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 Martin Winckler

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Babelle
Zen littéraire


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MessageSujet: Martin Winckler   Sam 8 Mai 2010 - 20:14


Martin Winckler est médecin et romancier.
La Vacation (1989). La Maladie de Sachs (1998). Les Trois Médecins. Un Poulpe chez Baleine : Touche pas à mes deux seins. Légendes et Plumes d’Ange, récits autobiographiques. Histoires en l'air. Mort in vitro...

Le Chœur des femmes est sorti en 2009 :
Il pourrait s’agir d’une rencontre entre deux médecins : Jean (prononcez Djinn) Atwood, jeune interne de chirurgie gynécologique souhaitant se destiner à la technique de sa future pratique, se voit "obligée" de faire un stage pour clore ses études avant sa nomination. Elle tombe dans l'unité de Franz Karma, praticien gynéco d’une cinquantaine d’années qui se consacre depuis trente ans à la santé des femmes.

Une structure de roman qui n'est pas classique car une polyphonie attachante vient se joindre intelligemment à la description du travail quotidien : chacune des patientes entrevues se faisant narratrice de sa propre existence, du cheminement et des cicatrices de son propre corps, de ce qui l'a menée à la consultation, à l’intervention, entre les mains du docteur Karma qu’elles ont toutes choisi.
Parce que Karma est capable de décrypter leurs silences comme Sachs avaient déjà commencé à le faire dans son cabinet de généraliste avec ses patients et au chevet des plus âgés.
Parce que derrière les raisons d’une simple prise de rendez-vous il y a beaucoup plus qu’une demande d’intervention, qu’une ordonnance à renouveler.
Si l’on croit qu’au 21e siècle, filles et femmes ont vaincu les peurs, les tabous et parfois les maltraitances ancestrales dans les chambres à coucher familiales, on se met le doigt dans l’œil.
Dans le dédale des couloirs et des salles d’attente des hôpitaux français rien n’est jamais livré des grossesses non désirées, de l’inceste, des maux de ventre, du sang menstruel. Femmes non désireuses, amants et maris encore quelque peu absents, adolescentes aux mères qui se taisent encore…

Les héros romanesques de Winckler ne ressemblent pas à ces médecins pressés de refermer leur porte derrière leur dernière cliente et c'est la seconde fois que je perçois à travers cette écriture... comme une forme de résistance.
Une résistance toute pleine d’humanité. Contre l’amplitude du mal être, de la solitude qu’il engendre. Et ça secoue le lecteur. Autant que la lecture de La Maladie de Sachs l'avait fait il y a plusieurs années.


Citation :
POL : (...) L’unité 77 n’est pas un service comme les autres. Karma en est le seul praticien, il y travaille avec une secrétaire, une conseillère de planification, des infirmières et des aide-soignantes qui le désignent par son prénom. Il y pratique des IVG et y hospitalise clandestinement des patientes à l’insu de l’administration de l’hôpital. Il reçoit les femmes que personne ne veut recevoir ou que les gynécologues méprisent ou fuient comme la peste, immigrantes, femmes voilées, SDF, femmes violées, mais aussi celles qui sont en rupture de famille, ou qui ont décidé qu’elles ne veulent pas avoir d’enfants et demandent à se faire stériliser.


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Babelle
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MessageSujet: Re: Martin Winckler   Sam 8 Mai 2010 - 20:23

On peut ne pas accrocher dès le départ, non parce que c'est un pavé de 600 pages, mais parce que débuter avec la jeune interne ne donne pas sur les 40 premières pages le ton exact de ce qui va venir. Ce commencement est presque une caricature maladroite (les propos et les jugements de l'interne en son for intérieur sont stupides) mais il faut attendre qu'une porte soit refermée pour percevoir la réalité de chaque visite.
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tom léo
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MessageSujet: Re: Martin Winckler   Mar 1 Mar 2011 - 19:05

Il y a plusieurs années, j'ai vu un peu par hasard à la télé l'adaptation de "La maladie de Sachs" de Michel Déville. Sans rien en savoir, ce film m'a profondement marquén et à la suite j'avais alors acheté le livre dont Babelle faisait déjà évocation. Mais je dois avouer que je ne l'ai pas encore lu, vu aussi son état de pavé...
C'est une "autre" manière d'être médecin qu'on aurait, dans un certain sens, besoin dans notre monde?

Pour les amateurs, je peux donc recommandé le DVD!
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krys
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MessageSujet: Re: Martin Winckler   Mar 1 Mar 2011 - 19:16

J'ai lu il y a quelque temps "La maladie de Sachs" mais je me suis demandé pourquoi il avait suscité un tel engouement. C'est assez plat...
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topocl
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MessageSujet: Re: Martin Winckler   Mer 2 Mar 2011 - 17:52

J’aime beaucoup Martin Winckler
C’est un homme qui a plusieurs cordes à son arc : romans, récits, romans policier, livres d’informations médicales, polars, et études divers sur les séries télévisées (qui sont une de ses spécialités), j’en oublie peut-être.. Du fait de mes goûts personnels je connais surtout ses romans non policiers et récits. On y parle toujours un peu de médecine, soit comme élément central (La consultation, La maladie de Sachs) soit comme un des éléments qui font prendre la sauce (Les trois médecins, Le chœur des femmes, Plume d’ange, Légendes)
Martin Winckler est un ancien médecin généraliste qui pense que la médecine est une science mais aussi un art, que l’écoute doit y trouver sa place à égalité avec la technique. Je suis médecin comme lui, c’est une vision que je partage et essaie d’appliquer dans mon quotidien professionnel, donc, évidemment ses textes trouvent en moi un écho tout particulier
krys a écrit:
J'ai lu il y a quelque temps "La maladie de Sachs" mais je me suis demandé pourquoi il avait suscité un tel engouement. C'est assez plat...
Je suis d’accord avec toi, krys, La maladie de Sachs peut-être ressenti comme assez plat, mais je pense que c’est une très bonne expression d’une certaine détresse du médecin généraliste qui ne peut pas s’empêcher d’ouvrir les yeux sur une grande misère sanitaire et humaine, qui est en réelle détresse par rapport à ça et se protège en refoulant ses émotions ; qui instaure une distance sans laquelle il ne peut tenir. C’est une pseudo-absence. ; C’est ainsi que je le reçois en tout cas
Il faut bien se dire que ce livre date de 1998 et qu’à cette époque c’était un discours qu’on entendait beaucoup moins.

Les trois médecins et Le chœur des femmes sont deux romans aux multiples personnages, qui se croisent et interagissent, l’un dans le milieu des étudiants en médecine l’autre dans un service de gynécologie.
Les trois médecins est un plagiat volontaire et humoristique des Trois Mousquetaires, on retrouve très astucieusement toutes les péripéties de ce livre transposées à notre époque et dans ce milieu hospitalo-universitaire, et c’est un charme de plus
Ces deux romans sont extrêmement vivants, très ancrés dans la réalité, avec de nombreuses notations psychologiques très justes, des péripéties palpitantes, des retournements de situations, des réflexions justes et avisées qui en font de vrais romans d’aventure
On pourra peut-être être gêné par un petit côté donneur de leçons (si on n’aime pas recevoir de leçons on ne peut pas s’entendre avec Martin Winckler) , mais ces leçons qu’ils donne correspondent assez aux idées que j’ai, donc je passe par dessus
Je pense aussi que certains messieurs seront peut-être gênés fdans Le cœur des femmes par le côté « maladies de bonnes femmes », on parle de tout ce qui peut-être abordé dans service de gynécologie, là aussi Winckler a des messages à faire passer et il y a quelques longueurs. Très instructif cependant !

Enfin Plume d’ange et Légendes sont deux récits romancés, où il parle notamment de son père d’une façon très touchante. Ils ont initialement paru sur internet je crois. On retrouve les notations psychologiques fines, les sentiments attachants , la fidélité à certaines personnes et idées.

L’un des agréments des fictions de Winckler est qu’on retrouve d’un livre à l’autre la petite ville( imaginaire) de Tourmens, le personnage du Dr Bruno Sachs , soit comme héros, soit comme second rôle, et qu’on s’y sent ainsi extrêmement en connivence avec l’auteur, c’est quelqu’un qu’on pourrait avoir comme ami..
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MessageSujet: Re: Martin Winckler   Ven 6 Avr 2012 - 17:32

Les trois médecins

Vous avez aimé Les trois Mousquetaires, ce livre fondateur pour beaucoup de lecteurs ? Ces péripéties rocambolesques qui retombent toujours sur leurs pieds, ces combats qui scellent l'amitié, ce sens de l'honneur qui emporte tout, ces amours romantiques, ces envolées d’émotion, ce grand roman-feuilleton plein d'amour et d'humour, ces passés déchirants peu à peu dévoilés ?

Martin Winckler vous en offre avec brio un remake scrupuleux, transposé dans les années 70, dans le milieu médico-provincial. Et n'hésite pas à y intégrer ses personnages fétiches (la ville fictive de Tourmens, Bruno Sacks le médecin généraliste au grand cœur, son père Abraham vénéré défenseur de l'avortement, Vargas, Lance et les autres) et ses thèmes de prédilection (l'opposition entre une médecine comme abus de pouvoir et une médecine qui recherche l'humanité, l’appropriation par le patient de sa propre santé, l’émancipation des femmes notamment à travers la maîtrise de leur corps : contraception et avortement, un petit côté sociologique, une pointe de pédagogie…). Grâce à cette appropriation du roman de Dumas, Winckler légitime son extrémisme habituel, sa dichotomie gentils/méchants ( quoi de plus normal dans un roman populaire qu'un héros qui est VRAI héros, et des méchants que rien ne saura sauver ?), ses rebondissements invraisemblables et ses coïncidences improbables, qui sont autant de références/hommages à son inspirateur. Il y met un charme fou, un humour enchanteur (Ah ! les combats de cap et d ‘épée métamorphosés en défis au Baby-foot !!!)

Et puis Martin Winckler est un militant : il s'insurge contre une médecine qui est l'expression d'un pouvoir, qui est plus une technique, un acte politique, au profit d'une médecine de compassion, d’écoute, d’honnêteté intellectuelle et de respect . En marge de son histoire, il introduit des personnages multiples qui se racontent, en tant que médecin, soignant, ou patient, et à travers leurs histoires, révèlent ce que la médecine est, ce qu'elle peut être et ce qu'elle devrait être. C'est une des raisons qui me font aimer Winckler , que je ressens comme partenaire de combat. (Par contre, j'ai du mal à me faire une idée sur comment réagit le lecteur non médical, j'ai peur qu'il soit parfois noyé sous cette abondance d’informations ?). Martin Winckler hurle sa colère et ses rancœurs, il a raison, il faut des gens comme lui. Je peux dire en tout cas que si l'accumulation amène Martin Winckler à parfois forcer le trait (ce n'est pas un homme de demi-mesure et il en agace plus d’un pour cela), la plupart des récits qu’il fait, sont tout à fait plausibles (ou à la limite du plausible), et par là même effrayants.

A la fois naïf et profond, joyeux et réfléchi, drôle et émouvant, voilà un récit formidablement construit, qui se lit très vite (Winckler a sa façon de faire raconter les gens, qui donne un style très oral, très fluide, montrant à quel point il sait écouter) avec, pour moi en tout cas, une certaine jubilation. Je l'ai retrouvé avec le même plaisir pour cette 2e lecture.

Et je vais vous avouer quelque chose, je connais assez bien Les 3 mousquetaires et j'ai pu ainsi le traquer au fil des lignes, car mon mari l’a lu déjà 4 fois et mes enfants chacun une ou 2 fois. D'où, je vous laisse imaginer des motifs de discussion récurrents! Je ne peux donc pas l'ignorer. Mais je n'ai jamais VRAIMENT lu le livre et ce coup-ci ça y est, je suis décidée, ce sera une lecture d’avril !
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MessageSujet: Re: Martin Winckler   Ven 6 Avr 2012 - 17:54

Les trois médecins : un message de Winckler

Citation :
Quand on veut soigner, on fait la différence entre un geste de soin et une démonstration de puissance. On ne peut pas à la fois soigner et exercer le pouvoir. Quand il y a du pouvoir, il n'y a pas de soin possible. Car le pouvoir, c’est mortel

Citation :
(…)et ce qui compte dans la vie, c'est moins la santé que le sens, et ça, beaucoup de médecins n’y comprennent rien.

Citation :
(…)soigner c’est pareil aimer éduquer partager élever accompagner porter guider, c’est vivant c’est vibrant c’est bon c’est chaud c’est tendre comme la bouche de l’aimée de l'amant qui murmure et qui souffle le chaud puis le froid sur nos corps embrassés soigner c’est avancer vers l'autre car c'est l'autre qui nous apprend, c'est l'autre qui nous ditoù est la souffrance, où est le soulagement, et si j'ai appris à soigner ne serait-ce qu'un peu, à dresser quelques digues dérisoires mais dignes devant la douleur, c'est bien grâce aux autres qui m'ont montré, soigner c’est respecter(…)
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MessageSujet: Re: Martin Winckler   Lun 16 Avr 2012 - 16:28

Légendes



De zéro à dix huit ans, égrainant près de 300 courts textes au fil d'un « feuilleton » qui parut d'abord pendant autant de jours sur le site de P.O.L., Winckler se raconte, au gré de ses « légendes ». Sa légende familiale, histoire emblématique d'une famille séfarade chassée par l'indépendance de l'Algérie, passant par la case Israël, s'établissant en France sous l'égide d'une figure paternelle charismatique, avec ses vides, pudeurs ou secrets élucidés ou non, ses traces (récit, journaux, lettres, photos). Ses légendes personnelles, vous savez ces petites histoires qu’on vous raconte encore 20 ans après, qui constituent la vraie Histoire d'une famille, qui en constituent le lien, et ces souvenirs intimes, ces faits minimes et durables, qui sont pour vous cruciaux alors même qu’autour de vous chacun les a oubliés (un fauteuil qui l’a accompagné, une chute d’un mur, sa phobie du téléphone). Ses légendes culturelles : ses histoires fondatrices pour lui (livre, BDs, films, fictions de toutes sortes) qui l’ ont aidé à se construire.

Winckler produit un récit qui est mi-chronologique, mi-aléatoire, fonctionnant alors par références et associations d'idées tout comme notre mémoire, enrichissant la trame du temps de reviviscences, de doutes et de réécritures pour mieux se livrer corps et âme à notre regard

Winckler est un boulimique d’images et de mots. Il nous parle de l’enfance qui malgré des parents plutôt bienveillants souffre de solitude et explique comment, grâce à son imaginaire, et grâce a quelques hommes et femmes auxquels il rend hommage, il a pu franchir ce cap, passer d'une enfance timide à une adolescence dégingandée et maladroite, pour devenir un homme qui aime et qui parle, un homme dont les tuteurs sont la fidélité et le romantisme.
Au-delà de nombreux points communs que je me découvre tout au fil de ce récit avec son auteur, devant cette grande honnêteté chaleureuse, je me souviens, je me sens bien..

Citation :
J'ai un autre souvenir du Massif central, un souvenir délicieux dont je ne suis pas sûr qu'il s'agit d'un souvenir ni que ça se passe vraiment dans le Massif central. (Oui, je sais, pour vous, c'est plutôt agaçant de lire que je suis sans arrêt dans l’incertitude, mais c'est comme ça l'enfance, quand on l’évoque avec ceux qui l’ont vécue avec vous, on s’épuise à confronter les versions et on jure mordicus que la nôtre est la bonne et que les autres se fourrent le doigt dans l’œil, mais quand on en parle à des étrangers, on n'est jamais tout à fait sûr que ce qu'on raconte est vrai - et ça, pour moi, c'est vraiment reposant.)

Citation :
Je suis multiple et je suis un. Je porte en moi les trois garçons des Disparus de Saint-Agil : je suis celui qui pose les questions et mène l'enquête ; je suis celui qui s'en va, baluchon à l'épaule, prendre le bateau pour l'Amérique ; je suis celui qui écrit seul, la nuit, dans la salle de sciences, et qui, lorsqu'il est enlevé, distrait ses geôliers en leur lisant le roman dont ils feront désormais partie.

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MessageSujet: Re: Martin Winckler   Mer 18 Avr 2012 - 20:12

Plumes d’Ange



Où l'on retrouve Martin Winckler qui, à travers un nouveau feuilleton initialement publié sur le Web, poursuit son travail autobiographique, et par là sa quête identitaire. Il choisit de présenter cette fois-ci Ange, que nous avons commencé à connaître dans Légendes, Ange, son père au prénom si rare, qui l’a tant aimé et qu'il a tant aimé. Par lequel il a tant souffert aussi, dans une famille comme beaucoup d’autres, où aimer veut dire ne pas faire souffrir et où il a mis fort longtemps à comprendre que faire ses propres choix n'est pas trahir.

Winckler approfondit donc sa recherche sur son père, il a la chance que dans sa famille on ait beaucoup parlé (même si cela n’empêche pas que certaines choses ont été tues), on a beaucoup gardé (de photos, de lettres, de documents, de textes…), Et au-delà du portrait du père, cet homme extraordinaire, « bon » dit son fils et profondément humain, se dessine la quête du fils pour établir ce portrait , ce qui est l'un des thèmes passionnants du livre.
Au-delà des rapports d’une grande tendresse que Marc (Martin Winckler est un pseudonyme) établit avec son père tout au long de son enfance et de son adolescence, Martin (l’écrivain) recherche ce qui, avant sa propre naissance, et après la mort d’Ange n'a pas manqué de le marquer, de l'enrichir et de l’éprouver en même temps. On s'attache énormément à ces « personnages », le père omniprésent, rayonnant, l'enfant fasciné, inconsciemment hanté par l'idée de ne pas être à la hauteur de son attente.

Il est un peu gênant de lire ce livre dans un « cycle Winckler » comme je le fais parce que de nombreux textes sont repris directement de Légendes, et d'autres parties se retrouvent prêtées au personnage de Bruno dans Les trois médecins. Cela donne quelques longueurs. Sans doute Winckler aurait-il gagné à plus reprendre ses textes, les présenter un peu différemment, apporter un éclairage autre. Cela doit moins gêner en cas de lecture à distance des différents ouvrages.

Il faut aussi accepter, quand on lit Winckler, une certaine naïveté, un côté chevaleresque de sauveur de l'humanité, une façon de présenter des personnages fondamentalement trop bons, comme dans un conte. Je pense que c'est la façon dont il vit, dont il voit le monde, et qui pour cette raison entre dans ses livres.

Ceci étant accepté, on prend un grand plaisir de lecture dans cette histoire familiale, histoire d'un homme qui aime son père, et l’imitant et le rejetant à la fois, apprend à devenir homme à son tour.


Dans les toutes premières pages :

Citation :
Pour élucider l'empreinte qu'il a sur moi, j'ai longtemps voulu remonter le temps et reconstituer sa vie. J’ai cru souhaitable de rassembler des documents, de retracer des itinéraires, de solliciter ceux de ses proches qui vivent encore et qui, pour beaucoup, brûlent de parler de lui. Jusqu'au jour où j'ai compris que ça ne suffirait pas. Ange ne se cache pas dans les archives, il ne se cache pas dans les paroles des survivants ou dans leurs souvenirs. J'ai beaucoup appris des uns et des autres, mais l'homme dont je cherche à dessiner les contours se tient là, sous mes yeux, dans le miroir. Il est là, dans mes mains et mes gestes. J'entends sa voix quand je parle. Et surtout - je raconterai comment je l'ai découvert - il s'est livré dans ce que j'ai écrit. Allez ! J'ai trop tardé à le défier. Aujourd'hui, je dois faire face : c’est sa trace en moi qu’il me faut affronter.

Dans les toutes dernières pages :

Citation :
Mon père était un homme bon, il est mort, et personne ne peut dire, et d'abord pas lui, si je suis un type correct, qui fait honneur à sa mémoire. Voilà, c'est ça, je voudrais que ce livre, qui porte le nom de mon père, lui fasse honneur.
Je sais ce que vous allez vous dire, c'est ridicule de poser les choses en ces termes, et pourtant c'est comme ça que ça se pose dans ma tête et ça me fait chialer là, à l'instant pendant que je vous écris, je ne sais d’où ça vient, mais ça vient de loin, ça me fait un mal de chien.


Allez, je passe à La maladie de Sachs, et je commande La vacation chez mon libraire…


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MessageSujet: Re: Martin Winckler   Sam 21 Avr 2012 - 12:50


Je vous serine encore avec Martin Winckler ??? … alors, je vous parle de

La maladie de Sachs



Marc Zaffran, pseudonyme Martin Winckler, alias Bruno Sachs, que je vous ai déjà largement présenté, le médecin tourmentais tourmenté, a deux amours : sa compagne MPJ alias Pauline Kasser, et la médecine générale. Et il nous en parle sur 470 pages. Et comme les choses qu’on aime et qui vous aident à vivre, c’est vital d’en parler et en même temps délicat, donc, ici, il adopte la forme « roman » (il avait bien dit dans Plumes d’Ange qu’il ne racontait pas sa rencontre avec la fameuse MPJ, celle qu’il continue de vouvoyer après des années de vie commune et trois enfants à eux, qu’elle était trop romanesque et qu’on n’y croirait pas)

Sa compagne, c’est celle qu’il a longtemps cherchée en croyant qu'une telle femme n’existait pas, celle qui lui a montré qu'on pouvait aimer sans amputer, et à partir de laquelle il a pu apprendre à s'aimer lui-même et commencer à vraiment construire. Celle, joyeuse, drôle, attentionnée, qui l’écoute et le ressource. Celle qui lui fait retrouver une jeunesse, une légèreté que ses angoisses, ses combats, une certaine rigidité lui avaient fait oublier.

La médecine, il nous la décrit avec tout ce que cela a de passionnant et de douloureux, de futile et de profond. Franchement c'est un portrait impressionnant de précision, de tendresse, de réflexion sur notre métier. J'ai passé ma semaine à penser au livre en travaillant et à lire en pensant à mon travail… On y retrouve le caractère rituel et répétitif, les petits mots mille fois répétés, les gestes renouvelés, plus ou moins automatisés (oui Shanidar , c’est très répétitif comme métier) tout ce qui revient cent fois par jour, ce cadre qui nous aide à rester lucide, à conserver notre attention et notre disponibilité, et toutes les 20 minutes ça recommence, quelqu'un arrive, déballe toute sa vie sur le bureau, avec confiance ou défiance, et on est là, on paraît un roc parce que simplement on est médecin, et on traîne avec nous, nos faiblesses, nos erreurs, nos échecs, notre solitude face à la détresse des autres, face à notre impuissance, la compassion qui frise parfois l'exaspération, nos certitudes et nos incertitudes, l'émotion inévitable et la distance qui tâche de nous protéger. Certains collègues qui nous font gerber, mais c’est le patient pour lequel il faut rester présent.
J'arrête car j'ai l'impression que plus parler de moi que de Martin Winckler.

Tout ceci sous forme d'une chronique douce-amère, Bruno Sachs, le héros si peu héros, ne quittant pas la scène, mais ce n'est jamais lui qui parle, cette multitude de personnages qui tour à tour nous racontent une petite tranche de vie partagée avec lui,(ses patients, ses amis, les commères, le pharmacien, la secrétaire), s'adressant à lui, lui disant tu, et ce tu montre à quel point le lien est important. Je trouve ça génial : des dizaines de JE qui racontent ce TU unique, omniprésent , commun à tous, mais toujours seul face à eux. Ce sont des gens simples comme j'en vois tous les jours, qui n'ont pas fait d’ études, qui n'ont pas de culture, qui ne lisent pas, pas des « penseurs », pas des héros de romans formatés pour faire candide, et ils aiment, ils souffrent, ils espèrent, ils réfléchissent, et, oui, ils ont des choses à dire. Et ils les disent exactement comme ça.

Au début on se dit que c'est une chronique, puis peu à peu les personnages se dessinent, les liens se tissent, et au hasard des rencontres, des secrets révélés ou suggérés, cela tourne vraiment au roman, on s'attache au destin des personnages, commun ou tragique, il y a des rebondissements cocasses, émouvants, perturbants. L'humour est toujours en filigrane

Dans ce livre, Martin Winckler /Bruno Sachs s’ apaise. Certes, il garde ses révoltes et ses colères, mais nous le sentons apaisé, il « baigne dans son jus » il est près des gens, leur parle, les écoute surtout, et Pauline Kasser l’attend à la maison pour le ressourcer.

C'est tendre, humain, c'est terriblement quotidien, je le re-relirai sûrement un jour.
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MessageSujet: Re: Martin Winckler   Sam 28 Avr 2012 - 17:53

Le mystère Marcoeur



Petite expérimentation littéraire.
Martin Winckler invente un écrivain mythique, Raphaël Marcoeur, un homme qui écrit du matin au soir, sur des cahiers, des carnets, des feuilles, des tickets de métro, dans les marges des livres, sur les tables de bistrot, que sais-je encore. Qui écrit sans discontinuer et sans jamais revenir en arrière, et abandonne ses écrits à peine finis au bon vouloir d'un lecteur ou à l'abandon d’un non-lecteur. Et autour duquel se développe un petit cercle d'admirateurs fascinés.

Ce livre interroge sur l'écriture et l'écrivain, sa rencontre ou sa non-rencontre avec lui-même et le lecteur. Il rend hommage à Georges Perec, par son plaisir des listes, ses descriptions sans autre objet qu’elles-mêmes, son absurdité ordinaire.
Original et intéressant
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MessageSujet: Re: Martin Winckler   Sam 28 Avr 2012 - 18:17

le mystère Marcoeur

Citation :
Sa préoccupation était d'écrire. Un point, c'est tout. Son Journal n'est pas un contrepoint à autre chose, il est l'Ecriture. Il est sa vie quotidienne faite Ecriture. Le journal est un objet aussi indispensable, aussi familier, aussi anodin, également, qu'une tasse, un presse-papiers ou une cravate à laquelle on tient tout particulièrement pour des raisons indicibles. J'écris le Journal, parce qu'on peut écrire des romans, mais seulement un Journal. Un roman est un habit de circonstance. Le Journal est le pull élimé que l'on revêt chez soi pour lire, dormir, pleurer. Il a tout vu, s'est frotté à tout. Dans son usure, ces reprises visibles, il en dit mille fois plus que n'importe quel smoking.

Citation :
Tout est vrai, puisque j'invente ; tout est faux, puisque j'écris…
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shanidar
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MessageSujet: Re: Martin Winckler   Sam 28 Avr 2012 - 18:27

pour l'instant le Mystère Marcoeur est celui qui m'attire le plus... il a un côté expérimental dans ces oeuvres Winckler, non ? en tout cas La Vacation ressemblait à une journée infiniment recommencée, les mêmes gestes, les mêmes odeurs, la même misère et puis au fur et à mesure la suspicion des autres médecins devenait de plus en plus lourde, insidieuse, désagréable. Mais un livre très répétitif, hypnotique dans son propos.

_________________
le mot silence est encore un bruit G. Bataille
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MessageSujet: Re: Martin Winckler   Sam 28 Avr 2012 - 19:53

shanidar a écrit:
pour l'instant le Mystère Marcoeur est celui qui m'attire le plus... il a un côté expérimental dans ces oeuvres Winckler, non ?

Je trouve que Le mystère Marcoeur est très à part dans l’énorme production de Winckler. Celui-ci qui est un écrivain compulsif un peu comme Marcoeur. Il l’explique dans ses livres autobiographiques : depuis l'enfance, il tient un journal, a toujours en parallèle un cahier, des carnets sur lesquels il collige des notes, des listes , des histoires, écrit pour lui-même et prépare ses productions futures etc. donc je pense que sans en avoir l'air là encore, Winckler écrit un peu sur lui-même.

Il raconte dans la préface qu'il a écrit pendant au moins 10 ans écrire un roman avec 6 personnages, dont les prénoms étaient les 6 premières lettres de l'alphabet, et qui étaient un peu des évolutions potentielles qu'il imaginait pour lui-même, soit sur dson versant médical, soit sur son versant écrivain. L’un des liens entre eux était cet écrivain mystérieux et symbolique, Marcoeur. Il raconte d'ailleurs cela plus en détail dans la dernière partie de Plumes d'Ange, ce combat qu’il a mené pour l’écrire. Quand enfin au bout de ces plus de 10 ans, il est arrivé à la fin de son roman, il s'est rendu compte que celui-ci était mauvais, un monstre froid, et il l’a mis au placard. Il l’en a ressorti des années plus tard pour un ami, et celui-ci lui a suggéré d'en extraire la quintessence, c'est-à-dire cette fameuse histoire de Marcoeur.

Le résultat est étonnant, et même si c'est très différent des autres livres, sans doute plus élitiste, cela reste assez représentatif de la production devint Winckler, surtout de sa façon d’écrire toujours par petites touches agençant un témoignage par ci, un texte écrit par quelqu'un d’autre par là, un compte rendu écrit, une citation, plusieurs points de vue différents sur une même action .

Il a sans doute été déçu de laisser tomber tous ses autres personnages qu'on ne retrouve plus du tout ici, d’élaguer des centaines et des centaines de pages… Mais, philosophe, il en conclut que du roman initial, il a pu tirer ce personnage de Marcoeur qui symbolise sont moi-écrivain et l'autre personnage de Bruno Sachs qui prend son essor tout au fil de ses autres romans, son moi-médecin. Ce roman impubliable n'était que le terreau sur lequel s'est construite toute son oeuvre à venir .

shanidar a écrit:
en tout cas La Vacation ressemblait à une journée infiniment recommencée, les mêmes gestes, les mêmes odeurs, la même misère et puis au fur et à mesure la suspicion des autres médecins devenait de plus en plus lourde, insidieuse, désagréable. Mais un livre très répétitif, hypnotique dans son propos.

Je n'ai pour ma part pas lu La vacation, (je l'attends, il est en commande chez mon libraire), et cet aspect très répétitif dont tu parles se retrouves dans La maladie de Sachs, où il est aussi enrichi par la variété des points de vue, les multiples histoires, la richesse de ses personnages ordinaires… Je ne sais pas pour La vacation, en tout cas, dans La maladie Sachs, il montre l'aspect répétitif, mais je ne trouve pas que le livre soit ennuyeux pour autant. Et puis, pour moi qui exerce le même métier que lui, ce contraste entre l'aspect répétitif et l'aspect perpétuellement renouvelé (toutes les 20 minutes on redit les mêmes mots, refait les mêmes gestes, et toutes les 20 minutes, un nouveau patient nous remet toute son histoire sur la table). Ça je l'ai vraiment trouvé très fort sur ce thème-là

PS je ne serais en effet pas étonnée que Le mystère Marcoeur te plaise. Si tu veux essayer (125 petites pages), je peux te le prêter
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MessageSujet: Re: Martin Winckler   Mar 1 Mai 2012 - 10:25

topocl a écrit:

PS je ne serais en effet pas étonnée que Le mystère Marcoeur te plaise. Si tu veux essayer (125 petites pages), je peux te le prêter

merci pour ta proposition topocl, après vérification ce livre n'est pas à la bibliothèque, mais j'ai beaucoup de lectures prévues pour l'instant, je te recontacterai quand le moment sera venu (à moins de me lancer dans les Trois médecins...).

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MessageSujet: Re: Martin Winckler   Aujourd'hui à 2:51

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