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 Witold Gombrowicz [Pologne]

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titine
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MessageSujet: Re: Witold Gombrowicz [Pologne]   Jeu 11 Fév 2016 - 11:17

je viens de finir le tome 2 du Journal de Gombrowicz. je l'ai trouvé bien mieux que le tome 1, qui m'avait donné un peu de fil à retordre (je moulinais un peu dans le vide notamment à propos de ses critiques des écrivains polonais émigrés, ou non, de son époque...). je me suis peut-être "fait" à ses sujets de prédilection tandis qu'il était lui-même peut-être plus "inspiré"... j'ai aimé qu'en Argentine il développe une façon de penser en lien avec le "nombre" (le rapport des hommes à un monde plus "nombreux", le rapport des artistes à ce monde "multiplié"). J'ai aimé, quand il revient en Europe, ses réflexions sur ce que représente pour lui l'Argentine, l'Europe. J'ai aimé son irréductible attitude iconoclaste, où qu'il soit, quelque soit l'objet de sa réflexion (Dante par exemple). j'ai aimé sa réflexion sur la façon de vivre le succès, et in fine sa lucidité sur son attitude iconoclaste elle-même.
j'ai lu que les derniers posts ici portent à la fois sur "Le Journal" et "La Pornographie" (sur "Cosmos" aussi). j'aimerais apporter ma petite pierre à la réflexion développée sur "la pornographie", la perversité des protagonistes, les questionnements sur Gombrowicz lui-même, créateur de cette "perversité", en citant un extrait du "Journal" où G s'en explique lui-même, en réaction à la critique d'un certain Sandauer :
Citation :

Il y a cinq ans j'écrivais dans mon Journal : "Gombrowicz voyait d'ailleurs de plus en plus nettement que son entente avec Sandauer était loin d 'être parfaite, qu'elle ne concernait qu'une partie de ses oeuvres et de sa personne. Il ne fallait pas s'attendre de la part de Sandauer à l'insolite faculté d'assimilation et à la sensibilité pénétrante de Jelenski. Sandauer était de l'espèce des scarabées, des solitaires, qui suivent leur propre chemin, des mastodontes, des crustacés, des moines, des hippopotames, des marginaux, des inquisiteurs, des cactus, des martyrs, des robots, des crocodiles, des sociologues..."
Que peut savoir ce cactus, je me le demande, d'Eros perverti ou non ? Pour lui, le monde érotique sera toujours une chambre à part, fermée à clef, qui ne communique pas avec les autres pièces de l'appartement humain. La sociologie, oui, la psychologie... voilà les pièces où il se sent chez lui. Mais l'érotisme pour lui est une "monomanie".
Les romans, ces petites fictions éthérées, ne prennent du poids que lorsque le monde qu'ils dévoilent devient pour nous quelque chose de réel. Dostoïevski restera de l'ordre de la fiction pour celui qui ne le saisira pas dans sa vérité nue. Kafka, Valéry, Dante, le surréalisme, le dadaïsme, n'importe quelle oeuvre d'art n'acquiert de raison d'exister que lorsqu'elle se rapporte à la réalité, une certaine réalité, nouvelle, surprenante parfois, qu'elle rend accessible, vivante, palpable.
Sandauer examinant mes perversions érotiques ? Ce qu'il devrait d'abord établir, c'est si elles débouchent sur une vérité. Sinon, inutile d'en encombrer les têtes, la sienne et celles des autres. Un tel casus n'intéresserait que les hôpitaux. Un critique qui voudrait par exemple émettre un jugement sur "la pornographie" devrait avant tout examiner dans quelle mesure la vision de l'homme qu'on y trouve peut constituer un enrichissement essentiel dans la connaissance de nous-mêmes. L'auteur de ce livre affirme qu'au désir de l'homme d'être Dieu s'oppose un autre désir, radicalement différent, celui d'être Jeune. Est-ce Vrai ? Faux ? Enrichissant ? L'idée est-elle mise en oeuvre dans le roman ? Quelle en est la porté ? la dynamique ?
Est-ce que je me trompe lorsque je dis que l'homme en pleine ascension, l'homme jeune, doit servir d'idole (ou plutôt : de complément) à l'homme déjà accompli, vieillissant, déclinant ? N'aurait-elle chez moi qu'une origine pathologique, cette thèse selon laquelle l'orgueilleuse domination de l'aîné sur le cadet, avec toutes ses conséquences sociales, culturelles, psychiques, sert entre autres à étouffer une autre réalité, tout aussi importante - à savoir que l'homme déclinant ne peut renouer avec la vie que par l'intermédiaire d'un être en pleine ascension, en  pleine croissance - car la vie est toujours "ascendante" ? Suis-je un pervers lorsque j'affirme que la nature du jeune garçon, tellement particulière, tellement spécifique dans son inachèvement, son insuffisance, son infériorité, dans sa légèreté étrange, est un facteur indispensable pour comprendre la nature de l'adulte - et donc la nature de notre univers d'adultes ? Suis-je malade lorsque j'affirme qu'au sein de l'humanité s'opère sans cesse une collaboration clandestine des âges  et des phases de développement, que s'y déroule un jeu d'enchantement, de fascination, de violence, qui fait que "l'adulte" n'est jamais uniquement "adulte" ? Nous disons : l'homme. pour moi ce mot ne signifie rien. J'ai toujours envie de demander : l'homme de quel âge ? Par quel âge fasciné ? A quel âge assujetti ? A quel âge lié dans son humanité ?
Voilà les questions qui, même si elles ne sont pas formulées dans "la pornographie", déterminent la nature de l'expérience qui y est tentée, et surtout le genre de beauté et de poésie dont il est ici question. Mais qu'est-ce que ce hanneton a pu comprendre à tout cela ? (...) Pour lui, l'action de ce roman n'a aucun rapport, absolument aucun, avec la réalité, il y voit une simple fiction, où tous les événements surviennent comme cela, de façon arbitraire, magique, sur l'ordre exclusif de Frédéric, personnage surnaturel et "quasi-divin"... qui, nota bene, est mon alter ego.(...) Bon Dieu, je veux bien admettre que les natures non érotiques aient du mal à pénétrer dans un univers érotique, et je suis loin d'exiger qu'on assimile trop facilement mes oeuvres, je resterais d'ailleurs assez sceptique si cela se passait sans résistances ; mais il doit tout de même exister une limite dans la bêtise, même chez messieurs les critiques. Que peut comprendre de moi un homme qui lit mes livres de façon aussi plate et inintelligente ? A quoi bon inventorier laborieusement les divers aspects de l'antinomie "supériorité-infériorité" telle qu'elle fonctionne en moi, si on n'est même pas à même de la relier à quelque chose de vraiment essentiel ? Et pourquoi farfouiller dans mes "perversions" quand on est incapable d'observer à quelles conséquences elles aboutissent ?
l'extrait est long mais ce qu'il dit me semble assez éclairant et fondamental.
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shanidar
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MessageSujet: Re: Witold Gombrowicz [Pologne]   Jeu 11 Fév 2016 - 11:43

Je me sens un peu cactus, à l'instant !

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titine
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MessageSujet: Re: Witold Gombrowicz [Pologne]   Jeu 11 Fév 2016 - 14:10

un cactus sur ce casus ?
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bix229
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MessageSujet: Re: Witold Gombrowicz [Pologne]   Jeu 11 Fév 2016 - 15:58

Il m' attend encore le tome 2 ! Et pourtant, je suis certain qu' il m' interessera vu que j' ai déjà aprécié le t. 1.

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ArturoBandini
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MessageSujet: Re: Witold Gombrowicz [Pologne]   Jeu 11 Fév 2016 - 17:50

Remis à sa place le hanneton ! rire

Merci pour l'extrait titine, cette année je me décide enfin à découvrir cet auteur ! Je commencerai avec Cosmos.

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Dreep
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MessageSujet: Re: Witold Gombrowicz [Pologne]   Jeu 11 Fév 2016 - 18:29

Avec Cosmos, je te conseillerai de laisser l'effet se faire, Arturo.

Quand tu l'auras lu, tu en auras peut-être des premières impressions plus ou moins enthousiastes (plus, je l'espère) mais si tu y repenses quelques temps après l'avoir terminé, si tu le laisse mariner, y aura sans doute un après-coup très fort. Moi quand je l'ai terminé, je me suis dis qu'il n'y avait rien d'exceptionnel, mais avec le recul, je crois que c'est l'une de mes lectures les plus marquantes de 2014.

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bix229
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MessageSujet: Re: Witold Gombrowicz [Pologne]   Jeu 11 Fév 2016 - 19:34

Dreep a écrit:
Avec Cosmos, je te conseillerai de laisser l'effet se faire, Arturo.

Quand tu l'auras lu, tu en auras peut-être des premières impressions plus ou moins enthousiastes (plus, je l'espère) mais si tu y repenses quelques temps après l'avoir terminé, si tu le laisse mariner, y aura sans doute un après-coup très fort. Moi quand je l'ai terminé, je me suis dis qu'il n'y avait rien d'exceptionnel, mais avec le recul, je crois que c'est l'une de mes lectures les plus marquantes de 2014.
Oui, c' est plutôt bon signe, les livres qui vous laissent une impression souterraine. Ce fut le cas avec Au dessous du volcan : Malcom
Lowry. Migraine à la première lecture, mais l' envie d' y retourner...

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ArturoBandini
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MessageSujet: Re: Witold Gombrowicz [Pologne]   Jeu 11 Fév 2016 - 19:47

Lowry aussi est prévu ! Je pense à repartir voyager au long cours, et emporter ces deux-là sur mon dos, et les déguster lentement. Cool

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ArturoBandini
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MessageSujet: Re: Witold Gombrowicz [Pologne]   Dim 6 Mar 2016 - 8:55

Dreep a écrit:
Avec Cosmos, je te conseillerai de laisser l'effet se faire, Arturo.

Quand tu l'auras lu, tu en auras peut-être des premières impressions plus ou moins enthousiastes (plus, je l'espère) mais si tu y repenses quelques temps après l'avoir terminé, si tu le laisse mariner, y aura sans doute un après-coup très fort. Moi quand je l'ai terminé, je me suis dis qu'il n'y avait rien d'exceptionnel, mais avec le recul, je crois que c'est l'une de mes lectures les plus marquantes de 2014.

Bon, ça y est, j'ai lu ce fameux Cosmos... Ben, je dirais comme toi pour l'instant. Je ne suis pas plus marqué que ça, j'attends de voir alors la suite, si ça me fera un effet à retardement. content

Je lis dans les nombreux commentaires du fil, soit on adore soit on rejette. Eh bien, je ne suis ni dans l'un ni dans l'autre. J'ai apprécié l'écriture de l'auteur, mais je n'ai pas été plus fasciné que ça. C'est brillant mais parfois plutôt ennuyant toutes ces répétitions.

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Arabella
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MessageSujet: Re: Witold Gombrowicz [Pologne]   Ven 2 Sep 2016 - 21:02

Kronos


Beaucoup de ses lecteurs (dont moi) considèrent que Le Journal de l’auteur, composé de trois très lourds volumes, est le sommet de son œuvre. Et voilà que l’épouse de l’écrivain ressort un journal secret, celui qu’il écrivait pour lui, et qui d’après ce qu’elle dit, est la chose qu’il lui recommandait de sauver en premier en cas d’un incendie. Alors évidemment cela intrigue, et donne une envie irrésistible à tout amoureux de Gombrowicz d’aller voir de quoi il s’agit.

Gombrowicz a commencé à écrire Kronos en 1953, il a fait une reconstitution sommaire des événements précédents, il est remonté ainsi jusqu’en 1922, l’année où il a obtenu son bac, mais c’est parfois fort bref. Cela s’étoffe à partir de 1939, et devient réellement relativement détaillé à partir de l’année où il a commencé à le rédiger.

Ce texte est très différent du Journal, pas réellement littéraire, parfois cela relève d’un style télégraphique. Gombrowicz décrit ce qui lui arrive, d’une façon factuelle. Il résume chaque année, les rubriques qui reviennent concernent sa santé, l’état de ses finances, son travail d’écrivain (surtout du point de vue de sa reconnaissance) et sa vie érotique. Il ne faut vraiment pas y cherche un intérêt artistique, ni espérer des détails à proprement croustillants, c’est très sec

C’est donc très différent du Journal, n’aura pas de réel intérêt pour ceux qui ne connaissent pas l’œuvre et au moins un peu l’homme. C’est un document, un témoignage. C’est une lecture qu’il vaut mieux espacer, car cette notation de faits, dont la plupart seraient insignifiants chez le commun des mortels, pourrait vite devenir lassante.

Mais c’est une véritable mine pour ceux qui s’intéressent ou se passionnent pour Gombrowicz, et même si cela à mon sens ne change pas en profondeur les lectures que l’on peut avoir de ses œuvres, en particulier celles de fiction, cela permet d’avoir une autre vision de l’homme. Un homme qui a connu à certaines périodes la véritable misère, qui a eu d’énormes soucis de santé, qui a connu divers déboires en rapport avec son homosexualité. Une existence très amère, terminée par une mort précoce (65 ans) au moment où les choses allaient incontestablement mieux pour lui.

Il me sera difficile de relire Le Journal, avec ses ironies et son humour féroce, son impitoyable façon de disséquer les hommes et le monde, ses fanfaronnades et provocations, sans penser à ce que fut sa vie quotidienne au même moment.

_________________
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