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 Nouvelles et contes du Japon

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eXPie
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MessageSujet: Nouvelles et contes du Japon   Dim 19 Déc 2010 - 21:02

Il existe un nombre de plus en plus important de recueils de nouvelles japonaises...
Autant en parler, par exemple sur ce fil.


Dernière édition par eXPie le Lun 20 Déc 2010 - 21:54, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Nouvelles et contes du Japon   Dim 19 Déc 2010 - 21:03



- L'Iris fou ("nouvelles traduites du japonais par I.I. Morris en collaboration avec M Rosenblum et M Beerblock", 1957, 1997). Stock. Bibliothèque cosmopolite. 151 pages.
L'histoire de "collaboration", cela veut apparement dire que la traduction française a transité par l'anglais.

Il y a six nouvelles.

1/ Ibuse Masuji (1898-1993): L'Iris fou. 28 pages.
"L'iris fou est la première esquisse de Pluie noire. [...] Tout au long du récit, Ibusé évoque le contraste entre la grande tragédie de la guerre et les détails terre à terre [sic] de la vie courante." (page 7). Pluie Noire est le roman de Ibuse Masuji qui parle des conséquences de la Bombe.
L'iris fou commence ainsi :
Citation :
"Peu après le bombardement d'Hiroshima, je me trouvais chez un de mes amis, dans les faubourgs de Fukuyama, et je regardais un iris qui avait fleuri hors de saison. Il poussait seul de son espèce dans ce coin-là, et ses pétales étaient pourpres.
Ceci se passait à la mi-août, quelques jours après la proclamation du rescrit impérial annonçant la capitulation." (page 9).
On n'assiste donc pas directement au bombardement. On peut toutefois lire quelques récits indirects :
"Il y eut une sorte de sifflement et la terre trembla un peu « L'arme secrète ! » pensa-t-il." (page 17)
Et puis les rescapés sont atteints d'une étrange maladie :
Citation :
"« C'est très curieux, me raconta le docteur Tawa, ils ne réussissent pas à situer le siège de ces douleurs. Il savent tout juste dire qu'ils souffrent horriblement." (page 21).
Après Hiroshima, les bombardements, classiques ceux-là, continuaient.
"Qui servirait de cible, la prochaine fois ? C'était le sujet de conversation favori au village." (page 20).
Très bonne nouvelle.

2/ Nakajima Atsushi (1909-1942) : Le Maître. 15 pages.
Citation :
"Il y avait autrefois dans la ville de Hantan, capitale de l'ancien Etat chinois de Chao, un homme nommé Chi Ch'ang qui voulait conquérir la première place parmi les meilleurs archers du monde.
Excellente nouvelle, ici dans la traduction disponible en ligne sur http://happy.joueb.com/news/99-nakajima-atsushi-le-maitre .

3/ Akutagawa Ryunosuke (1892-1927) : Le Tableau d'une Montagne à la saison d'automne. 15 pages
Citation :
" « A propos de Ta Ch'ih, avez-vous jamais vu son tableau d'une Montagne à la saison d'automne ?... »
Un soir, en visite chez son ami, Yün Nan-t'ien, Wang Shih-Kou avait, au cours de leur entretien, posé la question.
[...]
Chose étrange, dit Wang Shih-Kou, je ne pourrais pas dire moi-même avec certitude si je l'ai vu ou non. En fait...
- Vous dites que vous ne savez pas si vous l'avez vu ? » " (page 57).
Et Wang Shih-Kou raconte l'histoire étrange de ce tableau, chef-d'oeuvre parmi les chefs-d'oeuvre.
Très bonne nouvelle, qui traite en fait un peu du témoignage, de l'impression que peut produire une oeuvre, et de la mémoire (thème Akutagawaien, si l'on repense à sa nouvelle Dans le Fourré).
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MessageSujet: Re: Nouvelles et contes du Japon   Dim 19 Déc 2010 - 21:04

4/ Niwa Fumio (1904-2005) : Odieuse veillesse. 48 pages (c'est de loin la plus longue nouvelle du recueil).
"Odieuse vieillesse est une attaque directe contre l'un des aspects de la vie familiale au Japon : la vénération traditionnelle des Japonais pour les vieilles gens (et la longévité en général), que l'auteur considère à la fois comme anachronique et nuisible. Elle a soulevé un intérêt persistant depuis sa publication en 1948 et l'expression « odieuse vieillesse » est entrée dans le vocabulaire courant." (page 73).
"Très malade, victime lui-même de « cette odieuse vieillesse », il a cessé d'écrire depuis de nombreuses années." (page 73) Très malade, peut-être, n'empêche qu'il a vécu 101 ans !
Odieuse vieillesse, c'est l'histoire de la vieille Umé. Elle a quatre-vingt-six ans, perd la tête, elle devient méchante, elle chaparde, dit du mal des gens, a toujours faim, dit qu'on l'affame, ne se souvient plus qu'elle vient de manger... alzheimer, peut-être bien.
Citation :
"Grand-maman est un fléau qui s'abat sur la famille, songeait Senko, et frappe maintenant la troisième génération. Umé avait survécu à son mari, puis à sa fille. Et Senko et Sachiko étaient donc obligées à leur tour de s'occuper de quelqu'un qui aurait dû mourir depuis longtemps !" (page 80).
Hop, y'en a marre, on la refile à la famille de la soeur cadette, qui habite à la campagne.
Une excellent nouvelle, quand même assez horrible.

5/ Shiga Naoya (1883-1971) : L'artiste. 9 pages.
"L'artiste est un des textes le plus souvent repris dans les programmes scolaires." (page 123). Bonne petite nouvelle sur un jeune garçon qui collectionne les coloquintes.
Citation :
"Séibé ne pensait qu'à sa collection. Un jour, comme il se promenait au bord de la plage, il sursauta : il venait d'apercevoir la longue tête chauve d'un vieillard. Celui-ci sortait en courant d'une des cabines de bain. « Quelle magnifique coloquinte ! » songea aussitôt Séibé. Le vieil homme disparut en hochant son crâne rose. Alors seulement Séibé comprit son erreur, et il éclata de rire. Il rit tout le long du chemin qui le menait chez lui." (page 126).

6/ Shiga Naoya (1883-1971) : Le crime de Han. 17 pages.
Cette nouvelle commence ainsi :
Citation :
"Au cours d'une représentation de lancement de couteaux, un jeune jongleur chinois, nommé Han, trancha la carotide de sa femme. La victime mourut sur-le-champ. Han fut aussitôt arrêté." (page 135).
Le juge d'instruction enquête, on lira l'interrogatoire du directeur du théâtre et de Han.
Très bien.


Même si la traduction fait quand même parfois un peu vieillot, il s'agit recueil de nouvelles vraiment excellent.
Malheureusement, ce recueil était "offert gracieusement" pour le Salon du Livre 1997 (consacré au Japon), et il n'est plus disponible, à part dans les bibliothèques...
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MessageSujet: Re: Nouvelles et contes du Japon   Lun 20 Déc 2010 - 14:40

eXPie a écrit:

Même si la traduction fait quand même parfois un peu vieillot, il s'agit recueil de nouvelles vraiment excellent.
Malheureusement, ce recueil était "offert gracieusement" pour le Salon du Livre 1997 (consacré au Japon), et il n'est plus disponible, à part dans les bibliothèques...

Voilà en effet 13 ans que j'ai lu ces nouvelles (livre offert en 1997 par mon libraire de l'époque!) et j'en ai gardé un très bon souvenir, en particulier "le tableau d'une montagne" dont je me souviens encore assez bien... Des nouvelles, comme tu dis eXPie, très intéressantes et bien représentatives à mon avis des nouvelles japonaises du XXème siècle.
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MessageSujet: Re: Nouvelles et contes du Japon   Lun 20 Déc 2010 - 19:35

Cachemire a écrit:
eXPie a écrit:

Même si la traduction fait quand même parfois un peu vieillot, il s'agit recueil de nouvelles vraiment excellent.
Malheureusement, ce recueil était "offert gracieusement" pour le Salon du Livre 1997 (consacré au Japon), et il n'est plus disponible, à part dans les bibliothèques...

Voilà en effet 13 ans que j'ai lu ces nouvelles (livre offert en 1997 par mon libraire de l'époque!) et j'en ai gardé un très bon souvenir, en particulier "le tableau d'une montagne" dont je me souviens encore assez bien... Des nouvelles, comme tu dis eXPie, très intéressantes et bien représentatives à mon avis des nouvelles japonaises du XXème siècle.

C'est curieux qu'elles n'aient pas été rééditées, mais j'ai l'impression que les recueils de nouvelles japonaises en général ne sont pas réédités.
Peut-être que ça ne se vend pas assez...
Oui, elle est très bien, la nouvelle d'Akutagawa !
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MessageSujet: Re: Nouvelles et contes du Japon   Lun 20 Déc 2010 - 21:36

Est-ce qu'on peut mettre les Contes d'Ise et les Contes de pluie et de lune d'Akinari dans les nouvelles japonaises, bien que cela soit des contes?
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MessageSujet: Re: Nouvelles et contes du Japon   Lun 20 Déc 2010 - 21:46

Cachemire a écrit:
Est-ce qu'on peut mettre les Contes d'Ise et les Contes de pluie et de lune d'Akinari dans les nouvelles japonaises, bien que cela soit des contes?

Oh, bien sûr, vas-y !

(je peux éventuellement changer le titre du fil... mais mettre quoi ? Courts du Japon ? Petits textes du Japon ?)
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MessageSujet: Re: Nouvelles et contes du Japon   Lun 20 Déc 2010 - 21:50

eXPie a écrit:
Cachemire a écrit:
Est-ce qu'on peut mettre les Contes d'Ise et les Contes de pluie et de lune d'Akinari dans les nouvelles japonaises, bien que cela soit des contes?

Oh, bien sûr, vas-y !

(je peux éventuellement changer le titre du fil... mais mettre quoi ? Courts du Japon ? Petits textes du Japon ?)

Pas vraiment besoin de changer... ou peut-être pour "nouvelles et contes du Japon", mais c'est un peu long, non ?

Je me replonge pour demain dans Akinari que j'ai TELLEMENT aimé!
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MessageSujet: Re: Nouvelles et contes du Japon   Lun 20 Déc 2010 - 21:59

Cachemire a écrit:

Pas vraiment besoin de changer... ou peut-être pour "nouvelles et contes du Japon", mais c'est un peu long, non ?

Je me replonge pour demain dans Akinari que j'ai TELLEMENT aimé!
Hop, j'ai changé le titre.
Contes de pluie et de lune, je ne les pas encore lus...
Mais dans le cas de Ueda Akinari, on connaît l'auteur, il peut donc avoir un fil (et il n'en a pas encore !).
Ca ne serait pas le cas pour les Contes d'Ise, par exemple.
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MessageSujet: Re: Nouvelles et contes du Japon   Mar 21 Déc 2010 - 14:28

eXPie a écrit:

Hop, j'ai changé le titre.
Contes de pluie et de lune, je ne les pas encore lus...
Mais dans le cas de Ueda Akinari, on connaît l'auteur, il peut donc avoir un fil (et il n'en a pas encore !).
Ca ne serait pas le cas pour les Contes d'Ise, par exemple.

Je suis obligée de commencer à en parler alors?!!

Les Contes de Pluie et de lune sont l'oeuvre de Akinari Ueda (1734-1788) et se composent de 9 contes ou récits fantastiques.
L'oeuvre est considérée au Japon comme un classique de la littérature, d'une grande perfection formelle. Pour les lecteurs occidentaux, ces contes dégagent d'abord un grand exotisme esthétique et réservent des surprises... Ils ont été traduit la première fois en 1956 par René Sieffert (c'est l'édition originale en français).

Mais avant de détailler un ou deux contes, je vais ouvrir un fil pour parler du personnage d'Akinari... un original!
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MessageSujet: Re: Nouvelles et contes du Japon   Mar 21 Déc 2010 - 14:36

Je suis en train de lire le tome 2 des Nouvelles japonaises, chez Picquier.
J' en ai lu quatre et celles que j' ai préféré sont celles de Mishima : Les Ailes, originale et inventive, et surtout celle d' Ishikawa Jun : La Légende dorée, superbement écrite.

DailleursIshikawa fait partie de mes prochains achats avec Umésaki.
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MessageSujet: Re: Nouvelles et contes du Japon   Dim 9 Jan 2011 - 21:29

Neuf nouvelles japonaises (traduites par Serge Elisséev et "édité pour la première fois en 1924 par G. Van OEst, Editeur"). Réédité en 1984 par Le Calligraphe. 256 pages.
Ce qui est très sympathique, et assez émouvant, c'est que Serge Elisséev parle au présent des grands auteurs présentés, car ils étaient vivants lors de l'élaboration de ce recueil, certains même n'avaient pas encore donné la pleine mesure de leur talent, d'autres n'avaient plus longtemps à vivre (Akutagawa).

1/ Shiga Naoya (1883-1971) : Le Crime du jongleur (septembre 1913). 19 pages.
Il s'agit d'une nouvelle également connue sous le nom Le crime de Han (voir la 5ème nouvelle du recueil L'Iris Fou, on pourra d'ailleurs comparer la traduction du petit extrait).
Citation :
"Il s'était produit pendant la représentation un événement inattendu. Le jongleur chinois Fan avait, avec un couteau, tranché la carotide à sa jeune femme : elle était morte sur place. Fan avait été arrêté immédiatement." (page 7).
Le juge d'instruction enquête, on lira l'interrogatoire du directeur du théâtre et de Han.
Très bien.

2/ Tanizaki Junichirô (1886-1965) : Le Tatouage (1910). 15 pages.
Citation :
"Le Tatouage est le premier texte important de Tanizaki, celui qui marque ses débuts sur la scène littéraire des dernières années de Meiji, et qui va lui permettre assez rapidement d'attirer l'attention des cénacles littéraires et des milieux artistiques en général, attention qui entraînera bientôt les commandes des éditeurs, et aiguisera le regard des censeurs !" (Jean-Jacques Tschudin, La Pléiade, page 1595). Tanizaki s'oppose au naturalisme, "qui trop souvent se contente d'étaler avec complaisance de petites tranches de vie intime, pour mettre d'emblée en oeuvre d'autres options stylistiques et explorer un territoire qu'il ne se lassera plus jamais de parcourir." (page 1597).
Citation :
"Il y avait un jeune tatoueur plein de talent, qu'on appelait Seikichi. Il était fort à la mode et s'était fait la réputation d'être aussi habile que Charibun d'Asakusa, Yappei de la rue de Matsushima et Konkonjirô ; les peaux de plusieurs dizaines d'hommes qui avaient servi de fond aux pinceau de l'artiste avaient fondé sa gloire. [...]
Seikichi s'était fait connaître antérieurement comme peintre d'ukiyo-e ; il appartenait à l'école de Toyokuni et de Kunisada. En tombant au rang de tatoueur, il n'en conserva pas moins une véritable âme d'artiste et une grande sensibilité. Les personnes dont la peau ou la constitution ne lui plaisait point ne pouvaient rien obtenir de lui, et les clients qu'il agréait devaient être prêts à accepter sans discussion le dessin qu'il choisissait et le prix qu'il fixait, et aussi à endurer pendant un ou deux mois la douleur de ses aiguilles.
Dans l'âme de ce jeune tatoueur se cachaient des passions et des plaisirs qui restèrent ignorés des autres hommes. Lorsque la piqûre de ses aiguilles faisait gonfler la chair et la remplissait de sang, ses patients, incapables de supporter la douleur, poussaient des gémissements de souffrance. Plus ils gémissaient et plus l'artiste éprouvait un étrange sentiment de plaisir. Il aimait surtout à exécuter le tatouage au cinabre et le tatouage aux dessins estompés, qui étaient les plus douloureux. " (pages 32-33).

"Depuis des années son plus vif désir était d'avoir chez lui une belle fille à la peau brillante, qu'il rêvait de tatouer, en y mettant toute son âme. Mais le physique et le caractère de cette femme devaient remplir plusieurs conditions ; un beau visage, une jolie peau ne suffisaient pas à le satisfaire." (page 34).
Bien sûr, il va finir par trouver la jeune fille qui convient...
Excellente nouvelle, un classique.

3/ Nagai Kafû (1879-1959) : Le Renard. 26 pages.
Le narrateur se souvient du "vieux, très vieux jardin de la maison paternelle où je suis né, dans la rue Kanatomi du quartier Koishikawa. C'était il y a déjà trente ans." (page 52). Il y a un vaste jardin, et un jardinier, Yasukichi, qui s'en occupe.
Citation :
"Un soir, au début de l'hiver, alors que j'avais tout juste quatre ans, je regardais Yasukichi qui venait de finir d'envelopper de paille les sapins, les palmiers et les bananiers pour les protéger du gel, et qui démolissait une des parois de la margelle du puits toute couverte de champignons blancs desséchés. Ce puits est resté pour moi l'un de mes plus effrayants souvenirs. Toutes sortes d'insectes, des fourmis, des mille-pattes, des vers, des petits serpents, des perce-oreilles, qui dormaient dans leurs demeures hivernales, commencèrent à sortir lentement à travers les planches pourries du puits ; beaucoup de ces bestioles qui s'avançaient en rampant mouraient aussitôt qu'elles étaient exposées au vent froid de l'hiver, en montrant la pâle blancheur de leur ventre." (page 53). Il se passe des événements dans le vaste monde japonais. "C'était peu de temps après la guerre civile entre le Sud et l'Ouest. Il n'était question que de rebelles d'assassins, de brigands et de massacres." (page 56).
Et un renard est aperçu dans le jardin...
Pourquoi les hommes en veulent-ils au renard ? C'est une assez jolie nouvelle sur l'enfance, ses peurs, et l'évaluation des notions du bien et du mal.
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MessageSujet: Re: Nouvelles et contes du Japon   Dim 9 Jan 2011 - 21:30

4/ Akutagawa Ryûnosuke (1892-1927) : Les Poupées. 23 pages. On trouve également cette nouvelle dans le recueil La Magicienne.
En préambule, nous pouvons lire un poème de Buson :
"Hako wo deru / Kao wasurenu ya / Hina ni tsui"
"Puis-je oublier la fugre des deux poupées qui sortent de la boîte. " (page 78)
(Texte d'Elisabeth Suetsugu : "Boîte entrouverte / Deux visages délicats / Inoubliable apparition").
Puis la nouvelle débute par "Ceci est une histoire racontée par une femme âgée". (page 79).

La nouvelle est assez classique : "L'engagement de vendre les poupées à un Américain demeurant à Yokohama fut pris au mois de novembre." (page 79). Une famille doit se séparer de ses très belles poupées ("En japonais hina désign les poupées qu'on met sur des étagères le jour de la fête des poupées, le 3 mars. Les poupées avec lesquelles jouent les fillettes s'apppellent ningyô)", nous explique une note) : Impératrice, Empereur, dames de palais, musiciens... La différence de comportement des membres de la famille : attachement aux valeurs ancestrales, ou au contraire adoption immédiate des nouveautés (éclairage) est très évident. Pas mal.

5/ Okada Yachio : Les Trois jours. 18 pages.
Citation :
"Depuis ce matin Mme Kanako a de graves soucis. Elle songe à sa soeur cadette, qui est venue de la maison natale passer quelques jours chez elle et qui fut hier soir, par malchance, témoin de la conduite peu louable de son mari. Depuis son réveil elle se demande : « Quelles paroles injustes mon mari va-t-il trouver encore pour m'ennuyer ? Que pensera ma soeur en entendant cela ? Mieux vaudrait qu'elle rentrât chez elle avant que mon mari ne s'éveille, ou puisse-t-elle avoir la bonne idée d'aller se promener quelque part ! [...] »" (page 105). (eh oui, Mme Kanako pense en usant de l'imparfait du subjonctif, la vraie classe).
"C'était trois jours auparavant, au retour de la représentation donnée au théâtre Yûrakuza par la troupe Bandman, que l'humeur de son mari avait changé brusquement et était devenue désagréable, à la grande inquiétude de Kanako. Lui qui avait toujours eu des habitudes régulières, rentrait très tard depuis cette nuit-là, et son haleine sentait l'alcool. Et le matin, dès qu'il ouvrait les yeux, il réclamait d'une grosse voix inconnue à Kanako depuis septe ans qu'ils étaient mariés, de l'eau pour se laver le visage." (page 106).
Mme Kanako n'ose pas demander à son mari ce qui se passe. Yumiko, sa soeur, qui n'est pas mariée, ne comprend pas.
Citation :
"- [...] N'est-il pas naturel de demander l'explication d'une chose qu'on ne comprend pas ?
- Mais mon mari n'est pas un étranger, et il serait déplacé de lui demander avec insistance des explications pareilles.
- Ca, par exemple ! Moi il me semble au contraire que si c'était un étranger, il serait difficile de lui poser des questions, mais du moment qu'il s'agit de son mari, dès que quelque chose dans sa conduite vous paraît étranger, il faut lui en demander les raisons.
- Mais, Yumiko, on a beau se dire tout cela, dans un ménage on ne peut agir à la légère. Sinon, on n'arriverait qu'à une chose : c'est à mettre la discorde dans le ménage. "(page 115).
Bonne nouvelle, notamment la fin.

6/ Kubota Mantarô (1889-1963) : L'Eté qui commence. 15 pages.
Une femme, Mlle Osaki, va se marier. Le mari sait-elle qu'elle avait entretenu une liaison avec un acteur ?
Ils se marient, mais le passé de chacun d'eux va resurgir.
Petite nouvelle pas désagréable.
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MessageSujet: Re: Nouvelles et contes du Japon   Dim 9 Jan 2011 - 21:30

7/ Hasegawa Nyozekan (1875-1969) : Le Cornac. 49 pages.
Citation :
"Les nouvelles de Hasegawa Nyozekan présentent quelques difficultés de traduction parce que les personnages parlent toujours un langage individuel, spécial à leur caractère, ce qui donne au dialogue une richesse remarquable. Ainsi le langage du cornac est très expressif, parsemé de mots d'argots. En même temps la syntaxe de son style est très compliquée et il est difficile d'en rendre toute la saveur dans une langue étrangère. "(page 145).
Citation :
" « Allons, allons ! achetez des éléphants ! Des éléphants pour les garçons ! pour les fillettes ! un beau cadeau à rapporter à la maison ! »
L'homme qui criait ainsi, sans prendre garde à ceux qui l'entouraient, avait une figure rouge, sans âge, et ressemblait curieusement aux éléphants qu'il vendrait." (page 147).
Ces éléphants, ce sont bien sûr des jouets. Le marchand est un veuf qui a une fille de dix-sept, dix-huit ans, qui travaille à l'usine. Il aime boire du saké, ressasser de vieilles histoires... De nombreuses années auparavant, il a été le cornac d'un éléphant. Et il va recevoir une nouvelle proposition...
Bonne nouvelle, avec un "héros" pas très sympathique.

8/ Kukichi Kan (1888-1948) : Le double suicide de Shimabara. 30 pages.
Un écrivain veut écrire un roman feuilleton sur les double-suicides. Il se rend chez un ami à lui, qui lui raconte une affaire sur laquelle il avait travaillé du temps où il était procureur.
Bonne nouvelle, dans laquelle on voit l'humanité et la compassion finir par transparaître dans l'application froide de la justice.

9/ Satomi Ton (1888-1983) : Le bruit des vagues de la rivière. 26 pages.
Citation :
"Brusquement, il ouvrit les yeux. A en juger par le bruit que faisait les vagues, la rivière devait être singulièrement proche." (page 231)
. Lui, c'est M.Seta. Il se réveille dans un hôtel. A côté de lui, une Mlle Katsuyo dort toujours.
Citation :
"Peu à peu, ses yeux s'ouvrirent tout à fait. Son coeur avait le calme de l'automne ; mais il avait aussi la tristesse de cette saison où les feuilles tombent, où les champs fauchés semblent manquer de quelque chose." (page 233).
Il repense à sa femme.
Citation :
"Au début, il avait loué une chambre dans une des dépendances du temps de Katase, et il y avait installé sa femme avec sa mère à lui, une octogénaire d'humeur difficile. Elles attendaient là, toutes deux, comme des objets en consigne, tandis que lui-même, les yeux pleins de force et de sang, se démenait pour « faire » de l'argent." (pages 233-234).
Seta est un type pas bien gai, sans illusions, qui préfère faire boire les autres plutôt que de boire lui-même, et la nouvelle conte son histoire, pas bien gaie et sans illusions. Pas mal du tout.

Globalement, un très bon recueil de nouvelles, qui illustrent la diversité de la littérature des années 20, contemporaine du traducteur-présentateur, Serge Elisséev.
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MessageSujet: Re: Nouvelles et contes du Japon   Mar 14 Fév 2012 - 22:29


Anthologie de nouvelles japonaises contemporaines, Tome 1 - Jeunesse. Editions du Rocher. 281 pages. Nouvelles traduites du japonais par Jean-Jacques Tschudin et Pascale Simon.
Avant-propos : "Plus d'un demi-siècle est déjà passé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, et parmi "tous les changements et les transformations qui ont affecté la société, c'est probablement la perte de la solidité (mais peut-être était-elle illusoire ?) qu'avaient eu jusqu'alors les relations humaines au sein de la famille, ou entre amis et connaissances, ainsi que le sentiment de solitude de devoir vivre « sa vie » isolé [...] qui ont marqué les esprits" (page 8 ).

1/ On commence par Dazai Osamu (19/06/1909-13/06/1948) : Bizan (Bizan, mars 1948 ; traduit par Pascale Simon ; 15 pages).
Bizan, c'est le nom de la serveuse d'un bar-restaurant. Elle est très naïve, à la limite de la bêtise, mais aussi très dévouée, limite collante. Le narrateur et ses amis, habitués de cet établissement, ne se privent pas de la charrier. Méchante et cruelle jeunesse ! Elle leur tape vraiment sur le système. Elle, de son côté, éprouve de l'admiration pour le narrateur (un écrivain, bien sûr) et ses amis.
Citation :
"[...] l'idée que mon nom ou mes oeuvres pussent être touchées par des gens comme Bizan m'était proprement insupportable. [...] Les écrivains, qui travaillent à la sueur de leur front, allant jusqu'à sacrifier femme et enfants, ne se rendent-ils pas compte qu'ils sont peut-être au service de ce genre de lecteurs ? Cette pensée soulevait en moi un sentiment de dépit et d'amertume si fort que je n'arrivais même pas à en pleurer." (page 22).
En plus d'avoir du mal à comprendre, Bizan a un comportement étrange, fait des étourderies, elle dévale les escaliers lourdement, en faisant beaucoup de bruit, dérange les gens...

Très bonne nouvelle.

2/ Ishihara Shintarô (né le 30/09/1932) : Une parfaite partie de plaisir (Kanzenna yûgi, octobre 1957 ; traduit par Pascale Simon ; 34 pages).
Citation :
"La buée recommençait à couvrir le pare-brise.
-Revoilà la pluie.
- Je mets les essuie-glaces ?
- Oui." (page 27)
Deux hommes sont dans une voiture. On est dans un coin de campagne, il se fait tard.
"[...]
Après le bois de pins, ils franchirent un pont qui débouchait sur un arrêt de bus ; une femme était là, debout devant l'abri." (page 28).
La femme attend le bus.
Citation :
"- Montez, on va vous déposer à la gare.
Avec un air effrayé, la femme regarda longuement ses lèvres, mais soudain elle rit à nouveau et acquiesça avec lenteur.
- Attends, Takei, monte à l'arrière.
- Pourquoi ?
- Parce que. Tu piges rien, toi. C'est un cadeau qui nous est fait, ça." (page 30).
Les deux jeunes hommes sont totalement dénués de moralité. Ils sont du genre à prendre leur plaisir en se fichant complètement des autres. Et la femme de l'histoire est faible, psychologiquement parlant.
Le texte est un peu comme le Funny Games de Michael Haneke : froid et glauque à la fois, avec un style clinique.

Une très bonne nouvelle, mais horrible en même temps. La jeunesse dans ce qu'elle a de pire.


Dernière édition par eXPie le Mer 15 Fév 2012 - 22:38, édité 1 fois
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