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 Carl Gustav Jung

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colimasson
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colimasson

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MessageSujet: Re: Carl Gustav Jung   jung - Carl Gustav Jung - Page 6 EmptyMer 19 Aoû 2015 - 22:21

Ma vie


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Ce n’est pas dans ce livre qu’on trouvera des anecdotes de tabloïds. La vie et l’œuvre de C. G. Jung sont inséparables et à la fin de sa carrière, tout vieillard (et sage) qu’il est, il revient sur ses pas pour essayer de comprendre la façon dont sa vie a été modelée par la quête qu’il devait mener : la quête de l’inconscient.


Son enfance fut l’âge d’un affrontement entre sa personnalité 1, active, efficace et présente, et sa personnalité 2, irréaliste, passive, médiévale et faustienne. « Il me fallait manifestement attendre et voir ce qui se produirait ». Le secret de cet affrontement ne fut jamais dilapidé et répandu par monts et par vaux, à tort et à travers, contrairement à ce que fit ce pauvre Nietzsche, bien trop naïf pour comprendre la honte qu’il assenait à ses semblables lorsqu’il essayait de leur communiquer son secret.


« Nietzsche n’avait découvert son numéro 2 que plus tard, après le milieu de son existence, tandis que je connaissais le mien depuis ma jeunesse. Nietzsche a parlé naïvement et inconsidérément de cet arrheton, de ce secret, comme si tout était dans l’ordre des choses normales. Mais moi, j’avais su très tôt que l’on fait ainsi de mauvaises expériences. […]
Son malentendu morbide, pensais-je, avait été de livrer le numéro 2, avec une naïveté et un manque de réserve excessifs, dans un monde totalement ignorant de pareilles choses et incapable de les comprendre. Il était animé de l’espérance enfantine qu’il rencontrerait des hommes qui pourraient éprouver son extase et comprendre « la transmutation de toutes les valeurs ». »



Le secret de chacun est une préfiguration du Soi, cet archétype de la totalité qui donne aussi un sens à la vie. La névrose résulte d’une mauvaise accommodation ou d’un refoulement de cette quête, à l’arrière-plan des préoccupations quotidiennes et triviales, qui ne peuvent pas suffire à nourrir une âme.


C. G. Jung eut la révélation du cheminement qu’il devait effectuer en découvrant la psychanalyse. Bien avant cette rencontre, il connaissait déjà la nature du contenu de son âme, au moins par intuition, mais n’avait pas encore pu la projeter sur une discipline ou un projet concret. C’est le début de l’œuvre de C. G. Jung. La tâche qu’il s’assigna, en rapport avec son secret, fut de chercher tout dans la réalité de la psyché au moyen de la dialectique avec son anima. Pour l’enrichir, il ne négligea aucune expérience et ne brida jamais sa curiosité. Ses voyages en Afrique, en Inde et en Italie enrichirent sa vision du monde et le laissèrent serein quant à l’assurance du projet qu’il devait mener. Rien ne pouvait le détourner de sa voie. C. G. Jung était un inconvertissable, au sens où l’entend René Guénon :


« D’une façon tout à fait générale, nous pouvons dire que quiconque a conscience de l’unité des traditions, que ce soit par une compréhension simplement théorique ou à plus forte raison par une réalisation effective, est nécessairement, par là même, «inconvertissable» à quoi que ce soit; il est d’ailleurs le seul qui le soit véritablement, les autres pouvant toujours, à cet égard, être plus ou moins à la merci des circonstances contingentes. »


Ainsi, même si l’Inde le fascine, C. G. Jung reconnaît la nécessité de rester à sa place. Modeste celui qui n’essaie pas de dévorer toutes les spiritualités qui passent à sa portée. Les voies sont nombreuses mais C. G. Jung ne se disperse pas et reste fidèle toute sa vie à son secret, évitant ainsi de tomber dans une schizophrénie de tous les plaisirs, de toutes les expériences.


« J’aurais eu l’impression de commettre un vol si j’avais tenté d’être instruit par les « saints » et d’accepter, pour moi, leur vérité. Leur sagesse est à eux, et à moi n’appartient que ce qui provient de moi-même. »


A travers cette vie, C. G. Jung nous donne la confirmation qu’il n’était pas dogmatique, pas imbu de lui-même, qu’il ne se gaussait ni de théorie toute faite, ni d’un dogme réducteur. Il éclaire le contenu de ses œuvres et nous instruit de notions d’alchimie, d’histoire, de spiritualité et de symbolique, au hasard des anecdotes d’une vie enrichie par l’inconscient, nourrie par les symboles et transfigurée par la quête du Soi.


Si C. G. Jung ne s’est pas écroulé là où tant d’hommes vacillent, c’est parce qu’il n’a jamais cédé au cynisme qui nie le sens de la vie, et parce qu’il n’a jamais tendu l’oreille pour écouter le chant enivrant mais corrupteur des sirènes. Ce qui n’aurait pu être qu’une existence monotone parmi tant d’autres est ainsi devenu une création au sens plein du terme. Il suffit que C. G. Jung en ait été pleinement convaincu pour que cela soit vrai.


jung - Carl Gustav Jung - Page 6 Peter_11
Peter Birkhäuser


Extrait du prologue :

« Même ce qui, dans ma jeunesse ou plus tard, vint à moi de l’extérieur et prit de l’importance était placé sous le signe du vécu intérieur. Très tôt j’en suis venu à penser que si aucune réponse ni aucune solution à des complications de la vie ne vient de l’intérieur, c’est que finalement l’épisode correspondant est de peu d’importance. »


Les années d'études commencent mal, ou plutôt si peu bien :

« Je finis donc par me décider pour des études médicales avec le sentiment peu réconfortant qu’il n’était pas bon de commencer sa vie par un tel compromis. »


Découverte heureuse de la psychanalyse comme chaînon manquant entre deux penchants apparemment contradictoires d'une pensée:

« Là [à l’endroit de la psychiatrie] était le champ commun de l’expérience des données biologiques et des données spirituelles que j’avais jusqu’alors partout cherché en vain. C’était enfin le lieu où la rencontre de la nature et de l’esprit devenait réalité. »


Témoignage sur l'activité psychiatrique:

« En tant que médecin, je suis toujours obligé de me demander quel message m’apporte mon malade. Que signifie-t-il pour moi ? S’il ne signifie rien, je n’ai pas de point d’attaque. Le médecin n’agit que là où il est touché. »


« Parmi les malades dits névrotiques d’aujourd’hui, bon nombre, à des époques plus anciennes, ne seraient pas devenus névrosés, c’est-à-dire n’auraient pas été dissociés en eux-mêmes, s’ils avaient vécu en des temps et dans un milieu où l’homme était encore relié par le mythe au monde des ancêtres et par conséquent à la nature vécue et non pas seulement vue du dehors ; la désunion avec eux-mêmes leur aurait été épargnée. »


Une hypothèse sur l'origine de l'amertume ressentie chez Freud : sa terminologie trop restreinte aurait provoqué en lui une dissociation.

« Pour Freud, certes, la sexualité était un numinosum mais, dans sa terminologie et dans sa théorie, elle est exprimée exclusivement en tant que fonction biologique. »


Alors que C. G. Jung traverse une phase de profonde remise en question et de quasi-dépression, il décide de renouer avec le jeu et les esprits de son enfance. Ainsi, entre deux patients, à chaque moment où il dispose d'un peu de temps, d'abord avec répulsion, ensuite avec de plus en plus de goût, il s'adonne au jeu et entre ainsi en communication avec son anima :

« Chaque jour, après le déjeuner, quand le temps le permettait, je m’adonnais aux constructions. A Peine la dernière bouchée avalée, je « jouais » jusqu’à l’arrivée des malades ; et le soir, si mon travail avait cessé suffisamment tôt, je me remettais aux constructions. Ce faisant, mes pensées se clarifiaient et je pouvais saisir, appréhender de façon plus précise des imaginations dont je n’avais jusque-là en moi qu’un pressentiment trop vague. »

Il eut alors l'impression d'être : "sur la voie qui me menait vers mon mythe." (c'est l'objet de son livre Dialectique du moi et de l'inconscient).


Ses réflexions permettent également d'amorcer un début de réflexion sur la psychogénéalogie :

« Il semble souvent qu’il y a dans une famille un karma impersonnel qui se transmet des parents aux enfants. J’ai toujours pensé que, moi aussi, j’avais à répondre à des questions que le destin avait déjà posées à mes ancêtres, mais auxquelles on n’avait encore trouvé aucune réponse, ou bien que je devais terminer ou simplement poursuivre des problèmes que les époques antérieures laissèrent en suspens. »


Après son expérience de mort imminente:

« Ce n’est qu’après ma maladie que je compris combien il est important d’accepter son destin. Car ainsi il y a un moi qui ne flanche pas quand surgit l’incompréhensible. »


Importance de ne pas imposer l'hégémonie de la raison sur les expériences irrationnelles individuelles:

« Plus la raison critique prédomine, plus la vie s’appauvrit ; mais plus nous sommes aptes à rendre conscient ce qui est inconscient et ce qui est mythe, plus est grande la quantité de vie que nous intégrons. La surestimation de la raison a ceci de commun avec un pouvoir d’état absolu : sous sa domination, l’individu dépérit. »


Car il reste malgré tout un phénomène incontestable : « Une croyance me prouve seulement l’existence du « phénomène croyance ». »


Pensées tardives:

« Ce n’est pas « Dieu » qui est un mythe, mais le mythe qui est la révélation d’une vie divine dans l’homme. »


« Oui, c’est comme si cette étrangeté qui m’avait si longtemps séparé du monde avait maintenant pris place dans mon monde intérieur, me révélant à moi-même une dimension inconnue et inattendue de moi-même. »


« Ce qu'on ne veut pas savoir de soi-même finit par arriver de l'extérieur comme un destin. »


On en apprendra également un peu plus sur la Tour de Bollingen (CLIC), les voyages en Asie, Afrique et parmi les indiens Pueblos et les impressions de lecture de Faust et de Schopenhauer.


jung - Carl Gustav Jung - Page 6 Latour10

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MessageSujet: Re: Carl Gustav Jung   jung - Carl Gustav Jung - Page 6 EmptyVen 28 Aoû 2015 - 15:11

Je ne l'ai pas indiqué dans le résumé mais bien sûr, c'est génial :


Les Sept sermons aux morts (1916)


jung - Carl Gustav Jung - Page 6 51gb5w10

C’est une nuit au cours de laquelle les morts redescendent sur Terre pour trouver de l’aide. Ils se lamentent car ils n’ont pas trouvé, au cours de leur vie, la voie de l’unification avec leur être. A présent les voici, passés de l’autre côté mais pas plus avancés. Mort ou vivant, nous restons pétrifiés dans des impasses insolubles tant que nous n’avons pas réussi à faire la démarche d’individuation nécessaire à toute progression. Contre l’opinion répandue imaginant que les morts détiennent des réponses que nous ignorons encore, C. G. Jung écrivait déjà, dans Ma vie :


« Les morts questionnent comme s’il n’était pas dans leur possibilité de tout savoir, comme si l’omniscience ou « l’omni-conscience » ne pouvait être l’apanage que de l’âme incarnée dans un corps qui vit. »


Pour aider ces pauvres trépassés, morts pour rien, C. G. Jung leur écrit une réponse rédigée en trois nuits dans un événement extatique, en se faisant passer sous les traits de du gnostique Basilide qui vécut au 2e siècle de notre ère. Il leur fournit des pistes de compréhension en leur faisant part d’une vision qu’il a reçue et au cours de laquelle il a perçu le Plérôme (terme venant du grec et signifiant « plénitude ») et l’Abraxas (terme grec désignant une divinité gnostique absolue).


Ecrits peu après sa rupture avec Freud, ces Sept sermons aux morts peuvent être considérés comme une affirmation de la direction que Jung souhaite donner à ses recherches sur l’inconscient. Dans Ma vie, il écrit : « Les sept sermons aux morts forment une sorte de prélude à ce que j’avais à communiquer au monde sur l’inconscient ; ils sont une sorte de schéma ordonnateur et une interprétation des contenus généraux de l’inconscient. » Ainsi, en expliquant quel doit être le sens de l’individuation, C. G. Jung réalise lui-même sa propre individuation.


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Henry Darger


Pendant ce temps, il met à notre service ses talents de conteur pour nous faire connaître certaines notions qui appartiennent à tout système philosophique et religieux complet.


Dans le SERMO I, nous apprendrons à distinguer le Plérôme de la Creatura : « Le pleroma possède toue qualité aussi bien la différenciation que l’indistinction. La creatura est particulière. Elle est différenciée, c’est son essence même et c’est grâce à cela qu’elle est douée de discernement ». L’essence de la créature consiste ainsi à réaliser son principe d’individuation sans chercher à s’identifier à une qualité du Plérôme. En effet, si dans le Plérôme tous les couples de qualités s’équilibrent et s’annulent, la Creatura ne peut parvenir à un pareil équilibre et risque de déchaîner la force opposée de la qualité qu’elle cherche à atteindre : « Lorsque nous aspirons à la bonté et à la beauté –ce faisant nous oublions notre nature profonde qui est d’être différent et nous devenons la proie des caractéristiques du pleroma qui sont ces couples de contraires. Nous travaillons pour atteindre la beauté et la bonté, mais au même instant nous nous emparons de la laideur et du mal puisque au sein du pleroma ils ne font qu’un avec le bien et le beau ». Le travail préconisé dans cette voie de l’individuation n’a rien de simple : il s’agit de connaître sa propre essence et de suivre sa seule et unique aspiration. Si on l’oublie, on se tient alors trop loin du Plérôme et les névroses surgissent ; si on se tient au contraire trop près du Plérôme, on subit une inflation psychique, on aimerait être Tout, sans reconnaître que ce n’est pas possible.


Dans le SERMO II, les grands symboles porteurs d’énergie vitale nous sont révélés. C’est par notre confrontation avec la réalité symbolique et l’intégration de leur connaissance que nous pouvons connaître progressivement notre inconscient, et donc notre aspiration essentielle.


Les sermons suivants nous apprennent à reconnaître que le bien et le mal ne sont que des conceptions relatives qui découlent de notre ignorance de l’état d’absolu équilibre de l’Abraxas : « Du soleil l’homme tire le SUMMUM BONUM ; du diable il tire l’INFINIMUM MALUM ; mais d’ABRAXAS, il tire la VIE dans sa totalité, la vie indéfinie, mère du bien et du mal ». On peut ainsi comprendre les principes qui donnent sa puissance au concept de la Trinité mais pour C. G. Jung, ce n’est pas suffisant. Il invoque ainsi le principe de la Quaternité tel qu’il était déjà connu sous Pythagore :


« Les principaux dieux sont au nombre de quatre, quatre est aussi le chiffre des dimensions de l’univers.
Un est le commencement, le dieu-soleil.
Deux est EROS ; car il lie ensemble les doubles et s’épanouit dans la clarté.
Trois est l’arbre de vie, car il remplit l’espace de formes corporelles.
Quatre est le diable car il ouvre tout ce qui est fermé. Tout ce qui est chair est dissous par lui ; il est le destructeur en qui tout est anéanti. »



Cette quaternité lui permet  ensuite de développer ce qui deviendra sa conception ultérieure de l’animus et de l’anima, liés à l’intégration des principes masculin et féminin à l’intérieur de chaque homme et de chaque femme. Le pôle masculin est associé au sexuel et à la terre (chtonien) tandis que le pôle féminin est associé au spirituel et au ciel (céleste). Le principe d’individuation doit réussir à obtenir la conjonction de ces deux pôles, au-delà des risques suscités par ce processus : « Aucun homme ne peut […] échapper à ces démons [la Mère et le Phallos]. Ainsi les considérerez-vous comme des démons, et vous saurez qu’ils sont pour vous tous un danger ; ils sont un danger et une tâche commune ; vous saurez aussi que c’est la vie qui a mis sur vos épaules ce lourd fardeau ».


Pour diminuer les risques liés à cette intégration, nous devons reconnaître l’ambivalence de ces figures, considérer et donner à toutes les énergies en action leur juste place. C’est comme si nous devions éliminer la peur et comprendre que la signification de la dynamique humaine revient à admettre que la transformation est le principe obligatoire d’intégration des forces contraires. A la fin de sa vie, C. G. Jung affirmait que la fonction transcendante s’exerce le mieux lorsque l’homme vit en communauté : « La communauté ne prospère que là où chaque être se souvient de sa spécificité et ne s’identifie pas aux autres ». Il semble alors avoir trouvé une réponse au conflit intérieur qui taraude bon nombre d’entre nous et qui pourrait se résumer à la façon dont Jean-Charles Pichon l’avait exprimé : « Comment être moi-même en étant tous les autres ? Comment obtenir que les informations qui me parviennent d’autrui m’informent sans me déformer ? Comment conserver mon intégrité dans l’intégration ? Mais également : comment œuvrer tout en œuvrant pour moi-même ? Comment inclure une pierre nouvelle dans l’édifice sans faire s’effondrer l’édifice ? Comment atteindre à un ensemble qui soit autre chose qu’un complexe ? »


Finalement, les morts pourront dégager le plancher et s’envoler vers d’autres cieux lorsque, arrivés au SERMO VII, ils auront compris que leur délivrance sera guérison de la névrose, autoréalisation accomplie par les échanges entre le conscient et l’inconscient dans le processus de la fonction transcendante. Ils pourront alors rejoindre l’Etoile, l’archétype central du Soi. Partant du Plérôme, l’homme vit les expériences qui constituent son individuation pour revenir vers l’Etoile qui aura alors la dimension infinie du Plérôme. Ce retour n’est pas une finalité : c’est une nouvelle étape de dimension supérieure dans un processus dynamique sans cesse renouvelé. La vision de Jung n’est pas linéaire mais cyclique et progresse de marche en marche, l’émerveillement se renouvelant sans cesse, la source de la connaissance ne se tarissant jamais.


« Là-dessus les morts se turent et s’élevèrent, comme la fumée au-dessus du feu du berger qui, la nuit, veillait sur son troupeau. »


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Henry Darger


Les textes qui complètent ces Sept sermons aux morts (Le problème du quatrième et La psychologie analytique est-elle une religion ?) nous permettent de prolonger leur compréhension. C. G. Jung revient sur l’idée de quaternité en bifurquant, dans une dernière partie, sur sa signification dans la religion chrétienne. Nous connaissions la trinité du Père, du Fils et du Saint-Esprit, mais il convient de révéler sa 4e dimension. Le Père représente l’état de conscience antérieur de l’enfant, dépendant d’une forme de vie déterminée déjà existante. Le Fils représente la transition d’un état initial durable (le Père) à un état où l’on est soi-même le Père. La vie du Fils représente le transitus, le pont et la métamorphose qui conduit à l’étape suivant en reconnaissance et se soumettant presque à l’inconscient. Vient ensuite l’état adulte au cours duquel le fils rétablit l’état de son enfance en se soumettant à une autorité paternelle reconnue dans une forme psychologique ou projetée. Ce peut être, par exemple, la reconnaissance de l’autorité de la doctrine de l’église. Alors qu’il est de bon ton de s’acharner sur une église que les temps modernes jugent aliénante, C. G. Jung offre un discours qui piétine les dernières considérations à la mode. Non, la religion chrétienne n’est pas un fardeau sur lequel on doit s’acharner jusqu’à sa disparition totale, en tout cas pas tant que nous n’aurons pas réussi à élaborer un système aussi complet dans le rite, l’initiation et la symbolique :  


« […] il y a le rite avec son action sacrée qui rend sensible le déroulement vivant du sens archétypique, touchant ainsi directement l’inconscient. […] En outre l’Eglise catholique possède l’institution de la confession et du « directeur de conscience », qui ont une haute importance pratique lorsque ce sont des personnalités vraiment désignées qui vaquent à ces activités. […] En troisième lieu, l’Eglise catholique possède un monde de représentations dogmatiques complet et richement développé, qui offre à la richesse de formes de l’inconscient un vase digne, donnant ainsi à certaines vérités importantes pour la vie, avec lesquelles la conscience devrait rester en relation, une expression sensible. »


En Occident, la plupart d’entre nous sont nés sur des territoires qui ont été imprégnés par cette religion chrétienne depuis deux millénaires. Ce n’est peut-être pas insignifiant. Alors que la mode nous donne une image bohème et attirante des systèmes métaphysiques orientaux, nous oublions de rejoindre les sources de notre civilisation et de reconnaître la forme des questionnements qui ont modelé la vie de nos ancêtres. Dans Ma vie, C. G. Jung écrivait : « Il semble souvent qu’il y a dans une famille un karma impersonnel qui se transmet des parents aux enfants. J’ai toujours pensé que, moi aussi, j’avais à répondre à des questions que le destin avait déjà posées à mes ancêtres, mais auxquelles on n’avait encore trouvé aucune réponse, ou bien que je devais terminer ou simplement poursuivre des problèmes que les époques antérieures laissèrent en suspens ».


Ce n’est certainement pas en reniant ces questions, liées à des modes de pensées rattachés à leur propre système rituel, initiatique et symbolique, que nous pourrons avancer. Nous nous en détacherons au contraire en toute inconscience, laissant place à toute une file indienne de névroses qui viendront nous détruire la cervelle en clignotant comme un signal d’alarme : TU ES SUR LA FAUSSE ROUTE !


Le processus d’individuation prend du temps. C. G. Jung lui-même a mis plusieurs décennies pour prendre connaissance progressivement des messages que devait lui communiquer son inconscient. C’est le travail d’une vie. Il est particulièrement difficile à mener aujourd’hui. Pléthore d’informations, d’êtres humains, de désirs, de possibilités, nous entourent et parasitent notre aspiration essentielle. Qui sommes-nous lorsque trente informations contradictoires parviennent à nous faire vriller en une heure ? Il faudrait sans doute se réfugier dans le désert comme le Christ pendant 40 jours. Et ensuite : « nous devons vivre notre expérience. Nous devons commettre des erreurs. Nous devons vivre jusqu’au bout notre vision de la vie. Et il y aura l’erreur. Si vous évitez l’erreur, vous ne vivez pas ! […] Réalisez votre vie aussi bien que vous le pouvez, même si elle est fondée sur l’erreur, car la vie doit être détruite, et on arrive souvent à la vérité par l’erreur ». C’est ainsi que la vie du Christ doit nous servir de modèle.

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MessageSujet: Re: Carl Gustav Jung   jung - Carl Gustav Jung - Page 6 EmptyVen 28 Aoû 2015 - 15:23

Citation :
C’est une nuit au cours de laquelle les morts redescendent sur Terre pour trouver de l’aide. Ils se lamentent car ils n’ont pas trouvé, au cours de leur vie, la voie de l’unification avec leur être. A présent les voici, passés de l’autre côté mais pas plus avancés. Mort ou vivant, nous restons pétrifiés dans des impasses insolubles tant que nous n’avons pas réussi à faire la démarche d’individuation nécessaire à toute progression.
Tiens, ça me fait penser à Bardo or not Bardo...
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Le propos a l'air intéressant, même si je trouve la mise en scène assez bizarre (pourquoi cet habillage gnostique qui n'apporte pas grande chose, et surtout pas de comprendre la pensée gnostique ?) et certaines conceptualisations plutôt délirantes (pourquoi tout ce latin d'église ?).
En tout cas, je note ! Merci, coli ! Very Happy
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MessageSujet: Re: Carl Gustav Jung   jung - Carl Gustav Jung - Page 6 EmptyVen 28 Aoû 2015 - 18:00

colimasson a écrit:




Pensées tardives:

« Ce n’est pas « Dieu » qui est un mythe, mais le mythe qui est la révélation d’une vie divine dans l’homme. »


« Oui, c’est comme si cette étrangeté qui m’avait si longtemps séparé du monde avait maintenant pris place dans mon monde intérieur, me révélant à moi-même une dimension inconnue et inattendue de moi-même. »


« Ce qu'on ne veut pas savoir de soi-même finit par arriver de l'extérieur comme un destin. »





c'est beau et cela nous donne envie de le découvrir car son oeuvre, d'après ce que je découvre ici, à l'air empreinte d'une forte dimension poétique.
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MessageSujet: Re: Carl Gustav Jung   jung - Carl Gustav Jung - Page 6 EmptyLun 31 Aoû 2015 - 21:54

Sullien a écrit:
Citation :
C’est une nuit au cours de laquelle les morts redescendent sur Terre pour trouver de l’aide. Ils se lamentent car ils n’ont pas trouvé, au cours de leur vie, la voie de l’unification avec leur être. A présent les voici, passés de l’autre côté mais pas plus avancés. Mort ou vivant, nous restons pétrifiés dans des impasses insolubles tant que nous n’avons pas réussi à faire la démarche d’individuation nécessaire à toute progression.
Tiens, ça me fait penser à Bardo or not Bardo...
Ou au début des Soleils des Indépendances...

Le propos a l'air intéressant, même si je trouve la mise en scène assez bizarre (pourquoi cet habillage gnostique qui n'apporte pas grande chose, et surtout pas de comprendre la pensée gnostique ?) et certaines conceptualisations plutôt délirantes (pourquoi tout ce latin d'église ?).
En tout cas, je note ! Merci, coli ! Very Happy  

Pas innocent que ça te fasse penser à ces textes... après tout, Jung cherchait toujours à se rapprocher du Plérôme...
Le bazar et les conceptions délirantes sont peut-être à imputer à la vision qui lui fit rédiger ce texte en trois nuits fiévreuses ?

marc et cie a écrit:
colimasson a écrit:




Pensées tardives:

« Ce n’est pas « Dieu » qui est un mythe, mais le mythe qui est la révélation d’une vie divine dans l’homme. »


« Oui, c’est comme si cette étrangeté qui m’avait si longtemps séparé du monde avait maintenant pris place dans mon monde intérieur, me révélant à moi-même une dimension inconnue et inattendue de moi-même. »


« Ce qu'on ne veut pas savoir de soi-même finit par arriver de l'extérieur comme un destin. »





c'est beau et cela nous donne envie de le découvrir car son oeuvre, d'après ce que je découvre ici, à l'air empreinte d'une forte dimension poétique.

Je ne peux que te confirmer très vivement cette impression. C'est évident, Jung est un grand poète qui s'ignore... (ou qui n'en revendique pas clairement la forme).

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MessageSujet: Re: Carl Gustav Jung   jung - Carl Gustav Jung - Page 6 EmptyDim 13 Sep 2015 - 22:22

Dialectique du moi et de l'inconscient (1933)


jung - Carl Gustav Jung - Page 6 Dialec10

Avant de parvenir à la dialectique du Moi et de l’inconscient, foutons à la poubelle la persona. La première étape que nous devons franchir est celle de la distinction entre le Moi et ce masque que nous revêtons à chaque fois que nous devons survivre aux épreuves de la vie sociale. Jung définit la persona comme étant «  le masque d'un assujettissement général du comportement à la coercition de la psyché collective». Le surpassement de cette épreuve nécessite de comprendre la différence qu’il existe entre l’inconscient personnel et l’inconscient collectif. Nous partons de cette simple petite remarque, que chacun a pu ressentir un jour ou l’autre dans une sorte d’ « inquiétante étrangeté » : « L’inconscient semble détenir des éléments autres que les simples acquisitions de la vie personnelle » avant d’expliquer, à une autre échelle, les similitudes qui existent entre les différentes civilisations et systèmes religieux. L’inconscient collectif irrigue les individus et nourrit leurs constructions à la manière d’un champ morphique. « C'est cet état de choses qui explique, par exemple, le fait que l'inconscient des races et des peuples les plus éloignés les uns des autres présente des analogies, des correspondances remarquables, analogies qui se manifestent entre autres dans le phénomène, déjà souvent mis en évidence, de la concordance extraordinaire des formes et des thèmes mythiques autochtones, sous les latitudes les plus diverses. »


Cette première étape de différenciation est importante mais ce n’est pas celle qui retient le plus l’attention de Jung. Lorsque la persona est tombée, il faut s’attaquer à l’anima. L’anima, voilà ce qui intéresse Jung !


L’anima est inconsciente, mystique, introvertie. Dans Ma vie, Jung parlait de sa jeunesse qu’il avait sentie partagée entre deux personnalités : la personnalité A, extravertie, curieuse et sociale, et la personnalité B, renfermée, introvertie et intellectuelle. Cette expérience aura certainement encouragé Jung à développer cette étrange dualité qu’il a très tôt sentie en lui pour lui donner le nom d’anima. S’il est possible de liquider rapidement la persona sitôt les mondanités terminées, l’anima se montrera plus coriace à surmonter. Alors que la persona est en grande partie consciente, l’anima est inconsciente et se fait facilement passer pour la partie la plus authentique de nous-mêmes. Elle est celle qu’on pense être notre personnalité profonde, notre petit secret dorloté au plus profond de notre être… un gros bluff !


L’individu qui reste trop loin de son anima risque de mal la connaître. La prenant pour ce qu’elle n’est pas, il deviendra névrosé. Il imagine que son Moi revendique les ambitions vilipendées par la société ou l’entourage ou qu’il se caractérise par les jugements rapides que les autres émettent à son sujet sans y penser vraiment. L’individu a cru entendre son anima parler à travers une cloison mais parce qu’il n’a pas le temps, parce qu’il n’est pas assez courageux ou parce qu’il ne voit pas la cloison, il n’approche pas son oreille pour vérifier que celle-ci ne l’a pas trompé. L’anima est délaissée, personne ne l’écoute, ou personne ne l’écoute bien. Elle sanglote et rend l’individu morose, déprimé, névrosé. C’est ce stade qu’il faut dépasser, et c’est pour cela que Jung propose de converser dans sa Dialectique du moi et de l’inconscient. Encore une fois, si on a lu Ma vie, on se souviendra de la période dépressive traversée par Jung au cours de sa carrière : au lieu de fuir sa dépression dans le travail ou la distraction, il l’avait prise à bras-le-corps et lui avait fait subir un interrogatoire : qui es-tu ? que veux-tu de moi ? que fais-tu en moi ?


« Poser la question [à l’anima] sur [un] mode personnel a un gros avantage : ainsi, en effet, la personnalité de l’anima se trouve reconnue et acceptée et une relation entre le Moi et l’anima devient possible. […]"


Il faut élever ce dialogue avec l’anima à la hauteur d’une véritable dialectique. Chacun, on le sait, a la particularité et aussi l’aptitude de pouvoir converser avec lui-même. Chaque fois qu’un être se trouve plongé dans un dilemme angoissant, il s’adresse, tout haut ou tout bas, à lui-même la question (qui d’autre pourrait-il donc interroger ?) : « Que dois-je faire ? » ; et il se donne même (ou qui donc la lui donne en dehors de lui ?) la réponse. »


Pour rendre cette méthode plus concrète, Jung cite cet exemple de dialectique entre un homme dépressif et son anima :
« Lorsqu’une dépression s’emparera de lui, il ne devra plus s’astreindre soit à travailler, soit à telle ou telle contrainte pour oublier et fuir, il devra au contraire accepter sa dépression et, en quelque sorte, lui donner la parole. […] Ce n’est ni une faiblesse, ni un relâchement sans consistance, c’est au contraire une tâche difficile qui exige le grand effort de conserver son objectivité en dépit des séductions du caprice : on transforme ainsi l’humeur en objet observable, au lieu de la laisser s’emparer du sujet qu’elle domine. Le malade aura à faire en sorte que son état d’âme dialogue avec lui : son humeur devra lui révéler et lui préciser comment et de quoi elle est faite, et en fonction de quelles analogies fantasmatiques on pourrait tenter de la cerner et de la décrire. »


Non dogmatique comme toujours, Jung rappelle cependant qu’il n’existe pas  une seule méthode qui serait universellement efficace. De même, l’anima ne donne pas une réponse unique et durable. A chacun de l’explorer personnellement. En d’autres termes, Jung propose une approche qui doit se montrer à chaque fois originale. En renouant avec son anima, l’état névrotique s’éloigne.  On peut presque dire que cette méthode mobilise toute notre capacité d’attendrissement. Il faudrait se reculer, regarder l’anima, la bercer du regard et la questionner sans animosité. Il ne suffira pas d’une seule conversation qu’on mène à l’arrache sans considération pour son interlocuteur. La dialectique n’est pas un interrogatoire de justice biaisé qui doit conduire à la condamnation sans appel mais doit plutôt s’envisager comme une suite longue et progressive de dialogues nocturnes, menés loin de l’agitation extérieure, pour découvrir qui est cet étrange squatteur avec qui on cohabite depuis des années dans le silence et la méfiance.


Cependant, nous devons rester sur nos gardes. L’anima, dans la mesure où elle est inconsciente, peut devenir un adversaire redoutable au cours de la conversation. Elle peut nous berner pour se venger des longues années de silence auxquelles nous l’avons contrainte, nous faisant par exemple croire que nous avons réussi à la mater et que nous sommes parvenus à un niveau de conscience supérieur. C’est le phénomène de l’inflation. Le Moi croira ainsi connaître tous les petits secrets bien cachés de l’Univers. Jung parle alors de personnalité-mana :


« La composante mana de la personnalité est une des dominantes de l’inconscient collectif, l’archétype bien connu de l’homme fort, qui s’est manifesté à travers toute la vie de l’humanité sous les multiples aspects du héros, du chef, du magicien, du medicine-man, du saint, du souverain, qui règne sur les hommes et les esprits, du roi, de l’ami de Dieu. »


Jung va plus loin que Nietzsche et son Zarathoustra, que tous les grands prophètes et initiateurs qui se sont laissés griser par la connaissance acquise –comme si une connaissance ne pouvait jamais être fausse !


« La connaissance plus approfondie, le rapprochement cohérent d'éléments précédemment séparés et dissociés de soi-même, l'impression d'avoir ainsi, semble-t-il, surmonté le conflit moral, donnent à une certaine catégorie de sujets un sentiment de supériorité pour lequel le terme de "ressemblance à Dieu" ne semble pas excessif. »


Liquider la persona, reconnaître l’anima et ne pas se laisser griser par la mana : telles sont les étapes que devra surmonter l’individu pour dépecer son Moi de tous les parasites encombrants, scories d’une vie sociale mouvante et souvent contradictoire. La raison de l’existence de ces entités semble un peu rapidement éludée, mais il ne relève sans doute pas de notre fonction de les expliquer (à la limite, ce serait peut-être une tâche qui plairait à celui qui a confondu son Moi avec la mana). Peu importe, gardons cette problématique sous le coude pour une prochaine réflexion. Une fois que ces étapes ont été franchies (Jung n’affirme pas qu’un être humain a déjà réussi cet exploit, on ne saura d’ailleurs pas si cette ambition est réaliste), le Moi peut alors s’acheminer tranquillement vers le Soi, version psychanalytique de l’Absolu.


« Ainsi le Soi est aussi le but de la vie, car il est l'expression la plus complète des combinaisons du destin que l'on appelle un individu ; et non pas seulement le but de la vie d'un être individuel, mais aussi de tout un groupe au sein duquel l'un complète l'autre en vue d'une image et d'un résultat plus complets. »


Il semblerait donc que le Soi n’attende pas qu’on se prenne la tête avec nos névroses, ni qu’on cherche le pouvoir absolu par la maîtrise d’un quelconque savoir illusoire : le Moi peut se rapprocher le plus possible du Soi à condition qu’il s’accepte comme une donnée provisoire et contingente. Il va falloir faire avec ce joujou dans cette vie, sans mater la vie des autres pour voir comment ils se débrouillent, sans rester matériellement attaché aux expériences vécues et aux expériences à venir. Quasi-ode à l’insignifiance qui laisse toutefois un peu sceptique car, après tout, Jung s’est peut-être laissé prendre lui aussi au piège d’une mana margouline, avide de connaissances, rusant pour faire croire qu’elle snobe le pouvoir et qu’elle est autre chose qu’une mana distrayante.  Et si ce n’est pas le cas, Jung peut-il prétendre être le philosophe de génie que nous attendons tous, à chaque génération ?


« ... seul est philosophe de génie celui qui parvient à élever une vision primitive, qui n'est qu'un déroulement naturel, à la dignité d'une idée abstraite, et à en créer un patrimoine conscient de la collectivité des hommes. C'est en promouvant cette élaboration qu'il oeuvre de façon personnelle ; et c'est dans cette élaboration individuelle de son esprit que réside la valeur personnelle qu'il peut légitimement se reconnaître, sans basculer dans une inflation. »


Au-delà de l’inconscient collectif et de la mana, on ne peut pas affirmer qu’il n’y ait rien. Mais si ces trois stades nous permettent déjà de nous dépouiller et d’avancer, alors ils sont suffisants. La suite au prochain épisode.


jung - Carl Gustav Jung - Page 6 Arthur10
Arthur Rackham


Crise vers la renaissance :

« Ce n'est pas chose insignifiante que de voir s'effondrer, chez un être humain, l'attitude et les structures conscientes. C'est en petit une véritable fin du monde, le sujet a l'impression que tous les éléments qui constituaient sa vie retombent dans une manière de chaos originel. Il se sent abandonné, désorienté, vulnérable à l'extrême, tel un navire sans gouvernail et livré aux fureurs des éléments. C'est du moins ce qui semble être et l'impression qu'il en a. L'expérience montre que la réalité est un peu différente : en fait, l'être, abandonné par son conscient, est retombé dans ses plans inconscients collectifs, auxquels il est livré. »


Processus de l'individuation :

« L'individuation n'a d'autre but que de libérer le Soi, d'une part des fausses enveloppes de la persona, et d'autre part de la force suggestive des images inconscientes. »


Définition du Soi:

« Intellectuellement le Soi n'est qu'un concept psychologique, une construction qui doit exprimer une entité qui nous demeure inconnaissable, une essence qu'il ne nous est pas donné de saisir parce qu'elle dépasse, comme on le pressent dans sa définition, nos possibilités de compréhension. On pourrait aussi bien dire du Soi qu'il est "Dieu en nous". C'est de lui que semble jaillir depuis ses premiers débuts toute notre vie psychique, et c'est vers lui que semblent tendre tous les buts suprêmes et derniers d'une vie. Ce paradoxe est inévitable comme chaque fois que l'homme s'efforce de cerner par la pensée quelque chose qui dépasse la capacité de sa raison.
J'espère que le lecteur a senti clairement qu'il a du Soi au Moi la même distance qu'il y a du soleil à la terre. On ne peut confondre l'un avec l'autre, pas plus qu'il ne s'agit d'une déification de l'homme ou d'un abaissement de Dieu. Ce qui est situé par-delà notre raison humaine lui demeure de toute façon inaccessible. »



Une première étape dans la dialectique entre le moi et l'inconscient : renouer avec l'inconscient collectif qui se laisse deviner à travers les contes, les légendes, les mythes et les religions :

« Je voudrais recommander à mon lecteur d’étudier une histoire comparée des religions en animant les récits qu’on y trouve et qui sont comme morts pour le lecteur habituel, en les remplissant de cette vie émotionnelle que devaient éprouver les croyants qui vivaient de leur religion. »

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MessageSujet: Re: Carl Gustav Jung   jung - Carl Gustav Jung - Page 6 EmptyDim 6 Déc 2015 - 23:02

L’œuvre de Jung et la psychologie complexe de Charles Baudouin


jung - Carl Gustav Jung - Page 6 41d7wx10


Trop de légendes urbaines tournent autour de C. G. Jung. Cela l’aurait bien fait rire, lui qui était passionné de mythologies. On l’image éclater de ce rire franc et brave que Charles Baudouin nous décrit lors de sa rencontre avec le vieil homme en 1934, lors du Séminaire de Bâle.


Les rencontres entre l’homme admiré et l’admirateur ne se passent pas toujours bien, preuve que le fantasme est souvent plus nourrissant que la réalité -qu’on évoque par exemple Paul Celan rencontrant Martin Heidegger. Dans le cas de Baudouin et de Jung, pas de mauvaise surprise : l’homme et la théorie s’accordent naturellement. Tout avait déjà été exprimé clairement et Jung n’a plus rien à prouver. Son œuvre est cohérente puisqu’elle survit à son propre critère de validation : « Lorsqu’un philosophe édifie un système, ou lorsqu’un fondateur de religion en prêche une qui suscite en lui des douleurs corporelles, comme par exemple des troubles stomacaux, c’est à mes yeux le démenti le plus sévère qui puisse lui être infligé. Lorsque je veux savoir si une vérité est bonne et salutaire, si c’est une vraie idée, je me l’incorpore, je l’ingère, pour ainsi dire […]. »


Jung avait écrit Ma Vie lors de ses dernières années et il semble avoir toujours appliqué ce critère de validation à ses propres expériences. Toute période durant laquelle il troqua la vie pour la survie fut pour lui une étape de retranchement et de remise en question. Suivant ainsi la voie de Freud, il reconnaissait que la névrose était un signal d’alarme lancé par l’inconscient pour entamer le dialogue avec le conscient.


Charles Baudouin, psychiatre hybride à la croisée de Freud et de Jung, ne reprend pas ces étapes déjà brillamment résumées par Jung lui-même mais se propose plutôt de comprendre les notions qui en ont résulté. Il cherche également à remédier aux injustices dont Jung a pâti quant à l’appréciation de son œuvre. Première hérésie lorsqu’il prend ses distances avec Freud en 1912, après une collaboration étroite de près de cinq années : ainsi les chantres du freudisme de la première école répudient-ils Jung sans vouloir reconnaître que celui-ci n’a pas renié les apports de Freud mais les a simplement élargis au point où la paresse les rend méconnaissables. On a reproché à Jung de se perdre dans un au-delà mythique qui n’a plus rien à voir avec la psychologie humaine avec ses notions d’inconscient collectif, d’anima, d’imago, de synchronicité ou d’individuation. Jung s’est défendu de cette hypocrisie –qui reconnaît pourtant souvent par ailleurs que le singulier s’approche le plus exactement par l’universel et le décentrement de soi- en rappelant qu’il ne s’arroge aucune des prétentions qu’on lui attribue. Il soumet des hypothèses de travail dont il reconnaît la validité par le résultat. En ce sens, Jung fait partie de ces premiers psychiatres à développer une éthique de la psychanalyse théoriquement irréprochable. Il refuse ainsi de prendre en charge l’analyse des enfants, considérant que celle-ci résulte d’une déresponsabilisation des parents qui tentent ainsi, consciemment ou non, de repousser les problèmes qu’ils ne veulent pas aborder sur la génération suivante. Il refuse également de soumettre le patient à l’autorité de son interprétation et il remarque que « la méthode d’interprétation de Freud est une explication réductive qui, si elle est maniée de façon exagérée et unilatérale, devient destructrice ». Dans la réalité toutefois, et c’est ce que Charles Baudouin n’a pas ici évoqué, Jung ne s’est pas montré aussi irréprochable qu’il l’aurait voulu. Qu’on se souvienne par exemple de sa relation amoureuse avec Sabrina Spilrein qui, en période de grande fragilité, aurait pu se montrer désastreuse.


Charles Baudouin se concentre en effet aveuglement sur la tâche de nous faire comprendre que les idées de Jung sont d’un bel humanisme. On peut hésiter à l’aborder par peur d’une trop grande complexité ou d’un hermétisme qui n’existent pas. Mais lorsque la rencontre s’effectue, quel soulagement. L’érudition peut servir lorsqu’elle est appliquée au bénéfice de l’homme. Jung nous apprend à reconnaître l’ambivalence inévitable qui caractérise notre condition d’être humain. Il nous explique que nous pouvons progresser au cours de notre existence mais prend garde à nous signaler les pièges que nous rencontrerons inévitablement : ils ne doivent pas nous forcer à abdiquer mais représentent au contraire la preuve que nous progressons.


Tout ce qu’a pensé Jung est peut-être faux mais celui qui s’est trouvé soulevé par ses bras n’y accordera aucune importance. Comme il dit de Dieu qu’il est une « fonction de l’inconscient, […] activation de l’imago divine par une masse dissociée de libido », nous dirons à notre tour que Jung qui apaise, veille et guérit, mérite lui aussi d’exister ne serait-ce qu’en raison des effets bénéfiques de son œuvre.  


jung - Carl Gustav Jung - Page 6 Klee_j10
Klee, Jardin sous l'eau


Baudouin à propos de Jung lors du séminaire de Bâle en 1934 :

Citation :
« Il m’a été donné de le voir […] à la veille de la soixantaine, en pleine possession de cette force, cette force d’homme grisonnant mais vert encore, nullement déprimé par l’approche de la vieillesse, parce qu’il a appris d’avance à l’accepter comme une des saisons de la vie, et il sait bien que la vieillesse n’est déprimante et discordante que pour ceux qui la refusent, la camouflent et redoutent d’en intégrer les vertus. »


Justification de la position de Jung quant au nazisme (on sent surtout l'envie d'en finir avec un débat stérile) :

Citation :
« Que Jung ait cru pouvoir, devant les premières convulsions qui secouèrent l’Allemagne dans les années 1930, faire confiance d’abord et donner […] ses chances à un mouvement dont il mesurait d’ailleurs fort bien le danger –celui de l’archétype de Wotan déchaîné- il n’y a rien là que de conforme à la sagesse thérapeutique, qui sait que l’archétype est à double face et que le meilleur en peut sortir comme le pire. »


Quelques points de divergence entre Jung et Freud:

Citation :
« Que Jung ait cru pouvoir, devant les premières convulsions qui secouèrent l’Allemagne dans les années 1930, faire confiance d’abord et donner […] ses chances à un mouvement dont il mesurait d’ailleurs fort bien le danger –celui de l’archétype de Wotan déchaîné- il n’y a rien là que de conforme à la sagesse thérapeutique, qui sait que l’archétype est à double face et que le meilleur en peut sortir comme le pire. »

Citation :
« Jung se distingue de Freud, quant à l’étiologie des névroses, en accentuant davantage les causes actuelles au détriment des racines infantiles. »

Jung a écrit:
« Ma contribution personnelle à la thérapeutique s’insère là où, le traitement cessant [partie attribuée à Freud], le développement commence. »


Quelques belles paroles de Jung himself :

Citation :
« Rien n’a d’influence plus puissante sur les enfants que la vie que les parents n’ont pas vécue. »

Citation :
« Lorsque tu es seul et que tu crois pouvoir faire ce que tu veux, n’oublie pas le vieux sage qui habite en ton cœur. »

Citation :
« Il est admirable d’avoir un si beau repentir, d’en jouir comme d’un chaud lit de plume par un froid matin d’hiver, alors qu’on devrait se lever. »

Citation :
« Nous attribuons un but et un sens à la montée de la vie, pourquoi pas à la descente ? La naissance de l’homme est grosse de signification ; pourquoi pas sa mort ? »

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MessageSujet: Re: Carl Gustav Jung   jung - Carl Gustav Jung - Page 6 EmptyMar 15 Déc 2015 - 10:50

Dialectique du Moi et de l'inconscient

Nous connaissons désormais au cœur de notre cerveau celui qui semble le plus ancien et qu'on appelle le cerveau reptilien. Un peu de la même manière, Jung s'attache à démontrer qu'au cœur même de notre inconscient survivent d'anciennes images mentales, archétypales, inhérentes à tous les hommes et qui seraient comme la résurgence très enfouie d'un passé très ancien. Ces résurgences apparaissent en général sous forme de complexe.

Les complexes : il sont nécessaires à l'équilibre psychique et social de tout homme, sans complexe, c'est-à-dire sans entraves, un homme ne pourrait pas vivre au sein d'une communauté. Les complexes lorsqu'ils restent de l'ordre du 'normal' (et là c'est à chacun d'être juge) ne sont pas dangereux, mais ils créent des névroses lorsqu'ils s'agit de complexes 'anormaux', des pensées refoulées qui ne devraient pas l'être.

Le travail de l'analyste est donc de permettre au patient d'assimiler son inconscient dans le conscient, à travers différentes méthodes qui vont de l'interprétation des rêves à l'enchaînement libre de pensée lors de méditations soutenues. La plupart du temps, à partir du moment où le patient commence à comprendre le travail qui agit en lui, il réagit de deux manières opposées, soit il a soudain une impression de toute puissance, de comprendre enfin à travers soi le monde tout entier, soit il est accablé par sa connaissance et se sent encore plus petit et déprimé. C'est donc à nouveau au praticien d'aider son patient à retrouver une forme d'équilibre.

Et cet équilibre passe par ce que Jung appelle "l'individuation", en d'autres termes : la réalisation de soi. Cette réalisation doit prendre en compte les deux faces extrêmes de la personnalité du patient, à savoir sa 'persona' et son 'anima'. La 'persona' est le masque que tout homme place sur son visage quand il n'est plus seul, elle est une 'représentation', ce que chacun enfile par-dessus son Moi avant de sortir de chez lui (de son lui). L'anima est la partie secrète de l'homme, celle qui siège dans son inconscient et qui lui est très souvent difficile de débusquer parce qu'elle est polymorphe et s'ancre dans des images mentales fantomatiques. L'une des raisons principale évoquée par Jung pour expliquer la difficulté à cerner notre anima est due à l'importance que nos sociétés occidentales place dans la Raison, la Bienséance, l'extériorité en effaçant coûte que coûte les faiblesses intérieures, les légers écarts de comportement entre l'homme du dehors et l'homme du dedans. Ce maquillage qui bien souvent finit en grand-écart chez le patient est l'une des raisons de son mal-être.

Le combat du psychanalyste est donc de recoudre ce qui est décousu, de rassembler la part de ténèbres à celle lumineuse de l'homme, de lui permettre de construire un pont entre l'enfoui et le découvert, de pouvoir exprimer l'ombre et faire émerger ce qui jusque là était inconnu.

Voilà, tel un alchimiste mélangeant matière noble et matière profane, l'analyste doit aider le sujet à trouver un équilibre entre conscient et inconscient, par le mélange de l'un avec l'autre et en tentant une synthèse qui permettra au patient de se révéler à lui-même et souvent d'en être transformé (voire transfiguré). Ainsi l'analyste permet au malade d'atteindre un état d'équilibre qui équivaut à une sorte de guérison, en tout cas d'apaisement par une meilleure compréhension de soi.

Cette lecture très succincte du livre de Jung est une approche un peu claudiquante du propos global de l'auteur, bien plus riche, bien plus intéressant que ce que j'en dis. Je retiens de cette lecture des remarques vraiment passionnantes, à la fois sur la grande humilité de Jung , qui met toujours en avant son expérience d'expérimentateur et non de savant, le médecin étant l'observateur de la nature humaine et non son juge ou son créateur de concept. Jung observe, note, s'interroge, regrette que les expériences ne soient pas plus nombreuses, les écrits plus vastes, les recherches plus variées. Cette attitude qui me semble être à l'opposée de celle de Freud est également différente parce qu'elle ne met pas systématiquement en avant des explications sexuelles ou des traumatismes infantiles sans pour autant évacuer la problématique essentielle pour l'époque (le texte est écrit en 1912) de la confrontation entre l'homme et la femme. Homme du monde et femme au foyer, homme fort à l'extérieur et faible en son logis, femme faible en société et forte dans son intimité, les deux créant là aussi un impossible arrangement et générant des complexes indépassables que Jung cherche à traduire avec l'aide de l'anima et de l'animus. Deux entités inconscientes qu'il s'agit d'éveiller comme on éveille un Sphinge, à la fois monstre et sagesse, monstre de sagesse.

pia s'interrogeait je crois sur la pertinence de lire Jung (ou tout autre 'vieux' psychanalyste) dans la mesure où la psychanalyse fait aujourd'hui partie intégrante de notre patrimoine culturel et la question est intéressante en ce qui concerne Jung, parce que celui-ci ouvre considérablement la réflexion sur notre modernité. Il se demande ce que serait un monde dans lequel la femme serait l'égale de l'homme (il l'appelle de ses vœux, même), il s'inquiète de savoir comment nos sociétés occidentales seront capables d'assimiler les philosophies orientales (bien plus ouvertes à l'inconscient et aux écoutes du corps), il ouvre un nombre impressionnant de placards dans lesquels souvent nous préférerions ne pas avoir à plonger ni les mains ni le nez.

Bref, cette lecture extrêmement enrichissante, longue, lentement assimilée parce que riche et pas toujours clairement abordable, m'a permis de découvrir un penseur jovial, aventureux, vivant et humain. Je vais sans doute lire maintenant l'autobiographie de Jung, pour me familiariser un peu plus avec l'homme, même si déjà, à travers cet essai, j'ai eu le sentiment de découvrir un type fascinant, ouvert et malicieux.

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MessageSujet: Re: Carl Gustav Jung   jung - Carl Gustav Jung - Page 6 EmptyMar 15 Déc 2015 - 15:08

Exposé clair et convaincant.
Ceci dit, la psychanalyse fait-elle vraiment partie de notre patrimoine culturel ?
Et, la nature humaine et ses bizarreries, ne sont-elles pas trop complexes pour etre laissées entre les mains et les grilles de la psychanalyse ?
Quand je pense à certains psy, je ne leur laisserai meme pas analyser un poisson rouge !
Par contre, JB Pontalis, je l' aurai consulté avec grand plaisir ! Wink

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MessageSujet: Re: Carl Gustav Jung   jung - Carl Gustav Jung - Page 6 EmptyMar 15 Déc 2015 - 20:35

bix229 a écrit:
Exposé clair et convaincant.
Ceci dit, la psychanalyse fait-elle vraiment partie de notre patrimoine culturel ?
Et, la nature humaine et ses bizarreries, ne sont-elles pas trop complexes pour etre laissées entre les mains et les grilles de la psychanalyse ?
Quand je pense à certains psy, je ne leur laisserai meme pas analyser un poisson rouge !
Par contre, JB Pontalis, je l' aurai consulté avec grand plaisir ! Wink

Je t'avoue très franchement bix que j'ai très peu d'attirance pour la psychanalyse mais je pense malgré tout que l'idée d'inconscient est aujourd'hui assez bien assimilée par la plupart des gens (en tout cas nous savons que ça existe même si nous avons du mal à trouver les mots pour le définir). Mais justement, ce que j'ai aimé chez Jung c'est qu'il ne cherche pas à plaquer des concepts sur des comportements ou donner des explications à tout va, non, il cherche un équilibre, il pense que l'être humain est fluctuant et qu'il faut faire avec cette mobilité de l'âme, il est capable de parler d'alchimie et du tao aussi sérieusement que Freud plaçait Œdipe et l'homme aux rats. En un mot je dirais de Jung qu'il s'agit avec lui d'une psychologie 'ouverte' et c'est ce qui titille parce qu'elle est perméable au temps qui passe, aux évolutions sociales, à la question du pouvoir (sommes-nous vraiment obligés d'avoir des 'hommes de pouvoir' ?) ; bref il secoue volontiers le cocotier de nos routines. C'est plutôt bien.

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MessageSujet: Re: Carl Gustav Jung   jung - Carl Gustav Jung - Page 6 EmptyMar 15 Déc 2015 - 20:53

tu vas donc continuer avec "ma vie" Shanidar ?


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MessageSujet: Re: Carl Gustav Jung   jung - Carl Gustav Jung - Page 6 EmptyMar 15 Déc 2015 - 20:56

Bédoulène a écrit:
tu vas donc continuer avec "ma vie" Shanidar ?


Oui, j'ai envie de me faire une idée un peu plus précise du bonhomme ! Tu m'accompagnes ??

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MessageSujet: Re: Carl Gustav Jung   jung - Carl Gustav Jung - Page 6 EmptyMar 15 Déc 2015 - 21:11

ça, vous etes convaincantes, Coli et toi !  J' avais esquivé Jung  pour des bonnes -ou des moins bonnes- raisons, mais je vais faire
une incursion.

Alors, Ma vie, L' Ame et la vie, Dialectique du moi ? scratch

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MessageSujet: Re: Carl Gustav Jung   jung - Carl Gustav Jung - Page 6 EmptyMer 16 Déc 2015 - 11:29

je vais donc acheter "ma vie" car pas en médiathèque !

tu peux attendre Janvier Shanidar ?

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MessageSujet: Re: Carl Gustav Jung   jung - Carl Gustav Jung - Page 6 EmptyMer 16 Déc 2015 - 11:33

Bédoulène a écrit:
je vais donc acheter "ma vie" car pas en médiathèque !

tu peux attendre Janvier Shanidar ?

C'est tout bon ! (et si d'autres veulent se joindre à nous ça laisse un peu de temps pour se procurer le livre !!) !

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Carl Gustav Jung
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