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 Simon Leys [Belgique]

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swallow
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MessageSujet: Simon Leys [Belgique]   Sam 15 Aoû 2009 - 9:41



Simon Leys, de son vrai nom Pierre Ryckmans est un écrivain essayiste, critique littéraire et sinologue belge, de langue française et anglaise, né en 1935, á Bruxelles. Son œuvre porte notamment sur la Chine, la littérature et la mer. Son style, á la fois érudit, clairvoyant et sarcastique, confère une valeur littéraire à ses textes au- delà des sujets traités et de ses opinions.

Après avoir vécu longtemps en Chine ( 1959-1970) il s´est installé en Australie, où il enseigne la langue et la littérature chinoises.





Je vous ai déjà parlé de Leys, et du « Bonheur des petits poissons »( Lettre des antipodes) comme j´aime le faire, de manière indirecte, et sur différents fils du Forum , car son livre est un recueil de chroniques qui abordent des sujets très divers : La psychothérapie, l´art (Modigliani), Satre, le tabac, l´aspirateur de Glenn Gould ou la mal de mer de Conrad pour ne donner que quelques exemples.

Leys termine son livre en beauté, avec quelques idées sur l´Eternité ( il connaît très bien ses classiques chinois).

« Le temps n´est pas notre élément naturel. Imagine-t-on un poisson qui s´étonnerait de la mouillure de l´eau ? C´est que notre vraie patrie est l´Éternité ; dans le temps nous ne sommes que des visiteurs de passage.

N´empêche, c´est dans le temps que l´homme construit la cathédrale de Chartres, peint le plafond de la Sixtine et joue de la cithare à sept cordes- ce qui inspira la fulgurante intuition de William Blake : « L´Eternité est amoureuse des œuvres du temps. »
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kenavo
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MessageSujet: Re: Simon Leys [Belgique]   Sam 15 Aoû 2009 - 13:55

Merci pour ce fil, Swallow
J'ai lu le livre dont tu nous a déjà donné plusieurs citations.. et j'ai autant aimé que toi.. Very Happy

_________________
La vie, ce n'est pas d'attendre que l'orage passe,
c'est d'apprendre à danser sous la pluie.


Sénèque
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bix229
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MessageSujet: an   Sam 15 Aoû 2009 - 15:53

Voilà un fil que j' attendais... Merci Swallow !

Simon Leys est un érudit qui connait la Chine ancienne et moderne
comme peu d' autres.

C' est lui qui a osé dire la vérité sur la Chine de Mao et sur la pseudo Révolution culturelle.
Et ça lui a fait des ennemis ausssi bien à gauche qu' à droite.
Tout le monde à l' époque écrivait des livres ineptes sur le sujet
de Maria Antonietta Machiochi, maoiste italienne à Peyrefitte,
ministre gaulliste.
La révolution cul leur permit au moins de se faire de l' argent facile
sans connaitre le sujet.

Mais Simon Leys, de son vrai nom Pierre connait très bien la culture chinoise classique et tous ses livres sur le sujet sont passionnants.
Ou sur d' autres...
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swallow
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MessageSujet: Re: Simon Leys [Belgique]   Sam 15 Aoû 2009 - 19:28

Désolée Bix d´avoir à prononcer ce nom... C´est Sollers ( je sais que tu n´aimes pas trop) qui m´a ouvert les yeux sur Simon Leys, quand je cherchais des explications sur la manipulation sur la Chine des Années 68, en grande partie pilotée par l´intelligentsia de l´époque.
Sollers reconnait publiquement qu´il s´est trompé: les autres aussi, mais ne disent pas grand-chose ou se taisent même.
Il appelle ça son " maoïsme de jeunesse"
J´espère pour lui que çà lui a servi de leçon pour ne plus retomber dans d´autres panneaux actuels ( genre Betancourt).
Donc:
http://www.pileface.com/sollers/article.php3?id_article=401?&var_mode=recalcul

Il parle de 3 ouvrages de Leys :
-Les naufragés du Batavia.
-Essais sur la Chine.
- Propos sur la peinture du Moine Citrouille-Amère.(Shitao).
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bix229
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MessageSujet: Re: Simon Leys [Belgique]   Jeu 3 Mai 2012 - 21:04

Lire Simon Leys est un plaisir constant. Celui que nous procure un homme très intelligent, très cultivé, sans etre pour cela pédant ou abstrait. Au contraire le plaisir et la curiosité qui motivent sa vie, Simon Leys parvient à nous les communiquer, à stimuler ce qu' on appelle notre "matiètre grise".

Dans Le Bonheur des petits poissons, à partir de ses connaissances sur la Chine, il nous montre ce qui différencie profondément la culture chinoise de la culture occidentale. Il cite Le savant sinologue Joseph Needham, "un des très rares ouvrages que les chinois prennent au sérieux."

La civilisation chinoise, écrit Needham, présente l' irrésistible fascination de ce qui est totalement autre, et seul ce qui est totalement autre peut inspirer l' amour le plus profond en meme temps qu 'un puissant désir de le connaitre."

Leys montre que la découverte de la culture chinoise par les occidentaux et réciproquement, est assez récnte, et que beaucoup se sont cassés les dents à essayer de la comprendre. A commencer par Malraux et Segalen.

Simon Leys, montre ailleurs,comment les peintres chinois pratiquent leur art. Les Chinois, écrit-il, considèrent que "peindre est surtout difficile avant de peindre", car "l' idée doit précéer le pinceau." Dans la peinture occidentale, en effet, il est relativement rare que l' oeuvre constitue la simple projection d' une vison intérieure préexistante ; bien plus souvent, la peinture résulte d' un dialogue, voire meme d' un corps à corps que l' artiste engage avec sa toile... Le peintre travaillant d' après nature se sert de la "mémoire primaire", utilisant les images qui ne durent qu' un instant, le temps qu' il met pour tranférer son regard du modèle à la toile.

A cette "mémoire primaire", Leys oppose "la mémoire secondaire ou éidétique : l' esprit emmagasine les images comme le ferait une caméra, et il se les projètte sur un écran mental où elle apparaissent dans toute leur complexité.... L' imagination éidétique se rencotre souvent à l' état spontané chez les enfants, mais on peut aussi les cultiver méthodiquement.

L' étude et l' exercice de l' écriture idéographique ont probablment favorisé le développement de cette faculté chez les peintres chinois, de meme que que la pratique de la méditation enseignée par le taoisme et le bouddhisme chan. Ajoutez à cela toute la technique de la peinture chnoise : la nature meme de ses instruments -encre et pinceau-, ne tolérant ni hésitations ni repentirs, exclut largement la possibilité de travailler à partir des images de la "mémoire primaire" (d' après nature) et exige au contraire une exécution instantanée, exempte de retouches. Pour l' artiste, il s' agit en effet de restituer d' un jet l' image qu' il s' était formée dans l' esprit avant de prendre le pinceau...

Plus loin, Simon Leys, parle de la litote et l' art de suggérer plutot que dire, répéter, décrire comme le font souvent des créateurs comme Balzac. Ce qui rejoint ma propre façon de lire Balzac avec iirritation parfois parce qu' il ne laisse pas grand chose au lecteur imaginatif. que je suis et qui préfère les romanciers et les poètes qui laisse librement l' imagination du lecteur se déployer.... J' y reviendrai.
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bix229
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MessageSujet: Re: Simon Leys [Belgique]   Sam 12 Mai 2012 - 20:09

Soulignant le role de l' magination, Simon Leys écrit que le romancier, par exemple, si génial soit-il, peut etre dépassé par ce qu' imaginera son lecteur. S' il en a l' envie et l' occasion. Tout le propos de "Le Bonheur des petits poissons" est d' exalter l' imagination.

C' est par un saut de l' imagination que l'on saisit la vérité. C' est vrai non seulement pour la pensée scientifique, mais aussi pour la réflexion philosophique...
L' Histoire, n' enregistre pas les évenements. Elle enregistre seulement les échos des évènements, ce qui est fort différent ; et pour ce faire, elle s' appuie sur l' imagination. Livrée à elle-meme, la mémoire ne peut qu' accumuler des données dénuée d' objet et de signification....


Il ne suffit pas à l' artiste d' avoir la vision de son sujet. Pour restituer cette vision dans toute son intensité ; il doit la suggérer pat la litote, notamment. Balzac, par exemple possédait la vision mais ignorait la litote à un point qui a souvent exaspéré ses meilleurs lecteurs. Ainsi Stevenson confiait à un intime : "Balzac est une espèce de Shakespeare balbutiant, écrasé sous un excès de détails forcés mais faibles. Il est ahurissant de voir combien il peut etre parfois mauvais et faux, et ennuyeux - mais aussi, bien sur, superbe et puissant dès qu' il s' abandonne à son tempérament. Mais meme alors, jamais simple ni clair. Il ne pouvait rien laisser sous-entendu... Ah, il n' y a qu' un art : l' art d' omettre."

C' est cette impression que j' ai souvent ressentie à lire Balzac. Y compris dans ses meileurs livres, comme Splendeur et misère des courtisanes. Je me souviens meme de l' irritation éprouvée après la lecture. Des trop longues descriptions, digressions, réflexions personnelles..

Et pourtant quelle imagination ! Vers l' étrange, le monstrueux, le fantastique, l' excessif...
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swallow
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MessageSujet: Re: Simon Leys [Belgique]   Ven 18 Mai 2012 - 17:45

Citation :
Ainsi Stevenson confiait à un intime

Bix, il s´agit bien du Stevenson de l´ìle au trésor?
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bix229
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MessageSujet: Re: Simon Leys [Belgique]   Ven 18 Mai 2012 - 18:00

swallow a écrit:
Citation :
Ainsi Stevenson confiait à un intime

Bix, il s´agit bien du Stevenson de l´ìle au trésor?

Oui, Swallow, celui aussi de : Les Aventures de David Balfour (Enlevé, Catriona), Le Maitre de Ballantrae, Ceux de Falesa, etc...
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tom léo
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MessageSujet: Les Naufragés du Batavia, suivi de Prosper    Dim 10 Fév 2013 - 22:19

Les Naufragés du Batavia, suivi de Prosper

Deux récits
Originale : Français, 2003

Les Naufragés du Batavia

Première publication : « La Revue des Deux Mondes », N° 2486
Sous-titre : Anatomie d'un massacre

CONTENU :
Dans ce premier récit d'une longeur d'environ 70 pages, l'auteur nous raconte les circonstances du voyage et du naufrage de la « Batavia » en 1629. Elle avait devié de la route maritime entre la Hollande et les colonies sur Java, et s'est échoué sur un archipel d'îlots au latge de la côte australienne. Leys se concentre alors dans sa description sur la survie des 300 passagers et marins qui seront peu à peu manipulés, isolés, voir massacrés par un psychopathe jusqu'à ce que de l'aide arrive. Comment a-t-on pu y arriver ?

REMARQUES :
On aura la chair de poule quand on lira de ce naufrage, et plus encore, de la terreur qu'un homme manipulateur exerçait via l'art du discours et une stratégie maléfique pour s'emparer du « pouvoir », voir des trésors échoués. Et le lecteur, avec les exprériences du Xxième siècle et ses dictatures de terreurs, ne peut que se poser des questions similaires : Comment a-t-on pu arriver là ? Qui resistera, et comment ? Où commence, où se termine la culpabilité et la coculpabilité ? Etc...

Et ainsi Leys souligne aussi qu'à l'époque déjà le récit de ce voyage a trouvé un écho immédiat. A sa façon, ce naufrage aurait même eu plus d'influence sur l'imaginaire de l'époque que celui de la Titanic dans son temps !

Selon l'introduction, Leys a rassemblé (et on le sent) à travers des années des documents sur ce sujet, mais il mentionne que récemment Mike Dash a écrit une œuvre maîtresse sur le sujet et son propre livre ne peut que humblement diriger le lecteur vers celui de Dash : Batavia's Graveyard: The True Story Of The Mad Heretic Who Led History's Bloodiest Mutiny.

L'auteur belge essaie d'analyser les facteurs multiples qui ont pu conduire au desastre. Par exemple déjà en soi le voyage claustrophobe et sous des conditions à bord difficiles sur ce trois mats de la VOC pendant sept mois ! Les tensions internes à bord, les caractères des personnages principaux et leurs histoires. L'ambiance environnante dans laquelle certains ont grandi (surtout le grand guide, Jeronimus Cornelisz). Et ainsi de suite. Puis la survie, et la systématique procèdure de Cornelisz...

C'est d'un coté une maîtrise des documents, l'assemblage d'informations d'une façon très convaincante, mais aussi une interrogation constante autour du pourquoi, qui anime Leys. Il allie objectivité et une certaine interrogation personnelle. Les liens avec des questionnements modernes (après les horreurs du Xxième siècle) me semble évidents. Donc « une étude du mal », qui était bien présent déjà dans le passé...

Terrible, , informativ, néccessaire !


Prosper

CONTENU :
Récit d'une « marée » sur un des derniers voiliers-thoniers bretons.

REMARQUES :
Avant d'embarquer à la fin des années 50 pour l'Asie et sa Chine aimée, Simon Leys, alias Pierre Ryckmans, se rend sur la côte breton pour y participer à une « marée », la sortie d'un thonier pour une durée de trois, quatre semaines, en haute mer. Il s'agit d'un des derniers voiliers de l'époque, encore en activité pour la pêche, la « Prosper ». Ce récit a alors l'âge respectable de 45 ans quand Leys le trouvera dans ses documents lors de rangement dans les années 2000. Il retouche légèrement et publie le texte, ensemble avec le premier récit, voir en haut.

Il décrit d'une façon précise et empathique les caractères de différentes personnes de l'équipage (le capitain, sept marin et deux hôtes). Il les montre dans leur originalité, alliant une certaine dureté (extérieure) et une propre façon de grande humanité, le compagnonnage et le fait d'être isolé sur un bateau dans un « clos ». La bouteille n'est jamais trop loin, mais dans leur état des fois mi-ivre, ces marins ne perdent jamais leurs capacités étonnantes et un certain sens d'équilibre. Le jeune étudiant qu'est Leys les admire sensiblement et à sa manière.

Le style de Leys est admirable dans la langue, l'érudition et la fluidité (voir commentaires en haut des autres lecteurs).

On accompagne la Prosper dans cette sortie, et on apprend sur les différentes postes sur le bateau et les responsablités d'un tel et d'un tel. Quand on croise au large les autoroutes maritimes des grands paquebots et des géants de la mer, cela ouvre à des réflexions sur la place de cet « ancien monde et mode » dans un environnement changeant. Cela devient alors ici la description d'un monde perdu, avev les gestes, les capacitéset la beauté qui lui étaient propres.

Ces souvenirs sont chers à l'auteur et rappelle un monde disparu. Et le lecteur, et moi parmi eux, s'étonne d'une vie dure et aimée qui suscite une certaine nostalgie indéfinissable...

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MessageSujet: Disparition   Sam 16 Aoû 2014 - 8:02

C´est par Bix que j´ai appris en début de semaine la disparition de Simon Leys.
"Simon Leys, est mort ce lundi 11 août 2014 à Canberra, en Australie, où il vivait et enseignait depuis les années 1970. Il avait 78 ans. "

Un article interessant sur sa trajectoire:

http://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20140811.OBS6054/mort-de-simon-leys-le-sinologue-qui-a-vu-la-chine-sombrer.html
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MessageSujet: Re: Simon Leys [Belgique]   Mar 4 Nov 2014 - 23:05

Le Sudio de l'Inutilité (2012). Essais. Flammarion. 299 pages.

Le recueil s'ouvre par une introduction intitulée "en guise de liminaire", et qui comporte une citation de Zhuang Zi (Tchouang-Tseu : http://fr.wikipedia.org/wiki/Tchouang-tseu ): "Les gens comprennent tous l'utilité de ce qui est utile, mais ils ignorent l'utilité de l'inutile." Simon Leys y évoque des souvenirs : une cahute, au coeur d'un bidonville de réfugiés à Hong Kong, dans laquelle il a bénéficié pendant deux ans de l'hospitalité d'un ami artiste, philologue et historien.

Puis, suivent des essais regroupés en trois catégories : Littérature, Chine, La Mer.
Commençons par la Littérature.


Henri Michaux (1899-1984) : Mouvement (1950-51)

- Belgitude de Michaux.
Citation :
"L'Europe compte bon nombre de petits pays : mais celui-ci est bien le seul, semble-t-il, à s'enorgueillir de son exiguïté." (page 19).
Michaux a beaucoup voyagé, expérience pourtant pénible pour lui.
Citation :
"Michaux n'est pas à l'aise en voyage, mais le voyage lui apporte un soulagement - car il est encore plus mal à l'aise chez lui. Le mal-être, anormal pour le sédentaire, est au moins naturel pour le voyageur : à l'étranger, le malaise existentiel trouve une rassurante excuse." (page 24).
De 1963 à 1972, Michaux a réédité ses livres, et c'est cette révision "généralement désastreuse" (page 32) qui a été publiée dans La Pléiade. Or,
Citation :
"le premier devoir d'un critique est parfois (comme le disait D.H. Lawrence) de sauver l'oeuvre des mains de son créateur.
Le phénomène des écrivains de génie qui, sur le tard, cessent de comprendre ce qu'ils ont fait de mieux, le désavouent et le gauchissent, ou s'appliquent à le refaire et à le mutiler, est consternant, mais nullement exceptionnel." (page 33).
Et de citer Gogol dont seule la mort l'a empêché de saboter Les Âmes mortes ; Tolstoï qui a estimé que plutôt que d'écrire Anna Karénine, il aurait mieux fait de consacrer son énergie à rédiger de la propagande pieuse. Et Henry James :
Citation :
"une certaine verbosité tortueuse que l'on croit souvent caractéristique de son style, n'est en fait que le résultat de cette révision tardive et malencontreuse qui, à l'époque, suscita une réaction horrifiée de la critique new-yorkaise : « On souhaiterait que M. James ait plus de respect pour les classiques, à commencer par ceux qui sont sortis de sa plume. »" (page 33-34).
La liste ne s'arrête pas là : il y a encore Conrad, Hergé...
Michaux enlève tout ce qui, a posteriori, le dérange (dans une démarche généralement politiquement correcte). Exemple de phrase coupée :
Citation :
"la religion hindoue a double face, l'une pour initiés, l'autre pour crétins. L'humilité est certes une qualité de tout premier ordre, mais pas l'abrutissement". (page 35).
Tout ce qui gratte un peu disparaît, ça devient gentil, mou...


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MessageSujet: Re: Simon Leys [Belgique]   Mar 4 Nov 2014 - 23:06


G.K.Chesterton (1874-1936)

- G.K Chesterton.
Lorsque Chesterton était encore jeune, il a été
Citation :
"secoué par une crise soudaine[...]. Ce fut alors qu'il eut l'intuition du paradoxe central qu'il ne cessera d'explorer toute sa vie durant, et qu'il finira par résumer vers la fin de sa carrière, dans son livre magistral sur saint Thomas d'Aquin : le christianisme a inversé l'ancienne croyance platonicienne selon laquelle c'est l'univers matériel qui serait mauvais, et l'univers spirituel qui serait bon. En réalité, c'est le contraire qui est vrai [...] « Il n'y a pas de choses mauvaises, seulement un mauvais usage des choses. Ou, si vous voulez, il n'y a pas de mauvaises choses, mais seulement des pensées mauvaises, et surtout des intentions mauvaises. [...] L'oeuvre du Ciel seule est matérielle - la création du monde matériel. L'oeuvre de l'enfer est entièrement spirituelle." (pages 51-52).
Chesterton, et Simon Leys, font l'apologie de l'amateurisme, par opposition au professionnalisme (ce sera développé dans la partie consacrée à la Chine) :
Citation :
"La supériorité de l'amateur sur le professionnel est une notion importante et paradoxale, mais elle est largement ignorée dans la culture occidentale, laquelle considère de façon générale que seul le professionnel est vraiment « sérieux », tandis que l'activité de l'amateur paraît nécessairement entachée de frivolité [...]" (page 55).
Cette vision
Citation :
"coïncide en fait avec un principe fondamental de l'esthétique picturale chinoise [...]. Il s'agit du reste d'un principe qui devrait présenter une pertinence profonde et universelle. [...]
Aucune activité humaine vraiment importante ne saurait être poursuivie d'une manière simplement professionnelle. C'est ainsi, par exemple, que l'apparition du politicien professionnel marque un déclin de la démocratie - puisque dans une démocratie authentique, l'exercice des responsabilités politiques est le privilège et le devoir de chaque citoyen." (page 56).
Il faut avoir les compétences requises pour être postier, informaticien, etc., mais nul ne les vérifiera pour devenir mari, épouse, père ou mère, tâches pourtant complexes (paraît-il).

Ah, les aphorismes de Chesterton !
Citation :
"« Quand une chose vaut la peine d'être faite, ça vaut même la peine de la faire mal. » Ou encore : « Tout comme un méchant homme est quand même un homme, un méchant poète est quand même poète. »" (page 57)
Pour Simon Leys, les analyses de Chesterton sont troublantes de justesse, et ses écrits ont une actualité et une pertinence que nous ne trouvons pas chez ses contemporains Bernard Shaw et H.G. Wells.

Chesterton a beaucoup écrit.
Citation :
"Sa secrétaire rapporte qu'il lui est parfois arrivé de rédiger deux articles à la fois : il en écrivait un, tout en dictant l'autre, simultanément." (page 65).
On croirait un gag !
Citation :
"Et il était un superbe journaliste, il en avait toutes les qualités - vivacité, concision, rapidité, esprit, clarté. Mais ce sont aussi les qualités qui vous damnent aux yeux des critiques prétentieux et des médiocrités solennelles, dont le préjugé le plus constant est que ce qui est clair ne saurait être profond, et ce qui est comique ne saurait être important - car, pour impressionner les imbéciles, il faut être obscur et ennuyeux. Chesterton a constamment bataillé contre ce préjugé : « Mes critiques pensent que je ne suis pas sérieux, mais seulement amusant. Ils croient que amusant est le contraire de sérieux ; mais amusant est seulement le contraire de pas amusant et de rien d'autre. [...] Les gens ne peuvent croire qu'une réflexion agrémentée d'une petite plaisanterie puisse encore avoir du sens.»" (pages 65-66).
La clarté comme une marque d'intelligence, et l'humour qui n'est pas un obstacle à la profondeur, ce que les imbéciles ne comprennent pas : deux thèmes récurrents dans ce livre.


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MessageSujet: Re: Simon Leys [Belgique]   Mar 4 Nov 2014 - 23:06


George Orwell (1903-1950)
- Orwell intime.
Dans un de ses journaux, Orwell note :
Citation :
"« [...] dans un pays où il existe une hiérarchie des classes, les membres de la classe supérieure tendent toujours à prendre la tête dans les moments de crise, sans être nécessairement plus doués que les autres. Pareille situation est acceptée un peu partout, presque toujours. Dans l'Histoire de la Commune de 1871, par Lissagaray, il y a un passage décrivant les exécutions qui suivirent la répression de la Commune : on fusillait les meneurs sans procès, et comme on ne savait pas exactement qui étaient les meneurs, on les identifiait en partant du principe que ceux qui appartenaient à une classe supérieure devaient être les chefs du mouvement. Ainsi, un homme fut fusillé parce qu'il portait une montre, un autre parce qu' “il avait une physionomie intelligente”. » " (page 75).

Un ami avait remarqué :
Citation :
"« Orwell est un animal politique [...]. Il ne pouvait pas se moucher sans faire un discours sur l'industrie du mouchoir. » " (page 79).

Citation :
" [...] il considéra que le premier devoir d'un socialiste était de combattre le totalitarisme - ce qui signifie en pratique « dénoncer le mythe soviétique, car il n'y a guère de différence entre le fascisme et le stalinisme." (page 81).
On notera qu'en France, cela ne fait pas si longtemps que l'on peut comparer publiquement ces deux systèmes... Pourtant, il suffit de repenser aux première pages de Vie et Destin de Vassili Grossman... Mais revenons au recueil et à Orwell.
Citation :
"« Les intellectuels me dépriment horriblement » est un autre thème qui revient souvent dans les lettres : « Les intellectuels sont plus enclins au totalitarisme [...] et le danger est qu'ils développent ici une variété indigène de totalitarisme. »" (page 83).
Il écrivait ceci à Londres ; la situation était bien sûr pire à Paris (Sartre, Aragon...). La Ferme des Animaux avait trouvé un éditeur qui s'est ensuite dédit arguant :
Citation :
"ce projet est impossible pour raisons politiques. En France, j'ai l'impression qu'il n'y a à peu près personne qui se soucie encore de la liberté de la presse, etc."
(page 83).



Charles-Joseph de Ligne (1735-1814)

- Le prince de Ligne ou le XVIII° siècle incarné. Préface au livre Le Prince de Ligne de Sophie Deroisin.
Citation :
"Ligne partage bien des traits avec Mozart ; au sujet de ce dernier, Bernard Shaw a fait une remarque qu'il pourrait être pertinent de citer ici : la grandeur de Mozart n'est pas celle d'un innovateur, mais au contraire c'est d'avoir réussi à porter une tradition à son insurpassable point de perfection - « beaucoup de mozartiens enthousiastes ne peuvent souffrir que l'on dise de leur héros qu'il ne fut pas un fondateur de dynastie. Mais en art, le plus haut accomplissement consiste à être l'ultime rejeton d'une lignée plutôt que son initiateur. N'importe qui, ou presque, peut commencer - toute la difficulté est de finir, en produisant une oeuvre que nul ne pourrait exceller »." (page 111).
Citation :
"Wagner reprochait à Mozart de « manquer de sérieux [note de Simon Leys : Soit dit entre parenthèses, ce jugement révèle plutôt ce qui cloche chez Wagner]» ; un même malentendu a pesé sur Ligne : dès qu'il n'a plus eu affaire à de hautes intelligences comme Marie-Thérèse et Joseph II à Vienne, ou à la grande Catherine en Russie, son « manque de sérieux » a caché son génie aux yeux de souverains médiocres qui n'ont plus osé l'employer, le réduisant ainsi à une semi-retraite prématurée." (page 112).


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MessageSujet: Re: Simon Leys [Belgique]   Mar 4 Nov 2014 - 23:07


Simone Weil (1909-1943)
- Dans la lumière de Simone Weil.
Citation :
"A la fin de son essai sur Simone Weil, Milosz relève un trait touchant et révélateur : le jour où Camus apprit que le prix Nobel lui avait été attribué, traqué par une meute de journalistes et de photographes, c'est chez Mme Weil [la mère de Simone] qu'il vint se réfugier. Or on sait que, pour Camus, tourmenté de doutes sur lui-même, cette écrasante distinction fut à beaucoup d'égards une épreuve - loin de le réconforter, elle le désarçonna. Tout comme, dans un moment de soudain désarroi, le réflexe naturel d'un croyant est d'entrer dans une église, l'athée Camus éprouva, lui, l'irrépressible besoin d'aller se recueillir dans l'ancienne chambre où la jeune Simone avait médité et écrit." (page 147)


On trouve d'autres petits essais : Joseph Conrad et l'Agent Secret (il s'agit d'un texte écrit en réponse à la question "le roman du XX° siècle") ; Victor Segalen revu à travers sa correspondance ; Nabokov et la publication posthume de son roman inachevé.


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MessageSujet: Re: Simon Leys [Belgique]   Mar 4 Nov 2014 - 23:07

Puis vient la partie sur la Chine.


Liu Xiaobo (1955-). Il est le seul prix Nobel de la Paix actuellement en prison.

Simon Leys parle des essais de Liu Xiaobo (prix Nobel de la Paix en 2010) sur la Chine d'aujourd'hui.
"Anatomie d'une « Dictature post-totalitaire »" commence par une citation de Sima Quian (145-90 av. J.-C. ; voir :http://fr.wikipedia.org/wiki/Sima_Qian ), extraite de Mémoires du Grand Historien : "Mieux que l'approbation de la foule : l'indignation d'un seul honnête homme !"

Citation :
"[...] en ce moment même [Liu Xiaobo] est en prison - pour onze ans cette fois, soumis à un régime particulièrement sévère, malgré sa très mauvaise santé. Comme Pascal le disait : « Je crois des témoins qui se font égorger. ». En l'occurrence, il s'agit d'un témoin par ailleurs exceptionnellement qualifié par son expérience, par son intelligence, par son information, par son éloquence et par son intégrité." (page 165).

Citation :
"[...] Liu peint aussi une image sombre du consternant désert spirituel de la culture urbaine de la Chine post-totalitaire. Les autorités imposent une rigoureuse amnésie du passé récent. Le massacre de Tian-anmen a été entièrement effacé de la mémoire de la nouvelle génération, cependant qu'un nationalisme grossier se trouve périodiquement excité, afin de détourner le mécontentement de la population dans une direction qu'il est plus aisé de contrôler". (page 180).
Il dénonce l'enlèvement d'enfants qui servent d'esclaves dans des briqueteries, avec la complicité des autorités locales ; la collusion des autorités de l'Etat avec les promoteurs immobiliers...

Liu estimait, en 2008 que la transformation économique de la Chine, qui paraît vaste et profonde vue de l'extérieur, est en fait fragile et superficielle.
Citation :
"La combinaison de facteurs spirituels et matériels qui avait stimulé la réforme politique des années 1980 - avec des intellectuels qui pensaient librement, une jeunesse passionnée, des entreprises privées qui avaient le sens de l'éthique, des contestataires dans la société et un courant libéral au sein du Parti communiste - tout cela a disparu. À leur place, nous avons maintenant un programme économique dont l'unique moteur est la poursuite frénétique du profit." (pages 183-184).
Quel est le niveau de stabilité de la Chine ? Simon Leys conclut :
Citation :
"Sur ce sujet, on peut penser que ce sont encore les dirigeants chinois qui ont la vue la plus claire. Pourquoi donc ont-ils aussi peur d'un frêle écrivain qui n'était armé que de sa seule plume, et qui se trouve en prison, coupé de tous contacts humains ? Et pourquoi la seule vue de son fauteuil vide dans une cérémonie académique à l'autre extrémité du continent eurasiatique suffit-elle pour les plonger dans une telle panique ?" (page 185)


- Ethique et esthétique : la leçon chinoise.
Ce que certaines civilisations considèrent comme un axiome de base n'est qu'appréhendé par quelques individus exceptionnels dans d'autres civilisations.
"Ainsi cette idée que la qualité esthétique de l'oeuvre d'art reflète la qualité éthique de son auteur, est tellement essentielle dans la pensée chinoise, qu'elle risque parfois de devenir un cliché ressassé [...]. En Occident, en revanche, sans être entièrement inconnue, cette même notion fait rarement l'objet d'un développement aussi méthodique. Ainsi Vasari par exemple peut relever tout naturellement une correspondance entre la beauté spirituelle de la peinture de Fra Angelico et la sainteté dont était empreinte son existence monastique, mais par ailleurs il ne lui viendrait guère à l'esprit d'attribuer les carences artistiques d'autres oeuvres aux manquements moraux de leurs auteurs..." (page 191)


Fra Angelico (vers 1400-1455) : L'Annonciation dans La Vie du Christ (1451-1452). Musée national San Marco

Citation :
"Les quatre arts majeurs de la Chine (la poésie, la calligraphie, la peinture [...] et la musique de qin (cithare à sept cordes) - sont pratiqués non par des professionnels, mais par des amateurs lettrés. Traditionnellement, ces diverses disciplines ne sauraient être exercées comme un métier : un artiste qui accepterait paiement pour son art se disqualifierait et se verrait aussitôt réduit à une condition inférieure d'artisan. [...] l'objet premier de leur activité demeure la culture et le développement de leur vie intérieure. On écrit, on peint, on joue de la cithare, pour perfectionner sa personnalité, pour s'accomplir moralement en accordant son humanité individuelle aux rythmes de la création universelle." (page 191-192)


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