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 Gérard de Nerval

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Epi
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MessageSujet: Re: Gérard de Nerval   Mar 3 Sep 2013 - 20:43

titete a écrit:

Je n'en dirai pas plus parce que je trouve difficile de trouver les mots. C'est assez court (80 pages) et superbe !
Merci pour ton commentaire titete, ça fait du bien d'entendre parler de lui, Nerval c'est mon plus chouchou de tous mes chouchous aime

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tina
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MessageSujet: Re: Gérard de Nerval   Mer 6 Nov 2013 - 15:15

Sylvie


On dit que c'est sa nouvelle la plus connue.
La plus troublante, évanescente aussi. Où se mêlent le fantasme, le souvenir, le regret, la réalité et le rêve. Il faut lâcher prise pour apprécier la qualité de cette minuscule aventure, dont j'ai apprécié les descriptions sublimes de la nature, des architectures...
Il y a un panthéisme salutaire, la quête d'un idéal d'amour, d'harmonie, d'unité.
J'ai beaucoup pensé au Songe de Poliphile.
Le tout suscite une atmosphère symbolique, magique, un brin surréelle.

Proust a été vivement ébranlé par cette suite d'impressions poétiques, philosophiques et bucoliques.

Encore ce moi qui s'exprime en flux et reflux de conscience, de réminsicences, d'associations d'images ou d'idées.

Nerval visait haut.

Il marchait droit vers son étoile...
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bix229
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MessageSujet: Re: Gérard de Nerval   Mer 6 Nov 2013 - 15:40

... Mais son étoile était un lampadaire, et il s' est pendu !

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tina
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MessageSujet: Re: Gérard de Nerval   Mer 6 Nov 2013 - 19:12

Euh...
Tu m'fous mon effet à plat, là !


conciliabule 
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HamsterKiller
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MessageSujet: Re: Gérard de Nerval   Ven 6 Déc 2013 - 10:48

bix229 a écrit:
... Mais son étoile était un lampadaire, et il s' est pendu !
Laughing 

cette chute !

ça m'a donné envie de relire un peu de poésie de Nerval ce fil.

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colimasson
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MessageSujet: Re: Gérard de Nerval   Dim 30 Mar 2014 - 20:34

Jean-Pierre Luminet conçoit ainsi les trous noirs :




Jean-Pierre Luminet, « Apparence lointaine d'un trou noir sphérique entouré d'un disque d'accrétion. Photographie virtuelle d'un trou noir, calculée en 1978 sur ordinateur »

Illustration qui correspond selon lui à ce tercet des Chimères de Gérard de Nerval :

En cherchant l’œil de Dieu, je n’ai vu qu’un orbite
Vaste, noir et sans fond ; d’où la nuit qui l’habite
Rayonne sur le monde et s’épaissit toujours


Et le poème entier :

Citation :
Il reprit : « Tout est mort ! J’ai parcouru les mondes ;
Et j’ai perdu mon vol dans leurs chemins lactés,
Aussi loin que la vie, en ses veines fécondes,
Répand des sables d’or et des flots argentés :

Partout le sol désert côtoyé par des ondes,
Des tourbillons confus d’océans agités…
Un souffle vague émeut les sphères vagabondes,
Mais nul esprit n’existe en ces immensités.

En cherchant l’œil de Dieu, je n’ai vu qu’un orbite
Vaste, noir et sans fond ; d’où la nuit qui l’habite
Rayonne sur le monde et s’épaissit toujours ;

Un arc-en-ciel étrange entoure ce puits sombre,
Seuil de l’ancien chaos dont le néant est l’ombre,
Spirale, engloutissant les Mondes et les Jours !

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Sigismond
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MessageSujet: Re: Gérard de Nerval   Sam 21 Juin 2014 - 10:01

bix229 a écrit:
... Mais son étoile était un lampadaire, et il s' est pendu !
Un doute demeure, et ses proches, ses amis, ceux qui sont les derniers à l'avoir vu en vie n'accréditèrent pas cette thèse.

D'accord, ses accès de folie le rendaient largement imprévisible, mais:
Un de Nerval, pensent-ils, ne se serait pas supprimé sans laisser quelques lignes au moins - il se baladait en permanence, partout, avec des bandelettes de papier, sur lesquelles il composait, amendait, retravaillait ses vers ou ses proses. Rien à signaler qui fût retrouvé sur lui ce jour-là, ni dans ses papiers à son logis; enfin, aller choisir l'endroit le plus sombre de la rue qu'on pouvait, alors, élire la moins éclairée de Paris pour se pendre est douteux, fait incliner du côté du crime crapuleux. En dernier lieu, il avait son chapeau sur la tête, ce qui est incompatible avec une pendaison: facétie ou acte incompréhensible d'un passant, ou bien mise en scène post-crime ?

Sylvie (1853)

Oeuvre fort bien présentée par Titete et Tina:

titete a écrit:
Spoiler:
 

tina a écrit:
Sylvie


Spoiler:
 

Trois amour en un, ou est-ce le même chimérique illusion d'amour que poursuit de Nerval à travers Sylvie, Adrienne et Aurélie, qui, toutes trois, lui échappent ? La question reste en suspens, l'auteur se contente d'évoquer cette possibilité.

Une écriture d'un soin extrême, non dénuée de simplicité et de joliesse, d'harmonie, qu'il faut saluer. Une forte influence Rousseauiste, pas seulement par les lieux (Ermennonville...), mais aussi par les thèmes entrevus, les pensées qui en découlent, et bien sûr les solitaires pérégrinations rurales et sylvestres, narrées avec une talentueuse retenue, qui s'avère fort évocatrice, efficace. Cela prédomine, s'y ajoutent des effluves de romantisme d'outre-Rhin (Schiller...) - mais ce serait réducteur que de qualifier Nerval dans Sylvie de rousseauisant attardé, mâtiné de bon petit soldat du romantisme finissant.

En son "je" exploratoire, en sa tristesse devant l'antan perdu -jeunesse, simplicité, pureté, possibilités d'alors - comme dans la puissance évocatrice d'un rien, dont il extirpe une introspection qui reste juste affleurante (ou suggérée), nous avons un indice permettant de commencer à comprendre pourquoi Marcel Proust prisait de Nerval...
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Sigismond
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MessageSujet: Re: Gérard de Nerval   Mer 25 Juin 2014 - 1:00

La bohème galante (1855)

La bohème galante proprement dite fut d'abord publiée en revue (l'Artiste, publication appartenant à Arsène Houssaye) en 1852, entre juillet et décembre. Arsène Houssaye, hommes de lettres et d'entregent, avait pour habitude de faire paraître sous sa propre signature des vers, des proses etc... émanant des divers collaborateurs de la revue, qui étaient tous ses obligés, en général pour dettes.
Et donc il y a du Nerval à dégotter (et pas mal d'autres plumes illustres sans aucun doute) chez Houssaye, courage à qui ira dépiauter les bouquins parus sous son nom, c'est un mastodonte...
Anecdote:
Spoiler:
 
Quoi qu'il en soit, c'est avec l'ami de Nerval de très longue date -depuis l'adolescence-, Théophile Gautier, qu'Arsène Houssaye fait publier un ensemble de textes post-mortem intitulé La bohème galante, d'après un projet de compilation sur lequel travaillait Nerval (il en était même aux premières épreuves d'imprimerie); l'ordre des textes de ce patchwork peut varier suivant les éditeurs, ci-dessous celui de l'édition dont je dispose:
Spoiler:
 

La bohème galante: 25 pages environ, 4 titres - on retrouve Sylvain, le "grand frisé" aperçu dans Sylvie, et deux ou trois scènes ré-empruntées à Sylvie, dont celle où il faillit se noyer, enfant, en traversant un gué qui n'existait pas ou plus, on retrouve Senlis, Ermenonville, et toujours ces effluves de rousseauisme.

Mes prisons: 15 pages - plutôt savoureux et inattendu, la façon dont le "bohémien" Nerval se retrouve parfois au poste (on dirait en garde à vue aujourd'hui).

Les nuits d'octobre: 100 pages environ, 26 courts chapitres qui sont autant de tableaux. Ravira les franciliens par les descriptions. Très substantifique. Toujours cette finesse concise, cette élégance de plume; les compositions en prose de Nerval, parce qu'elles ont ce je-ne-sais-quoi de gracile mais de retenu, de maîtrisé, échappent toujours un peu, ce qui est paradoxal tant son propos est limpide. Nerval est un styliste, tout en touches et en équilibres. Sa façon n'a pas pris une ride, et il faudra bien un jour s'interroger, pourquoi cet art de la plume-là, celui de Nerval, est-il intemporel, alors que certains auteurs, publiés il y a à peine un demi-siècle, nous semblent utiliser une manière tombée en désuétude, datée ?  

Un peu plus teinté d'autobiographie:
Promenades et souvenirs: 35 pages environ, 8 chapitres. Textes sobres encore, dans lesquels Nerval se dévoile un tantinet. Il y a une tendresse chez ce grand rêveur, mais qui n'est pas à l'eau de rose, ou encore empreinte de vacuité. Un de ces "rêveur, définitif" que saluait, au siècle suivant, André Breton.

La main ensanglantée: 55 pages environ, 14 chapitres.  A ce point différent des autres textes du recueil que, sans celui-ci, on ne parlerait pas de textes hétéroclites ou de patchwork. C'est une histoire qui se déroule loin dans le temps, en 1609. Vocabulaire choisi, esprit de l'époque restitué, La main ensanglantée est une curiosité, Nerval évolue dans un registre inconnu (enfin, pour moi du moins !) et ça fait mouche, ça fonctionne en tous cas pour ce conte, cruel et fantasmagorique avec un soupçon de farce à gros traits, juste ce qu'il faut pour obtenir un pendant propice à l'équilibre de l'histoire.
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Thierry Cabot
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MessageSujet: Re: Gérard de Nerval   Dim 6 Juil 2014 - 14:41

Un autre poème des "Chimères" qui sonne magnifiquement.



Delfica

La connais-tu, Dafné, cette ancienne romance,
Au pied du sycomore, ou sous les lauriers blancs,
Sous l'olivier, le myrte, ou les saules tremblants,
Cette chanson d'amour qui toujours recommence ?...

Reconnais-tu le Temple au péristyle immense,
Et les citrons amers où s'imprimaient tes dents,
Et la grotte, fatale aux hôtes imprudents,
Où du dragon vaincu dort l'antique semence ?...

Ils reviendront, ces dieux que tu pleures toujours !
Le temps va ramener l'ordre des anciens jours ;
La terre a tressailli d'un souffle prophétique...

Cependant la sibylle au visage latin
Est endormie encor sous l'arc de Constantin
- Et rien n'a dérangé le sévère portique.

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MessageSujet: Re: Gérard de Nerval   Sam 15 Aoû 2015 - 19:22

Aurélia ou Le Rêve et la Vie (1853)




Aurélia est d’abord un projet clinique. Gérard de Nerval, ravi des séjours qu’il passait à la clinique du Docteur Blanche (il appelait ce lieu le « Paradis ») avait décidé de faire une étude de ses rêves et visions qu’il adresserait au clinicien pour le remercier. Le projet prit ensuite la tournure plus littéraire qu’on lui connaît.


L’écriture de la nouvelle se justifie donc par des fondements très personnels et son objectif clinique initial est de reproduire le processus de « l'épanchement du songe dans la vie réelle ». L’histoire autour d’Aurélia s’inspire de la vie de Gérard de Nerval, de son amour impossible pour Jenny Colon, de sa rencontre avec Marie Pleyel et de la réunion fortuite des deux femmes à Bruxelles. Evoquant la mort d’Aurélia, il en vient à évoquer la mort de sa mère. Ces éléments contaminent le rêve, qui se diffuse à son tour dans la vie. Finalement, ce n’est pas la confusion entre le rêve et la réalité qui trouble le plus, mais la question de savoir si le rêve est une forme de pré-conscience capable d’enrichir la compréhension des événements qui sont perçus par la conscience en éveil. Gérard de Nerval exprime naturellement le potentiel initiatique du rêve lorsqu’il éblouit de l’intérieur. Le rêve a une valeur initiatique : il fait vivre ce que la conscience éveillée n’a jamais eu l’honneur de connaître, il donne la certitude absolue de l’existence d’un autre niveau de réalité.


A ce point-là du récit, Gérard de Nerval délaisse Aurélia –sa justification individuelle- pour faire la rencontre avec l’archétype, qu’il nomme parfois Âme, ou Esprit, et qui surplombe ses visions oniriques, créateur de ces nuits éternelles où les lunes se succèdent à une allure infinie, où le fluide métallique parcoure les terres pour l’inonder de sa symbolique alchimique. Gérard de Nerval devient ce nouveau monde. Les barrières entre son individu et le reste de l’univers deviennent poreuses –les personnes qui contempleraient de l’extérieur cette fusion de l’homme au monde ont toutes les raisons de sentir que quelque chose leur échappe. Gérard de Nerval préfigurerait ainsi le cas clinique de la schizophrénie –mais on sent que ce n’est pas que cela, et que la nosologie clinique pâtit d’une trop grande modestie pour s’appliquer correctement à tous les cas qui dévient de l’ordinaire.


« Tout vit, tout agit, tout se correspond ; les rayons magnétiques émanés de moi-même et des autres traversent sans obstacle la chaîne infinie des choses créées ; c'est un réseau transparent qui couvre le monde, et dont les fils déliés se communiquent de proche en proche aux planètes et aux étoiles. »


Gérard de Nerval a-t-il été prophète sans le savoir ? René Daumal lui voue une admiration éperdue dans un essai écrit en son honneur (« Gérard de Nerval le nyctalope »). Il relie cette nouvelle au Livre des morts égyptien, aux livres sacrés de l’Inde, au Zohar ou à l’occultisme pour sa science du rêve. Les visions de l’espace astral le renvoient aux nadis hindous ; le point de la nuque sur lequel il applique son talisman correspondrait au trou de Brahma ; et le totémisme primitif serait honoré par le rappel du royaume souterrain, par le thème du double prophétique et par la réapparition des aïeux défunts dans le corps d’un animal. Qu’on n’aille pas croire cependant que Gérard de Nerval ne serait qu’un ennuyeux professeur de la Science universelle. On préfère croire qu’il n’était même pas conscient des implications symboliques de ses rêves et visions, mais elles lui apparaissaient spontanément et sans effort, sous un aspect purement charismatique. Et si ce n’est pas seulement le cas, alors Gérard de Nerval a su se retirer humblement pour transmettre cette richesse symbolique sans vouloir faire croire qu’il en est le créateur.


On peut lire Aurélia pour son histoire mais celle-ci est tellement décousue (la deuxième partie est de reconstruction posthume) qu’il ne faut pas lui chercher beaucoup de cohérence factuelle. On peut lire Aurélia pour la beauté de la langue appliquée à la description d’épisodes qui se passent ailleurs –ni sur ce monde, ni sur un autre mais AILLEURS. On sera alors charmés juste ce qu’il faut pour ne pas jeter Gérard de Nerval aux oubliettes. Mais on peut aussi lire Aurélia dans l’espoir de trouver, transfigurée, une expérience de vision ou de rêve qu’on n’avait jusqu’alors pas su expliquer avec autant de simplicité et d’évidence que ne le fait ici Gérard de Nerval.




Face au péché comme Perceval face au Graal :

« Je vis ensuite se former vaguement des images plastiques de l’antiquité qui s’ébauchaient, se fixaient et semblaient représenter des symboles dont je ne saisissais que difficilement l’idée. Seulement, je crus que cela voulait dire : « Tout cela était fait pour t’enseigner le secret de la vie, et tu n’as pas compris. Les religions et les fables, les saints et les poètes s’accordaient à expliquer l’énigme fatale, et tu as mal interprété… Maintenant, il est trop tard ! » Je me levai plein de terreur, me disant : — C’est mon dernier jour ! À dix ans d’intervalle, la même idée que j’ai tracée dans la première partie de ce récit me revenait plus positive encore et plus menaçante. Dieu m’avait laissé ce temps pour me repentir, et je n’en avais point profité. — Après la visite du convive de pierre, je m’étais rassis au festin ! »


« Je me sentais emporté sans souffrance par un courant de métal fondu, et mille fleuves pareils, dont les teintes indiquaient les différences chimiques, sillonnaient le sein de la terre comme les vaisseaux et les veines qui serpentent parmi les lobes du cerveau. Tous coulaient, circulaient et vibraient ainsi, et j'eus le sentiment que ces courants étaient composés d'âmes vivantes, a l'état moléculaire, que la rapidité de ce voyage m'empêchait seule de distinguer. »


« Qu’avais-je fait ? J’avais troublé l’harmonie de l’univers magique où mon âme puisait la certitude d’une existence immortelle. J’étais maudit peut-être pour avoir voulu percer un mystère redoutable en offensant la loi divine ; je ne devais plus attendre que la colère et le mépris ! Les ombres irritées fuyaient en jetant des cris et traçant dans l’air des cercles fatals, comme les oiseaux à l’approche d’un orage. »


René Daumal écrit à propos d'Aurélia dans Nerval le nyctalope.

On comprend que cette nouvelle ait plu à René Daumal qui décrivait ainsi ses expériences de rêve actif :

« C'est un monde réel que celui où, il y a quelques années, je donnais des rendez-vous nocturnes à un ami, Robert Meyrat, Nous n'avions pas besoin d'escalader la grille de la maison familiale pour nous échapper par les rues désertes d'une ville de province, et nous donner à des nuits entières de merveilleuses aventures. Voici le procédé que j'avais trouvé pour sortir de mon corps (j'ai appris depuis que la science occulte le connaît de toute antiquité) : je me couchais le soir comme tout le monde, et, détendant tous mes muscles avec soin, vérifiant que chacun était bien complètement abandonné à lui-même, je respirais longuement et profondément, sur un rythme régulier, jusqu'à ce que mon corps ne fût qu'une masse paralysée étrangère à moi-même. J'imaginais alors que je me levais et m'habillais, mais — et c'est pour ce point essentiel que je réclame de ceux qui veulent m'imi-ter un courage et une puissance d'attention peu ordinaires — j'imaginais chaque geste dans ses moindres détails et avec une telle exactitude que je devais me représenter l'action de chausser une espadrille dans le même temps précisément que j'aurais employé à la chausser dans la vie corporelle. J'avoue d'ailleurs qu'il me fallait parfois passer une semaine de vains efforts chaque soir avant de réussir seulement à m'asseoir sur le bord de mon lit, et que la fatigue provoquée par de tels exercices m'a souvent obligé à les interrompre pour de longues périodes. Si j'avais la force de persévérer, un moment venait, plus ou moins vite, où j'étais lancé. Vu de l'extérieur, je m'endormais. En fait, j'errais sans effort — et même avec la facilité désespérante que ceux qui se souviennent d'avoir été des morts connaissent bien — je marchais, et immobile je me voyais en même temps marcher, dans des quartiers tout à fait inconnus de la ville, et Meyrat marchait près de moi. »


Comparons avec Gérard de Nerval...

« C’est ainsi que je m’encourageais à une audacieuse tentative. Je résolus de fixer le rêve et d’en connaître le secret. — Pourquoi, me dis-je, ne point enfin forcer ces portes mystiques, armé de toute ma volonté, et dominer mes sensations au lieu de les subir ? N’est-il pas possible de dompter cette chimère attrayante et redoutable, d’imposer une règle à ces esprits des nuits qui se jouent de notre raison ? Le sommeil occupe le tiers de notre vie. Il est la consolation des peines de nos journées ou la peine de leurs plaisirs ; mais je n’ai jamais éprouvé que le sommeil fût un repos. Après un engourdissement de quelques minutes, une vie nouvelle commence, affranchie des conditions du temps et de l’espace, et pareille sans doute à celle qui nous attend après la mort. Qui sait s’il n’existe pas un lien entre ces deux existences et s’il n’est pas possible à l’âme de le nouer dès à présent ? »

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MessageSujet: Re: Gérard de Nerval   Sam 15 Aoû 2015 - 20:05

C'était épatant cette clinique du Docteur Blanche.

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Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).
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MessageSujet: Re: Gérard de Nerval   Sam 15 Aoû 2015 - 21:03

Lis Les illuminés. ça donne une idée un peu différente de Nerval. On y trouve des personnages comme
Restif de la Bretonne ou Cazotte et bien d' autres personnages, pitoresques ou originaux.

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MessageSujet: Re: Gérard de Nerval   Mar 18 Aoû 2015 - 15:26

Marko a écrit:
C'était épatant cette clinique du Docteur Blanche.

Tu as des anecdotes à nous fournir ?

bix229 a écrit:
Lis Les illuminés. ça donne une idée un peu différente de Nerval. On y trouve des personnages comme
Restif de la Bretonne ou Cazotte et bien d' autres personnages, pitoresques ou originaux.

D'accord, c'est noté.

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MessageSujet: Re: Gérard de Nerval   Mer 8 Juin 2016 - 15:46

Une analyse intéressante sur Aurélia et les rêves : ICI

Résumé:
Citation :
Le docteur Émile Blanche encouragea Nerval, après son internement de 1853, à décrire ses rêves, ce qu’il fit dans Aurélia, s’engageant dans un projet peu pratiqué en France. Il avait eu la frénésie d’écrire lors d’autres épisodes de folie ; mais Aurélia est un projet cohérent, d’abord impulsé par le besoin de décrire, puis par celui de trouver un sens, sens qui finit par être celui du texte. Nerval en transcrivant ses rêves découvrit leur continuité ainsi que celle de sa vie psychique, et les utilisa pour reconstruire le sens de sa vie, construisant ainsi une morale du salut.

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MessageSujet: Re: Gérard de Nerval   Mer 8 Juin 2016 - 18:03

Merci. Pas encore lu Nerval, mais je tourne autour... zen

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