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 Franz Kafka [République tchèque]

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colimasson
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MessageSujet: Re: Franz Kafka [République tchèque]   Jeu 1 Jan 2015 - 20:01

On aimerait bien parfois qu'il y ait une explication simple pour expliquer le pouvoir d'attraction et la fascination que nous font ressentir certains textes... je suis sûre que la prof croyait fermement en ce qu'elle affirmait.

Si tu te passionnes pour la question du temps dans le récit, je suppose que tu as déjà lu Georges Poulet mais dans le doute... : Etudes sur le temps humain.

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colimasson
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MessageSujet: Re: Franz Kafka [République tchèque]   Dim 8 Fév 2015 - 20:04

Dans le Manifeste incertain, Frédéric Pajak m'a permis de savoir que :

« Selon [Walter Benjamin], bien comprendre Kafka exige de parvenir à « dégager les côtés comiques de la théologie juive ». »

Je trouve ça juste. Et une piste pour une possible autre interprétation de lecture...

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topocl
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MessageSujet: Re: Franz Kafka [République tchèque]   Lun 10 Aoû 2015 - 17:29

Lettre à son père

Marie nous avait fait ici un bien beau commentaire, un décorticage analytique impressionnant. La phrase à laquelle je vais me raccrocher, c'est celle-ci :

Marie a écrit:
Ce  texte devrait être plus  lu, à mon avis,tant il est puissant et intelligent,  mais il  ne peut  parler, je crois, qu'à une certaine catégorie de lecteurs, ceux qui ont vécu d'une manière ou d'une autre ce que Kafka décrit.

J'ai la chance de ne rien avoir connu de tout cela, et donc, j'ai plus lu ce livre avec ma tête qu'avec mes tripes.

Curieuse lettre d'abord, qui ne fut jamais adressée et qui, sans doute, n'aurait jamais été lue, écrite à 36 ans par un homme « faible, anxieux, hésitant, inquiet », parue à titre posthume. Et qui n'a pas le caractère spontané et fluide qu'une vraie lettre pourrait avoir, mais relève au contraire d 'une construction scrupuleuse, dense, raisonnée, tournant autour d 'un thème : la destruction d'un enfant puis d'un jeune homme, non par manque d'amour, mais par une éducation pervertie. Ce n'est pas un règlement de compte (car Kafka  aime profondément cet homme qu'il déteste, tout serait presque simple sinon), mais plutôt un état des lieux, une analyse rigoureuse, au terme de laquelle surgit  un appel à une certaine réconciliation  puisqu'il finit ainsi :

Citation :
il me semble que nous sommes parvenus malgré tout à un résultat qui approche d'assez près la vérité pour nous apaiser un peu et nous rendre à tous deux la vie et la mort plus faciles.

C'est  une longue plainte devant ce qui est , ce qui a été et n'a pas été, sur l’échec d'un homme, le père - inapte à tendre la main, ayant rendu ses enfants de toute façon inaptes à la saisir- et sur le prix à payer par ses enfants. Issu d'un milieu rural pauvre, ayant réussi dans le commerce grâce  son énergie, sa détermination, sa sûreté de soi, il veut transmettre cela à ses enfants. Aveuglément maladroit, ayant sans doute mal assimilé sa propre ascension sociale, il ne vit qu'à travers elle et loupe sa famille, sa relation à ses enfants, et il souffre, ayant cru trouver une clé, l'ayant même forgée grâce à sa propre énergie,  de voir qu’elle n'a pas suffi à ouvrir la porte du royaume de la béatitude.

Ce qui frappe, c'est l'absence totale de résilience en Kafka le fils. Ce constat d'écorché vif,  de l'échec d'une relation avec un père pourtant adulé, de l'emprise négative de celle-ci, de l'incapacité à en sortir, soit en améliorant cette relation, soit en construisant lui-même un autre royaume : réussite scolaire vécue comme un échec, métier mal approprié, hypochondrie, errance religieuse, tentatives de mariages naufragées , écriture qu n’est évoquée que par le biais des périodes infertiles .

( et d'ailleurs, petite diversion, cela me fait penser à la signature d'Arturo qui cite Bukowski : « Que peut faire un poète sans la souffrance ? Il a autant besoin d’elle que d’une machine à écrire. »   et pose ainsi quelques questions : Que doit le monde littéraire à Monsieur Kafka Père ? Ne troquons nous pas allégrement, nous lecteurs, la souffrance d'un homme contre son œuvre de génie?)


Mince, Marie, ç'aurait été trop bien d'en parler ici avec toi.
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GrandGousierGuerin
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MessageSujet: Re: Franz Kafka [République tchèque]   Lun 10 Aoû 2015 - 19:26

Super commentaire !
topocl a écrit:

Mince, Marie, ç'aurait été trop bien d'en parler ici avec toi.
Tout à fait d'accord ... C'est une voix qui manque ... Mais heureusement tu nous rappelles qu'il reste encore ses commentaires !
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shanidar
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MessageSujet: Re: Franz Kafka [République tchèque]   Lun 26 Oct 2015 - 9:16

La Métamorphose

Bien sûr, il s'agit d'abord d'un récit sur la transmutation d'un corps dans un autre, de ce passage de l'homme à l'animal, pire de l'homme à l'insecte, le bousier, le cancrelat, le cafard, le scarabée (d'après la lecture entomologique de Nabokov). Mais c'est aussi un livre qui revient sur les préoccupations de Kafka, le rapport violent au père, la relation impossible au monde, la réduction de la parole de borborygmes au mutisme complet, l'impossibilité de s'exprimer, la privation totale de la parole comme si l'auteur devait toujours, par le jeûne ou par l'amenuisement, réduire de plus en plus sa propension à créer jusqu'à la précipiter dans le néant. De ce mutisme, Kafka extrait un récit des plus courts et des plus définitifs, un récit d'une violence absolue, indépassable. Parce qu'il est ici question du créateur, de celui qui porte la parole et qui, pour différentes raisons se voit réduit au plus grand des silences. On sait que Kafka ne voulait pas que ses dernières œuvres soient publiées et que son ami Blok est allé à l'encontre de ses désirs ; on peut imaginer que le silence forcé de Gregor Samsa est celui imposé par le monde extérieur sur Kafka. Kafka plongé malgré lui dans l'obscurité du silence par la violence du père, par l'indifférence des hommes, par l'esprit monétaire d'un temps où le travail, l'argent, le pécuniaire passe avant la création, l'épanouissement, la complétude. Ce que dit Kafka, atrocement, dans ce texte d'une tristesse sans pareil, c'est que l'artiste ne peut que se résoudre à se taire dans un monde mercantile, égoïste, violent et inhumain. Un monde qui ne peut accueillir le différent, le muet, l'étranger ou le rêveur.

Texte puissant. Immense par la force qu'il dégage comme un intense sifflement que la bête inhumaine et pourtant si touchante lance contre l'Homme et son absolue nuisance. Attaque rangée contre la famille, le travail et l'argent, La Métamorphose n'est pas une œuvre qui galvanise, mais un récit qui émeut. Grand !


Le texte est suivi par une étude de Nabokov. Il s'agit de la préparation des cours qu'il donnera à Cornell à partir de 1946. Nabokov commence par rejeter catégoriquement les trois explications courantes du texte : allégorique, psychanalytique et mystique. Rien de tout ça ne l'intéresse, ni la culpabilité, ni l'Œdipe, ni la religion (dont en effet le texte semble dénué) ; il veut entrer à l'intérieur de La Métamorphose et en regarder la structure, de cette structure littéraire il extrait quelques données qu'il nous livre (après de fastidieuses paraphrases, il faut le souligner) : l'importance de la symbolique du chiffre trois et le recours systématique au style indirect libre qui permet à l'auteur d'être à la fois Samsa et un narrateur extérieur, dans un jeu qui rejoint ce que nous disions plus haut avec Hamsterkiller, sur cette manière toute particulière de Kafka d'arriver à mélanger en un même récit intériorité et extériorité, intimité et distance. Intéressant.

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colimasson
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MessageSujet: Re: Franz Kafka [République tchèque]   Lun 26 Oct 2015 - 23:32

Nabokov prise de tête on dirait ?

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shanidar
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MessageSujet: Re: Franz Kafka [République tchèque]   Dim 1 Nov 2015 - 11:00

colimasson a écrit:
Nabokov prise de tête on dirait ?

J'avoue que je m'attendais à autre chose qu'à un décorticage scène par scène du récit...

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Dreep
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MessageSujet: Re: Franz Kafka [République tchèque]   Jeu 10 Mar 2016 - 18:01

Dreep a écrit:
Terminé L'Amérique, de Kafka :

Les trois premiers chapitres ; "Le chauffeur", "L'oncle" et "Une villa aux environs de New York" sont quasiment parfaits. Mais sûrement, (non lentement) le cauchemar s'ingère, et parfois de manière ridicule, drôle. Pour ainsi dire de manière incroyablement ordinaire. Il croit maîtriser les choses, après quoi le jeune Karl se retrouve dans une succession d'échecs, de malchances, et d'expulsions ! Mais ces fois-là, du moins vers la fin, j'ai été un peu moins séduit qu'avec Le Procès, ou bien Le Château. Du reste, L'Amérique n'est pas pour autant moins bon, j'ai juste l'impression qu'entre ce roman, et ceux qui viendront, quelque chose a changé. Il y a quelque chose de proprement hallucinant dans Le Procès, et surtout dans le Château, alors que L'Amérique a peut-être un pied de plus à terre. Même si, pour l'essentiel, Kafka reste Kafka. Chaque fois différent, mais toujours un peu pareil.

Les ambiances des romans de Kafka n'ont pas d'équivalents, en tout cas pas qui me soient connus. Une sorte d'entre-deux, de malaise, d'angoisse ou de rire. Ce n'est pas exactement un rire méchant, ni un rire triste. Le miracle est d'un autre ordre : la transformation perverse d'une réalité pour mieux la saisir, et la mettre de son côté.

Comme toujours un travail même pas aboutit jusqu'au bout. Imagine ce que ça aurait donné sans ça. Kafka über alles

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Un long week-end avec Marcel Proust (Ronald Frame)
Le roman d'un enfant - Prime jeunesse (Pierre Loti)
La Trêve (Primo Levi)
Les Brigands (Friedrich von Schiller)
Les Fleurs du Mal (Charles Baudelaire) (relecture)
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Arabella
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MessageSujet: Re: Franz Kafka [République tchèque]   Jeu 10 Mar 2016 - 18:05

J'avais beaucoup aimé, et même inachevé, L'Amérique est mémorable.

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