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 Jeanne Benameur

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coline
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MessageSujet: Jeanne Benameur   Dim 4 Fév 2007 - 16:28



Citation :
Biographie de Jeanne Benameur
Née d'une mère italienne et d'un père arabe, Jeanne Benameur quitte l'Algérie à l'âge de cinq ans pour s'installer avec sa famille à La Rochelle. Professeur de lettres, elle exerce ce métier avec passion. Auteur jeunesse, Jeanne Benameur publie de nombreux livres notamment chez Thierry Magnier et aux Editions du Seuil. Sa triple origine, algérienne, italienne et française, est l'une de ses sources d'inspiration même si elle n'écrit qu'en français. Avec son roman 'Les Demeurées' (Denoël, 1999), elle fait une entrée remarquée sur la scène littéraire.

Bibliographie

Citation :
Index: (cliquez sur les numéros de page pour y accéder directement)

1992 Samira des quatre routes,
1998 Ça t'apprendra à vivre,
1998 Quitte ta mère,
1999 Adil cœur rebelle,
1999 Édouard et Julie c'est pour la vie, avec Alain Korkos,
2001 Et si la joie était là ?,
2002 La Boutique jaune,
2000 Le Petit Être, Album illustré par Nathalie Novi, Page 4
2000 Si même les arbres meurent,
2001 Un jour, mes princes sont venus, Page 2,
2002 Les Demeurées, Pages 1, 2, 3,
2002 Valentine Remède,
2002 Pourquoi pas moi ?,
2003 Comme on respire,
2004 Prince de naissance, avec Katy Couprie,
2005 Les Reliques, Pages 1, 4,
2006 Les Mains libres, Page 1,
2006 Présent ?, Page 1,
2006 Une heure, une vie,
2007 Ça t'apprendra à vivre,
2007 Le Ramadan de la parole,
2007 Passagers : La tour bleue d'Etouvie, Page 2,
2010 Laver les ombres, Pages 2, 3,
2011 Les Insurrections singulières, Pages 3, 4, 5
2013 Profanes, Pages 4, 5,
2013 Je vis sous l’œil du chien suivi de L’Homme de longue peine,

Citation :
mise à jour le 02/04/2013 à la page 5


Elle a beaucoup écrit pour les enfants et les adolescents ("Le petit être", "Samira des Quatre Routes", Adil Coeur rebelle", et beaucoup d'autres très belles histoires...)...

Elle écrit aussi pour les adultes et son livre "LES DEMEUREES", est un livre tout en finesse et en émotion.

C'est l'histoire d'une femme, La Varienne, l'idiote du village. Et de sa fille Luce. Toutes les deux vivent dans une bulle d'amour. Mais l'école est obligatoire, et il faut que Luce s'y rende. Elle craint que le fait d'apprendre à lire la sépare de sa mère...

Extrait de "LES DEMEUREES" :

"Il a bien fallu. Tout le monde l'a dit: l'école, c'est obligatoire. La Varienne a baissé la tête.
Le jour de la première fois, elle a lissé un froissement qu'elle seule voyait sur son tablier bleu foncé, longuement. Elle n'a pas regardé Luce partir.
C'est brusquement, une fois la porte refermée, qu'elle s'est levée.
Elle a suivi saz petite, comme font les chiens dont on ne veut pas, de loin.
On a vu la Varienne s'arrêter sur la place du village, elle qui n'y vient jamais sans son panier. Les deux bras ballants, devant l'édifice qui lui avait dévoré sa petite, plantée devant la grande grille refermée, elle est restée.
Demeurée, c'est l'autre nom pour l'abrutie qu'elle est.
Demeurée, oui, demeurée, devant la grille close, longtemps, sous la bruine rousse de septembre...
...La petite n'est plus. La Varienne est une île.
Il arrive ce qu'elle ne connaît pas: l'absence.
Elle, elle ne sait pas se distraire, faire les tâches de chaque jour en rêvant, regarder parfois par la fenêtre, elle ne sait pas. Empaquetée dans l'étouffement de ce qu'elle ne peut pas nommer, elle est demeurée..
."




Dernière édition par coline le Sam 21 Fév 2009 - 22:19, édité 1 fois
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coline
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Dim 4 Fév 2007 - 16:29

"Les mains libres"...

C'est l'histoire d'une rencontre improbable entre une vieille dame qui vit entourée des livres de son défunt mari, sans jamais les ouvrir , rêvant seulement de voyages, et un jeune Gitan en manque de lecture...

"Les mains libres" (extrait):

« Mais lui, Vargas, aujourd’hui, sait qu’ils ne se sont jamais arrêtés aussi longtemps. Il le sait à l’hostilité diffuse qu’il sent monter autour d’eux. L’hostilité de ceux qui ne bougent pas et les regardent en se demandant Vont-ils rester ? veulent-ils rester ?
Des errants qui s’arrêtent, cela bouleverse l’ordre des choses.
il le sait, ils font lever dans les cœurs la mauvaise pâte. Toutes les vieilles peurs. Yvonne, elle, n’a pas peur. Elle n’a pas de place pour ça en elle. Pourtant elle l’a vu dans le grand magasin. Il le sait.
Voleur.
De quoi ? Du chocolat ? Non. Vargas secoue la tête. Pour tous ceux qui ne bougent pas, les errants sont les voleurs de tout ce qui est à voler. Tout. Le volable, le volatilisable. Soudain, les objets les plus habituels, ceux qu’on ne regarde plus, prennent une valeur inestimable : celle de pouvoir disparaître.
C’est à cela qu’ils servent, eux ? A faire peur ?
Oui, tout peut être volé.
Et alors ?
Yvonne, elle, le sait, du fond de sa cuisine, on ne devrait jamais craindre d’être volé. N’est volé que ce qu’on a. Le pire, au fond de nous, c’est ce qu’on n’a pas. C’est le manque. Et personne ne nous le volera jamais. Personne ne peut voler le manque. Personne. Quel dommage !
»
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coline
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Dim 4 Fév 2007 - 16:32

Les reliques.

Les Reliques, récit de l’ardente passion qui continue de consumer trois hommes en marge, brisés par la perte d'une femme et qui cultivent à leur manière le culte de leur amante morte.

Trois saltimbanques en fin de carrière et répondant à des prénoms calqués sur ceux des rois mages. Zeppo, toqué de photographie et clown ; Helsior, prestidigitateur jusque dans sa manière de préparer le café ; Nebaltar, lui, nourrissait les fauves et connaissait leur langage .

Au tout début du roman, ils sont abandonnés à leur sort par la caravane d’un cirque ambulant, sur le bord d'une route, aux abords d’un baraquement désaffecté et non loin de ce qui restera nommé « le village ». Ils vivent là. Dans leur tristesse. Avec la sourde hostilité des villageois

Amis, ils le sont, pour toute une vie passée ensemble sur les routes et sous le chapiteau. Ils le sont aussi parce que tous trois ont aimé et furent aimés de la même femme, Mira, la fabuleuse trapéziste. Mais leur amante est morte. Un jour elle en aima un autre qui la laissa tomber et elle se laissa choir. Le dompteur a payé, il a été dévoré par ses bêtes.

« Le cirque devant la mort manque d’imagination. Il abandonne. La mort, c’est sa faiblesse, au cirque. Il n’en veut pas, la laisse à ceux des villages. Le cirque se fait croire à l’éternité en détournant la tête et en continuant. »
« Quand Mira est morte, ils ont su tout de suite. Ils ne pouvaient plus suivre leur route, chacun. Ils ne pouvaient continuer qu’à trois. Une certitude. Totale
»

Depuis, ils ne se résignent pas à oublier.

Que subsiste-t-il de cette trapéziste extraordinaire ? Des ballerines usées et un dernier costume de scène taché de sang, précieusement conservés dans un coffre : leur trésor.
En prêtres ou en magiciens, ils créent l’immortalité de leur amour à partir de ces étranges reliques. Parce que
« Une relique est une chose qui demeure bien après que tout a disparu. Derrière le verre, protégée la relique est là. On la révère ». Ils vont lui vouer un culte fantasque dans une sorte de religion qu’ils pratiquent en huis-clos.

D'une plume délicate, d’une écriture concise, précise et poétique, Jeanne Benameur raconte l'univers de ces trois hommes en marge de tout, unis par leur amour fou pour Mira....

Magnifique histoire !
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coline
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Dim 4 Fév 2007 - 16:36

Présent?

Jeanne Benameur a été enseignante dans les établissements dits difficiles jusqu'en 2001. Aujourd’hui, elle se consacre à l’écriture.

Difficile de parler de la question de l’enseignement et de la vie dans les tablissements scolaires. C’est pourtant ce qu’elle vient de faire avec « Présent ? ».
Le livre est annoncé comme un roman. Roman ? Voire… Roman, il a la valeur d’un véritable documentaire.

Roman , sa construction du texte s’organise autour d’un événement capital qui va avoir lieu : le crucial conseil de classe d’une 3ème…

Tout le récit est tendu vers ce conseil où l’on sait que se jouera le « sort » des élèves et plus particulièrement celui d’une élève un peu marginale, une artiste, Madison Cotard…Elève renfermée et solitaire qui croque le portrait de ses profs avec talent mais ne s’intéresse pas au contenu de leurs cours.

« Chez elle, elle ne dit rien. Pas plus qu’ici. Elle n’est pas forte pour les paroles. Elle, elle dessine. Beaucoup. Tout ce qui lui passe sous les yeux. Les profs pensent qu’elle écrit. Leurs regards l’absorbent avec les chaises, les murs. On ne la remarque pas. Mais aujourd’hui, elle a du mal. Elle est en troisième, ce soir c’est son conseil de classe. [...] Où va-t-on l’envoyer l’année prochaine ? Elle a peur. Depuis ce matin. Une peur qu’elle n’imaginait même pas. Comme si on allait lui dessiner une vie et qu’elle n’en aurait plus jamais d’autre. »

Autour de Madison, tous les protagonistes du conseil dont Jeanne Benameur brosse les portraits de façon sensible, tendre et respectueuse.

« C’est le corps souffrant du collège qui est mis à nu » :chacun est là avec ses drames, ses échecs, ses espoirs, ses histoires d’amour, ses rêves et ses désillusions, ses désirs de revanche. Son humanité aussi.

Le constat est inquiétant. La situation en équilibre fragile. La tension est perceptible. Pourtant le drame tient plus à l’institution qu’aux êtres humains sur lesquels elle repose…C’est pourquoi, il reste l’espoir.

Jeanne Benameur ne donne pas de recettes. Elle laisse passer tout au long du récit des messages auxquels elle tient .Par exemple, lorsque le professeur de Lettres lit Kafka au lieu de faire l’appel et donner son cours habituel :

« On découvre une langue par son mystère, ce qui nous touche là où on ne savait même pas qu’on existait. C’est cela la littérature et rien d’autre. Et on est grand et on est beau quand on a pénétré un texte. Il n’y a pas d’autre voie. Il faut oser. La fureur et la douceur. Extrêmes. Sans se poser de questions inutiles. Sans se laisser arrêter par les mots. Juste se laisser prendre. »

Dans une interview, Jeanne Benameur disait ceci :

« La langue maternelle de ma mère est l'italien, celle de mon père l'arabe. Les sons et les rythmes de ces langues font empreinte, en creux, dans la langue française où j'ai appris à parler, à lire, à écrire.

La prison que mon père dirigeait en Algérie fut attaquée par ceux qui devinrent l'OAS. J'avais cinq ans et j'ai «appris à mourir».

C'est de cette histoire que je viens.

C'est dans les mots que j'ai vécu. Dans les images qu'ils faisaient naître en moi. Dans les mots j'ai marché la tête haute, je n'avais plus peur. Avec les auteurs, morts ou vivants, j'ai passé alliance. Très tôt. Ma mère, cette fille de mineur immigré qui rêvait d'être institutrice, m'a appris à lire et écrire avant toute école, j'avais trois ou quatre ans. Elle a bien fait.

La lecture et l'écriture sont ma colonne vertébrale. Je dois à mon enfance d'avoir appris très tôt que nous sommes mortels, l'ennui m'est insupportable. Je dois aussi à cette enfance l'horreur de l'enfermement.

Cela rend inventif. »)



On retrouve moins dans ce livre la langue poétique de Jeanne Benameur. Celle que j'aime tant.

C'est ici la langue du constat, du réel. Le propos est totalement autre que dans ses autres livres où l'imagination et le rêve s'additionnaient aux images du quotidien, même les plus banales, même les plus dures.

N'y a-t-il plus de place pour des rêves aujourd'hui dans le système scolaire?
Il n'y a que des adultes et des jeunes en butte au poids de la société et de ses institutions. Le poids est très lourd pour s'en libérer et prendre son envol.
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coline
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Ven 2 Mar 2007 - 0:18

Alors... pour le coup...budget serré mais grand désir de lire? ...
"Les demeurées" de Jeanne Benameur, c'est 2 euros et c'est magnifique!...

J'en parle en connaissance de cause parce qu'avec une autre comédienne et un musicien j'ai fait une tournée de nombreuses lectures publiques de ce petit bijou...
Je ne saurais vous dire toute l'émotion que cet ouvrage fait naître chez ses lecteurs...
Tout ce que nous a renvoyé après ces lectures le public qui les a écoutées.
Le souvenir d'une Varienne dans un village...Les convictions ébranlées d'un(e) enseignant(e) par une expérience semblable à celle que fait l'institutrice...

Enseignants (mais pas seulement!)...surtout ne pas s'abstenir!...Et revenez nous parler ici de la petite Luce...Wink
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Babelle
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Mar 3 Avr 2007 - 9:06

Hier soir je me suis plongée dans : Présent?
Les couloirs se sont vidés des brouhahas, coudes-à-coudes résolus et enfantins, qui livrent pourtant un passage dramatiquement solennel aux adultes qui osent. Pas n'importe quels adultes. Croyants. Souffrant. Collés sur la palette de l'incontournable système où quelqu'un, parfois, laisse une place assise face à la vitre (coin de ciel) afin qu'un regard désespéré trouve à s'éparpiller. Se sauver. Se sauver d'une détresse supplémentaire.
Comme si ça ne suffisait pas.
Que les mots n'atteignent, à l'empreinte d'une autre langue, que son propre silence.
Qu'un matin, seule à se lever dans le sommeil des autres, l'élève aborde encore sans plus savoir (à quoi bon) un continent commun dont il lui reste à saisir le sens.
La cour, le couloir, la classe : des terres toutes en une seule où les sonneries retentissent si fort. Où y a-t-il, ailleurs, des sonneries si sévères?
Le silence insupportable et lourd des couloirs une fois craché son monde en chaque salle.
Une porte en trompe l'oeil qui reçoit le pied d'un enfant. De chaque enfant quand il n'a pas les mots pour dire.
Un dessin au lieu de l'écrit. Un cri au lieu de la parole. Une absence au lieu du nom sur la liste. Kafka. La lettre au père. "Moi aussi" -se dit l'un.
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Mar 3 Avr 2007 - 9:31

C'est bien un document, ce pourtant-roman de Jeanne Benameur.
C'est sans doute pour ça que sous le titre rouge de la première de couverture chez Denoël il est discrètement précisé : roman.
C'est un roman vous dis-je. Un roman où les filles portent les prénoms des séries américaines qui délitèrent les rêves de leurs mères. Une histoire de garçon venu d'un pays dont il fallait fuire les machettes et qui rentre des poings d'enfance clandestine.
Des histoires qui convergent au soir sur le grand carrefour où l'avenir se décide. Conseil de classe. Orientation. Le chemin de croix d'adultes consentants et tristes.
- La première institution qui prend l'enfance, se la dessine et en crache son quota en si peu de jours, en si peu de nuits car très vite et dès la première aube il est pour une partie déjà trop tard.
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Mar 3 Avr 2007 - 11:42

coline a écrit:
Ce livre est annoncé comme un roman. Roman ? Voire… Roman, il a la valeur d’un véritable documentaire.
Oui, je te suis en effet dans ta lecture antérieure. Difficile de ne pas faire autrement.
Il y a entre les pages aussi nos souvenirs de craie, de lassitudes, d'attachements. La gomme que l'on mange. La peur que l'on avale.
Et pour toile de fond, avec pudeur, toutes les défaillances réunies de notre société.
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Lun 9 Avr 2007 - 13:10

J'ai pourtant achevé ma lecture avec beaucoup de gêne.
Une sensation désagréable.
L'impression que, de ce document plein d'émotion qui démarre, il manquera quelque chose d'essentiel.
- Reprise de lecture : le paysage se rétrécit en deux beaux portraits.
Celui d'une adolescente de 3ème dont les résultats sont médiocres mais... qui -découvriront les enseignants sur le tard, a un don pour le dessin, les arts graphiques.
Le second, celui d'un garçon qui pourra enfin confier à la documentaliste lors de son arrivée à l'atelier d'écriture : "J'ai peur d'oublier ma langue" (maternelle).
J'ai peur d'oublier ma langue maternelle si je travaille mon français, ça me culpabilise, j'ai peur de perdre quelque chose si je m'intéresse, si je prends conscience de mes possiblilités, etc...
Une terrible blessure qui se dit enfin dans la chaleur d'un CDI dont la responsable prend soin d'accueillir les jeunes dans le plus grand respect.

Et la boucle est bouclée dans un stéréotype simpliste :
on laissera redoubler la première afin qu'elle n'aille pas désespérer dans un LEP, l'autre aura une deuxième chance en passant en seconde avec "remédiation"... et les autres??
- Stéréotype aussi :
une prof principale "réac" contre laquelle, au dernier conseil de classe, des enseignants ramollis par la découverte de leur propre sensibilité, amours en vrille, départ en retraite, jeune femme sortie de l'IUFM et de sa province... sont fiers de "donner une seconde chance" à ces deux là.
On occulte le reste, on oublie le LEP et l'apprentissage, on s'imagine que tout est gagné -du moins que tout est possible, qu'il suffisait d'y croire.
- Ne pas aller au bout, réduire le roman autour de ces 2 seuls portraits d'élèves, opposer la prof et le parent réacs aux bons sentiments des profs pensant correctement, ça laisse au lecteur, finalement, un goût de rien du tout.
Je suis terriblement déçue.
C'est un sujet tellement prioritaire.
Je m'attendais à autre chose.
Pardon.


Dernière édition par le Mar 10 Avr 2007 - 8:21, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Lun 9 Avr 2007 - 17:49

Babelle a écrit:
Je suis terriblement déçue.
C'est un sujet tellement prioritaire.
Je m'attendais à autre chose.
Pardon.

Il ne faut pas t'excuser Babelle, un lecteur est libre de penser ce qu'il veut d'un roman...Heureusement!... Et de l'exprimer aussi...
J'ai une petite "faiblesse" pour Jeanne mais ce livre-là n'est pas non plus mon préféré et ne m'a pas franchement emballée...Je l'ai trouvé documentaire...mais comme un documentaire édulcoré...
Et pourtant les collèges de banlieues, elle connaît bien...
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kenavo
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Jeu 3 Jan 2008 - 11:41

Les Demeurées

Il y a quelques jours, Bulle nous a parlé des dentelles de Bruges – j’ai pensé à ces fins travaux artisanal quand j’ai lu ce livre (et ceci AVANT de lire sur la 4ème couverture : [..] Jeanne Benameur, en dentellière, pose les mots avec une infinie pudeur [..])

Je ne pourrais pas vous parler de ce livre sans le ruiner – tant mes propres mots sont gauche en comparaison avec l’écriture de Jeanne Benameur.
Je laisse donc la parole à Jeanne Benameur en personne pour vous enchanter :

Les mots n’ont pas lieu d’être. Ils sont.

Et puis un maigre bouquet sec entouré d’un ruban dédoré, pendu à un clou, la tête en bas.[..] ...la petite avance les doigts de la main droite et sent les tiges, le ruban, les fleurs qu’il faut à peine effleurer. Les pétales en poussière ne disent pas leurs noms en s’étouffant entre pouce et indes. La petite écoute et glisse dans la nuit, les doigts encore poudrés du murmure desséché.

Le matin les capture, encore pesantes, à peine réchauffées. Elles pourraient s’enfuir. Si elles savaient. Elles restent, collées au jour.


Et je pourrais continuer.. mais je vous conseille de le lire vous-même.. un vrai coup de cœur ❤
(Et merci à Coline et le ‘concours des losangiers’ pour cette découverte)

_________________
La vie, ce n'est pas d'attendre que l'orage passe,
c'est d'apprendre à danser sous la pluie.


Sénèque
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Jeu 3 Jan 2008 - 12:29

kenavo a écrit:
Les Demeurées

Je ne pourrais pas vous parler de ce livre sans le ruiner – tant mes propres mots sont gauche en comparaison avec l’écriture de Jeanne Benameur.
Je laisse donc la parole à Jeanne Benameur en personne pour vous enchanter :

Les mots n’ont pas lieu d’être. Ils sont.

Et puis un maigre bouquet sec entouré d’un ruban dédoré, pendu à un clou, la tête en bas.[..] ...la petite avance les doigts de la main droite et sent les tiges, le ruban, les fleurs qu’il faut à peine effleurer. Les pétales en poussière ne disent pas leurs noms en s’étouffant entre pouce et indes. La petite écoute et glisse dans la nuit, les doigts encore poudrés du murmure desséché.

Le matin les capture, encore pesantes, à peine réchauffées. Elles pourraient s’enfuir. Si elles savaient. Elles restent, collées au jour.


Et je pourrais continuer.. mais je vous conseille de le lire vous-même.. un vrai coup de cœur ❤
(Et merci à Coline et le ‘concours des losangiers’ pour cette découverte)

Je suis heureuse que ce roman t'ait plu Kenavo...Je fais toujours tout ce que je peux pour le promouvoir parce que je l'aime, je l'aime dans sa simplicité et sa profondeur...content
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Ed the Grocer
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Lun 14 Jan 2008 - 14:36

Oui, les Demeurées sont vraiment un très très grand livre - faut y aller.

Quand au dernier , je ne savais pas qu'il était sorti. Je viq voir et je reviens.
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animal
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Mer 5 Mar 2008 - 22:49

Les Demeurées

(A y est.)

Il m'a fallu quelques pages pour m'acclimater. Par moment j'ai trouvé les arguments du récit un peu artificiels (le rapport aux mots, à l'écriture par exemple ou quelques "trucs" un peu trop poussés). Néanmoins difficile de ne pas entrer dedans. Cet entêtement de la gamine, plus fort qu'une colère, le besoin de cohésion animale (si vous me passez l'expression). C'est parlant, ça appelle des souvenirs aussi. C'est assez joli, comme un grand mouvement, pour qu'on passe à la lecture les petits accrocs qu'on peut y trouver.

J'ai apprécié aussi les descriptions de la "dégringolade" de l'institutrice.

C'est un peu bizarre, j'ai le sentiment d'être plus partagé après coup, "à la réflexion" si vous voulez que sur l'instant. mélange d'états d'esprits ?

L'envie de se couler dans l'ambiance réconfortante, de se couper un instant du monde, est un des pièges insurmontables de cette lecture, crois-je Wink

un extrait :

Citation :
Et c'est une autre vie qui s'installe pendant la maladie de Luce.
La Varienne éteint chaque bruit. Elle retient sa main qui racle trop fort les cercles de fonte de la cuisinière le matin. Elle retient son bras qui envoie d'un élan trop brusque le balai dans les coins de la pièce. Elle garde. Elle garde le sommeil, elle garde le souffle. L'enfant à les yeux fermés ou errants.
Pour Luce, c'est un temps sans limites qui s'est ouvert. Il faudrait que la vie soit ainsi. Rien ne la retient que le corps bien opaque de la mère qui se déplace au fond de sa pupille.
Jamais elle n'a été si bien.
La Varienne devient douce.
La petite guette sous ses paupières.
Parfois, la grande femme s'arrête brusquement dans son ouvrage, tire son tabouret sans bruit, s'installe, les mains soudain oisives, ouvertes sur les genoux. Elle ne s'approche pas trop du lit.
De là où elle se tient, elle regarde sa petite.
Luce ne bouge pas. Sous ce regard, elle existe enfin vraiment apaisée.
La Varienne apprend à contempler. Ce qui se passe derrière ses yeux alors est une étrange histoire d'odeurs de champs frais mêlés à celle des arbres au printemps.
La Varienne rêve mais elle ne le sait pas. Le visage lisse de Luce ouvre à l'intérieur d'elle des contrées inconnues. Du temps peut passer longuement.
Parfois la petite s'endort, glissant de la veille au sommeil sans s'en apercevoir.
Ce temps-là est un temps d'amour ignoré de tous.
La Varienne parfois sent à nouveau les larmes couler sur son visage. Elle les touche sans les essuyer.

Autour d'elles deux, le jour et la nuit se succèdent mais ne rythment plus rien. Le sommeil, le rêve et la veille découpent autrement le temps.
Il arrive qu'en pleine nuit la petite éveillée ait faim. La mère se lève. L'odeur de la soupe revient dans la maison. A demi soulevée, Luce boit dans le grand bol bien chaud. La Varienne l'accompagne, tendant les lèvres dans le vide, la bouche entrouverte comme celle de sa petite.
Revient le chant qui berce doucement.
Luce attend ce moment.
Elle entre dans le cœur de sa mère, pénètre dans les régions lointaines, confusément familières.
Elle n'est plus seule, détachée, grandie sur ses deux pieds. A nouveau le petit corps roule au fond du grand, invulnérable et transporté. Elles s'endorment ensemble.

ça mérite d'être décanté encore un peu comme sentiment. Une écriture très jolie (et accessible ?) qui nous parle de choses très vraies mais avec quelques ressorts mécaniques ?

je ne regrette certainement pas ces quelques pages, et conseillerait probablement ce tout petit livre cat

_________________
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coline
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Mer 5 Mar 2008 - 23:19

Merci pour ce large extrait animal... Contente, au final, que ce tout petit livre te laisse malgré tout une impression plutôt positive malgré tes réserves...content
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   

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Jeanne Benameur
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