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 Tawada Yoko

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eXPie
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MessageSujet: Re: Tawada Yoko   Lun 7 Sep 2009 - 14:24

kenavo a écrit:
Je ne sais pas comment Verdier va faire pour présenter ce livre – à mon avis ils sont engagés pour en faire la présentation comme l’auteure l’a désiré – en tout cas cela se présente ainsi :
En plus d’être un bon livre à lire, c’est aussi un beau livre à regarder

/ / /
Eh bien non, en Français, il y a les malheureux kanji en vraiment pas grand juste avant un paragraphe, et pas du tout comme ça. Pas de couleur. Pas de page toute jolie.
C'est désespérément triste.
La logique des coûts a dû l'emporter. Elle doit vendre moins qu'en Allemagne, sans doute que l'investissement aurait été disproportionné.
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kenavo
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MessageSujet: Re: Tawada Yoko   Lun 7 Sep 2009 - 20:23

eXPie a écrit:
Eh bien non, en Français, il y a les malheureux kanji en vraiment pas grand juste avant un paragraphe, et pas du tout comme ça. Pas de couleur. Pas de page toute jolie.
C'est désespérément triste.
alors là, oui.. dommage..

eXPie a écrit:
La logique des coûts a dû l'emporter. Elle doit vendre moins qu'en Allemagne, sans doute que l'investissement aurait été disproportionné.
hm.. oui.. cela pourrait être une explication..

le texte devrait convaincre par lui même.. sans toute la couleur.. mais cela donne quand même un joli 'ensemble' Wink

(et en plus cette petite merveille coute moins avec toute la couleur et les images qu'en français Cool )

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Sénèque
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MessageSujet: Re: Tawada Yoko   Dim 26 Fév 2012 - 21:57

Voyage à Bordeaux (Schwager in Bordeaux, 2009 ; 125 pages, Verdier, traduit de l'allemand par Bernard Banoun).
Le livre commence ainsi :
Citation :
"En ce jour clair et sec d'été, à midi exactement, le train dans lequel Yuna était montée à Bruxelles entra en gare de Bordeaux. Sur le quai, elle chercha un homme qu'elle n'avait jamais vu de sa vie. Les passagers formaient un corps liquide se dirigeant vers la sortie, Yuna, elle, s'arrêta et regarda autour d'elle." (page 7).

Yuna est une Japonaise qui vit et travaille à Hambourg. Elle arrive à la gare de Bordeaux. Là, elle cherche Maurice, le beau-frère d'une amie (même si "Yuna ne se hasarderait pas à qualifier Renée d'amie", page 8 ), qui va s'en aller en Asie pour deux mois (Schwager, en allemand, cela veut dire "beau-frère" ; le titre français est meilleur, il fait s'interroger sur la notion de voyage, réel et mental). Yuna pourra donc loger dans sa maison pendant son absence.

Yuna ne connaît pas le français, le beau-frère ne connaît pas l'allemand ni le japonais, ils communiqueront donc en anglais. La différence entre les langues, la façon d'appréhender le monde à travers le langage, leurs spécificités, la connotation particulière de chaque mot, sont les thèmes principaux du livre, qui est appelé "roman" - mais qui, en fait, est plus un ensemble d'histoires, de souvenirs, d'associations d'idées et de réflexions qui viennent à l'esprit de Yuna.
Citation :
"Je me pose la question à propos de la soeur. Je ne sais pas comment il faut comprendre ça quand quelqu'un dit avoir une soeur. Le mot n'est pas clair. - Comment ça, pas clair ? - Supposons qu'il n'y ait pas de mot correspondant au mot soeur mais deux mots différents : ané pour soeur aînée et imooto pour soeur cadette. On aurait soit une imooto, soit une ané. La sensation d'avoir une soeur n'existerait plus. En revanche, on connaîtrait soit la sensation d'avoir une ané, soit celle d'avoir une imooto. Ce sont deux sensations différentes. - Parles-tu d'une langue imaginaire ou du japonais ? - Cela fait-il une différence pour toi ?" (page 18)

Yuna a toujours avec elle sur petit bloc-notes, et y inscrit un idéogramme.
Citation :
"A seize ans, Yuna voulait écrire comme Dostoïevski un long roman. A dix-neuf ans, elle voulait écrire comme Tchekhov des récits plus ou moins brefs. Depuis un an, elle ne faisait plus que noter des idéogrammes. Ils figuraient dans son bloc-notes comme des enfants esseulés, parfois avec un toit au-dessus de la tête, parfois sans." (page 19).
"Je veux noter tout ce qui m'arrive. Mais il arrive tant de choses et, qui plus est, tant de choses simultanément, que je n'écris pas des phrases, mais rien qu'un idéogramme par histoire. Ensuite, si je désentortille, chaque signe donne naissance à une longue histoire." (page 47).
Ainsi, dans le livre, chaque paragraphe commence par un kanji. Peut-être le paragraphe qui suit le kanji est-il en fait le résultat du désentortillement. En tout cas, cela accentue l'effet de fragmentation, car chaque paragraphe est une entité à part. On passe plus naturellement d'une pensée ou d'un souvenir à l'autre que si les paragraphes se suivaient sans vraie sépération.

Il y a parfois de très jolies images, une vision originale du monde :
Citation :
"A toi de raconter, maintenant, s'écria Elena. Toutes les villes portuaires ne sont pas au bord de la mer, commença Yuna, puis, s'apercevant qu'elle avait pris involontairement le ton d'un vieux marin, elle se mit à rire. Certaines villes, pour se protéger de la tempête, se retirent de cent pas vers l'intérieur des terres.
Yuna songeait à un paysage plat et vert en plein Schleswig-Holstein, où la mer n'était pas visible, mais où l'on sentait son odeur. Le pays était séparé en deux par un canal. Quand un cargo passait sur le canal, rejoignant la mer du Nord depuis la Baltique, on aurait dit que le bateau se déplaçait sur une prairie. L'herbe, c'était des vagues, les chevaux holstein des dauphins, et Yuna parcourait à bicyclette cette mer de couleur verte." (pages 72-73).

Il ne se passe quasiment rien (et la quatrième de couverture résume tout ce qui arrive en quelques heures à peine) dans l'histoire "principale", mais le livre contient une multitude d'histoires périphériques, de souvenirs, de réflexions sur le sens des mots, la vision - et le ressenti - de la réalité à travers une langue. Les situations les plus banales sont souvent perçues comme lorsqu'on lit avec attention et lenteur le texte d'une langue que l'on ne maîtrise pas : il y a un sentiment d'étrangeté - ou d'altérité - , le sens n'est jamais totalement sûr, on dévie sur des racines, des associations. Et pourtant, le point de vue reste très extérieur, le livre semble narré par une voix "off", un narrateur qui n'aurait pas d'empathie particulière pour Yuna, qui ne ferait que dire ce qui est.

Très singulier, très bien.

A titre anecdotique, on note un étrange "Astral Boy" (page 92), au lieu de "Astro Boy" (il s'agit du héros d'Osamu Tezuka). Le livre étant traduit de l'allemand, on ne peut pas imaginer d'erreur de traduction (il porte le même nom en allemand). Il doit y avoir une autre raison, mais laquelle ?
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MessageSujet: Re: Tawada Yoko   Dim 26 Fév 2012 - 22:02

sur-traduction ? (ça compense le couteau butterfly d'un collectionneur d'AJXI ?).

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MessageSujet: Re: Tawada Yoko   Dim 26 Fév 2012 - 22:07

kenavo a écrit:

j'ai feuilleté mon livre et n'en trouve maintenant naturellement aucun - à part celui ci:
Yuna hatte bis dahin nie unter einem Theaterdach, oder wie die meisten Einheimischen sagen, auf einer Bühne, gespielt

Yuna n'avait jusqu'alors jamais joué sous un toit de théâtre, ou comme la plupart des habitants disaient, sur une scène

et tout comme elle prend alors cette expression 'jouer sous un toit de théâtre' du japonais, elle en fait pleines de choses au cours de ce livre.
Dans l'édition française, ça a donné (page 12) :
Citation :
Jusque-là, Yuna n'avait jamais joué sous le toit d'un théâtre ou, comme on disait généralement à Hambourg, sur une scène.

Cela donne l'impression que c'est une expression typiquement hambourgeoise, "jouer sur une scène".
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MessageSujet: Re: Tawada Yoko   Dim 26 Fév 2012 - 23:45

Objection, en allemand auf einer Bühne spielen / stehen se dit tout à fait couramment pour 'se produire sur scène'. Ce n'est pas un régionalisme.
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MessageSujet: Re: Tawada Yoko   Lun 27 Fév 2012 - 6:35

Maline a écrit:
Objection, en allemand auf einer Bühne spielen / stehen se dit tout à fait couramment pour 'se produire sur scène'. Ce n'est pas un régionalisme.
C'est bien ce que je pensais... C'est donc une opposition d'expression allemand/japonais, et pas Hambourg/allemand...
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MessageSujet: Re: Tawada Yoko   Jeu 20 Déc 2012 - 18:56

Journal des jours tremblants. Après Fukushima précédé de Trois leçons de poétique. Traduit de l'allemand par Bernard Banoun. (« Franchir la barrière de Shirakawa » traduit du japonais par Cécile Sakai). Verdier. 117 pages.

1/ Trois leçons de poétique.

Première leçon : Les croyants traduisent

Le thème général est la différence de perception entre les Japonais et les Européens du point de vue langue, conception du monde...
Citation :
"[...] François Xavier impressionna les Japonais moins en leur parlant de l'Enfer qu'en leur enseignant que la terre est ronde." (page 23)

Citation :
"Lorsque j'ai commencé à écrire en allemand, distinguer le ciel d'un ciel était pour moi un problème grammatical. Comment savoir qu'une chose existe une fois ou plusieurs ? Pour être certains de la singularité d'une chose, il faut une vue d'ensemble sur l'univers entier. J'apprenais en cours de langue qu'il faut écrire « une porte » quand il y en a plusieurs autres, tandis que s'il s'agit de la porte d'entrée, je peux écrire « la porte d'entrée ». Comment puis-je vraiment savoir s'il y en a une autre ou si celle que j'ai devant moi est bien la seule ? Faut-il commencer par fouiller l'immeuble entier ?" (page 24).
Tawada parle aussi du problème de la traduction de la notion d'amour chrétien dans un monde bouddhique, que ce soit le Petit Véhicule ("il s'agit de trouver la voie de l'illumination pour soi-même, et non de sauver les autres", page 26) ou le « Grand Véhicule » : "Dans ce courant, la compassion gagne forcément en importance, mais comme le remarque le missionnaire François Xavier, elle porte sur tous les êtres vivants, avant tout sur les animaux, et plus rarement sur les humains. Car les humains peuvent se sauver eux-mêmes, tandis que les animaux, pour être sauvés spirituellement, doivent attendre de renaître comme humains." (page 26).

Plus loin, conséquence culturelle : "À Hambourg, je m'aperçus que je me prenais très vite de pitié pour les animaux, mais par pour les gens." (page 27).
Elle parle aussi du film Lost in translation : "À une époque où il existe des auteurs américains ou autres qui écrivent et publient des récits ou des poèmes en japonais, cette langue ne mérite même pas l'honneur d'être une langue exotique. [...]
Ce film décrit une psychothérapie aux dépens de la langue exotisée, mais il ne se produit aucune tentative de traduction et, par conséquent, rien non plus qui se perde par la traduction. Dommage que le roman homonyme d'Eva Hoffmann, Lost in translation, soit moins connu que ce film.
Les Jésuites au Japon portaient plus d'intérêt à la traduction que la cinéaste Sofia Coppola." (page 29)
En effet, ils voulurent traduire la Bible...

Une "leçon" intéressante, bien dans la lignée de ce que l'on aime chez Tawada.


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MessageSujet: Re: Tawada Yoko   Jeu 20 Déc 2012 - 18:57

Deuxième leçon : Les marchands traduisent.

Cette partie prend pour thème principal les marchands néerlandais qui, au Japon, furent cantonnés sur l'île de Deshima entre le XVII° et le XIX° siècle.
Tawada commence par parler de l'afrikaans, la langue parlée notamment en Afrique du Sud.
Citation :
"L'afrikaans n'était et n'est pas parlé uniquement par des descendants des Néerlandais, mais aussi par les Coloured. Alors que le mot coloured était utilisé autrefois aux Etats-Unis pour désigner les personnes d'ascendance africaine, on ne désigne par coloured en Afrique du Sud que ceux qui ont des ancêtres européens ou non-européens. Les Noirs Africains, eux, ne sont pas coloured." (pages 38-39)
Puis, elle parle d'Hector Pieterson, jeune garçon de douze ans tué - parmi des centaines de morts - pendant le soulèvement des écoliers à Soweto en 1976 (une loi devait imposer l'usage de l'afrikaans au lieu de l'anglais).
Citation :
"Au musée Hector-Pieterson, en observant de plus près la célèbre photographie, je me suis aperçue qu'elle me rappelait la Pietà de Michel-Ange - ou encore celle de Giovanni Bellini. Peut-être est-ce l'une des raisons pour lesquelles cette photographie a si vite été comprise et a suscité la pitié dans le monde chrétien." (page 42).
Faut-il vraiment chercher une résonance culturelle picturale ? Est-ce que toute femme portant son fils mourant ne ressemble pas à une pietà ? Et est-ce que toute photo de femme portant son enfant mort n'est pas à même de susciter la pitié, sans même aucune référence à Michel-Ange ? Généralement, nous sommes plus émus par ce qui peut arriver aux hommes qu'aux animaux, je crois...
Juste avant, Tawada écrivait "j'ai entendu dire que Soweto comprend une trentaine de communities qui n'ont pas toutes le même niveau de vie" (page 41). Elle n'a pas eu le temps de vérifier ses sources ?
Bref, tout ce passage n'est pas le meilleur du livre, mais il permet d'aborder le problème de la langue de l'oppresseur. En effet, la langue anglaise, contrairement à l'afrikaans, n'est pas considérée comme telle par les Noirs Sud-Africains.

Et l'on revient au Japon, car Tawada enchaîne sur une différence de comportement entre les Néerlandais et les Britanniques vis-à-vis des Japonais. Les Anglais "tentèrent habilement de faire dégénérer des conflits en guerre afin d'asseoir leur puissance. Les Néerlandais, eux, pour rester dans le pays d'accueil, avaient accepté pendant deux siècles toutes les conditions posées par les Japonais." (page 43).
Avec les négociants arrivent les livres de science, l'art de la traduction... Et on apprend que "traducteur était un métier qui se transmettait de père en fils, tout comme acteur et bien d'autres métiers." (page 47).
Les Néerlandais au Japon étaient donc cantonnés à Deshima. Lorsqu'il y avait des décès, ils n'avaient même pas le droit d'être ensevelis en terre japonaise, il fallait leur faire des funérailles maritimes, et ce jusqu'en 1654.
Citation :
"Dans un livre paru en 1787 intitulé Histoire mêlée des hommes à poils rouges, on lit que l'enterrement de cet homme eut lieu dans un temple bouddhique zen. L'auteur se demande s'il n'aurait pas fallu recourir à un interprète. La prière avait été dite en japonais et le mort ne l'avait sûrement pas comprise." (page 52).

Citation :
"De nos jours, la notion d'« isolement » a une connotation presque exclusivement négative, tandis qu'on célèbre inconditionnellement l'« ouverture ». Or l'isolement peut protéger une culture et lui éviter d'être livrée à une impitoyable concurrence internationale. Un pays doit-il s'ouvrir vers l'extérieur s'il sait qu'il tombera alors immédiatement aux mains d'autrui ?" (page 52).


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MessageSujet: Re: Tawada Yoko   Jeu 20 Déc 2012 - 18:59

Troisième leçon : La modernité traduit

Tawada parle principalement de la période qui suivit l'arrivée des quatre bateaux "noirs" - car goudronnés - du Commodore Matthew Perry en 1853.
Il fallait aux Américains une base de pêche pour la chasse à la baleine."Les villes américaines s'acheminaient déjà vers les nuits sans sommeil du capitalisme. Employées comme combustible, les graisses organiques des baleines produisaient la lumière dans les bureaux et les usines, permettant ainsi d'allonger la journée de travail. Le fait que l'Amérique connaissait dès cette époque le problème énergétique, dont l'ampleur est aujourd'hui internationale, fut une surprise pour moi." (page 64).


Les "Navires noirs" de Perry. A droite, une vision un peu... exagérée ?

Tawada parle longuement d'une pièce de Yûzo Yamamoto, traduite en anglais, lue par Brecht, qui écrivit La Judith de Shimoda, puis enchaîne sur Puccini, Madame Butterfly...
Je retiens une anecdote :
Citation :
"On ne buvait pas de lait au Japon à cette époque,et tant chez Yamamoto que chez Brecht,il est même interdit de traire les vaches. Je n'ai pas pu vérifier pour l'instant si cette interdiction de traire les vaches est historiquement avérée ou s'il était seulement difficile de se procurer du lait. Ce qu'on sait aujourd'hui, c'est qu'on ne mangeait pas la chair des quadrupèdes et qu'on ne supportait pas l'odeur du lait." (page 71).
C'est sans doute la "leçon" la moins intéressante.


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MessageSujet: Re: Tawada Yoko   Jeu 20 Déc 2012 - 19:00

2/ Journal des Jours tremblants. Il s'agit de texte publiés dans plusieurs journaux d'Allemagne et de Suisse alémanique en mars 2011. Un des textes a été écrit en japonais en juillet 2011 et est également disponible dans l'Archipel des Séismes, chez Picquier.

Tawada était en Allemagne lors du tremblement de terre du 11 mars 2011.
Citation :
"Nous avons appris, enfants, à garder notre calme en cas de catastrophe naturelle. Dès que j'entends les mots « catastrophe naturelle », je me sens très calme." (page 91).

Elle parle du fait que, pour elle, les informations insistent beaucoup sur les problèmes des coupures de courant, plus que du problème de la radioactivité. Ce texte est à mettre en parallèle avec Ce n'est pas un hasard, de Sekiguchi Ryoku (fil ici) , où l'on peut lire, page 134 : "Tant que j'étais en France, je me souciais surtout de la centrale. C'était devenu l'enjeu principal de la catastrophe. Mais vu d'ici, il m'apparaît que l'on n'en a pas fini non plus avec le séisme"...


Fukushima, unité 4, 24 mars 2011 ; deux affiches incitant à économiser l'électricité.
Citation :
"Je suis dérangée par le fait que nombre de photos de presse japonaises montrent au premier plan des hommes en uniforme en train de sauver des gens de la catastrophe. L'armée étant interdite par la constitution japonaise, on justifie toujours l'existence d'unités de l'armée d'autodéfense en invoquant le fait qu'elles nous sauvent la vie lors de catastrophes naturelles. C'est bien leur rôle, certes, et je leur en suis reconnaissante, et pourtant ce n'est pas là tout ce qu'elles ont en vue. Une catastrophe naturelle est la scène idéale sur laquelle elles peuvent montrer au public leur côté ange salvateur. Mais elles s'entraînent aussi pour les guerres auxquelles elles voudraient bien prendre part." (page 94)
D'une façon un peu similaire, Sekiguchi Ryoku parlait - si je me souviens bien - d'architectes qui se prenaient à rêver d'un tremblement de terre qui endommagerait tellement Tokyo qu'il faudrait en reconstruire une bonne partie : quel terrain de jeux fascinant pour eux...

A propos d'un auteur japonais habitant à Fukushima :
Citation :
"Après ces catastrophes, certains livres sont soudain devenus pour lui inintéressants, sans qu'il puisse dire pour quelle raison. Il a commencé à dresser une liste de livres « résistant aux séismes », c'est-à-dire des livres qui gardent leur valeur au-delà des catastrophes. Une traductrice de Tokyo m'écrit qu'elle a redécouvert certains livres lorsqu'ils sont tombés de ses étagères. Depuis, elle est presque tout le temps par terre à lire. Les livres lui procurent un sentiment de sécurité et de continuité." (page 97-98)
Là encore, le thème de la lecture face aux drames est présent chez Sekiguchi.

Beaucoup d'Allemands, spontanément, mettent leur appartement à la disposition de la famille de japonais qu'ils connaissent, alors que cela ne va pas de soi pour les Japonais eux-mêmes :
Citation :
"De grands gymnases, des écoles et des maisons communales servent de dortoir aux évacués, mais il n'est pas courant qu'un particulier propose un toit." (page 98).

Tawada parle aussi des Notes de ma cabane de moine (1212), le texte de Kamo no Chômei, à propos de ses descriptions de catastrophes naturelles... Le grand incendie de 1177 qui détruisit le tiers de Kyoto... les tornades géantes qui survinrent trois ans plus tard, puis deux années de famine...
Citation :
"Plus grande est la richesse, plus grande est la peur. Plus une ville est développée, plus lourds sont les dommages. Qui a de bons amis craint pour leur vie. Qui conçoit un descendant l'expose au danger de mort et à la souffrance. Aussi vaut-il mieux renoncer à toute relation, à tout pouvoir, à toute possession, et vivre seul en un lieu retiré : c'est à cette conclusion que l'auteur revient sans cesse tandis qu'il se remémore les catastrophes. Après chaque lecture, je sens naître en moi le désir de la vie dans la grande ville illuminée, avec beaucoup d'amis, avec les théâtres et les rues animées - et la conscience de leur caractère éphémère." (page 102).

Elle parle également de Tanizaki, qui avait la phobie des séismes. Il en connut un assez important en 1894 ; puis, sa maison de Yokohama, conçue pour résister aux séismes, fut détruite par le feu en 1923 ; il déménagea alors à l'ouest du Japon, où il subit une grande inondation en 1938.
Citation :
"Je me suis souvent souvenue ces derniers temps de l'effrayante description des eaux qui montent dans son roman Bruine de neige" (page 103).
Pareil : c'est une scène tellement frappante...

Citation :
"Tanizaki déménagea quarante fois durant sa vie, comme s'il voulait constamment fuir les catastrophes naturelles. Et celles-ci le poursuivirent, comme si elles voulaient entrer dans l'histoire littéraire." (page 103).

Elle explique aussi que les hélicoptères n'ont pas largué de vivres aux gens bloqués, tout simplement parce qu'"une loi sur la sécurité du territoire ne permettait pas le largage de vivres depuis les hélicoptères. Pas un homme politique n'avait donc eu la force d'assumer une mesure dérogatoire liée à la situation d'urgence." (page 110).


Globalement, ce sont des textes intéressants, avec bien sûr des hauts et des bas, qui ne seront pas les mêmes selon les lecteurs et leurs centres d'intérêts.
Ils relèvent plus d'idées, d'anecdotes qui amènent à d'autres considérations, que d'une thèse construite (ce qui s'explique bien sûr dans le Journal des jours tremblants). Ils sont donc assez hétérogènes, on passe d'un sujet à l'autre, sans que l'on sache vraiment où l'on va, mais cela n'a finalement pas d'importance.



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MessageSujet: Re: Tawada Yoko   Jeu 20 Déc 2012 - 19:00

Petite annexe sur les tremblements de terre.
"Depuis le XVIIe siècle, une légende japonaise parle du Namazu (鯰) ou Ōnamazu (大鯰), poisson-chat géant vivant dans la vase des profondeurs de la terre, et sur l'échine duquel repose le Japon. Auparavant, la croyance voulait que ce soit un dragon. [...]
Le namazu est très turbulent et ses mouvements brusques ont tendance à causer des séismes dont le Japon est victime. [...]
Suite aux trois grands séismes de l'ère Ansei en 1854 et 1855, le namazu fut souvent représenté dans des ukiyo-e (estampes) appelées namazu-e.
" (Wikipedia).
Lorsque le dieu qui le maintient relâche son attention, c'est le tremblement de terre !


Des victimes d'un tremblement de terre se vengent sur le poisson-chat responsable (Période Edo)


1/ Des poissons-chats aident les victimes ; 2/ Des poissons-chats et des ouvriers font la fête dans le quartier de Yoshiwara

On trouvera plus de reproductions et d'explications (en anglais) sur http://pinktentacle.com/tag/yokai/


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MessageSujet: Re: Tawada Yoko   Jeu 20 Déc 2012 - 20:23

merci pour ce sublime commentaire, tu me donnes finalement envie de le noter
en le voyant lors de la publication, j'avais plutôt l'idée que je voyais trop et partout des textes, essais, livres sur ce sujet, et du coup, je n'en voulais plus.. mais puisque j'aime bien son écriture, je veux bien la suivre dans ces "leçons" Very Happy

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MessageSujet: Re: Tawada Yoko   Ven 21 Déc 2012 - 9:35

c'est bien que tu en as parlé d'elle Wink je viens de faire des recherches concernant dernières parutions d'elle en allemand, et je ne sais pas trop ce que son éditeur français a choisi de traduire comme Journal des jours tremblants , en tout cas en allemand cela se présente ainsi:


Fremde Wasser
Citation :
Drei Texte von Yoko Tawada über Europa, Japan und Asien, über Wasser, Inseln, Sprache und Geschichte zwischen den Kulturen vor dem Hintergrund von Fukushima.
Diese Texte sind die überarbeiteten Vorlesungen ihrer Hamburger Gastprofessur.
Die Vorlesungen von Yoko Tawada erscheinen zusammen mit Gesprächen mit Yoko Tawada und Beiträgen über interkulturelle Poetik - "Mein Hafen der Literatur"
Inhalt:
Drei Gespräche mit Yoko Tawada
Yoko Tawada, Poetikvorlesungen:
Tanegashima Die Europäer landen an
I. Poetikvorlesung
Dejima Die Seefahrt der Sprachen
II. Poetikvorlesung
Uraga Die schwarzen Schiffe der Moderne
III. Poetikvorlesung nach Fukushima
Wissenschaftliche Beträge.

et le tout fait 509 pages Very Happy

mais surtout, il va y avoir en février 2013 ceci:


Mein kleiner Zeh war ein Wort: 12 Theaterstücke

je ne savais même pas qu'elle écrivait du théâtre, trop bon, curieuse je suis swing

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MessageSujet: Re: Tawada Yoko   Ven 21 Déc 2012 - 13:10

Ah oui, c'est bizarre. Il n'y a pas le titre original, en plus, dans mon exemplaire.
Après recherche, ce sont bien les Poetikvorlesungen. Par contre, sur http://japanische-literatur.blogspot.fr/2012/08/fremde-wasser-von-yoko-tawada.html on lit :
Citation :
Die folgenden 17 wissenschaftlichen Aufsätze nehmen den größten Teil von „Fremde Wasser“ ein. Hier begibt sich Sigrid Weigel beispielsweise auf „Suche nach dem E-mail für Japanische Geister“, Christine Ivanovic und Franziska Schößler betrachten Yoko Tawadas Bühnenstücke, Andrea Bandhauer widmet sich dem Wasser, der Weiblichkeit und den Metamorphosen in „Schwager in Bordeaux“, Yasemin Dayioglu-Yücel fragt sich, ob sich Yoko Tawadas Werke als magischer Realismus verorten lassen und Vibha Surana fragt „Was hört auf, wo Europa anfängt?“.
Voilà pourquoi le livre allemand fait tant de pages... En français, on n'a "que" les textes de Tawada.
Les autres ont l'air bien compliqués, si l'on en croit le même blog : "Ein kleines bisschen Grundwissen zu Barthes, Benjamin und Derrida sei jedoch empfohlen.".


Je suis très curieux de lire son théâtre ! Mais j'ai bien peur qu'il ne soit pas traduit...
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MessageSujet: Re: Tawada Yoko   

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Tawada Yoko
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