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 René Guy Cadou

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Constance
Zen littéraire


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MessageSujet: Re: René Guy Cadou    Jeu 9 Fév 2012 - 8:49




La bonne fortune


Arbres vous m'habillez bien mieux que les cotons
Ô sang de mon amour j'ai tes riches étoffes
Le soleil les coteaux de la mer sur mon front
Et je m'en vais dans le ciel clair car je suis sauf
Depuis que l'homme a mis le feu à ma maison


Il ne me reste rien des vanités terrestres
Pas même un livre ouvert un verre à moitié plein
Dans la chambre du fond le portrait de mon père
Ces vitres où l'oiseau venait offrir naguère
En tentation son aile et son pouvoir marin


Je suis dans le printemps comme au premier automne
Espérant les blondeurs venimeuses du blé
N'accordant d'attention qu'aux guêpes qui bourdonnent
Doucement dans mon coeur à ces pas dans l'allée
Toujours en marche vers l'Admirable personne


Les glaises sont à moi j'ai aussi les bergers
Pour les conversations nocturnes sous la lampe
Je vogue sur les toits La rame des vergers
Me soulève déjà bien au-dessus des rampes
Théatrales du monde orgueilleux naufragé


Et je partage avec le vent la graine folle
La bonne soupe avec les chiens Avec l'enfant
Le calme bercement végétal d'une épaule
Tout ce qui fait la joie de vivre et son tourment
Par-delà l'étendue nacrée de la parole


11 juin 1944


(Extrait de "Les visages de la solitude", in Comme un oiseau dans la tête/ NRF / Gallimard)
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Constance
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MessageSujet: Re: René Guy Cadou    Sam 11 Fév 2012 - 10:19




J’ai toujours habité


J'ai toujours habité de grandes maisons tristes
Appuyées à la nuit comme un haut vaisselier
Des gens s'y reposaient au hasard des voyages
Et moi je m'arrêtais tremblant dans l'escalier
Hésitant à chercher dans leurs maigres bagages
Peut-être le secret de mon identité
Je préférais laisser planer sur moi comme une eau froide
Le doute d'être un homme. Je m'aimais
Dans la splendeur imaginée d'un végétal
D'essence blonde avec des boucles de soleil
Ma vie ne commençait qu'au delà de moi-même
Ebruitée doucement par un vol de vanneaux
Je m'entendais dans les grelots d'un matin blême
Et c'était toujours les mêmes murs à la chaux
La chambre désolée dans sa coquille vide
Le lit-cage toujours privé de chants d'oiseaux
Mais je m'aimais ah! je m'aimais comme on élève
Au-dessus de ses yeux un enfant de clarté
Et loin de moi je savais bien me retrouver
Ensoleillé dans les cordages d'un poème.


(EXtrait de "Les visages de la solitude", in Poètes de Bretagne/ Anthologie/ Ed.La table ronde/ Collec. La petite vermillon)
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Bédoulène
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MessageSujet: Re: René Guy Cadou    Sam 11 Fév 2012 - 17:47

je poursuis Cadou

Et je partage avec le vent la graine folle
La bonne soupe avec les chiens Avec l'enfant
Le calme bercement végétal d'une épaule
Tout ce qui fait la joie de vivre et son tourment
Par-delà l'étendue nacrée de la parole


Mais je m'aimais ah! je m'aimais comme on élève
Au-dessus de ses yeux un enfant de clarté
Et loin de moi je savais bien me retrouver
Ensoleillé dans les cordages d'un poème.


Reconnaissant de vivre, c'est ce que je ressens

_________________
Celui qui ne dispose pas des deux tiers de sa journée pour soi est un esclave. » Friedrich Nietzsche
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Constance
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MessageSujet: Re: René Guy Cadou    Jeu 16 Fév 2012 - 17:05




Le chant du coq


Pour ceux qui n'entendent pas
Pour ceux qui sont bien deçà de la parole
Pour le pêcheur au bord du fleuve
Et sa ligne lui prend le soleil et les feuilles
Pour la femme dans la maison
Ses mains déposées sur les meubles
Pour l'enfant voleur de clés
Pour ceux qui ne sont pas allés
Vers les fontaines lumineuses
Je dis ces mots qui ne sont rien
Mais qui éprouvent ma tendresse
Car vient le temps
Où je pourrais marcher sur terre
Et me suivront tous ceux qui n'ont pas méconnu
Le pouvoir enchanté du flot
Et veilleront à mains jalouses sur les roses
Voici que les charrues glissent dans mes cheveux
Voici que mes poumons comme des moissonneuses
Eparpillent des mots légers dans le ciel bleu
Je retrouve vivant mon coeur chaud sous la glaise
Je suis capable de parler sans m'interrompre
Aussi longtemps qu'il le faudra
Parce qu'il est entendu que nous sommes là
Pour nous répondre
Que nous sommes là pour tout confondre
Nos mains
Nos lèvres
Et la fumée de nos deux cigarettes
Parce que c'est un jour à ouvrir les fenêtres
A rire et à chanter
A oublier le nom de ceux qui ne sont pas encore arrivés
De ce côté-ci de la terre.


(Extrait de "Pleine poitrine", in Comme un oiseau dans la tête/ NRF / Gallimard)
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Constance
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MessageSujet: Re: René Guy Cadou    Mer 7 Mar 2012 - 10:06




Antonin Artaud



Avec tes yeux comme une sonnerie bloquée Antonin
Comme un printemps foutu
Avec tes mains
Tes mains sur les barreaux de l'asile Antonin
Tes mains sur les fils électriques
Sur l'espagnolette sur la poésie partout
Antonin partout
Tes mains sur ton front pressées
Sur tous les corps de jeunes filles
Sur la campagne de Rodez
Antonin la campagne
Tu pêcherais dans la rivière
Avec une arbalète Antonin
Avec toutes les femmes
À même
À même la poésie Antonin
Et pas de camisole
Pas de frontières
Pas de répit surtout


(Extrait de "Hélène ou le règne végétal")
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colimasson
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MessageSujet: Re: René Guy Cadou    Mer 7 Mar 2012 - 21:53

bonjour Ca a dû lui plaire.
Le début et la fin semblent assez différents, mais dans son genre ce poème me plaît d'un bout à l'autre.

_________________

J’ai presque vingt ans ! Me voici à la fin de ma vie, et je n’ai rien accompli !
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MessageSujet: Re: René Guy Cadou    Jeu 8 Mar 2012 - 18:18

Ce poème fut écrit en 1948, et le recueil "Hélène ou le règne végétal" fut publié en 1951, aussi je ne pense pas qu'il en aurait eu connaissance, puisqu'il est décédé en mars 1948. jypeurien
Cet hommage à Artaud aurait donc été écrit après l'annonce de sa mort.
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MessageSujet: Re: René Guy Cadou    Mar 16 Avr 2013 - 10:11




30 Mai 1932



Il n’y a plus que toi et moi dans la mansarde
Mon père
Les murs sont écroulés
La chair s’est écroulée
Des gravats de ciel bleu tombent de tous côtés
Je vois mieux ton visage
Tu pleures
Et cette nuit nous avons le même âge
Au bord des mains qu’elle a laissées


Dix heures
La pendule qui sonne
Et le sang qui recule
Il n’y a plus personne
Maison fermée
Le vent qui pousse au loin une étoile avancée



Il n’y a plus personne
Et tu es là
Mon père
Et comme un liseron
Mon bras grimpe à ton bras
Tu effaces mes larmes
En te brûlant les doigts.



(Extrait de Grand élan, in Comme un oiseau dans la tête / Collec.Points)
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MessageSujet: Re: René Guy Cadou    Lun 29 Avr 2013 - 15:20




Un homme
Un seul un homme
Et rien que lui
Sans pipe sans rien
Un homme
Dans la nuit un homme sans rien
Quelque chose comme une âme sans son chien
La pluie
La pluie et l’homme
La nuit un homme qui va
Et pas un chien
Pas une carriole
Une flaque
Une flaque de nuit
Un homme.



(Extrait de Le Diable et son train, in Comme un oiseau dans la tête/ Poèmes choisis/ collec. Points)
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MessageSujet: Re: René Guy Cadou    Ven 26 Juil 2013 - 10:38

.


L'amour du feu



Je n'attends pas la fin
Demain tout recommence
Les mêmes coups de feu à l'orée du silence
Le ciel qui tombe au loin
Et la flamme du sang qui me lèche la main


Ce n'est plus un mystère
Entre la lampe et Dieu l'épaule touche terre
On parle
Et rien n'est dit


Il y a les départs manqués au bord du lit
Ce qu'on prend
Ce qu'on laisse
Au milieu de la nuit les moussons de tendresse
Une porte qui bat


Le visage est changé
Mais tu n'y perdras pas



(Extrait de "Morte saison" in "Comme un oiseau dans la tête/ Poèmes choisis"/ collec. Points)






René Guy Cadou
Ou les Visages de Solitude


Un film de Emilien Awada
2012 - France - 52 minutes - HD

"René Guy Cadou (1920-1951) a consacré sa courte vie aux exigences de l'écriture, déclinant les principaux thèmes de la poésie lyrique : la nature, l'amour et la mort. Son œuvre et sa vie, encore trop méconnues, sont empreintes d'une humanité sincère et profonde que ce film cherche à restituer.
"René Guy Cadou ou Les Visages de Solitude" est tout autant un acte de mémoire qu'une célébration de la poésie elle-même, à travers la vie d’un écrivain qui nous a laissé une œuvre émouvante et toujours actuelle.
Ce documentaire, faisant dialoguer entretiens et poèmes, traduit avec force et émotion ce que Cadou souhaitait :
"Le temps qui m'est donné que l'amour le prolonge".
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MessageSujet: Re: René Guy Cadou    Lun 26 Aoû 2013 - 17:07

.


Voir venir



Il y a des mains des feuilles qui tombent
Ce soir un nouveau jour
Dans les draps du matin le sillon de l'amour
Les neiges déployées
Les cheminées d'usine
Celui qui marche au fond de l'ombre
Et qu'on devine
Un guichet de lumière
Une cloche en retard
Cet ami inconnu qui remet son départ
La même voix qui recommence
La même plainte
Et un silence
Toujours la même allure
Des bouquets de moineaux piqués dans les ramures.



(Extrait de "Morte saison", in "Comme un oiseau dans la tête"/ Collec.points)
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MessageSujet: Re: René Guy Cadou    Mer 13 Nov 2013 - 14:32

.

Le coquelicot



Toi qui fus le chant de la plaine
La fraîche tentation des blés
L’amande douce des cocardes
Au loin la crête des clochers
Ô fleur des temps à venir
Fleur du crime
Fleur de sang sur la lèvre épaisse du sillon
Fleur jetée à travers tant et tant de poitrines
Fleurs des démolitions
Ô double végétal des coqs
Cri de la meule
Balafre de clarté au front du petit jour
Fleur ouverte en plein vent
Fenêtre de verdure
Âme du fusillé tournée contre le mur
Soeur Anne des plus hautes tours
Les hommes t’ont nourrie qui dorment sous les pierres
Et de leur longue nuit tu rougis tes paupières
Les morsures de l’eau t’apprennent à souffrir
Tu offres tes cinq plaies pour notre repentir
Ô fleur je t’ai gardée mes mains et mon visage
Qu’ils servent à jamais pour un meilleur usage
Et que tout mon passé rejaillisse sur toi
Fleur grave fleur des champs béante à son corsage.


(Extrait de "La Vie rêvée", in Comme un oiseau dans la tête/ NRF / Gallimard)
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MessageSujet: Re: René Guy Cadou    Mar 15 Avr 2014 - 17:43




.

Trop loin



Tout se passe en silence
Le ciel est rétabli
Le soleil se balance
On vit sans rien de plus dans la douceur du sang


Où es-tu maintenant
Les jours se suivent se ressemblent
Les mains fragiles se rassemblent
Et la lumière est dure
L'homme a perdu son ombre au fond de la verdure


J'écoute
C'est bien moi
Je suis seul sur la route
Mon passé sur le dos
Dans ma gorge enflammée un bouquet de sanglots



(Extrait de "Morte saison", in Comme un oiseau dans la tête/ NRF / Gallimard)
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MessageSujet: Re: René Guy Cadou    Dim 11 Mai 2014 - 20:40

.


Anthologie




Max Jacob ta rue et ta place
Pour lorgner les voisins d’en face !

Éluard le square ensoleillé
Un bouquet de givre à ses pieds !

Jouve ! c’est mieux que Monsieur Nietzsche
Une effraie étudiant la niche

Léon-Paul Fargue ! La musique
D’un triste fiacre mécanique !

Blaise Cendrars ! Apollinaire !
Le bateau qui prend feu en mer

Reverdy ! la percée nouvelle
Les éléments comme voyelles !

Le remue-ménage cosmique
De Saint-Pol-Roux-le-Magnifique !

Boulevard Jules Supervielle
Noë la Fable et les gazelles !

Vladislas de Lubics-Milosz
Les clefs de Witold dans sa poche !

Le chemin creux de Francis Jammes
On y voit l’âne on y voit l’âme !

Aragon la ruelle à chansons
Et les yeux d’Elsa tout au fond !

Cocteau la neige la roulotte
L’Ange amer qui se déculotte !

Paul Claudel ! filleul de Rimbaud
Cinq grandes odes cent gros mots !

Mais aussi mon Serge Essénine
Ce voyou qui s’assassina

Et la grande ombre de Lorca
Sous la pluie rouge des glycines !

À qui s’en prendre désormais
Pour célébrer le mois de mai ?


(Extrait de "Les Biens de ce monde", in Comme un oiseau dans la tête/ NRF / Gallimard)
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Marko
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MessageSujet: Re: René Guy Cadou    Dim 11 Mai 2014 - 20:56

Tes poèmes essaimés de ci de là, Constance, m'ont manqué ces derniers temps! En ce moment je redécouvre les poèmes d'Anna Akhmatova et c'est très émouvant après avoir visité l'appartement communautaire où elle vivait sous Staline.

_________________
"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).
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