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 Jean Genet

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Aeriale
Léoparde domestiquée


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MessageSujet: Jean Genet   Ven 26 Nov 2010 - 11:22



Né de père inconnu et abandonné à la naissance par sa mère, le jeune Jean Genet est adopté par une famille du Morvan. Il y connait une enfance heureuse, se montre un élève doué mais très taciturne. De cette époque remontent les premiers émois masculins de Genet, en la personne du petit Lou Culafroy -futur Divine de son 1er roman Notre Dame des fleurs-
Dès dix ans il chaparde et par cet acte même revendiquera plus tard sa profonde asocialité. Fugueur à treize, il est séparé de sa famille adoptive et placé pour être topographe. De nouveau il s'échappe, se retrouve en colonie pénitentiaire qui révèlera son penchant homosexuel ainsi que ses questionnements face aux rapports de soumission/dimination propres à cette hiérarchie.

Engagé dans la Légion Etrangère cinq ans plus tard, il découvre l'Afrique du Nord, le Proche Orient, puis revient à Paris où il vit de menus larcins (dont voler des livres!) C'est à Fresnes qu'il commence à écrire, des poèmes puis des romans qu'il retouche interminablement. C'était un perfectionniste, un insatisfait qui ne connu au début que la censure et une édition sous le manteau.

Dans Pompes funèbres (47) il donne une vision homo-érotisée d'Hitler et un regard ambigü sur le nazisme. Provocateur, son but est de forcer les consciences à regarder de front cette séduction du mal qui fascine tant les hommes. Cocteau et Sartre l'encensent et n'hésitent pas à le qualifier de génie. Il connait la gloire et fréquente Simone de Beauvoir, Giacometti, Matisse et Brassaï. Sa voix est engagée, plus tard il dénoncera le colonialisme durant la Guerre d'Algérie et Cocteau ira jusqu'à le sauver de la prison à perpétuité pour trafics consécutifs.

Finalement miné par la drogue et l'alcool et terrassé par le suicide de son compagnon, il met fin à son errance et termine sa vie dans le dénuement le plus total. Il s'éteind en 1986, isolé de tous.

Son oeuvre a inspiré maints artistes...
Citation :
Jean Genet, dans sa jeunesse, a été profondément inspiré par Les Nourritures terrestres d'André Gide, il a d'ailleurs cherché à rencontrer l'écrivain. C'est en partant de ce modèle qu'il a créé certains de ses personnages. La vie de Jean Genet — et sa mise en scène — telle que décrite notamment dans Le Journal du Voleur, où il se présente sous les traits d'un vagabond asocial et mystique, a servi d'inspiration aux auteurs de la beat generation. On le trouve cité dans l'œuvre de Charles Bukowski, et de façon élogieuse dans la correspondance de Jack Kerouac.
À propos de Charles Bukowski, Jean Genet avait déclaré que, pour lui, il était le plus grand poète américain ayant existé

...........

Je suis allée voir une de ses pièces hier Notre Dame des fleurs et surprise par son propos, j'ai voulu connaître de plus près cet écrivain -poète taxé toute sa vie de mauvais garçon.

Synopsis
Citation :
te]Les années 40 du siècle dernier, à Paris, Pigalle et Montmartre, là où le péché est un sacerdoce joyeux, où les hommes sont purs et souillés, maudits et saints, là où justement un travesti porte le nom de Divine, un autre celui de Première Communion, un jeune voyou celui de Notre-Dame-des-Fleurs, et les voilà tous courir après la vie dans le vertige et la stupeur du culte phallique.



[i]Extrait
Citation :
Weidmann vous apparut dans une édition de cinq heures, la tête emmaillotée de bandelettes blanches, religieuse et encore aviateur blessé, tombé dans les seigles, un jour de septembre pareil à celui où fut connu le nom de Notre-Dame-des-Fleurs. Son beau visage multiplié par les linotypes s'abattit sur Paris et sur la France, au plus profond des villages perdus, dans les châteaux et les chaumières, révélant aux bourgeois attristés que leur vie quotidienne est frôlée d'assassins enchanteurs, élevés sournoisement jusqu'à leur sommeil qu'ils vont traverser, par quelque escalier d'office qui, complice pour eux, n'a pas grincé. Sous son image, éclataient d'aurore ses crimes : meurtre 1, meurtre 2, meurtre 3 et jusqu'à six, disaient sa gloire secrète et préparaient sa gloire future.

Un texte certes beau mais surprenant et difficile au départ. J'ai mis du temps à y rentrer, surement du fait de la surprise et si certaines scènes sont frappantes et inventives, si les mots résonnent joliement parfois, je n'ai pas été emportée jusqu'à la fin. Un univers très spécial (les macs, les travelos, les prisons) qui d'habitude ne me tente pas vraiment. Mais rien à dire sur les acteurs et la mise en scène. Et qui m'aura au moins fait découvrir un auteur inconnu pour moi jusque là (du moins jamais lu...)





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rivela
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MessageSujet: Re: Jean Genet   Ven 26 Nov 2010 - 11:54

J'ai lu un article sur lui l'autre jour parce que Jeanne Moreau et Daho reprennent sa chanson le condamné à mort.
Y a cette anecdote marrante ou Bowie voulait rencontrer Genet et le rendez-vous fut pris dans un café.
Citation :
Genet l’avait pourtant rencontré en vue d’une collaboration. Il était très énervé parce qu’il ne le trouvait pas dans le café où ils avaient rendez-vous. Il criait: «Il est en retard!» quand on lui montra une jeune femme assise en lui disant: «C’est Bowie!»
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coline
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MessageSujet: Re: Jean Genet   Ven 26 Nov 2010 - 23:23

...C'est le 100ème anniversaire de sa naissance cette année...
Je m'étais promis de relire Le funambule .

En 1955, Jean Genet rencontre un jeune acrobate Abdallah Bentaga. Il va vivre avec lui une belle et tragique histoire d’amour.

Il écrit alors beaucoup pour le théâtre (Le Balcon, Les Nègres, Les Paravents...)
Puis Trois essais majeurs : L’Atelier d’Alberto Giacometti, Le Secret de Rembrandt et Le Funambule.

Le funambule est écrit pour Abdallah, c’est un long poème d’amour qui parle du cirque, du théâtre, de la danse, de l’artiste dans le monde, de la solitude, de l’acteur, entre l'ombre et la lumière, l'apparence et la réalité.

"Le funambule" s’est suicidé en 1964 ; il avait 28 ans.
Jean Genet se sentira à jamais responsable et inconsolable .





Le chorégraphe Angelin Preljocaj dit et danse le texte de Jean Genet.
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coline
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MessageSujet: Re: Jean Genet   Ven 26 Nov 2010 - 23:27

rivela a écrit:
J'ai lu un article sur lui l'autre jour parce que Jeanne Moreau et Daho reprennent sa chanson le condamné à mort.

Etienne Daho le chante dans ses concerts, sous le titre Sur mon cou:
clic
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Aeriale
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MessageSujet: Re: Jean Genet   Sam 27 Nov 2010 - 8:36

rivela a écrit:
J'ai lu un article sur lui l'autre jour parce que Jeanne Moreau et Daho reprennent sa chanson le condamné à mort.
Y a cette anecdote marrante ou Bowie voulait rencontrer Genet et le rendez-vous fut pris dans un café.
Citation :
Genet l’avait pourtant rencontré en vue d’une collaboration. Il était très énervé parce qu’il ne le trouvait pas dans le café où ils avaient rendez-vous. Il criait: «Il est en retard!» quand on lui montra une jeune femme assise en lui disant: «C’est Bowie!»
J'ai lu ça aussi, Daho en reprenait régulièrement un extrait lors de ses concerts et pas mal de chanteurs font référence à lui ou à ses textes. (Dire straits, Placebo, Pete Doherty)
L'anecdote que tu nous rapportes sur Bowie Rivela, me fait penser que Jean Genie etait selon lui-même "un jeu de mot maladroit sur Jean Genet"...

Merci pour vos ajouts Coline et Rivela. L'oeuvre de cet auteur est à connaître un peu avant d'assister à une de ses pièces la première fois. C'est un univers spécial...
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kenavo
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MessageSujet: Re: Jean Genet   Sam 27 Nov 2010 - 9:18

Il y a déjà un bon moment que j'avais demandé au café littéraire concernant Jean Genet et des lectures que je pourrais faire de lui.. ce fil me redonne envie de le découvrir.. Very Happy

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Sénèque
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kenavo
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MessageSujet: Re: Jean Genet   Sam 27 Nov 2010 - 15:30

ton fil est d'actualité, Aériale Very Happy

dossier dans le numéro de décembre


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Sénèque
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Aeriale
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MessageSujet: Re: Jean Genet   Dim 28 Nov 2010 - 8:48

kenavo a écrit:
ton fil est d'actualité, Aériale Very Happy

dossier dans le numéro de décembre

Very Happy
Kena, grâce à toi je suis allée le feuilleter et suis partie avec.
Je regrette de ne pas avoir commencé par ça, je n'avais aucune connaissance de cet auteur et mis du temps à rentrer dans cette pièce qu'est Notre dame des fleurs.

Mais j'y reviendrai par la lecture...
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coline
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MessageSujet: Re: Jean Genet   Mar 7 Déc 2010 - 16:41

LE FUNAMBULE

« Tu seras cette merveille embrasée, toi qui brûles, qui dure quelques minutes. Tu brûles. Sur ton fil tu es la foudre.[…] Allumée je ne sais par quoi qui t’ éclaire, te consume, c’est une misère terrible qui te fais danser. Le public ? Il n’y voit que du feu, et, croyant que tu joues, ignorant que tu es l’incendiaire, il applaudit l’incendie. »

Le texte du Funambule est court, ou plutôt est-ce un long poème magnifique qu'il adressa au funambule Abdallah Bentaga, son compagnon qui s'est suicidé en 1964 à l’âge de 28 ans.
Un poème d’amour à l’artiste mais aussi à tout acte de création.



Entre le funambule et son fil, une histoire d’amour qui ne supporte que l’excellence : si elle dérape, elle ne pardonne pas.

« Cet amour -mais presque désespéré, mais chargé de tendresse- que tu dois montrer à ton fil, il aura autant de force qu’en montre le fil de fer pour te porter. Je connais les objets, leur malignité, leur cruauté, leur gratitude aussi. Le fil était mort- ou si tu veux muet, aveugle- te voici : il va vivre et parler. »

« Je ne serais pas surpris, quand tu marches par terre que tu tombes et te fasses une entorse. Le fil te portera mieux, plus sûrement qu’une route. »


Le funambule est l’un des rares artistes à risquer la mort pour son Art. Il a rendez-vous chaque jour avec elle et ne peut l’aborder que dans une « solitude mortelle » :

« Plus rien ne te rattachant au sol tu pourras danser sans tomber. Mais veille de mourir avant que d’apparaître, et qu’un mort danse sur le fil. »
(« être cette solitude elle-même. Pour le funambule dont je parle, elle est visible dans son regard triste qui doit renvoyer aux images d’une enfance misérable, inoubliable, où il se savait abandonné.
C’est dans cette blessure -inguérissable puisqu’elle est lui-même- et dans cette solitude qu’il doit se précipiter, c’est là qu’il pourra découvrir la force, l’audace et l’adresse nécessaire à son art. »


Mais qu’est-ce qui le fait avancer si dangereusement, sous les yeux d’un public fasciné qui ferme les yeux aux moments les plus beaux ?
La quête de lui-même ...

« Pourquoi danser ce soir ? Sauter, bondir sous les projecteurs à huit mètres du tapis, sur un fil ? C’est qu’il faut que tu te trouves. A la fois gibier et chasseur, ce soir tu t’es débusqué, tu te fuis, tu te cherches. Où étais-tu donc avant d’entrer en poste ? Tristement épars dans tes gestes quotidiens, tu n’existais pas. »

« On n’est pas artiste sans qu’un grand malheur s’en soit mêlé. »


Jean Genet s’adresse au funambule, le conseille, d’exigence, mais termine par ces mots : « Il s’agissait de t’enflammer, non de t’enseigner. »



J’ai fait par l’intermédiaire de ce texte une très belle rencontre avec Jean Genet…
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kenavo
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MessageSujet: Re: Jean Genet   Lun 20 Déc 2010 - 11:43


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c'est d'apprendre à danser sous la pluie.


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MessageSujet: Matricule 192.102   Mar 3 Mai 2011 - 11:46


Il s'agit d'une édition actualisée de cette passionnante recension des faits connus dans la vie de Genet, depuis sa naissance (1910) jusqu'à la celle de son oeuvre (1944), par Albert Dichy (directeur de l'IMEC, connu pour sa rigueur et l'impeccable édition des textes politiques de Genet dans l'Ennemi déclaré) et Pascal Fouché.

Actualisée parce que de nouveaux éléments ont été découverts, notamment en raison de l'accès jusque là impossible à certains documents, comme son dossier de pupille auprès de l'Assistance publique ou bien son dossier de déserteur.

On y apprend notamment des éléments peu connus sur sa mère (présente en filigrane dans toute son oeuvre), dont on a enfin les lettres qu'elle avait échangées avec l'Assistance publique pour prendre des nouvelles de "son petit Jean", qu'elle avait été contrainte d'abandonner bien malgré elle.

C'est une étude d'une rigueur et d'une richesse exceptionnelle qui permet de mieux connaître les années de formation de Genet et les événements qui ont pu contribuer à faire de lui l'écrivain qu'il est devenu. Dans le prologue, les auteurs soulignent qu'ils ont cherché la vérité des faits pour mieux comprendre l'homme, mais non pour remettre en cause la part imaginaire, qui elle relève exclusivement de l'écrivain et de l'oeuvre et qui, à ce titre, restera toujours présente.
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MessageSujet: Re: Jean Genet   Ven 13 Juil 2012 - 12:42

Le Funambule

On peut y voir un magnifique poème d'amour et un texte sur la condition d'artiste. Mais aussi, et surtout, sur la vie. Un texte indispensable, à poser à son chevet pour y revenir régulièrement.

« Je me demande où réside, où se cache, la blessure secrète où tout homme court se réfugier si l'on attente à son orgueil, quand on le blesse ? Cette blessure – qui devient ainsi le for intérieur -, c'est elle qu'il va gonfler, emplir. Tout homme sait la rejoindre, au point de devenir cette blessure elle-même, une sorte de cœur secret et douloureux.
Si nous regardons, d'un œil vite et avide, l'homme ou la femme qui passent – le chien aussi, l'oiseau, une casserole – cette vitesse même de notre regard nous révélera, d'une façon nette, quelle est cette blessure où ils vont se replier lorsqu'il y a danger. Que dis-je ? Ils y sont déjà, gagnant par elle – dont ils ont pris la forme – et pour elle, la solitude : les voici tout entiers dans l'avachissement des épaules dont ils font qu'il est eux-mêmes, toute leur vie afflue dans un pli méchant de la bouche et contre lequel ils ne peuvent rien et ne veulent rien pouvoir puisque c'est par lui qu'ils connaissent cette solitude absolue, incommunicable – ce château de l'âme – afin d'être cette solitude même. Pour le funambule dont je parle elle est visible dans son regard triste qui doit renvoyer aux images d'une enfance misérable, inoubliable, où il se savait abandonné.
C'est dans cette blessure – inguérissable puisqu'elle est lui-même – et dans cette solitude qu'il doit se précipiter, c'est là qu'il pourra découvrir la force, l'audace et l'adresse nécessaire à son art [et à la vie?]. »

« Faut-il le dire ? J'accepterais que le funambule vive le jour sous les apparences d'une vieille clocharde, édentée, couverte d'une perruque grise : en la voyant, on sauvait quel athlète se repose sous les loques, et l'on respecterait une si grande distance du jour à la nuit. Apparaître le soir ! Et lui, le funambule, ne plus savoir qui serait son être privilégié : cette clocharde pouilleuse ou le solitaire étincelant ? Ou ce perpétuel mouvement d'elle à lui ? »

« Tes sauts – ne crains pas de les considérer comme un troupeau de bêtes. En toi, elles vivaient à l'état sauvage. Incertaines d'elles-mêmes, elles se déchiraient mutuellement, elles se mutilaient ou se croisaient au hasard. Pais ton troupeau de bonds, de sauts et de tours. Que chacun vive en bonne intelligence avec l'autre. Procède, si tu veux, à des croisements, mais avec soin, non au hasard d'un caprice. Te voilà berger d'un troupeau de bêtes qui jusqu'alors étaient désordonnées et vaines. Grâce à tes charmes, elles sont soumises et savantes. Tes sauts, tes tours, tes bonds étaient en toi et ils n'en savaient rien, grâce à tes charmes ils savent qu'ils sont et qu'ils sont toi-même t'illustrant. »
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MessageSujet: Re: Jean Genet   Ven 13 Juil 2012 - 19:43

Le funambule...J'aime tellement ce texte !
Allez hop...Je cours le relire! content

« Tu seras cette merveille embrasée, toi qui brûles, qui dure quelques minutes. Tu brûles. Sur ton fil tu es la foudre.[…] Allumée je ne sais par quoi qui t’ éclaire, te consume, c’est une misère terrible qui te fais danser. Le public ? Il n’y voit que du feu, et, croyant que tu joues, ignorant que tu es l’incendiaire, il applaudit l’incendie. »

« On n’est pas artiste sans qu’un grand malheur s’en soit mêlé. »
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MessageSujet: Re: Jean Genet   Ven 23 Aoû 2013 - 12:53


Portrait de Jean Genet par Leonor Fini
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Dreep
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MessageSujet: Re: Jean Genet   Dim 25 Mai 2014 - 14:20

Jean Genet a écrit:
Pilorge, mon tout-petit, mon ami, ma liqueur, ta jolie tête hypocrite a sauté. Vingt ans. Tu avais vingt ou vingt-deux ans. Et j'en ai!... j'envie ta gloire. Tout aussi bien qu'au Mexicain, tu aurais fait mon affaire, comme on dit au tombeau. Durant tes mois de cellule, tu eusses tendrement craché de lourds glaviots raclés de ta gorge et de ton nez, sur ma mémoire. J'irais bien facilement à la guillotine, puisque d'autres y sont allés, et surtout Pilorge, Weidmann, Ange Soleil, Soclay. Je ne suis du reste pas sûr qu'elle me soit épargnée, car je me suis rêvé dans bien des vies agréables; mon esprit, attentif à me plaire, m'a confectionné sur mesure des aventures glorieuses ou charmantes. Le plus attristant c'est que, j'y songe quelquefois, les plus nombreuses de ces créations sont absolument oubliées, bien qu'elles forment tout mon concert spirituel passé. Je ne sais même plus qu'elles furent, et, s'il m'arrive de rêver maintenant une de ces vies, je la crois nouvelle, je m'embarque sur mon thème, je vogue, sans me souvenir qu'il y a dix ans je m'embarquai sur lui et qu'il sombra, épuisé, dans la mer de l'oubli. Quels monstres continuent leur vie dans mes profondeurs ? Leurs exhalaisons, leurs excréments, leur décompostions peut-être font éclore à ma surface quelque horreur ou beauté que je devine suscitée par eux. Je reconnais leur influence, le charme de leurs drames feuilletonesques. Mon esprit continue de produire de belles chimères, mais jusqu'aujourd'hui aucune d'elles n'a pris corps. Jamais. Pas une fois. Maintenant, il suffit que j'entreprenne une rêverie, ma gorge sèche, le désespoir brûle mes yeux, la honte me fait baisser la tête, ma rêverie se casse net. Je sais qu'un possible bonheur m'échappe encore et m'échappe parce que je l'ai rêvé.
Notre-dame des fleurs

Ça se passe de commentaire, mais pas d'admiration.
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MessageSujet: Re: Jean Genet   Aujourd'hui à 0:56

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