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 Paul Celan

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Arabella
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MessageSujet: Re: Paul Celan   Sam 15 Oct 2011 - 21:57

Et bien voilà, il sort en français, alors que je n'ai pas encore lu mon exemplaire en polonais. Je ne l'aurais jamais cru il y a quelques années, mais c'est fou toutes ces traductions qui sortent d'abord là-bas. Faut dire qu'il y a plein de maisons d'édition très dynamiques et intéressantes.

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La meilleure façon de résister à la tentation c'est d'y céder. (Oscar Wilde)
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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Re: Paul Celan   Dim 30 Juin 2013 - 10:00

J'ai décidé d'ouvrir La rose de personne. J'y ai trouvé des mots qui font écho en moi :

Paul Celan, La rose de personne, 2007, Points/Poésie, p. 27 et 29. a écrit:
«DOUZE ANS»

La ligne restée
vraie, devenue
vraie : ...ta
maison à Paris - en
autel où tu sacrifies tes mains.

Trois fois traversé de souffle,
trois fois traversé d'éclat.

.......................

Mutisme et surdité s'installent
derrière les yeux.
Je vois le poison fleurir.
En toute sorte de paroles et de formes.

Va. Viens.
L'amour efface son nom : il
se dédie à toi.

AVEC TOUTES LES PENSÉES je suis sorti
hors du monde : tu étais là,
toi, ma silencieuse, mon ouverte, et -
tu nous reçus.

Qui
dit que tout est mort pour nous
quand notre oeil s'éteignit?
Tout s'éveilla, tout commença.

Grand, un soleil est venu à la nage, claires,
âme et âme lui ont fait face, nettes,
impératives, elles lui ont tu
son orbe.

Sans peine,
ton sein s'est ouvert, paisible,
un souffle est monté dans l'éther,
et ce qui s'est nué, n'était-ce pas,
n'était-ce pas forme, et sortie de nous,
n'était-ce pas
pour ainsi dire un nom?


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De Gaulle, citant Nietzsche

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colimasson
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MessageSujet: Re: Paul Celan   Dim 13 Déc 2015 - 23:13

Pas DE Celan mais SUR Celan....

Avis rapide : super-instructif.


La poésie comme expérience (1986) de Philippe Lacoue-Labarthe





Lacoue-Labarthe choisit de résumer la poésie de Paul Celan en deux poèmes préoccupants : Jänner et Todtnauberg, noms de lieux mais aussi noms de personnes -respectivement Hölerlin et Heidegger.


Heidegger avait beaucoup lu et commenté Hölderlin. Celan prit la relève en lisant et commentant Heidegger.


Jänner : si un homme sage voulait aujourd’hui proférer sur son époque, comme Hölderlin en son temps, que pourrait-il faire sinon bredouiller ? Il serait condamné à l’aphasie (le pur idiome) comme ce fut le cas, dit-on, de Heidegger qu’à cette époque, en 1963, Paul Celan pouvait encore espérer rencontrer, brisant le silence voire amorçant le dialogue.


Todtnauberg, intitulé d’après le lieu de la Forêt-Noire où Heidegger reçut Celan au printemps de 1967 : d’après Beda Allemann, ce poème n’exprime « rien d’autre qu’une description du voyage jusqu’à la résidence du philosophe : fleurs, paysage, fontaine, voyage en voiture ». Il exprime surtout cette intention de Paul Celan qui se solda par un échec : « poser et imposer au philosophe la question de sa position vis-à-vis de ses déclarations de l’époque hitlérienne ». Paul Celan voulait entendre un mot, un seul, sur la douleur après la compromission de Heidegger. Peut-être le mot « pardon » qu’espèrent tous les bons samaritains. Mais Heidegger n’a rien dit. Son silence est-il la confirmation de ses réflexions poétiques enivrantes ou le paradoxe ? Paul Celan rentra chez lui. On put dire de lui, à cette époque, après sa rencontre manquée : « Je l’ai vu à son retour à Francfort : il en était malade ». Le poème Todtnauberg parut en janvier 1968. Une lecture en fut faite en août 1968. Quelques mois plus tard, Paul Celan se donna la mort.


Toute la poésie de Paul Celan était une question adressée à la poésie sur la possibilité de l’existence. Est-elle possible en soi ou ne consiste-t-elle qu’à être sur le mode de l’étant ? Heidegger avait nourri l’espoir de Paul Celan. « Dieu apparaît par l’intermédiaire du ciel : et ce dévoilement fait voir ce qui se cache –non pas en tentant d’arracher à son occultation ce qui est caché, mais seulement en veillant sur lui dans cette occultation même ». Tout ce que racontent les poèmes, c’est l’Inconnu pour Dieu, ce qui fait la singularité de l’humain. Le sens de la rencontre, c’est de laisser venir l’inconnu. Mais Paul Celan ne sut pas s’y résoudre avec Heidegger et il réclamait son petit sucre moral. La poésie est bien belle mais elle ne sert à rien. En rencontrant Heidegger, plus con et obtus qu’imaginé, Celan comprit l’existence de quelque chose de différent qui n’était pas la poésie, pas le langage, pas l’espoir.


Philippe Lacoue-Labarthe ne propose pas de solution claire à la lecture de Paul Celan. A chacun d’imaginer ce qui s’est passé, qu’aucun des concernés n’a expliqué (Heidegger en se taisant toujours, Celan en mourant). Ce qu’il me semble : avec Todtnauberg, Celan a trouvé la réponse à la question qu’il posait à la poésie. Mais ce n’était pas la réponse qu’il espérait. Toute sa vie l’interrogeant pour savoir si l’on pouvait dire le non-dire, espérant même que la solution serait le non-dire, signification au carré de l’existence, sa rencontre avec Heidegger concrétise cette possibilité. L’idéal imaginé dans la poésie devient vieille crasse dans le réel. Paul Celan avait œuvré à élaborer une œuvre poétique de la rencontre dans le non-dire, croyant résoudre une question essentielle de l’existence, mais c’est finalement l’existence elle-même qui a réglé son œuvre.

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J’ai presque vingt ans ! Me voici à la fin de ma vie, et je n’ai rien accompli !
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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Re: Paul Celan   Mer 3 Fév 2016 - 11:30

Dans Renverse du souffle :

Citation :
DÉCAPÉ par
la bise irradiante de ton langage
le bavardage bariolé du Mon-
vécu - le Mien -
poème aux cent bouches,
le Rien-poème.

Ouvert
au tourbillon,
libre,
le chemin à travers
la neige à figure humaine,
la neige des pénitents, vers
les tables et tavernes de glacier
hospitalières.

Tout au fond
de la crevasse des temps,
près de la
glace alvéolaire,
attend, cristal de souffle,
ton inébranlable
témoignage.


Source : Paul Celan, Renverse du souffle, 2006 (c2003), Paris : Seuil, coll. «La librairie du XXIe siècle», p. 49

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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Re: Paul Celan   Ven 5 Fév 2016 - 7:45

«Grille de parole» est assez bien comme poème...

Paul Celan, Choix de poèmes réunis par l'auteur, 1999 (c1998), Paris : NRF Gallimard, coll. «Poésie», p. 139. a écrit:
Rond d'un oeil entre les barres.

Vibratile animal paupière
rame vers le haut
permet un regard.

Iris, nageuse, sans rêve et morose :
le ciel, gris-coeur, doit être proche.

Penché, dans la bobèche de fer,
le copeau fumeux cracheur de suie.
Au sens que donne la lumière
tu devines l'âme.

(Si j'étais comme toi. Si tu étais comme moi.
N'étions-nous pas
sous un seul et même alizé?
Nous sommes des étrangers.)

Carrelage. Dessus,
serrées l'une contre l'autre, les deux
flaques gris-coeur :
deux
pleines bouches de silence.

_________________
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