qualifierais plus de roman-océan que de roman-fleuve, tant sont riches les péripéties, complexes les personnalités, ouverte la vision d’un monde et de notre monde à travers lui. On est pris par le récit, parfois le temps est calme et on se laisse porter par la qualité de la prose de Jensen, par ses talents de raconteurs, sa finesse d’observation, sa capacité à créer une ambiance. On connaît alors le doux plaisir du lecteur épanoui, qui suit tranquillement le conteur, sans impatience de savoir trop vite la suite, tant l’instant nous satisfait, bercé dans un bien-être où on se délecte. Puis l’action l’emporte, les péripéties se font prenantes, tragiques parfois, et on est réellement secoué, la tempête vous saisit, l’intensité et le tragique des destins nous emportent. Les changements de rythme ne cachent aucune perte de vitesse, on apprécie le quotidien comme l’extraordinaire, ces hommes aux tempéraments prodigieux, deviennent des compagnons dont on partage les interrogations et les angoisses, les certitudes et les doutes.

Roman d’aventure, roman historique, Nous les Noyés nous transmet un message comme toutes les grandes histoires : la vie est dans l’aventure, la prise de risque, la découverte d’autres mondes, l’amitié, la transmission, et la communauté est là pour que dans cette quête nous gardions un ancrage, nous nous ressourcions. Dans cette histoire d’un siècle on croise des hommes (et des femmes) courageux mais découragés, des crapules sympathiques, des amours impossibles, un enfant miraculé, des gamins délurés. Carsten Jensen n’hésite pas à glisser quelques légendes, des semi- héros, des coïncidences improbables, des rêves prémonitoires, une têt réduite, qui font de ce récit un livre de légende, une odyssée qu’on ne souhaite pas lâcher.

La dernière partie (le livre va en se bonifiant) consacrée à la guerre de 39-45 nous en montre le déroulement sur les mers, assez méconnu, de moi en tout cas, et c’est l’occasion d’une richesse de sentiment, d’une désespérance, car tout a perdu son sens, tout n’est plus que douleur et culpabilité.
Le message de Carsten Jensen reste cependant optimiste grâce à une dernière explosion de joie sur les dernière pages du livre

Spoiler:
 

Ce livre nous montre comment le temps imprime sa trace et marque les cités comme les hommes, les transforme, leur donne leur chance ou leur malchance et comment les difficultés constituent le cheminement pour une certaine sérénité. Comment la communauté alternativement indulgente ou rejetante, est le terreau de nos destins, l’enracinement qui nous permet de résister aux épreuves, nous, petits hommes ballottés dans des histoires qui nous dépassent et qui font les délices de ceux à qui on les raconte..


Citation :
Les marins n'étaient ni meilleurs ni pires que les autres. Il y avait des situations qui forçaient leur loyauté. Le monde limité du pont rendait leur dépendance mutuelle si évidente que l'instinct de survie individuelle était étouffé. Ils savaient qu'ils ne pouvaient pas s'en sortir sans les autres.

Embarquez vous sans hésiter dans cette traversée au long cours !
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Marko
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MessageSujet: Re: Carsten Jensen [Danemark]   Mer 18 Juil 2012 - 18:48

topocl a écrit:
Embarquez vous sans hésiter dans cette traversée au long cours !
Message reçu!!

_________________
"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).
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shanidar
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MessageSujet: Re: Carsten Jensen [Danemark]   Mer 12 Sep 2012 - 11:02

Nous, les noyés

Un livre qui se lit tout seul (malgré les 700 pages), une belle écriture, souple, lisse, la mer qui vient, qui va, qui emporte les personnages dans une lame de fond insondable. Topocl a bien trouvé les mots en parlant de roman-océan, large, plein d'embruns, mais écrit en toute simplicité, limpide, liquide.

Sans doute mes origines font que ce livre me touche, arrière- petite-fille de marin, née au bord de la Manche, la mer a une odeur, une consistance, une présence dans ma vie que certains peuvent ne pas comprendre. Je connais les bateaux, je les aime pour leurs horizons, les déteste pour leurs odeurs et j'ai bien sur retrouvé dans le livre de Jensen des sensations, des mots, des impressions qui ont peuplés mon enfance. Est-ce suffisant pour en faire un bon livre, je crois que oui, en tout cas il s'agit d'un livre qui tend à la simplicité, qui raconte des histoires de marins comme on pourrait les entendre, installé au coin d'un feu, légèrement fasciné, un brin cotonneux...

Je n'ai aucun reproche à faire à ce livre donc, mais j'ai eu le sentiment étrange d'être comme plongée dans un grand aquarium et d'avoir éprouver des sensations brouillées : les sons assourdis, peu d'odorat, la vue qui croit déceler une épave de bateau alors qu'il s'agit d'un rocher. Etrange impression de distanciation, comme si je voyais évoluer tous les personnages du roman alors qu'ils sont prisonniers d'une bouteille dans laquelle est construite la maquette d'un bateau. Ils sont là en tout petit, à peine visible, nombreux, précis mais loin.

Nous, les noyés est une fresque agréable à lire et qui donne à entendre ce qu'a été la mer durant près d'un siècle (1850-1945), lieu d'échange, de commerce et aussi lieu de mort, de guerres et d'aventures. La mer est ici le personnage principal d'histoires simples, uniques.

_________________
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