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 Lola Lafon

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pia
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MessageSujet: Re: Lola Lafon   Jeu 12 Fév 2015 - 18:17

Je vais trouver un bouquin d'elle.

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Jean-Louis Fournier
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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Lola Lafon   Ven 13 Fév 2015 - 0:07

Lola Lafon a obtenu le Prix "Fémina" c'est un hebdomadaire qui parait avec la presse locale

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topocl
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MessageSujet: Re: Lola Lafon   Ven 13 Fév 2015 - 8:28

pia a écrit:
Je vais trouver un bouquin d'elle.

Bonne idée. j'ai envie qu'on la lise, cette fille qui est si différente de moi et qui me fascine.
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topocl
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MessageSujet: Re: Lola Lafon   Ven 13 Fév 2015 - 8:30

Bédoulène a écrit:
Lola Lafon a obtenu le Prix "Fémina" c'est un hebdomadaire qui parait avec la presse locale

Ca c'est drôle, parce que le lectorat de Femina est tout ce que Lola Lafon exècre, un public captif d'une pseudo information toute mâchée, d'une image absurde du corps, de l'accomplissement et de la femme, d'une consommation idiote.
Bédoulène, tu sais si c'est un prix pour un livre ou pour l’œuvre?
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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Lola Lafon   Ven 13 Fév 2015 - 10:34

pour la petite communiste qui ne souriait jamais !

oui Fémina je ne le lis que parce qu'il est joint au journal, ainsi que le programme TV ! t'inquiètes pas je n'absorbe pas !  sourire

Il y avait Philippe Claudel et  Dominique Bonna (académie française, elle anime la rubrique littérature sur Fémina) parmi le jury

http://www.livreshebdo.fr/article/lola-lafon-recoit-le-prix-version-femina

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topocl
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MessageSujet: Re: Lola Lafon   Ven 13 Fév 2015 - 10:52

Donc, ce n’est pas un jury de lecteurs du journal, mais des jurés qu'on a accolés à Fémina. Si ça peut la faire lire à un lectorat qui ne l'aurait pas connue autrement, c'est bien. La petite communiste est loin d'être son livre le plus personnel et le plus subversif, mais c'est toujours ça.
(D'un autre côté si je vois le bandeau "prix du journal Femina", ça me ferait plutôt fuir!)
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tom léo
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MessageSujet: La petite communiste qui ne souriait jamais   Jeu 2 Avr 2015 - 9:41

La petite communiste qui ne souriait jamais

Originale: Français, 2014

CONTENU :
Retraçant le parcours d une fée gymnaste, qui, dans la Roumanie des années 1970 et 80 et sous les yeux émerveillés de la planète entière, vint, en son temps, mettre à mal guerres froides, ordinateurs et records, ce roman est le portrait d une enfant, puis d une femme, évadée de la pesanteur, sacralisée par la pureté de ses gestes et une existence intégralement dévolue à la recherche de la perfection. En mettant en exergue les dévoiements du communisme tout autant que la falsification, par les Occidentaux, de ce que fut la vie dans le bloc de l Est, ce récit, lui-même subtilement acrobate, est aussi une passionnante méditation sur l invention et l impitoyable évaluation du corps féminin.
(4ème de couverture)

REMARQUES :
Qui a grandi dans les années 70, voir : avait été déjà adulte, ou qui s'interessait à la gymnastique après ces années - et ne soit ce que que superficiellement - ne peut pas ignorer l'apparition quasimment mystificatrice aux J.O. de Montreal d'une fille, voir : d'un enfant, de 14 ans qui exerçait des tours dans les salles de sports qui étaient partiellement inimaginables. Je me souviens bien de nos premières réactions incrédules face à une fille à peine plus âgée que moi-même. Néanmoins, et un peu à contretemps à l'auteur Lafon, je dois souligner (j'ai vérifié cette impression en parlant avec ma mère) à quel point cela frisait l'irréalité, et à quel point cela nous « choquait ». Etait-ce des préjugés ? Nous, on voyait aussi une boîte mécanique merveilleux, parfaite, mais qui faisait peur, voir : qui laissait craindre le pire de coté de l'entraînement, de la pression exercée...

Mais – et Lafon le souligne dans son introduction à la version française au moins – il s'agit pas ici d'une biographie simplement. Certes, des dates essentiels ne furent pas changés et certainement on trouve de la recherche dans l'approche. Mais finalement on désigne l'oeuvre comme un roman, contenant des hypothèses sur un monde maintenant disparu, et apportant aussi par exemple un dialogue fictif entre la narratrice et Nadia C.

Pour commencer on décrit encore une fois – et d'une façon magistrale – l'exploit des jeux olympiques. Après cela l'auteure déroule le devenir de Nadia, à partir de sa tendre enfanc, la découverte par l'entraineur d'origine hongroise, Bélà, et l'entraînement systématique, contenant même le maintien sous faim, des injections, l'empêchement de la menstruation etc. Peut-être de façon général on saute un peu trop d'un événement à un autre (compétitions) ? J'aurais aimé découvrir encore plus de la personne de Nadia, de sa famille, sa vie, les peines endurées… Même si plus tard elle semble jamais (?) renier cette vie d'esclave.

Pas mal de gens (en Occident ? Et à l'Est?) voyait en Nadia un produit d'un régime dictatoriale, peut-être une victime de la volonté d'autres, de surveillances et d'attentes exagerées. Eventuellement on sera surpris que Lafon, à travers sa narratrice, nous offre un image autrement plus complexe et compliqué, pas seulement du régime de Ceaucescu, mais aussi de nos soi-disant démocraties si libres où les médias, le consumérisme, la loi du marché transforme l'homme (et la femme!) en produit de marché. Dans un entretien Lafon disait qu'elle n'aimerait pas en juger. Je la comprends. Néanmoins j'ai des difficultés quand de temps en temps elle semble cautionner certains procédés de la Roumanie d'antan. Est-ce qu'on peut finalement comparer les déviations des systèmes, voir les justifier?

Mais l'auteur, venant elle-même de l'Est de l'Europe, pose des questions incomfortables. L'homme peut devenir esclave, ici et là. Et nos « analyses » a posteriori peuvent être complètement à coté de la réalité vécue.

Le livre a reçu plusieurs prix. Dans certains passages ce livre peut communiquer l'ébahissement, dans certaines descriptions et propositions d'interprétation il nous ouvre un chemin de réflexion. Néanmoins dans une certaine tonalité donnée il ne pouvait pas me convaincre complètement.
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topocl
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MessageSujet: Re: Lola Lafon   Jeu 2 Avr 2015 - 10:32

Merci pour ton analyse, Tom Léo, je comprends tout à fait ce que tu veux dire.

Contrairement aux trois autres livres, Lola Lafon alias la narratrice n'est qu'un personnage secondaire dans cet ouvrage qui parle d'une autre femme, et est forcément moins personnel.

Mais elle y fait quand même  passer certaines de ses idées, car c'est une femme d'idées. Elle a un questionnement qui l'amène à penser que nos sociétés occidentales et capitalistes, qui se permettent de juger les anciens régimes totalitaires de l'Est, exercent elles aussi une privation de liberté par l'imposition de normes (de consommation, de séduction, d'exclusion et d'acceptation de tout cela). Si la comparaison entre les deux types de régime est évidemment pour nous impossible à admettre dans son jusqu'au-boutisme, elle n'en pose pas moins, je crois, des questions  intéressantes voire vitales.
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pia
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MessageSujet: Re: Lola Lafon   Jeu 2 Avr 2015 - 15:00

tom léo a écrit:
Néanmoins dans une certaine tonalité donnée il ne pouvait pas me convaincre complètement.

topocl a écrit:
Merci pour ton analyse, Tom Léo, je comprends tout à fait ce que tu veux dire.

Contrairement aux trois autres livres, Lola Lafon alias la narratrice n'est qu'un personnage secondaire dans cet ouvrage qui parle d'une autre femme, et est forcément moins personnel.

Mais elle y fait quand même  passer certaines de ses idées, car c'est une femme d'idées. Elle a un questionnement qui l'amène à penser que nos sociétés occidentales et capitalistes, qui se permettent de juger les anciens régimes totalitaires de l'Est, exercent elles aussi une privation de liberté par l'imposition de normes (de consommation, de séduction, d'exclusion et d'acceptation de tout cela). Si la comparaison entre les deux types de régime est évidemment pour nous impossible à admettre dans son jusqu'au-boutisme, elle n'en pose pas moins, je crois, des questions  intéressantes voire vitales.

Je suis contente d'avoir commencé par un de ses travails plus personnel. Ce que tu en dis, Topocl, correspond tout à fait à ce que je suis en train de lire dans De ça je me console.

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tom léo
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MessageSujet: Re: Lola Lafon   Jeu 2 Avr 2015 - 16:34

Je te réjoins tout à fait, topocl! C'est ce que j'ai ressenti aussi...
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MessageSujet: Re: Lola Lafon   Mar 7 Avr 2015 - 4:07

De ça je me console

Comment dire…. sans la reprendre de temps en temps? Emylina ne veut pas devenir comme les jeunes, jeunes, jeunes de sa génération. Alors elle décide d’arrêter la machine. Elle a le courage de le faire. Elle ne travaille que pour assurer son quotidien et ses leçons de danse. Elle préfère travailler peu, pour avoir le temps. De vivre, d’écouter les autres, de regarder. Les jeunes, jeunes, jeunes de sa génération, ne vivent pas. ils disent ce que l’on doit dire, s’habillent comme on doit s’habiller, s’extasient sur ce dont on doit s’extasier, plaignent ceux que l’on doit plaindre sans savoir que faire, mangent ce qu’on doit manger pour continuer cette vie de presque mort et, achètent, achètent, achètent des choses. Dans ce désert, elle rencontre une fille et l’aime. Parce qu’elle aussi veut être vivante. Et puis elle rencontre des apatrides, vieux. Et elle vit avec eux. Et ils ne comprennent rien de cette génération de jeunes, jeunes, jeunes. Et puis il y a son père qui l’aime et qui a tout fait pour qu’elle reste vivante…

Parce que je ne mentais pas en n’évoquant jamais mon retour en Septembre. Non, mon père expliquait : j’agissais en fonction d’une époque, où, dans ce pays, les mots n’étaient pas fait pour être lancer sans précaution en l’air.


Lola Lafon fait un portrait de sa génération. Des hommes qui ne savent plus ce qu’est être soi-même sans recourir à des lieux communs qui servent de masque pour cacher leur faiblesse, leur angoisse. Une génération qui ne vit plus. Puisque… la recherche du confort, de la perfection passe par un soucis consumériste qui rassure. Parce que…cette génération ne sait plus comment se rapprocher. et qu’elle… s’évertue a donner une image de plus en plus uniforme d’elle-même pour appartenir à une sorte de société parfaite, esthétique, sans faille, à qui l’on ne peut rien reprocher. elle raconte la perte, le rapprochement avec d’autres qui vivent avec le même soucis d’intégrité envers soi-même et les autres. C’est joliment écrit, particulier. A contre courant. ça fait du bien.

Tu la voyais toi, leur peur terrible de ce qui était « trop triste », leur corps enthousiastes, obéissants à une guerre dont ils ne comprenaient pas que même eux n’en sortiraient pas forcément. Ils savaient l’utiliser l’époque, moi, je la retournais dans tous les sens. Je me sentais en écartèlement progressif […]Ma génération gagnait sa vie équitable. Gagner sa vie comme si elle n’était pas à nous, je leur disais, et je voyais leurs regards amusés quand je leur parlais de cette façon-la. C’est qu’ils la souhaitaient, la suppliaient, la validation de ce monde, ils vivaient dans un perpétuel entretien d’embauche.



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MessageSujet: Re: Lola Lafon   Mar 7 Avr 2015 - 8:27

pia a écrit:
ça fait du bien.


Ouaip sourire !
Merci, pia!
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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Lola Lafon   Mar 7 Avr 2015 - 8:49

c'est une vie de sobriété ça ! (Rabhi me poursuit)

je lirai Lola Lafon, c'est sur mais ma médiathèque ne possède que "la petite communiste...." je leur réclamerai d'autres titres

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MessageSujet: Re: Lola Lafon   Mer 8 Avr 2015 - 10:05

Bédoulène a écrit:
c'est une vie de sobriété ça ! (Rabhi me poursuit)


Il y a surement quelque chose comme ça! sourire

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shanidar
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MessageSujet: Re: Lola Lafon   Jeu 23 Avr 2015 - 11:16

La petite communiste qui ne souriait jamais

Après avoir lu vos commentaires sur ce livre, je vais me servir d'eux pour faire le mien (c'est facile ! vous croyez ? ta ta ta). Et je vais commencer en disant que je rejoins complètement l'enthousiasme d'Aeriale et de Madame B., ainsi que l'avis de topocl (en particulier sur les questions de forme).

Ainsi je trouve que le livre de Lafon est un vrai document littéraire, avec un véritable investissement stylistique (et même une certaine prise de risque sur la forme avec le dialogue inventé entre Nadia et l'auteure), comme si Lola Lafon avait voulu à travers une écriture saccadée, tendue retrouver les gestes de la jeune gymnaste. Il faut la voir heurter les barres asymétriques de ses hanches minuscules et acérées avec une violence incroyable pour sentir à quel point les phrases saillantes s'allient d'elles-mêmes aux secousses du corps, à ses membres qui poussent, grandissent, durcissent et puis tout soudain s'amollissent. Entendre à travers le style de Lafon toutes les victoires gagnées sur ce corps de petite fille qui grandit pour devenir celui d'une femme.

Bizarrement, contrairement à la plupart des commentaires, je n'ai pas lu le roman d'une petite fille instrumentalisée par le Parti Communiste Roumain ou par son entraineur Hongrois mais plutôt l'inverse, celui d'une enfant capable, à sa mesure, de résister.
Et puis aussi un roman avec l'idée que nos esprits occidentaux sont tout aussi instrumentalisés par l'économie de marché, le capitalisme, la consommation facile que le furent les habitants de l'Est avec le communisme. J'ai lu autant de dénonciation (parfois même un peu outrancière ou tellement généraliste qu'on se demande s'il ne s'agit pas un peu de provocation) du régime communiste que de celui de notre capitalisme triomphant. Et cela m'a beaucoup plu contrairement à tom leo qui émet des doutes (parfaitement justifiés d'ailleurs) sur la possibilité de dédouaner les crimes commis sous la dictature communiste. J'y ai lu comme une manière de remettre à l'heure nos pendules détraquées par la surconsommation, les chips et la télé. Sans doute le fait que Lola Lafon ait vécu enfant en Roumanie l'a aidé à trouver les mots pour dire qu'il n'y a pas de fautes ou que s'il y a faute les coupables sont dans les deux camps : celui des roumains désirant faire la nique à l'URSS par la grâce de petits écureuils bien dressés et celui des occidentaux avides d'exploits sportifs, même dangereux, même mortels pour faire fleurir l'audience télévisuelle. Qui a tort ? Qui a raison ? Personne et puis tout le monde. Mais il y a cette gamine, cette jeune femme, au milieu du désert, un être solitaire, mutique, fait d'un alliage si dur qu'elle en effraie même sa mère, une gamine que l'on dresse comme s'il s'agissait d'un garçon, une gamine à qui l'on demande de rester féminine, une gamine que l'on exhibe comme un cheval de course, une gamine que l'on humilie comme une chienne de compétition. Tout cela est tellement bien dit dans ce livre puissant (rare disait Aeriale, je crois).

Un roman-gifle, grosse claque, qui se lit avec avidité et un plaisir inconfortable, sans voyeurisme mais avec cette violence des femmes qui ont mal au ventre, avec ces menstrues qui ne surviennent jamais au bon moment, avec les seins qui débordent du justaucorps (quel nom !!), et cette envie de gagner, toujours, tout, aujourd'hui et demain. Il est bien là le cœur de ce roman, dans cette douloureuse transformation d'un corps de fillette en corps de femme, d'un corps d'enfant en corps nubile, d'un corps d'athlète à celui de femme 'ordinaire', et cette détestation (cette monstruosité dit Nadia) qui survient brutalement et transforme tous les liens, tous les rapports, toutes les victoires. Mais quoiqu'il arrive, même des années plus tard la gamine gracile au regard dur, au visage concentré, fermé, indestructible a gardé sa rage. Quoi qu'il arrive. La rage. Chapeau bas !

Bédou, je pense que tu pourrais aimer ce livre.

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