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 Javier Cercas [Espagne]

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topocl
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MessageSujet: Re: Javier Cercas [Espagne]   Javier Cercas [Espagne] - Page 3 EmptyMar 22 Fév 2011 - 11:11

Ayant beaucoup aimé Les soldats de Salamine et A la vitesse de la lumière, j’attendais Anatomie d’un instant avec impatience.
Je l’ai lâché après la page 60 : j’ai trouvé le prologue très beau, puis entrée dans le livre je me suis dit que ce serait trop compliqué pour moi qui n’y connais rien en histoire contemporaine. Vos commentaires finalement vont sans doute me pousser à le reprendre.


bix229 a écrit:
C' est vraiment un roman, Avadoro ?

J' avais l' impression après avoir écouté l' auteur, qu' il s' agissait plutot d' un essai historique à
partir d' un fait que tous les espagnols connaissaient ?

Pour répondre à ta question, bix 229, je cite Cercas dans son intro : après avoir écrit un roman sur le sujet, il revoit sa position et se lance dans des recherches historiques approfondies :

« Ce furent quelques mois obsessionnels, heureux, pourtant à mesure que j’avançais dans mes recherches et que ma vision du coup d’Etat évoluait, je commençai non seulement à comprendre que je m’engageais dans un labyrinthe infini de souvenirs presque toujours irréconciliables, en un lieu où rares étaient les certitudes et les preuves et que, par prudence, les historiens n’avaient pas trop arpenté, mais surtout que la réalité du 23 février était d’une envergure telle qu’elle était impénétrable, du moins pour moi et que par conséquent il était inutile que je me lance le défit de l’asservir par un roman. Je pris davantage de temps à comprendre une chose bien plus importante : je compris que les faits du 23 février possédaient en eux-même cette force dramatique et ce potentiel symbolique que nous exigeons de la littérature et je compris aussi que, bien qu’écrivain de fictions, je tenais pour une fois à la réalité plus qu ‘à la fiction, ou que je tenais bien trop à la réalité pour souhaiter la réinventer en lui substituant une réalité alternative ; en fait, rien de ce que j’aurais pu imaginer sur le 23 février ne me touchait ni ne m’exaltait autant et ne pouvait se montrer plus complexe et plus éloquent que la réalité pure du 23 février. »
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Marie
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MessageSujet: Re: Javier Cercas [Espagne]   Javier Cercas [Espagne] - Page 3 EmptyMar 26 Avr 2011 - 4:25

Anatomie d'un instant
traduit de l'espagnol par Elisabeth Beyer et Alexandar Grujicic
Actes Sud

Citation :
Je l’ai lâché après la page 60 : j’ai trouvé le prologue très beau, puis entrée dans le livre je me suis dit que ce serait trop compliqué pour moi qui n’y connais rien en histoire contemporaine.
J’ai bien failli faire comme toi, topocl. A de nombreuses reprises, et pour les mêmes raisons. L’histoire de l’Espagne m’est presque tout à fait étrangère et cela me semble une évidence que cette lecture doit être plus facile pour ceux qui en savent un peu plus.
Mais moi aussi, j’aime Javier Cercas, son écriture, son honnêteté intellectuelle qui le pousse à s’interroger constamment ( J’avais trouvé A la vitesse de la lumière une réflexion très intelligente et sensible sur l’écriture )sur les motivations des personnages qu’il étudie. Et les siennes. Son art de passer du général au particulier. Et inversement.
Et puis la critique d'Avadoro, que j'ai relue plusieurs fois, m'a convaincue de ne pas lâcher!

Le titre est particulièrement bien choisi. Tel un anatomiste minutieux, obsédé par une image, Cercas va disséquer , observer, noter, parcourir des centaines de documents, établir des relations, comparer , réfléchir , revenir en arrière, expliquer, recommencer.Pour tenter de rester au plus près de la vérité des faits. De leur contexte et de leurs conséquences historiques. Et de pouvoir se glisser dans la peau des personnages qu’il décrit, à partir de l’instant où il les décrit, un instant plein de violence qu’Avadoro a raconté et dont on voit quelques images ici



Trois hommes ne se sont pas couchés pour éviter les balles donc une mort probable, ce sont eux bien sûr qui vont intéresser Cercas. Et en particulier Adolfo Suarez, le chef du gouvernement sortant , pour lequel Cercas n’éprouvait aucune sympathie .
Dans son prologue, il écrit:
Je l'avais toujours pris pour un arriviste du franquisme qui avait prospéré en courbant l'échine à force de révérences, un homme politique opportuniste, réactionnaire, bigot, superficiel et roué, qui incarnait tout ce que je détestais le plus dans mon pays et que j'identifiais, je le crains, avec mon père, suariste obstiné.

Première allusion à sa propre histoire , que l’on retrouvera, comme l’a dit Avadoro, très brièvement aussi mais de très émouvante façon, à la toute fin du livre, dévoilant la logique de cet ouvrage.

Si c’est bien sûr possible d’étudier la genèse d’un coup d’état, de le décrire, d’en suivre les conséquences dans le temps, est-il vraiment possible de comprendre pourquoi certains n’ont pas le même instinct, la même logique de survie que les autres? C’est là peut être qu’intervient le romancier,et ces pages à la fois complexes et désarmantes, mais aussi magnifiques de sincérité:

Borges a-t-il raison et est-il vrai que tout destin, aussi long et compliqué soit-il, consiste en réalité en un seul instant, celui où un homme sait une fois pour toutes qui il est? Je regarde une nouvelle fois l’image d’Adolfo Suarez dans la soirée du 23 février et, comme si je ne l’avais pas déjà vue des centaines de fois , elle me parait toujours aussi hypnotique et rayonnante, en même temps réelle et irréelle, rigoureusement saturée de sens: les gardes civils en train de tirer sur l’hémicycle, le général Gutierrez Mellado debout à côté de lui, la table du Congrès dépeuplée, les sténographes et les huissiers à terre et Suarez appuyé contre le cuir bleu de son siège de président alors que les balles sifflent autour de lui, seul, statuaire et spectral dans un désert de sièges vides.
C’est une image fugitive. Si je ne me trompe pas, il y a dans les gestes parallèles de Gutiérrez Mellado et Santiago Carillo une logique que nous sentons immédiatement avec l’instinct plutôt que plutôt que l’intelligence, comme s’il s’agissait de deux gestes nécessaires et programmés par l’Histoire et par les deux biographies opposées d’anciens ennemis de guerre. Le geste de Suarez est presque identique au leur, mais en même temps, nous sentons qu’il est différent et plus complexe, ou du moins, c’est ainsi que je le sens, sans doute parce que je sens aussi que son sens complet m’échappe. Il est vrai que c’est un geste de courage et un geste de grâce et un geste de rébellion, un geste souverain de liberté et un geste de comédien, le geste d’un homme fini qui conçoit la politique comme une aventure et qui essaie, tel un agonisant, de se légitimer et qui, pour un moment, semble incarner pleinement la démocratie, un geste d’autorité et un geste de rédemption individuelle et peut être collective, le dernier geste purement politique d’un pur homme politique, et pour cette raison, éminemment violent; tout cela est vrai, mais il est aussi vrai que, pour une raison ou pour une autre, cet inventaire de définitions ne satisfait ni le sentiment, ni l’instinct, ni l’intelligence comme si le geste de Suarez était un geste inépuisable ou inexplicable ou absurde, ou comme s’il contenait un nombre infinis de gestes. Il y a quelques jours, par exemple, je me suis dit que le geste de Suarez n’était pas en réalité un geste de courage, mais un geste de peur…Avant-hier soir, je me suis dit que le geste de Suarez était le geste d’un névrosé, le geste d’un homme qui s’effondre quand la chance lui sourit et qui prend de l’assurance dans l’adversité. . Hier soir, je me suis dit encore autre chose: je me suis dit que j’avais déjà écrit des pages et des pages à propos de Suarez et que je n’avais pas encore dit que Suarez était tout sauf un foutriquet, qu’il était un type sérieux, un type qui faisait honneur à sa parole et à ses actes, un type qui avait fabriqué la démocratie ou qui sentait qu’il l’avait fabriquée et qui dans la soirée du 23 février avait compris que la démocratie dépendait de lui , qui ne s’était pas caché et qui était resté immobile sur son siège alors que les balles sifflaient autour de lui dans l’hémicycle, tel un capitaine qui reste immobile sur le pont de commandement alors que son bateau est en train de sombrer. Et tout à l’heure, après avoir écrit la phrase de Borges au début de ce chapitre, j’ai pensé que le geste de Suarez était un geste borgésien et cette scène, une scène borgésienne parce que je me suis souvenu d’Alan Pauls qui, dans un essai sur Borges, dit que le duel est l’ADN des contes de Borges, son empreinte digitale, et je me suis dit que, contrairement au faux duel que s’étaient inventé autrefois Adolfo Suarez et Santiago Carrillo, cette scène était un duel authentique, c’est-à-dire un duel entre des hommes armés et des hommes qui ne le sont pas, c’est-à -dire une extase , une transe vertigineuse, une hallucination, une seconde extirpée au temps qui passe, «  une suspension du monde » comme dit Pauls, «  un bloc de vie arraché au contexte de la vie », un trou minuscule et éblouissant qui repousse toutes les explications ou peut être les contient toutes, comme si, en effet, il suffisait de savoir regarder pour voir dans cet instant éternel le chiffre exact du 23 février, ou comme si, mystérieusement, dans cet instant éternel, non seulement Suarez, mais aussi tout le pays avait su une fois pour toutes qui il était.

Je ne sais pas: je pourrais peut-être prolonger indéfiniment ce livre et tirer une infinité de sens du geste de Suarez sans en épuiser le sens ou sans frôler ou entrevoir son sens réel. Je ne sais pas. Je me dis parfois que tout cela n’est qu’une erreur, une élucubration ajoutée aux innombrables élucubrations qui existent autour du 23 février, la dernière et la plus insidieuse: si on accepte l’idée que ce qui est réellement énigmatique n’est pas ce qui n’a été vu de personne, mais ce que tout le monde a vu et que personne n’arrive à comprendre complètement, alors que le geste de Suarez ne contient peut être aucun secret ni aucun sens réel, ou du moins pas plus que ceux contenus dans tout autre geste , tous inépuisables ou inexplicables ou absurdes, telles des flèches tirées dans des directions infinies.
Mais parfois , en réalité la plupart du temps, je me dis que tel n’est pas le cas: les gestes de Gutiérrez Mellado et de Santiago Carrillo sont limpides, ils sont épuisables, explicables, intelligibles, c’est du moins ce que nous ressentons; le geste de Suarez ne l’est pas: si on se demande pas ce qu’il signifie, on comprend ce qu’il signifie; mais si on se demande ce qu’il signifie , on ne comprend pas ce qu’il signifie. C’est pourquoi le geste de Suarez n’est pas un geste limpide, mais un geste transparent: un geste porteur de sens car en soi, il ne signifie rien, un geste qui ne contient rien mais à travers lequel, comme à travers une vitre, nous nous sentons capables de tout voir- nous pourrions voir Adolfo Suarez, le 23 février, l’histoire récente de l’Espagne, peut être un visage qui est notre véritable visage- un geste d’autant plus troublant que son secret le plus enfoui consiste dans le fond à ne pas avoir de secret. A moins, bien évidemment, qu’avant d’être une erreur ou une bonne réponse, tout cela ne soit qu’un grand malentendu, et qu’interroger le sens du geste de Suarez ne revienne pas à formuler une question légitime, ou une fausse question, ou une question sans réponse, mais uniquement à formuler une question essentiellement ironique dont la véritable réponse est la question elle-même . A moins, je veux dire, que le défi que je me suis lancé au moment d’écrire ce livre, en essayant de répondre par la réalité à ce que je n’avais pas su et à quoi je n’avais pas voulu répondre par la fiction, ne soit pas un défi perdu d’avance , et que la réponse à cette question- la seule réponse possible à cette question- ne soit pas un roman.



C’est long? Oui.. Le livre est très long à lire, très dense, touffu, il y a de nombreux moments où je me suis sentie dépassée et perdue. Mais , de ce fouillis de points de vue, de faits réels, de suppositions , finit par émerger un récit que l’on lit comme un roman, brillant, et finalement assez passionnant.




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MessageSujet: Re: Javier Cercas [Espagne]   Javier Cercas [Espagne] - Page 3 EmptyMar 26 Avr 2011 - 8:17

Marie a écrit:
Anatomie d'un instant
traduit de l'espagnol par Elisabeth Beyer et Alexandar Grujicic
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Citation :
Je l’ai lâché après la page 60 : j’ai trouvé le prologue très beau, puis entrée dans le livre je me suis dit que ce serait trop compliqué pour moi qui n’y connais rien en histoire contemporaine.
J’ai bien failli faire comme toi, topocl. A de nombreuses reprises, et pour les mêmes raisons. L’histoire de l’Espagne m’est presque tout à fait étrangère et cela me semble une évidence que cette lecture doit être plus facile pour ceux qui en savent un peu plus.
J'ai eu le même sentiment avec Les Soldats de Salamine, que j'ai abandonné tant de nombreux éléments de l'histoire d'Espagne m'étaient trop inconnus (un comble lorsqu'on sait que ma mère a connu le franquisme).
J'ai donc lu dernièrement une brique s'intitulant L'histoire de l'Espagne des origines à nos jours de Jean Descola. Il n'est pas vraiment récent mais il a gagné le Prix Thiers en 1979. Je vais donc tenter de reprendre Les Soldats de Salamine, en espérant que cette plongée historique me donnera les éléments nécessaires pour mieux comprendre et cerner les enjeux de ce roman sourire
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MessageSujet: Re: Javier Cercas [Espagne]   Javier Cercas [Espagne] - Page 3 EmptyMar 26 Avr 2011 - 9:20

sentinelle a écrit:
Je vais donc tenter de reprendre Les Soldats de Salamine, en espérant que cette plongée historique me donnera les éléments nécessaires pour mieux comprendre et cerner les enjeux de ce roman sourire
j'avais l'impression qu'il ne faut pas savoir autant concernant les événements historiques.. mais c'est peut être aussi parce que j'en lis tellement des romans espagnols sur ces années là que je n'ai pas remarqué
En tout cas je te souhaite une bonne lecture Very Happy

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MessageSujet: Re: Javier Cercas [Espagne]   Javier Cercas [Espagne] - Page 3 EmptyMar 26 Avr 2011 - 11:16

Un avis qui fait plaisir, Marie ! Very Happy
Pour revenir sur la structure du livre, les pages qui suivent le prologue peuvent en effet sembler assez confuses. Cercas revient sur le contexte du coup d'Etat en remontant dans le temps, passant d'un personnage à un autre, traversant une époque et multipliant les données socio-politiques. Le lecteur est nécessairement bousculé, mais il retrouvera une cohérence bien plus tard, lorsque Cercas reprend en détail la peinture de ce "moment" de l'Histoire. Et ce n'est que sur la fin que l'ampleur bouleversante du projet devient une évidence.

Sur les évènements historiques, je pense que chacun a ses propres exigences par rapport à une oeuvre, pour se sentir à l'aise face à un sujet. Dans Les soldats de Salamine, Cercas fait très vite référence au phalangisme, aux Primo de Rivera, plonge dans le détail de ce qui précède la guerre civile. Mais là-encore, le lecteur doit insister pour trouver un équilibre (lorsque Cercas rapproche le politique et l'affectif, le legs du passé, la complexité tumultueuse d'un siècle).
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MessageSujet: Re: Javier Cercas [Espagne]   Javier Cercas [Espagne] - Page 3 EmptyMar 26 Avr 2011 - 11:32

je pense que dans les soldats de Salamine, l'aspect roman avait compensé pour moi les difficultés liées à mon inculture historique, ce qui n' a pas été le cas dans Anatomie d'un instant; je comprends tout à fait la démarche qui a fait que Cercas renonçait au roman qu'il avait déjà totalement écrit sur ce sujet (ce qu'il explique dans le prologue), mais de façon égoiste, je le regrette, pour moi cela aurait sans doute mieux marché.
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MessageSujet: Re: Javier Cercas [Espagne]   Javier Cercas [Espagne] - Page 3 EmptyMar 26 Avr 2011 - 11:55

kenavo a écrit:
sentinelle a écrit:
Je vais donc tenter de reprendre Les Soldats de Salamine, en espérant que cette plongée historique me donnera les éléments nécessaires pour mieux comprendre et cerner les enjeux de ce roman sourire
j'avais l'impression qu'il ne faut pas savoir autant concernant les événements historiques.. mais c'est peut être aussi parce que j'en lis tellement des romans espagnols sur ces années là que je n'ai pas remarqué
En tout cas je te souhaite une bonne lecture Very Happy
Je n'ai lu que très peu de romans d'auteurs espagnols et beaucoup de détails me passaient par dessus la tête, ce qui avait le don de m'exaspérer. Etant d'origine espagnole du côté de ma mère, je me devais de mieux connaitre son histoire d'où mon besoin d'en savoir plus avant de reprendre le roman, c'était le moment ou jamais sourire

Avadoro a écrit:
Sur les évènements historiques, je pense que chacun a ses propres exigences par rapport à une oeuvre, pour se sentir à l'aise face à un sujet. Dans Les soldats de Salamine, Cercas fait très vite référence au phalangisme, aux Primo de Rivera, plonge dans le détail de ce qui précède la guerre civile. Mais là-encore, le lecteur doit insister pour trouver un équilibre (lorsque Cercas rapproche le politique et l'affectif, le legs du passé, la complexité tumultueuse d'un siècle).
Tout à fait d'accord là-dessus, j'avais besoin de savoir comment l'Espagne en était arrivée à cette guerre civile. Après avoir lu L'histoire de l'Espagne cité plus haut, on se rend compte que les graines ont été plantées après la venue de Bonaparte en Espagne, qui ne s'est pas contenté de placer son frère ainé Joseph Bonaparte en tant que roi d'Espagne à la tête du pays : les français ont aussi amené les francs-maçons, le siècle des lumières et les libres penseurs dans leurs bagages, et les espagnols ne l'ont jamais oublié, même après avoir fichu dehors ce roi qu'ils considéraient à raison comme totalement illégitime. Mais l'Espagne ne sera jamais plus la même après cela, et les graines vont germer pendant de longues années...
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MessageSujet: Re: Javier Cercas [Espagne]   Javier Cercas [Espagne] - Page 3 EmptyJeu 28 Avr 2011 - 20:36

Marie indique la phrase de BORGES celle sur laquelle repose le livre de CERCAS :

« Cualquier destino por largo y complicado que sea, consta en realidad de un solo momento: el momento en que el hombre sabe para siempre quien es.”



Il y a dans la trajectoire de tout homme, un moment crucial ( crise ? choc ? accident ?) qui lui permettra de se révéler á lui-même et de découvrir définitivement qui il est, en réalité.

Vous avez bien fait le tour du roman, au travers de vos commentaires, et je voudrais juste ajouter le rôle du Général ARMADA dont on n´a pas encore parlé sur le fil.

Vous avez étés très courageux de vous pencher sur cette page très complexe de l´histoire contemporaine de l´Espagne.

Mais, il y a peut-être une relation entre un évènement français de 1958 et cet autre espagnol, de 1981. Du moins, c´est ce qu´avance Javier Cercas.

En fait, les chefs-militaires putschistes son 3 : Général Armada, Général Milans del Bosch et Colonel Tejero.



Javier Cercas insiste à plusieurs reprises, sur le fait que ARMADA ( ancien secrétaire du Roi, remplacé ensuite par Suarez) serait l´instigateur du coup d´état. Et que ce militaire aurait peut-être voulu reproduire le schéma du putsch algérois de Mai 1958 .

Putsch encore souvent ignoré par l histoire officielle, mais dont la lecture aurait pu inspirer Armada, qui a fait l´Ecole de Guerre de Paris en tant qu´officier supérieur et cet épisode doit être analysé et vu dans toutes ses interprétations possibles durant les cours reçus par les étudiants-officiers de cette école militaire.

Vous vous souviendrez qu´afin de résoudre une crise politique et un conflit national provocant de sérieux troubles de l´ordre dans toute la métropole ( 4 ans de guerre d´Algérie) Massu et Salan appellent de Gaulle ( complot).

L´idée de base, c´est que devant la Démocratie en danger, on fait appel à un pouvoir militaire.

Armada peut avoir calqué le coup-d´état militaire au Palais des Congrès sur cet épisode de la crise algérienne, avec la différence qu´il n´y a pas conflit national ni guerre coloniale, mais un gouvernement pris en otage qui cèderait lui aussi le pouvoir à un Général.

Ce n´est pas ce qui s´est passé, car le Roi doute des arguments de Armada, et n´accepte pas de le recevoir, la nuit du 23 Février. La négociation envisagée est avortée en quelques heures.

Je schématise, car pour bien comprendre, il faut livre le livre en entier. C´est très complexe, et c´est curieux de penser que certaines situations historiques ou politiques appartenant au passé pourraient à nouveau se reproduire et être recrées ( presque théâtralement) par des hommes ivres d´ambition et capables de croire que provoquer une situation de crise dans une démocratie affaiblie -parce que le chef de gouvernement vient de donner sa démission ( 29 janvier 1981)- fera basculer le pouvoir d´une institution à une autre.

C´est passionnant, comme un roman qui poursuit la vérité.

.





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MessageSujet: Re: Javier Cercas [Espagne]   Javier Cercas [Espagne] - Page 3 EmptyJeu 11 Oct 2012 - 17:19

Les soldats de Salamine

Passée la surprise de ne pas avoir un roman sous les yeux, mais un récit journalistique, j’ai pu apprécier de découvrir un évènement particulier ayant eu lieu lors de la guerre civile espagnole, dont je ne connaissais hélas pas grand-chose.
Nous suivons donc Rafael Sanchez Mazas, phalangiste (donc plutôt du côté des franquistes), dont le destin bascula dans une forêt.
C’est grâce au travail d’un journaliste-écrivain que nous devons la mise en lumière de ces faits. Ces derniers ne sont en fait réellement abordés que dans la seconde partie du récit. Le début étant consacré à la genèse de ce travail, et au long cheminement du journaliste. Cette partie, bien que nécessaire, reste, à mes yeux la plus fastidieuse, et la plus poussive.
Mon intérêt ne s’est véritablement épanoui que dans la troisième partie du livre, lorsque le journaliste s’attache à retrouver un membre du camp adverse, Miralles le Républicain, et à lui donner la parole. Le récit prend soudain une autre forme, acquiert autre légitimité qui jusque-là lui faisait quelque peu défaut.
Il faut également souligner la qualité de la traduction, donnant ainsi un récit historique une dimension assez romanesque, et permettant une lecture agréable.

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MessageSujet: Re: Javier Cercas [Espagne]   Javier Cercas [Espagne] - Page 3 EmptySam 25 Mai 2013 - 16:48

Avadoro a écrit:
Sur les évènements historiques, je pense que chacun a ses propres exigences par rapport à une oeuvre, pour se sentir à l'aise face à un sujet. Dans Les soldats de Salamine, Cercas fait très vite référence au phalangisme, aux Primo de Rivera, plonge dans le détail de ce qui précède la guerre civile.
kenavo a écrit:
sentinelle a écrit:
Je vais donc tenter de reprendre Les Soldats de Salamine, en espérant que cette plongée historique me donnera les éléments nécessaires pour mieux comprendre et cerner les enjeux de ce roman sourire
j'avais l'impression qu'il ne faut pas savoir autant concernant les événements historiques.. mais c'est peut être aussi parce que j'en lis tellement des romans espagnols sur ces années là que je n'ai pas remarqué.
Pourrais-tu me citer les événements historiques à connaitre un peu pour bien comprendre ce roman ?

Tu as peut être oublié depuis ta lecture, je note déjà les pistes données par Avadoro.

Quoi qu'il en soit, je lirai la section "Histoire" de la page Wikipédia de l'Espagne avant de me lancer dans cette lecture dentsblanches
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MessageSujet: Re: Javier Cercas [Espagne]   Javier Cercas [Espagne] - Page 3 EmptySam 25 Mai 2013 - 17:02

Kannskia a écrit:
Pourrais-tu me citer les événements historiques à connaitre un peu pour bien comprendre ce roman ?

Tu as peut être oublié depuis ta lecture, je note déjà les pistes données par Avadoro.

La première partie de la 4e de couverture peut déjà te répondre à cette question:
Citation :
Le 22 janvier 1939, l'écrivain Rafael Sànchez Mazas, un des idéologues fondateurs de la Phalange, échappe au peloton d'exécution des troupes républicaines en déroute qui fuient vers la frontière française. Un soldat le découvre caché derrière des buissons et le pointe de son fusil. Il le regarde longuement dans les yeux avant de crier "Par ici, il n'y a personne!".
Soixante ans plus tard, le narrateur, un journaliste, prépare un article sur la mort du poète républicain en exil, Antonio Machado, survenue à la même date, de l'autre côté des Pyrénées. La symétrie des événements le trouble; comme s'il y avait là un mystère à percer qui permette de comprendre les fondements de cette guerre fratricide.
et je ne révèle pas de secret avec cela... il en parle dès les premières pages...

En plus je viens de trouver une bonne vidéo qui fait une très belle présentation

Kannskia a écrit:
Quoi qu'il en soit, je lirai la section "Histoire" de la page Wikipédia de l'Espagne avant de me lancer dans cette lecture dentsblanches
si tu connais un tout petit peu les faits concernant cette page noire de l'Espagne, pas besoin de te plonger dans un long discours d'histoire... mais sinon, un rafraichissement via Wikipedia peut toujours être utile Wink

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MessageSujet: Re: Javier Cercas [Espagne]   Javier Cercas [Espagne] - Page 3 EmptySam 25 Mai 2013 - 17:20

Super ! Merci beaucoup.

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MessageSujet: Re: Javier Cercas [Espagne]   Javier Cercas [Espagne] - Page 3 EmptyMer 29 Jan 2014 - 19:51

Les lois de la frontière

Après Anatomie d'un instant, Javier Cercas aborde à nouveau l'époque de la transition démocratique espagnole. La période révèle à la fois détresse et insouciance, perte de repères et recherche d'un avenir. Il quitte l'angle politique pour explorer le contexte d'une délinquance juvénile enracinée dans cet environnement social rempli d'incertitudes, avec toujours beaucoup de rigueur et de sensibilité.
Cercas suit la trace d'Ignacio Canas, adolescent d'une classe moyenne de Gérone et rejeté l'espace de l'été 1978 par ses camarades d'école. Il rejoint alors la bande du caïd Zarco, brièvement fasciné par le passage d'une frontière à la recherche d'une affirmation, d'une reconnaissance. Canas surnommé "Le Binoclard" tombe amoureux de Tere, qu'il croit être la petite amie de Zarco et suit le groupe vers l'ivresse d'un danger : les vols s'enchaînent jusqu'au braquage de banque, vers une fin abrupte.
Vingt ans plus tard, cet été semble être un vestige oublié de la vie de Canas devenu un avocat reconnu. Mais il choisit d'assurer finalement la défense de Zarco, qui n'a connu guère que la prison en multipliant les condamnations : confronté au regard qu'il doit assumer sur son passé enfoui, Canas tente de décrypter un Zarco contemporain au-delà du mythe d'une marginalité. Pour précipiter un nouveau départ...

En découpant le roman en plusieurs séquences chronologiques, Cercas interroge l'image que l'on porte sur soi-même. Il offre à Canas un miroir car celui-ci témoigne à l'attention d'un auteur fictif, dans l'ombre, chargé d'écrire un livre sur Zarco. L'auteur rencontre également des personnages tiers qui élargissent des perspectives et bousculent le discours de l'avocat.
Par cet édifice, Cercas saisit la difficulté à comprendre l'autre, le poids d'évènements figés par la mémoire. Ce sont encore des instants précis qui apparaissent décisifs pour dévoiler l'ampleur d'une personnalité et mesurer l'impact de choix inconscients. Des révélations inattendues surgissent pour bouleverser des certitudes, briser des illusions, forçant Canas à accepter le doute et l'échec pour se reconstruire.
Comme dans Anatomie d'un instant, l'écriture représente la libération d'une ambiguïté et Cercas dépasse la minutie d'une exploration journalistique pour incarner une force romanesque. Le souffle de l'histoire est mêlé aux fractures d'une intimité, jusqu'à dévoiler dans l'épilogue du récit une fragilité, une amertume d'une très grande intensité. En poursuivant la source de son lien à Zarco et Tere, Canas a recherché sa propre vérité jusqu'à prendre le risque de s'aveugler et de se détruire, pour enfin se reconstruire et nouer le lien entre deux parties de lui-même. Il franchit à nouveau une barrière avec une émouvante obstination.
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Igor
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MessageSujet: Re: Javier Cercas [Espagne]   Javier Cercas [Espagne] - Page 3 EmptyJeu 30 Jan 2014 - 20:23

France Inter - 30/01/14 - 20h00/21h00 - L'humeur vagabonde
Invité: Javier Cercas
(Ce doit être écoutable plus tard en podcast)

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MessageSujet: Re: Javier Cercas [Espagne]   Javier Cercas [Espagne] - Page 3 EmptyMar 4 Fév 2014 - 20:23

Les soldats de Salamine

Au début, on croit qu’on va lire une biographie romancée de Rafael Sànchez Mazas.  .

Citation :
( …)comme quelqu'un qui aurait pu faire de grandes choses, mais n'en avait quasiment fait aucune.

Javier Cercas [Espagne] - Page 3 Index52
Mais on y découvre aussi le travail de l'écrivain-journaliste (miroir de Javier Cercas) qui s'attache à ses pas, dans un making off en 3 étapes. Le narrateur découvre par hasard une anecdote romanesque rattachée à Sànchez Mazas, grandiose, mais aussi dérisoire puisqu’on on ne saura pas si elle est réelle ou si elle constitue un embellissement personnel de sa propre biographie par Sànchez Mazas. Il s'intéresse, se documente puis se passionne pour ce  fondateur de la phalange espagnole, écrivain assez largement oublié, personnage pour le moins ambigu. Il en tire ensuite un livre, interrogeant les archives, rapprochant les témoignages, construisant dans les blancs pour une interprétation cohérente de l’homme, et de la guerre d’Espagne d’une façon plus générale. Finalement insatisfait de sa production, il est encouragé à persévérer et élargir son champ par sa maîtresse bécasse – celle-là même qui l'énervait en s'insurgeant qu’il écrive sur ce « sale fasciste ». Et sa rencontre avec le grand écrivain chilien Roberto Bolaño, son maître en écriture, le fait avancer dans ses interrogations sur l'écrit et le récit, rendre son propos plus universel, y incluant l'autre bord, celui des combattants anonymes, au travers d'un soldat républicain obscur mais au destin extraordinaire. Enrichir son propos en acceptant de rester l’humble serviteur de son texte et non son maître intransigeant.



La biographie de Sànchez Mazas met en lueur les rapports de la phalange et du franquisme, et c'est très éclairant sur les mécanismes contradictoires mais synergiques de ces 2 mouvements, qui aboutirent à la guerre fratricide que l'on sait.

Citation :
(…) bien loin de regretter d'avoir contribué de son mieux à enflammer la guerre qui lamina une république légitime et d'avoir établi non pas le terrifiant régime de poètes et de condotierres renaissants dont il rêvait, mais un vulgaire gouvernement d'aigrefins, de balourds et de culs-bénits.

Javier Cercas, au-delà de cet homme qui fut l'un des moteurs déterminants de l'entrée en guerre, fait revivre des petits, des sans-grades, dont le nom n'est pas retenu par l'histoire, mais dont l'auteur considère qu'ils furent les vrais héros, les vrais moteurs de l’Histoire et dont il entend transmettre et l'histoire, et le nom, afin qu'ils ne se perdent pas.

À côté de cette réflexion historique, ce livre est une réelle interrogation sur l'écriture, et le rapport à la fiction. L'auteur narrateur veut écrire un « récit réel », mais comprend vite que son interprétation et son imagination sont un des moteurs de son récit. Exposant ses interrogations personnelles, il lui donne sa vraie dimension. Dans le roman Les soldats de Salamine de Javier Cercas, comme dans celui que son héros écrit, on ne sait jamais ce qui est vrai, ce qui est transformé par le souvenir, ce qui est magnifié par le récit, ce qui est inventé par les protagonistes ou l'auteur. C'est une interrogation éclairée sur la vérité, sur le sens de l'écrit et de la mémoire.

Citation :
J'espère que ce ne sera pas un roman.
-Non, dis-je très confiant. C'est un récit réel.
-Et c'est quoi ça ?
Je le lui expliquais et je crois qu’elle  comprit.
-Ce sera comme un roman, résumai-je. Sauf qu'au lieu que tout soit faux tout sera vrai.


L’Histoire a un sens et le rôle de la littérature est de nous le restituer à travers les hommes qui la construisent, grands ou petits. Javier Cercas nous le raconte avec une  intelligence malicieuse.
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