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 J.K. Huysmans

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MessageSujet: J.K. Huysmans   J.K. Huysmans Icon_minitimeJeu 7 Juin 2007 - 13:22

J.K. Huysmans Huysma10
Suite à la suggestion de coline, je lance donc un fil sur Huysmans, qui j'espère vous intéressera... Very Happy
C'est un écrivain qui souvent est mal connu, voire totalement méconnu, etp ourtant je le trouve très intéressant, il illustre parfaitement le courant décadent de la fin du XIXème (A rebours-1884, je crois), premier roman de Huysmans, en est d'ailleurs le manifeste).

Bibliographie:

Citation :
Index: (cliquez sur les numéros de page pour y accéder directement)

Oeuvres :
1874 Le Drageoir aux épices (recueil de prose poétique), Page 1
1876 Marthe, histoire d’une fille,
1879 Les Sœurs Vatard,
1880 Sac au dos (nouvelle parue dans Les Soirées de Médan),
1880 Croquis parisiens (poèmes en prose),
1881 En ménage,
1882 À vau-l’eau, nouvelle, Pages 3, 5,
1883 L’Art moderne (critique d’art), Page 1
1884 A rebours, Pages 1, 2, 3, 4, 5,
1887 En rade,
1887 Un dilemme (nouvelle),
1888 La Retraite de monsieur Bougran (nouvelle),
1889 Certains (critique d’art),
1890 La Bièvre (monographie),
1891 Là-bas, Pages 1, 3, 4,
1895 En route,
1897 Gilles de Rais, Page 3,
1898 La Cathédrale, Page 3,
1898 La Bièvre et Saint-Séverin (monographies),
1901 Les Gobelins ; Saint-Séverin (monographies),
1901 Sainte Lydwine de Schiedam (hagiographie),
1902 De tout (recueil d’articles),
1903 L’oblat, Page 3
1905 Trois Primitifs (critique d’art),
1906 Les Foules de Lourdes,
1908 Trois Églises (monographie),

Biographie
J.K. Huysmans, le forçat de la vie par P. Locmant, Page 1,

Anthologies
A Paris, Page 1

Citation :
mise à jour le 24/04/2013 à la page 5



J.K. Huysmans Huysma12

Dans ce roman, un jeune homme, des Esseintes, décide de tout quitter pour vivre reclus dans un château, à la périphérie de la capitale. Dès le départ, on note sa préciosité et son goût pour le raffiné, signe par excellence du décadentisme : il ne s'entoure que de quelques livres d'auteurs du bas-latin, ne mange que des choses raffinées et rares, etc.
Je relirai certainement ce livre, car étant le premier que j'ai lu de Huysmans, je ne m'en rappelle pas dans les détails...
En tout cas, j'ai (et suis toujours) été fascinée par la personnalité de ses personnages, toujous torturés, qui ne savent quelle(s) décision(s) adopter.

M'étant trouvée un nouvel auteur fétiche Very Happy , j'ai poussé plus loin mon investigation, et j'ai lu là-bas, puis la cathédrale (que je n'ai pas encore finie)
J.K. Huysmans 233704_76810_2

Dans là-bas (mon préféré pour l'instant), un nouveau personnage apparaît : Durtal (que l'on retrouvera successivement dans en route et la cathédrale).
Dans là-bas, Durtal, un jeune homme plutôt mystique et qui ne sait à quelles pratiques religieuses se conformer, qui doute aussi beaucoup, s'initie au satanisme, et afin d'avoir une vision plus complète de toutes les formes de religions, il s'entoure d'un prêtre, d'un sonneur de cloches (toutes les réunions entre les personnages se déroulent chez Carhaix, le osnneur, ce qui confère une atmosphère assez étrange au livre), d'un astrologue, etc.

Dans tous les romans de Huysmans, on retoruve cette alternance entre fiction et en même temps savoir (dans là-bas, Durtal écrit en parallèle l'histoire de Gilles de Rais, le "serial killer" du XIXvème siècle); je ne sais plus quel critique disait que la cathédrale était une oeuvre foisonnante : c'est tout à fait ça ! On est pris par les interrogations de Durtal, on visite avec lui la cathédrale de Chartres et on apprend énormément sur l'art religieux, les symboles, la Bible, etc.
C'est vraiment passionnant Very Happy

Je me suis achetée en route (qui normalement précède la cathédrale, puisque dans en route, Durtal est à la Trappe), je le lriai certainement cet été :)
Et puis j'ai emprunté d'autres de ses écrits, plutôt des nouvelles (en ménage, en rade, sac au dos(réedité en Folio 2 euros récemment- etc)

J'attends vos avis :)
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MessageSujet: Re: J.K. Huysmans   J.K. Huysmans Icon_minitimeJeu 7 Juin 2007 - 13:27

Merci "Fantaisie Héroïque" d'avoir ouvert ce fil sur Huysmans. Je n'ai lu jusqu'à présent que "Là-bas" que j'ai beaucoup apprécié. Mais je crois que suite à ton fil je vais me procurer un jour où l'autre "A rebours" , "En route"et "La cathédrale".
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MessageSujet: Re: J.K. Huysmans   J.K. Huysmans Icon_minitimeJeu 7 Juin 2007 - 14:33

Extraits de sa bio Wikipedia :

Citation :
Joris-Karl Huysmans est un écrivain français, critique d'art, né à Paris le 5 février 1848 et mort dans la même ville le 12 mai 1907.

Il descend d'une longue lignée d'artistes peintres flamands. Il est inscrit à l'état civil sous la forme francisée de son nom : Georges-Charles Huysmans. Il est à noter que la plupart de ses œuvres ont été éditées — et continuent de l'être — sous la forme abrégée de J-K. Huysmans.
Après une « jeunesse d'humiliation et de panne » (le remariage de sa mère avec l'homme d'affaires protestant Jules Og), il poursuit une carrière de fonctionnaire pendant trente ans.

Il publie à compte d'auteur en 1874 un recueil de poèmes intitulé Le Drageoir à épices qui est réédité et rebaptisé l'année suivante Le drageoir aux épices. Un article sur L'Assommoir et un roman, Les Sœurs Vatard (1879), lui valent l'amitié d'Émile Zola et l'amènent à participer à la publication en 1880 d'un recueil collectif intitulé Les Soirées de Médan, véritable manifeste en acte du naturalisme, où il insère A vau-l'eau. Ses œuvres peignent alors des existences ternes et une vie quotidienne fade dans En Ménage (1881) et À vau-l'eau (publié à part en 1882). Déjà apparaissent son pessimisme et son dégoût pour un monde moderne composé « de sacripants et d'imbéciles ».

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MessageSujet: Re: J.K. Huysmans   J.K. Huysmans Icon_minitimeJeu 7 Juin 2007 - 18:08

Huysmans fait partie de ces auteurs que je me suis bien jurée de ne pas laisser de côté...
Je n'ai lu jusque-là que des extraits de ses oeuvres et, à chaque fois, j'ai trouvé sa prose admirable...
Merci Fantaisie Héroïque d'avoir ouvert ce fil...Il va, je l'espère, aiguiser encore plus ma curiosité et me pousser à franchir le pas... :)
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MessageSujet: Re: J.K. Huysmans   J.K. Huysmans Icon_minitimeJeu 7 Juin 2007 - 19:04

Deux pages lui sont consacrées dans numéro de juin du magazine littéraire Wink. A l'occasion du centième anniversaire de sa mort, beaucoup d'ouvrages, et notamment une bio, vont être proposés Very Happy
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MessageSujet: Re: J.K. Huysmans   J.K. Huysmans Icon_minitimeJeu 7 Juin 2007 - 20:52

. . Il est effrayant sur la petite photo :
on dirait soit Landru qui s'apprête à prendre une vie de femme,
soit Don Quichotte qui vient d'avaler un piment fort.
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MessageSujet: Re: J.K. Huysmans   J.K. Huysmans Icon_minitimeVen 8 Juin 2007 - 0:19

Fantaisie héroïque a écrit:
Deux pages lui sont consacrées dans numéro de juin du magazine littéraire Wink. A l'occasion du centième anniversaire de sa mort, beaucoup d'ouvrages, et notamment une bio, vont être proposés Very Happy

Oui...J'ai découvert cela cet après-midi... :)
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MessageSujet: Re: J.K. Huysmans   J.K. Huysmans Icon_minitimeVen 8 Juin 2007 - 1:40

Le drageoir aux épices (extrait)

Camaïeu rouge

La chambre était tendue de satin rose broché de ramages cramoisis, les rideaux tombaient amplement des fenêtres, cassant sur un tapis à fleurs de pourpre leurs grands plis de velours grenat. Aux murs étaient appendus des sanguines de Boucher et des plats ronds en cuivre fleuronnés et niellés par un artiste de la Renaissance.

Le divan, les fauteuils, les chaises, étaient couverts d'étoffe pareille aux tentures, avec crépines incarnates, et sur la cheminée que surmontait une glace sans tain, découvrant un ciel d'automne tout empourpré par un soleil couchant et des forêts aux feuillages lie de vin, s'épanouissait, dans une vaste jardinière, un énorme bouquet d'azaléas carminées, de sauges, de digitales et d'amarantes.
La toute-puissante déesse était enfouie dans les coussins du divan, frottant ses tresses rousses sur le satin cerise, déployant ses jupes roses, faisant tournoyer au bout de son pied sa mignonne mule de maroquin. Elle soupira mignardement, se leva, étira ses bras, fit craquer ses jointures, saisit une bouteille a large ventre et se versa, dans un petit verre effilé de patte et tourné en vrille, un filet de porto mordoré.

A ce moment, le soleil inonda le boudoir de ses fleurs rouges, piqua de scintillantes bluettes les spirales du verre, fit étinceler, comme des topazes brûlées, l'ambrosiaque liqueur et, brisant ses rayons contre le cuivre des plats, y alluma de fulgurants incendies. Ce fut un rutilant fouillis de flammes sur lequel se découpa la figure de la buveuse, semblable à ces vierges du Cimabué et de l'Angelico, dont les têtes sont ceintes de nimbes d'or.

Cette fanfare de rouge m'étourdissait ; cette gamme d'une intensité furieuse, d'une violence inouïe, m'aveuglait ; je fermai les yeux et, quand je les rouvris, la teinte éblouissante s'était évanouie, le soleil s'était couché !

Depuis ce temps, le boudoir rouge et la buveuse ont disparu ; le magique flamboiement s'est éteint pour moi.

L'été, cependant, alors que la nostalgie du rouge m'oppresse plus lourdement, je lève la tête vers le soleil, et là, sous ses cuisantes piqûres, impassible, les yeux obstinément fermés, j'entrevois, sous le voile de mes paupières , une vapeur rouge ; je rappelle mes souvenirs et je revois, pour une minute, pour une seconde, l'inquiétante fascination, l'inoubliable enchantement
.
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MessageSujet: Re: J.K. Huysmans   J.K. Huysmans Icon_minitimeVen 8 Juin 2007 - 1:46

Le drageoir aux épices (extrait)

Le Hareng Saur

Ta robe, ô hareng, c'est la palette des soleils couchants, la patine du vieux cuivre, le ton d'or bruni des cuirs de Cordoue, les teintes de santal et de safran des feuillages d'automne !

Ta tête, ô hareng, flamboie comme un casque d'or, et l'on dirait de tes yeux des clous noirs plantés dans des cercles de cuivre !

Toutes les nuances tristes et mornes, toutes les nuances rayonnantes et gaies amortissent et illuminent tour à tour ta robe d'écailles.

A côté des bitumes, des terres de Judée et de Cassel, des ombres brûlées et des verts de Scheele, des bruns Van Dyck et des bronzes florentins, des teintes de rouille et de feuille morte, resplendissent, de tout leur éclat, les ors verdis, les ambres jaunes, les orpins, les ocres de rhu, les chromes, les oranges de mars !

O miroitant et terne enfumé, quand je contemple ta cotte de mailles, je pense aux tableaux de Rembrandt, je revois ses têtes superbes, ses chairs ensoleillées, ses scintillements de bijoux sur le velours noir ; je revois ses jets de lumière dans la nuit, ses traînées de poudre d'or dans l'ombre, ses éclosions de soleils sous les noirs arceaux !
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MessageSujet: Re: J.K. Huysmans   J.K. Huysmans Icon_minitimeVen 8 Juin 2007 - 7:39

je n'ai lu qu'A rebours", en fac. J'avais bien aimé, sans plus. Il me faudra le relire afin de l'aborder autrement que dans l'obligation de!
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MessageSujet: Re: J.K. Huysmans   J.K. Huysmans Icon_minitimeVen 8 Juin 2007 - 12:31

Je me délecte à lire des passages de Huysmans...mais je ne sais pas si j'aimerais lire ses ouvrages en entier...Je ne m'y suis encore jamais résolue...J'ai l'impression que je saturerais vite...
Pourtant quelle remarquable écriture!
En littéraires que nous sommes, nous ne pouvons pas ignorer cet auteur... :) C'est pourquoi je trouve intéressant que ce fil ait été ouvert...Pour avoir "des clartés de"...l'oeuvre de Huysmans.
C'est aussi le centenaire de sa mort, rendons lui donc hommage...

-Un recueil qui pourrait bien intéresser Babelle...(et d'autres aussi! :) ) pour découvrir ce que Huysmans a pu écrire, en dehors de "A rebours" , son ouvrage le plus connu.
"A Paris": Huysmans a écrit de nombreux textes sur Paris. Il les avait réunis sous le titre "Croquis Parisiens". "A Paris" est une anthologie de ces textes auxquels ont été ajoutés d'autres, souvent extraits des romans de Huysmans.
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MessageSujet: Re: J.K. Huysmans   J.K. Huysmans Icon_minitimeVen 8 Juin 2007 - 12:37

Ecrits sur l'art

Cette édition rassemble pour la première fois l'ensemble des écrits sur l'art que Huysmans publia entre 1867 et 1905.

Trouvé sur Fabula:
Découvreur de l'Impressionnisme et révélateur de nombreux talents, Huysmans contribua, par sa critique d'art, à l'évolution des idées esthétiques au tournant des XIXe et XXe siècles et à l'émergence de la peinture moderne. Le premier, il a su percevoir l'avenir du courant impressionniste, apprécier ses couleurs vivres et saisir le rôle nouveau conféré à la lumière, comprendre enfin la révolution qui s'opérait brutalement dans la peinture.
De l'art flamand et hollandais des XVIIe et XVIIIe siècles (Bosch, Brueghel, Van Dyck, Hals, Rembrandt…) à l'Impressionnisme (Monet, Manet, Degas, Pissarro, Caillebotte, Gauguin, Cézanne, Seurat …), puis du Symbolisme (Whistler, Moreau, Redon, Rops…) à la redécouverte des artistes primitifs (Grünewald, Van der Weyden…), la critique d'art de Huysmans est une promenade à travers les plus riches heures de l'Histoire de l'art.

Peintre du langage, Huysmans pulvérise la pensée au delà de toute notion de genre. À la frontière de la critique d'art et de la littérature, ses écrits esthétiques prennent place aux côtés de ceux de Diderot, Stendhal ou Baudelaire et constituent le témoignage singulier d'un esthète du XIXe siècle sur la peinture, en même temps qu'une invitation à relire son oeuvre de romancier à la lumière de sa conception picturale personnelle, à la fois moderne et hors du temps.

« Jamais on a si bien, si hautement écrit sur les artistes modernes. »
CLAUDE MONET
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MessageSujet: Re: J.K. Huysmans   J.K. Huysmans Icon_minitimeVen 8 Juin 2007 - 12:50

Ecrits sur l'Art (extrait)

J.K. Huysmans Manet1877nanazk5
'Nana de Manet.'


" Le tableau de Manet que le jury du Salon de 1877 a refusé d'admettre, à l'unanimité des voix, vient d'être exposé aux vitrines de la maison Giroux.

Inutile d'ajouter que, matin et soir, l'on s'entasse devant cette toile et qu'elle soulève les cris indignés et les rires d'une foule abêtie par la contemplation des stores que les Cabanel, Bouguereau, Toulmouche et autres croient nécessaire de barbouiller et d'exposer sur la cimaise, au printemps de chaque année.

Le sujet du tableau, le voici: Nana, la Nana de L'Assommoir, se poudre le visage d'une fleur de riz. Un monsieur la regarde.

Je déclare tout d'abord que je reconnais, dans cette nouvelle oeuvre de M. Manet, de singulières défaillances, j'y trouve également cette gaucherie d'exécution tant insultée par ces aimables peintres qui soufflent des princesses en baudruche et les suspendent au plafond satiné des boudoirs avec ces étiquettes imbéciles: Premier trouble, Jours heureux, Puis-je entrer?, Rêverie, mais j'y vois aussi ce qu'aucun des peintres non impressionnistes n'a encore su faire: la fille!

Rendre l'attitude irritante des hanches qui se torillent, rendre la polissonnerie des regards noyés, faire sentir l'odeur de la chair qui bouge sous la batiste, rendre le luxe des dessous entrevus, exprimer les prostrations, les énervements, la bestialité joyeuse ou la résignation fatiguée des filles, tout cela n'a pu être réussi par ces milliers de peintres que l'Ecole des Beaux-Arts lâche, en des jours de malheur sur le pavé de la capitale.

Mais revenons-en au tableau de Manet. Nana est debout, se détachant sur un fond où une grue passe, effleurant les touffes cramoisies de pivoines géantes; elle est en corset, les épaules et les bras sont nus, la croupe renfle sous le jupon blanc, les jambes serrées dans des bas en soi grise, brochés sur le coup de pied, d'une fleur éclatante, se perdent, sans plis, dans des mules à hauts talons, d'un violet intense. Nana lève le bras et approche de son visage, sur lequel foisonne sa tignace couleur de paille, la houppe qui va le nuer et couvrir de sa poussière embaumée par l'ihlang les minuscules points d'or qui mouchettent sa peau.

Comme dans certains tableaux japonais, le monsieur sort du cadre, il est enfoui dans un divan, les jambes croisées, la canne entre les doigts, dans cette attitude de l'homme qui détaille nonchalamment la femme quand lentement elle se harnache. - Il a gardé son chapeau, il est comme chez lui - pour l'instant du moins. - Nana n'a point à se gêner; son amant ne doit plus rien ignorer d'ailleurs des joies que lui ont promises ses toilettes de bataille, le premier soir qu'il la rencontra. Si je ne craignais de blesser la pudibonderie des lecteurs, je dirais que le tableau de M. Manet sent le lit défait, qu'il sent en un mot ce qu'il a voulu représenter, la cabotine et la drôlesse.

Observation profonde: les bas que des personnes peu habituées sans doute aux déshabillés emphatiques des filles, trouvent invraisemblables et durement rendus, sont absolument vrais; ce sont ces bas à la trame serrée, ces bas qui luisent sourdement et se fabriquent, je crois, à Londres.

L'aristocratie du vice se reconnaît aujourd'hui au linge; la plus piètre histrionne arbore des toilettes tapageuses, mais la veritable opulence éclate plus dans la dentelle des chemisettes et dans les bas et dans les bottines mignonnement ouvrés, que dans les robes ornées de fanfreluches et les chapeaux surmontés de panaches et d'oiseaux. J'ajouterai encore que la convoitise, que le rêve, que l'idéal des filles du peuple qui, après avoir longtemps piétiné sur le fumier des rues ont pu sauter, un beau jour, sur la plume des lits, est de se tailler des vêtements et de coucher dans cette étoffe. - La soie, c'est la marque de fabrique des courtisanes qui se louent cher.

Nana est donc arrivée, dans le tableau du peintre, au sommet envié par ses semblables et, intelligente et corrompue comme elle est, elle a compris que l'élégance des bas et des mules était, à coup sûr, l'un des adjuvants les plus précieux que les filles de joie aient inventés pour culbuter les hommes.

Il serait puéril de le nier. Les bas d'azur à jarretière citron, les bas cerise, les bas noirs brodés de ramages blancs, les bas à damier cramoisi et soufre, les bas mauve ou fleur de pêcher, diaphanes et laissant discrètement percer le rose de la peau ou épais et dessinant seulement le contour troublant du mollet, sont aussi bien que les pierres serties, que les gazes très claires, que le fard de Chine, le blanc de perle, le bleu myosotis, aussi bien que les pâtes musquées et le kh'ol d'Orient, les poivres longs, les rouges piments, les sauces incendiaires, habiles à réveiller la torpeur des estomacs lassés.

Manet a donc eu absolument raison de nous représenter dans sa Nana, l'un des plus parfaits échantillons de ce type de filles que son ami et que notre cher maître, Emile Zola, va nous dépeindre dans l'un de ses plus prochains romans. Manet l'a fait voir telle que forcément elle sera avec son vice compliqué et savant, son extravagance et son luxe des paillardises.

Ces quelques observations sur les attraits maquillés des femmes m'ont semblé nécessaires pour expliquer les details du tableau et l'artiste volupté qui s'en dégage. Je passe maintenant à la facture de l'oeuvre même.

Ainsi que je l'ai dit plus haut, Manet est loin d'être un peintre irréprochable, mais sa Nana est incontestablement l'une des meilleures toiles qu'il ait jamais signées. Le bras cerclé d'or, la main qui tient la houppe de cygne, une petite main assouplie par les crèmes et armée d'ongles en amande, soigneusement limés, sont, de tous points, charmants, les jambes sont fermes, on sent sous l'enveloppe brillante qui les couvre, la chair et non l'étoupe. Le seul reproche que je fasse à M. Manet, ainsi qu'à la plupart des impressionnistes, c'est l'abus des blancs crayeux, des rouges sales, des noirs brutalement plaqués; la tête de Nana n'est pas heureuse, l'attache du cou médiocre, mais tout le corps, depuis l'épaule jusqu'aux plantes, est absolument bien. Le monsieur assis, le 'voyant' est également parfait; quant aux accessoires, ils sont brossés avec une largeur que les Desgoffe et autres léchotteurs devraient bien lui envier! Le divan, la robe bleue, jetée, au hasard des plis, sur une chaise, l'azalée qui s'épanouit, rouge, dans son cache-pot, tous les petits meubles du boudoir enfin, sont enlevés avec une vigueur et une bravoure vraiment remarquables!

Telle qu'elle est, avec ses qualités et avec ses défauts, cette toile vit et elle est supérieure à beaucoup des lamentables gaudrioles qui se sont abattues sur le Salon de 1877; je me demande si vraiment il faudra, pendant longtemps encore, que pour être admis dans ce temple du bric à brac, un artiste passe par le jugement des messieurs vieillis qui s'imaginent qu'un peintre 'fait distingué' quand il se garde de rendre simplement l'être humain ou la nature, ainsi que son tempérament les lui a fait voir?
"

J.-K. HUYSMANS (13 mai 1877)
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MessageSujet: Re: J.K. Huysmans   J.K. Huysmans Icon_minitimeSam 23 Juin 2007 - 1:54

Quelques mots de Jérôme Garcin, au sujet d'une biographie de Huysmans:

Il a vécu à rebours et à vau-l'eau, passant du très bas au très haut, du parisianisme au mysticisme, sans jamais abdiquer son pessimisme flamand. Son existence, 1848-1907, est vraiment stupéfiante. Rond de-cuir au ministère de l'Intérieur pendant plus de trente ans, Georges Charles ( alias Joris-Karl ) Huysmans a été, un temps, naturaliste avec Zola avant de préfigurer le surréalisme. Il a célébré l'impressionnisme de Monet et Degas lorsqu'il était vomi par les académies et conspué par le bourgeois. Il a tâté du satanisme, du spiritisme et de l'occultisme avant d'embrasser le catholicisme. Il a été à la fois visionnaire ( en art ) et passéiste ( il mythifie le vieux Paris et s'acharne à détruire la tour Eiffel, ce « suppositoire » en forme de « tuyau d'usine »). Il a habité des châteaux en ruine, célébré des messes noires, fréquenté les bordels et les troquets, aimé la compagnie des filles de joie et des soûlots, et puis soudain, après s'être retiré à la Trappe d'Igny, puis à Solesmes et à Ligugé, l'écrivain décadent s'est fait oblat. Il est le seul bénédictin de l'Académie Goncourt. Il est mort d'un cancer de la mâchoire. Sous un titre formidable - « le Forçat de la vie » -, Patrice Locmant raconte l'enfer de cet homme multiple épris d'absolu. Il fait si bien son portrait qu'on dirait qu'il l'a connu, et parfois consolé.

" J-K. Huysmans. Le forçat de la vie ", par Patrice Locmant, Bartillat,
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MessageSujet: Re: J.K. Huysmans   J.K. Huysmans Icon_minitimeMar 21 Aoû 2007 - 22:52

Ce qui me gêne souvent dans l'interprétation du fameux à Rebours, c'est qu'on en fasse un roman du rien, plutôt qu'un vrai roman d'ennui.
Je suis toujours déçu de voir que l'on trouve que les actes desepérés face à l'ennui (ne le sont-ils pas tous ?)soient des actes de rien.
J'ai souvent lu: "dans A rebours il ne se passe rien".
Or le personnage de des Esseintes est en constante réflexion, en constante action.
Pour moi Des Esseintes est avant tout un personnage en errance dans l'ennui, l'ennui du siècle, il se réfugie dans Pétrone et Pisandre (il a bien raison d'ailleurs^^), il décore sa maison, gère sa rente, et fini par une envie de voyage, d'ailleurs.
Roman circulaire aussi, car la fin rejoint le début dans ce désir d'autre.

Bref pour moi A rebours est un roman d'errance, un roman d'errance dans un ennui mal être, un ennui conscient.

Ce que j'apprécie chez Huysmans c'est son talent descriptif, et son art de l'acte signifiant.
C'est un de mes auteurs favoris à ce jour.
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