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 Josef Skvorecký [République tchèque]

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Arabella
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MessageSujet: Josef Skvorecký [République tchèque]   Mar 11 Mai 2010 - 21:28

Josef Skvorecký (27.09.1924 – 03.01.2012)



Tiré de l'Encyclopaedia Universalis

Écrivain tchèque, Josef Skvorecký est originaire de la Bohême du Nord-Est. Il fait ses études universitaires (anglais, philosophie) à Prague, puis travaille dans la maison d'édition d'État, et collabore à des revues littéraires. Son premier roman, Zbabelci, 1958 (Les Lâches), écrit dix ans auparavant, fait sensation par son non-conformisme : avec ironie, en utilisant la langue populaire et l'argot des jeunes, Skvorecký raconte la libération de sa ville par l'Armée rouge en 1945. Accusé de « cynisme » par les tenants du réalisme socialiste, le livre est vite retiré des librairies, mais le jeune anti-héros, l'autobiographique amateur de jazz, Danny, ne disparaîtra que pour un temps.

    Spécialiste des littérature anglaise et, surtout, américaine, Skvorecký traduit Hemingway, Fitzgerald, Faulkner, James, ..., et refait surface, à la faveur du nouveau « dégel », avec une belle nouvelle sur l'amour détruit par la médiocrité, Legenda Emöke, 1963 (La Légende d'Emöke), un cycle de récits des tragédies juives sous l'Occupation, Sedmiramenný svícen, 1964 (Le Chandelier à sept branches), une admirable nouvelle sur la passion du jazz, Bassaxofon, 1967 (Le Saxophone basse). Les romans Konec nylonového veku (La Fin de l'âge de nylon), écrit en 1950, édité en 1968, sur la jeunesse dorée pragoise tombée brusquement sous la coupe du régime de 1948, et Lvíce, 1969 (Le Lionceau), qui mêle amour, censure et intrigue policière, sont les derniers à être publiés à Prague. La fin du Printemps de Prague entraîne la mise au pilon de sa satire irrévérencieuse de l'expérience de Danny dans l'armée « populaire » - réplique du Chveok de Hasek - Tankový prapor (L'Escadron blindé). Cet ouvrage parut d'abord en français à Paris, puis en tchèque (1971) à Toronto où, exilé, Skvorecký fonde, avec sa femme Zdena Salivarová - née en 1933, auteur de sensibles récits sur la vie de jeunes gens sous le socialisme -, une maison d'édition tchèque.

    L'art du narrateur de Josef Skvorecký s'épanouit en liberté dans plusieurs romans : Mirákl, 1972 (Miracle en Bohême), embrasse la période qui culmine en 1968 ; Prima sezóna, 1975 (Une chouette saison) ; Príbeh inzenýra lidských dusí, 1977 (L'Aventure d'un ingénieur des âmes humaines), suit le sort de Danny devenu professeur au Canada (Skvorecký est professeur à l'université de Toronto) ; passionné par le roman policier américain, il continue sa série construite autour du lieutenant Borùvka, détective « triste » et philosophe ; Scherzo capriccioso (1982) évoque le séjour du compositeur Dvorák aux États-Unis ; c'est encore la problématique du roman policier qui le préoccupe dans Napadý ctenare detektivek (1988), Detektivni divertimento (1991) et Nowrat porucika Bornvký (1993) ; mentionnons également deux pièces de théâtre, une histoire de la « nouvelle vague » du cinéma tchécoslovaque, des poésies, des critiques littéraires, un livre de souvenirs (en collaboration avec sa femme).

Bibliographie

Citation :
Index: (cliquez sur les numéros de page pour y accéder directement)

Romans    
1977 Les Lâches, Pages 1, 2, 3, 4
1968 La Légende d'Emöke, Page 4
1972 Le Lionceau,
1969 L'Escadron blindé, chronique de la période des cultes, Page 1
1972 L'ingénieur des âmes humaines, Page 2
1978 Miracle en Bohême, Page 1
1999 Deux meurtres dans ma double vie,
2007 Les aventures du lieutenant Boruvka : Qui mène l'enquête, La Tour d'Aigues, Page 2
2011 Une chouette saison, Page 4

Nouvelles
1967 Le saxophone basse - et autres nouvelles Page 1


Citation :
Mise à jour le 18/02/2014, page 4

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MessageSujet: Re: Josef Skvorecký [République tchèque]   Mar 11 Mai 2010 - 22:02

Les lâches


Nous sommes en mai 1945 dans une petite ville de Tchécoslovaquie proche de la frontière allemande. La guerre est sur le point de finir, les Allemands sur le point de partir, les Russes sur le point d'arriver. La situation est vue et racontée par un jeune homme, Danny, passionné de jazz et obsédé par les filles. Il observe avec un regard décalé, teinté d'une ironie qui semble ne pas en être, le monde autour de lui, celui des adultes, dont il refuse de faire partie, mais dont aucun travers ni aucune contradiction ne lui échappe. Il croque des portraits mi-tendres mi cruels des gens qu'il rencontre, préfère le rêve à l'action, et l'air de rien, à petites touches dessine un monde en train de disparaître, un monde dont les défauts ne lui échappent pas, mais dont il a déjà la nostalgie alors qu'il est en train de vivre ses derniers jours. Tout cela dans une écriture originale, dansante et mordante, qui fait de la lecture de ce livre une expérience joyeuse et grave à la fois, jouissive et inquiétante.

Un petit échantillon :

Citation :
Après quoi, il se servit un bon morceau et remplit toute son assiette de sauce. Dans la sauce, il noya six morceaux de quenelle. Mon père était bon et je l'aimais. Il était bon parce qu'il ne prétendait pas être autre chose que ce qu'il était. Et ce pour ça que je l'aimais. Je m'étais aperçu depuis longtemps que la façon de vivre devient le trait le plus marquant de l'anatomie et de la physionomie. C'est justement ce que dit Darwin, ou qui d'autre, Spencer peut-être ? C'est l'entraînement qui provoque le développement et l'adaptation des qualités. Rien de plus drôle que ces intellectuels éthérés qui sont des va-de-la-gueule. On voit du premier coup d'oeil si c'est leur cerveau ou leur estomac qu'ils soumettent à l'entraînement. Mais mon père ne cachait rien. Il avait une trogne magnifique, des joues comme des sacs, et quand il mangeait - il gardait toujours la bouche fermée - on pouvait entendre comment dans cette énorme cavité tout se mélangeait, s'écrasait, craquait, même s'il avait la bouche fermée. Autrement, mon père était gai, blagueur et savait raconter d'extraordinaires histoires drôles; et même si c'étaient toujours les mêmes, il avait toujours beaucoup de succès. A moi, elles paraissaient usées, mais pas aux gens. Avant, je pensais que rien ne pouvait le toucher. Mais quand ma tante Mana était morte, mon père avait pleuré toute une journée et, en parlant, il sanglotait comme un enfant. Oui, il était bon et je l'aimais. Il ne me comprenait pas, mais ça m'étais égal. Ce qui comptait, c'est qu'il me donnait de l'argent et me passait tout. Oui, il était comme ça. Je me servis de la viande, de quenelles et avalai le tout en quelques minutes. C'était drôlement bon. Ca ne m'étonnerait pas du tout que certaines personnes ne vivent que pour manger. Si je pouvais avoir ça tout le temps, sans trop de fatigue, et si j'avais une meilleure digestion, moi aussi je pourrais très bien vivre pour manger. Je le pourrais très bien, et si en fin compte j'ai mangé pour vivre, le plus souvent ç'a été à cause des restrictions. A cause d'elles, on en arrivait à faire des plats qui ne valaient pas la peine pour qu'on vive pour eux. Et c'est bien à cause de ça que j'ai dû me créer d'autres raisons de vivre.


J'adore ce ton désinvolte, cette façon de dire des choses sans avoir l'air d'y toucher et dans un discours en apparence trivial et inoffensif, sans en avoir l'air glisser des choses plus graves, voir tragiques. Mais sans aucun pathos.

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MessageSujet: Re: Josef Skvorecký [République tchèque]   Mar 11 Mai 2010 - 23:01

Hé, hé, j'aime bien (notamment) le "Ca ne m'étonnerait pas du tout que certaines personnes ne vivent que pour manger." Very Happy
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MessageSujet: Re: Josef Skvorecký [République tchèque]   Mar 11 Mai 2010 - 23:55

eXPie a écrit:
Hé, hé, j'aime bien (notamment) le "Ca ne m'étonnerait pas du tout que certaines personnes ne vivent que pour manger." Very Happy

Cela te rappelle peut être des gens dentsblanches

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MessageSujet: Re: Josef Skvorecký [République tchèque]   Mer 12 Mai 2010 - 7:50

Arabella a écrit:
eXPie a écrit:
Hé, hé, j'aime bien (notamment) le "Ca ne m'étonnerait pas du tout que certaines personnes ne vivent que pour manger." Very Happy

Cela te rappelle peut être des gens dentsblanches

Le pire, c'est que j'y avais effectivement pensé ! Cool
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MessageSujet: Re: Josef Skvorecký [République tchèque]   Ven 14 Mai 2010 - 21:06

C'est assez décourageant, parce qu'il devient difficile de trouver des livres de cet auteur. Gallimard avait traduit pas mal de choses dans les années 60-70, mais pas réédités et pas d'édition poche sauf pour L'escadron blindé. Il y a d'autres traductions plus tardives, en particulier pour les livres consacrés à l'inspecteur Boruvka, mais il sont traduit à partir de la traduction anglaise. Il ne me reste plus qu'à écumer les bibliothèques, à faire chercher les vieux exemplaires dans les fonds de réserves par des bibliothécaires mécontents ou à acheter de vieux exemplaires tout moisis sur des sites spécialisés...

Et dire que tant de livres inutiles paraissent chaque année.... jemetate

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MessageSujet: Re: Josef Skvorecký [République tchèque]   Ven 14 Mai 2010 - 21:14

J' ai Qui mène l' enquète. Les aventures du lieutenant Boruvka de Skvorecky.

Et je lis : Cet ouvrage a été traduit de l' anglais avec l' accord de l' auteur...
Il avait peut etre un récolver sur la tempe !
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MessageSujet: Re: Josef Skvorecký [République tchèque]   Sam 5 Juin 2010 - 16:09

L’escadron blindé


Le personnage principal de ce roman est de nouveau Danny, le narrateur du roman Les lâches. Nous sommes maintenant en 1953, Danny a finit ses études et il a du partir faire son service militaire. L’escadron blindé est une impitoyable mais surtout irrésistiblement satire de la vie et des mœurs militaires en pleine époque staliniste dans l’armée tchèque. Presque toute l’armée, des officiers au simple soldat de rang ne rêve que d’échapper à ses devoirs militaires de toutes les façons possibles et imaginables. Les exercices militaires tournent à la farce, et les séances embrigadement idéologique au grand guignol, les hommes opposant une sorte de force d’inertie subversive à toutes les tentatives de les faire marcher au pas. Une sorte de satire entre le soldat Chveik et les Marx Brothers. C’est moins complexe et riche que Les lâches, puisque volontairement l’auteur a choisi la verve purement comique, même si on se sent une mélancolie par moment sous le rire. De même Danny est finalement peu présent, un peu à l’arrière plan. Mais tel quel, c’est un excellent roman, qui m’a vraiment fait rire, comme aucun livre ne m’a fait rire depuis des années. Et j’ai terriblement envie de continuer de suivre le parcours de Danny, la prochaine étape étant Un miracle en Bohème, dans lequel il est question du printemps de Prague.

Citation :
Malgré ces péripéties et incidents divers, le 7e escadron et ses chefs virent enfin se lever le jour fixé pour la revue solennelle devant le commandement des troupes blindées et mécanisées, au cours de laquelle devaient être décernés les insignes de cavaliers modèles, et pour finir en apothéose, le titre de champion de la conduite des chars, décernée au maréchal des logis Ocko, sous-officier de cet illustre escadron. C’était bien là l’emplâtre qui devait guérir comme un baume l’âme blessée du capitaine Matka et faire oublier qu’il s’était égaré en territoire ennemi avec tout son escadron, que sur la cime du mémorable Mont Rip il n’avait pas su indiquer la direction de Prague, que ses hommes avaient fait preuve d’une ignorance crasse aux épreuves théoriques sur l’arme chimique, la tactique et le règlement, qu’un membre de l’escadron, le brigadier-chef Strevlicek, avait déclaré que le président de la république populaire tchécoslovaque était le docteur Alfons Cepicka, et que le brigadier-chef Vomakal, invité à chanter L’Internationale, avait après quelques instants d’hésitations entonné une mélodie douteuse, « Avanti Picolo, al apricosa, Bandiera rosa, bandiera rosa », ce qu’il paya de trois jours de cellule.
Il devait également faire oublier, ce baume, que pas un seul membre de l’escadron n’avait pu nommer non certes la totalité, mais pas même le cinquième ou le quart, des trente-sept titulaires des trente-sept départements ministériels du moment, que même un sous-officier intellectuel comme l’adjudant Smiricky était resté bouche bée après avoir nommé le docteur Cepicka, le professeur Nejedly, l’abbé Plojhar et l’ingénieur Jnakovcova. C’étaient toutes ces plaies douloureuses que devait enfin cicatriser le titre de champion de la conduite des chars, décerné au maréchal des logis Ocko.
Le capitaine Matka l’avait appelé dans son bureau et là, avec le concours du responsable de l’escadron pour les affaires politiques, le lieutenant Ruzicka, et du chef du foyer culturel et politique, le lieutenant Hospodine, il avait entrepris de le préparer moralement et idéologiquement à recevoir cette haute récompense. Il supposait à juste titre que la préparation militaire et politique était particulièrement nécessaire dans le cas du maréchal des logis Ocko, car le vocabulaire de ce pilote modèle se composait surtout d’interjections qui n’avaient pas leur place dans la bouche d’un soldat de l’époque nouvelle. Ces deux heures d’instruction dans le bureau du capitaine firent ensuite objet de la part du maréchal des logis Ocko dit Bollo le goret d’un compte rendu laconique ainsi conçu :
« Putain, dit-il en déroulant des molletières au fumet capiteux, y m’ont fait leur cinéma, putain les salauds ! Y paraît, putain, c’est un grand honneur, putain, et qu’y a de quoi être fier, putain ! Tu parles, putain, et quand j’leur ai demandé une perm, putain, y m’ont envoyé chier, les salauds. Attendez la quille, putain, qu’y m’ont dit, les salauds ! »

Si le pacte de Varsovie devait compter sur les soldats tchécoslovaques, la guerre était perdue d’avance…..

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MessageSujet: Re: Josef Skvorecký [République tchèque]   Sam 3 Juil 2010 - 17:38

Miracle en Bohème



C’est le troisième roman de Josef Škvorecký dans lequel apparaît Daniel Smiricky, qui ressemble par bien des aspects à l’auteur lui-même. Ce roman a une construction plus complexe que les deux premiers, Les lâches et L’escadron blindé, les événements relatés se passent à des moments différents, certains ont lieu au début des années cinquante, et d’autres autour de 68. Il y a des allées et venues dans le temps, et cela demande parfois de l’attention de savoir où l’on est et à quel moment.

En ce qui concerne Danny, dans la partie la moins récente il est tout frais émoulu de l’université et attend d’effectuer son service militaire. Il a été envoyé comme enseignant dans une école de fille dans une petite ville. Et là il assiste au cours d’une messe à un « miracle » une statue de saint Josephe qui bouge. Une quinzaine d’année plus tard, au moment du dégel, une des relations de Danny enquête sur ce supposé miracle et sur les événements en rapport, comme l’enlèvement et l’assassinat du prêtre, toute les machinations de la police secrète autour de l’évènement.
Dans les résumés du livre que j’ai pu lire, les commentateurs insistent sur l’aspect « bilan » du printemps de Prague. Une partie importante de l’histoire se déroule pendant ou à proximité de cet événement, mais le mot de bilan me paraît à la fois inapproprié ; car il suppose une sorte d’approche systématique et structurée, alors que nous sommes en présence d’un kaléidoscope, d’une succession d’images, d’impressions ; et réducteur car le roman aborde bien d’autres thèmes et aspects qu’uniquement le printemps de Prague. C’est une sorte de vision ironique et désabusée de l’homme, avec la tentation d’adhérer à un discours de certitudes, que ce soit religieux ou politique, qui dédouane finalement de toute remise en question. Le catholicisme, le communisme ou la critique de ce dernier, aboutissent à des schémas de pensée systématiques, dans lequel la cohérence interne du propos tient lieu de vérité, au risque d’écraser les personnes. L’essentiel de la charge est dirigé en direction du discours communiste, la mise en relation avec le discours et la réalité est la plus féroce, mais à aucun moment l’auteur ne nous laisse oublier que ce discours là est l’un parmi d’autres, et que justifier des horreurs par un raisonnement logique apparemment irréfutable est une grand spécialité humaine, existante à toute époque.

Malgré toute la noirceur de cette vision du monde, le livre est loin d’être sinistre, car l’auteur choisi l’humour et le rire pour affronter le monde qui l’entoure. Un humour par moment très noir et un rire qui peut être un tant soit peu désespéré, mais quand même l’humour et le rire sont les meilleures armes. Et ce qui est le plus visible au premier coup d’œil ce sont les aspects légers et satiriques, la noirceur ne vient vraiment pleinement que dans un deuxième temps, comme un dépôt.

Plus ambitieux que les deux romans précédents, aussi bien dans la construction que dans la vision du monde et de l’homme, Miracle en Bohème, n’est pas à mon sens complètement abouti. Je trouve en particulier que l’auteur n’a pas complètement maîtrisé la construction ambitieuse de son livre. Certains éléments ne m’ont pas parus vraiment pertinents (comme l’histoire de la partie d’échecs à distance truquée), d’autres pas complètement exploités ou un peu confus au final. C’est néanmoins un livre, qui une fois renfermé continue de m’habiter, certains éléments ne prennent sens que peu à peu, ou leur force ne devient vraiment opérante qu’avec une certaine distance. C’est rare, exceptionnel même, et me donne envie de continuer à explorer l’univers de Josef Škvorecký.

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MessageSujet: Re: Josef Skvorecký [République tchèque]   Lun 12 Juil 2010 - 20:26

Le saxophone basse et autres nouvelles


Il y a des tas de livres, beaucoup sans intérêt, où l’on s’ennuie un peu ou beaucoup, d’autres pas inintéressants mais oubliés sitôt lus, et heureusement de belles lectures dans lesquelles on se laisse emporter par un auteur qui crée un univers bien à lui. Et il y a des livres d’exception, qui créent une magie, des moments de grâce, qui font que l’on voudrait que la lecture ne s’arrête jamais, que ce voyage continue le plus longtemps possible, et qu’on rêve de relire une fois terminés. Ce recueil de nouvelles de Josef Škvorecký fait partie de cette catégorie.

J’ai tout particulièrement aimé deux de ces nouvelles (même si les autres sont très bien aussi). Dans ces deux-là, on retrouve le personnage récurrent de Danny, qui ressemble tant à l’auteur lui-même, à l’époque de la fin de la deuxième mondiale, juste avant les événements du roman Les lâches.

Le saxophone basse : dans cette nouvelle qui donne son titre au recueil la route de Danny croise celle d’une troupe de musiciens allemands donnant des concerts dans divers pays occupés. Une bien triste troupe, composés de vieux éclopés, pas très bons musiciens, des perdants de la vie. Danny se trouve mêlé à un concert, et à l’unique occasion de jouer d’un instrument rare, un saxophone basse. Texte mélancolique et tendre, dans lequel la douceur se mélange à l’amertume, avec une grande et simple poésie.

Une sorcière au mois de mai : Danny toujours prêt à s’enflammer pour une jolie fille, fait par hasard connaissance avec une nouvelle venue dans la petite ville dans laquelle il habite, et qui se prétend sorcière, et donne à plusieurs reprise une démonstration de ses talents à notre Danny, qui finit par lui signer un engagement d’amour avec son sang, comme on accorde son âme au diable. Très drôle et très tendre, même si une pointe d’amertume se mêle toujours à la douceur, et que sans en avoir l’air des sujets graves peuvent surgir à l’occasion. Malgré mon émerveillement pendant cette lecture, je n’arrivais pas à m’empêcher de me demander comment l’auteur arrivera à se dépatouiller de cette intrigue et donner une fin convaincant à l’histoire. Et bien, il y arrive avec talent et élégance.

Ce que j’aime vraiment tout particulièrement chez cet auteur, c’est la façon dont il arrive à parler avec légèreté de sujets graves, de se promener tel un funambule entre les larmes et le rire, observant les gens, et d’abord lui-même avec une ironie mordante mais en même temps avec une grande tendresse. C’est plein d’une humanité profonde et d’une lucidité forte. Juste dommage que ce livre soit difficile à trouver, mais les meilleures choses se méritent…..

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MessageSujet: Re: Josef Skvorecký [République tchèque]   Lun 12 Juil 2010 - 20:31

Arabella a écrit:
Juste dommage que ce livre soit difficile à trouver, mais les meilleures choses se méritent…..
il se trouve en anglais dans ma PAL et ton commentaire me donne envie de découvrir Very Happy

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MessageSujet: Re: Josef Skvorecký [République tchèque]   Lun 12 Juil 2010 - 20:35

Je crois que c'est plus facile à trouver en anglais qu'en Français. Je ne vois pas comment tu pourrais ne pas aimer celui-là, mais je sais que tu traverse un moment difficile...

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MessageSujet: Re: Josef Skvorecký [République tchèque]   Lun 12 Juil 2010 - 23:47

J' ai lu L' Escadron blindé autrefois... Je n' en ai aucun souvenir.
Ceci dit, j' ai un polar de Skvorecky : qui mène l' enquete.
Traduit de l' anglais... Allez savoir pourquoi !
Et publié par les éditions de l' Aube en 2007.



Oui oui, d' accord, il s' est exilé au Canada et là bas il écrivait en anglais...

Ils auraient pu nous le dire les Editions de l' Aube !!!
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MessageSujet: Re: Josef Skvorecký [République tchèque]   Mar 13 Juil 2010 - 8:57

Arabella a écrit:
J’ai tout particulièrement aimé deux de ces nouvelles (même si les autres sont très bien aussi).
voilà un peu le désavantage avec des recueils de nouvelles.. des romans, on ne peut pas divisier.. pour les nouvelles, les maisons d'édition font souvent ce qu'ils on envie de faire.
Dans la version anglaise, il n'y a que 2 nouvelles (Emöke et The Bass Saxophone) plus un avant-propos: Red Music
mais pour faire connaissance avec lui, ce sera toujours bien Wink

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MessageSujet: Re: Josef Skvorecký [République tchèque]   Mar 13 Juil 2010 - 9:11

Oui, les découpages sont parfois étranges, The bass saxophone en tous les cas est vraiment très belle, Emöke est en fait un court roman, qui est paru séparément (en tchèque) et que j'ai réussi à trouver en Français d'occasion sous le titre La légende d'Emöke mais pas encore lu. Dommage que tu n'ais pas La sorcière de mois de mai, mais bon comme tu dit, cela peut être pas mal pour commencer.

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