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 Jean-Marie Gustave Le Clézio

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bertrand-môgendre
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MessageSujet: Jean-Marie Gustave Le Clézio   Dim 18 Mar 2007 - 11:25



Jean-Marie Gustave Le Clézio, plus connu sous la signature J. M. G. Le Clézio, né le 13 avril 1940 à Nice, est un écrivain de langue française, de nationalités française et mauricienne.

Il connaît très vite le succès avec son premier roman publié, Le Procès-verbal (1963). Jusqu’au milieu des années 1970, son œuvre littéraire porte la marque des recherches formelles du Nouveau Roman. Par la suite, influencé par ses origines familiales, par ses incessants voyages et par son goût marqué pour les cultures amérindiennes, Le Clézio publie des romans qui font une large part à l’onirisme et au mythe (Désert et Le Chercheur d’or), ainsi que des livres à dominante plus personnelle4, autobiographique ou familiale (L’Africain). Il est l’auteur d’une quarantaine d’ouvrages de fiction (romans, contes, nouvelles) et d’essais.

Le prix Nobel de littérature lui est décerné en 2008, en tant qu’« écrivain de nouveaux départs, de l’aventure poétique et de l’extase sensuelle, explorateur d’une humanité au-delà et en dessous de la civilisation régnante. »
source: wikipedia

Bibliographie

Citation :
Index: (cliquez sur les numéros de page pour y accéder directement)

Romans, nouvelles et récits
1963 Le Procès-verbal, roman, Gallimard, Page 9,  
1964 Le Jour où Beaumont fit connaissance avec sa douleur, nouvelle, Mercure de France, Page 8
1965 La Fièvre, nouvelles, Gallimard,
1966 Le Déluge, roman, Gallimard, .
1967 Terra Amata, roman, Gallimard,
1969 Le Livre des fuites, roman, Gallimard,
1970 La Guerre, roman, Gallimard,
1973 Les Géants, roman, Gallimard,
1975 Voyages de l'autre côté, nouvelles, Gallimard,
1978 Mondo et autres histoires, contes, Gallimard, Page 1,
1980 Désert, roman, Gallimard,
1982 La Ronde et autres faits divers, nouvelles, Gallimard, Pages 7, 8
1985 Le Chercheur d'or, roman, Gallimard, Pages 1, 7
1986 Voyage à Rodrigues, roman, Gallimard, Pages 6, 7,
1989 Printemps et autres saisons, roman, Gallimard,
1991 Onitsha, roman, Gallimard, Paris, 1991,
1992 Étoile errante, roman, Gallimard, Page 3,
1992 Pawana, roman, Paris, Gallimard, Page 3,
1995 La Quarantaine, roman, Gallimard,
1996 Poisson d'or, roman, Gallimard,
1999 Hasard, suivi de Angoli Mala, romans, Gallimard,
2000 Cœur brûle et autres romances, nouvelles, Gallimard,
2000 L'enfant de sous le pont, roman,
2000 Fantômes dans la rue, éditions Elle, Aubin Imprimeur,
2003 Révolutions, roman, Gallimard, Pages 1, 6, [url=8, 9,
2004 L'Africain, portrait de son père, Mercure de France, Pages 2, 4, 5, 6, 8
2006 Ourania, roman, Gallimard, Page 3,
2008 Ritournelle de la faim, roman, Gallimard, Pages 1, 8,
2011 Histoire du pied et autres fantaisies, nouvelles, Gallimard,  Pages 9

Essais et idées
1967 L'Extase matérielle, Gallimard,
1971 Haï, Skira, « Les Sentiers de la création »,
1973 Mydriase, illustrations de Vladimir Veličković, Fata Morgana,
1978 Vers les icebergs, Fata Morgana,
1978 L'Inconnu sur la terre, Gallimard,
1980 Trois villes saintes, Gallimard,
1981 Civilisations amérindiennes, Arléa,
1988 Le Rêve mexicain ou la pensée interrompue, Gallimard, Page 5,
1993 Diego et Frida, Stock,
1995 Ailleurs, entretiens avec Jean-Louis Ezine, Arléa,
1997 La Fête chantée, Gallimard,
1997 Gens des nuages (avec Jémia Le Clézio, photographies de Bruno Barbey), récit de voyage, Stock, Page 4,
2006 Raga. Approche du continent invisible, Le Seuil, Page 7,
2007, Ballaciner, Gallimard, Page 1,
Le schizo et les langues, Page 8,

Citation :
mise à jour le 13/01/2013, page 9

son fil pour ses livres pour la jeunesse

Mondo et autres histoires de Le Clézio

De peur de l’overdose d’espace sauvage, du dégoût d’eau de mer mouvementée, des hauts le cœur d’air pur vivifiant ;
de peur du gavage indigeste de paysages somptueux plein de silences, destinés à instruire ceux qui savent entendre ;
de peur de ces dérèglements surannés, je demande aux citadins stressés de lire à dose homéopathiques ces histoires lentes.
De la vie lente ici, chaque enfant s’approprie tour à tour, le rôle de guide, de balise ou d’être en devenir d’espoir grandissant. Un moment de recueillement pour rester attentif au monde ponctué d’allégoriques instants impalpables.
Qui d’entre nous perd son temps à s’évader sans but précis ?
Qui s’isole dans un lieu inconnu ?
Qui s’arrache du monde matériel pour accueillir en lui un souffle de vie paisible ?

Entre Le Clézio et Juan Rulfo, il existe le paysage comme désert bruissant des habituelles taches communes « la roue d’eau ».
Entre Le Clézio et Eri de Lucca il existe la montagne du dieu vivant à gravir, inutile conquête d’une satisfaction d’aboutir en haut, pour s’arracher de la terre, plutôt que de prendre son envol.. Les auteurs passent, se promènent observent et se taisent.
Entre Le Clézio et Bobin s’affirme la profondeur des relations de leurs personnages à la recherche des gestes simples, traduisant les sentiments vrais, dits ou non.

Evadez vous quinze minutes seulement avec une histoire de le Clézio et déjà la longueur des mots sollicitent votre esprit rêveur en quête d’immobiles voyages. Vous serez dérangé par la grande quiétude des espaces habités.
Est-ce le sérieux du monde des adultes qui nous fait oublier l’innocence de l’enfance, son insouciance par manque de projection irréaliste dans le futur ? (un petit tour vers Utopia  de Thomas Moore ne peut pas faire de mal au curieux que vous êtes).
Est-ce la nécessaire obligation de vivre le moment présent sans soucis des interdits qui transforment les enfants en rois de l’univers (les coloriés de A. Jardin)?

Pastel ou peinture à l’huile, la toile s’égaye d’un trait d’horizon, semblant le ciel sombrer en mer féconde, et les crêtes ondulées donner aux nuages la mouvance des crépuscules enflammés.
Les mots murmurés s’habillent de lumière, se drapent de silence, s’engonce dans la tiédeur des nuits étoilées.

Il n’est d’enseignement que celui du silence entendu (bertrand-môgendre)


Dernière édition par Bédoulène le Mar 10 Avr 2012 - 16:26, édité 5 fois
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MessageSujet: Mondo et autres histoires   Dim 18 Mar 2007 - 11:27

Mondo et autres histoires
quatrième de couverture : Les contes de Le Clézio, qui semblent nés du rêve et du recueillement, nous parlent pourtant de notre époque. Venu d'ailleurs, Mondo le petit garçon qui passe, Lullaby la voyageuse, Jon, Juba le sage, Daniel Sindbad qui n'a jamais vu la mer, Alia, Petite Croix, et tant d'autres, nous sont délégués comme autant d'enfants-fées. Ils nous guident. Ils nous forcent à traverser les tristes opacités d'un univers où l'espoir se meurt. Ils nous fascinent par leur volonté tranquille, souveraine, accordée au silence des éléments retrouvés. Ils nous restituent la cadence limpide du souffle, clé de notre âme.
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MessageSujet: Re: Jean-Marie Gustave Le Clézio   Dim 9 Sep 2007 - 22:13

Pour moi, Le Clezio a surtout écrit Les Géants . Roman génial dans lequel l'on nous dit: "tuez les maitres du regard avec votre simple regard"... A lire absolument!!!

ps: Desert, Mondo et autres histoires sont pas mal aussi mais Les Géants, c'est du tout tout bon!
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monilet
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MessageSujet: Re: Jean-Marie Gustave Le Clézio   Mer 5 Déc 2007 - 21:51

Je suis en train de terminer Ballaciner.
J'ai cru que c'était un roman, je ne lis que ça. En fait , erreur , c'est un essai. heureusement que je ne l'avais pas vu, je n'aurais pas lu et il s'avère que c'est fort intéressant : le thème que traite l'auteur est le cinéma, ses rapports avec lui depuis sa jeunesse, analyse de thématiques etc. Ben, voilà que je m'intéresse à un essai... Nouveau pour moi. Il faut dire que je trouve le livre très bien écrit et des réflexions sur l'existence (même vue au travers du prisme du cinéma) qui m'interpellent.
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coline
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MessageSujet: Re: Jean-Marie Gustave Le Clézio   Mer 5 Déc 2007 - 23:28

Tu fais bien d'en parler monilet...Tu me rafraîchis la mémoire...J'avais l'intention de le lire puis j'ai oublié...
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MessageSujet: Re: Jean-Marie Gustave Le Clézio   Dim 13 Avr 2008 - 12:57

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MessageSujet: Re: Jean-Marie Gustave Le Clézio   Dim 13 Avr 2008 - 19:34

Une autre video de J. M. Le Clézio, plus ancienne qu´"Empreintes".
Le Clézio, Lévi-Strauss et Pivot.
Le Clézio parle du Rêve mexicain (1988).
http://www.dailymotion.com/relevance/search/le%2Bcl%25C3%25A9zio%2Bl%25C3%25A9vi-strauss/video/xme8l_levistrauss-le-clezio_shortfilms
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MessageSujet: Le chercheur d'or. JMG Le Clézio   Jeu 28 Aoû 2008 - 14:41

bonjour

Voici un de mes écrivains préférés ('laugh')
J'ai regardé un reportage sur lui, et il parle comme il écrit (ou peut être est ce l'inverse :) ). Il traine avec lui comme une sorte de nostalgie du monde d'avant. (avant la société de consommation, la télévision et les téléphones portables). Comment ne pas lui donner raison ? ('Rolling Eyes')

L'auteur :
Né en 1940, Le Clézio est originaire d'une famille de Bretagne émigrée à l'île Maurice au XVIIIe siècle (son père était chirurgien dans l'armée britannique en Afrique). Il a poursuivi des études au Collège littéraire universitaire de Nice puis est devenu enseignant aux États-Unis.

Malgré de nombreux voyages, J.M.G. Le Clézio n'a jamais cessé d'écrire depuis l'âge de sept ou huit ans. Licencié des Lettres, il devint célèbre à 23 ans lorsque parut le Procès-Verbal, pour lequel il reçut le Prix Renaudot en 1963, après avoir manqué de peu le Prix Goncourt.

Depuis, il a publié plus de trente livres : contes, romans, essais, nouvelles, deux traductions de mythologie indienne, ainsi que d'innombrables préfaces et articles et quelques contributions à des ouvrages collectifs. Dans son œuvre, on peut distinguer assez nettement deux périodes.

De 1963 à 1975, les romans et essais de Le Clézio explorent les thèmes de la folie, du langage, de l'écriture, avec la volonté d'explorer certaines possibilités formelles et typographiques, dans la lignée d'autres écrivains de son époque (Georges Perec ou Michel Butor). Le Clézio a alors une image d'écrivain novateur et révolté qui lui vaut l'admiration de Michel Foucault ou Gilles Deleuze.

À la fin des années 1970, Le Clézio opère un changement dans son style d'écriture et publie des livres plus apaisés, à l'écriture plus sereine, où les thèmes de l'enfance, de la minorité, du voyage, passent au premier plan. Cette manière nouvelle séduit le grand public. En 1980, Le Clézio fut le premier à recevoir le Prix Paul Morand, décerné par l'Académie française, pour son ouvrage Désert.

Plus tard, en 1994, il fut élu plus grand écrivain vivant de langue française.

Il est aussi un amoureux de la culture coréenne.

Le livre 'Le chercheur d'or' :
Le narrateur Alexis a huit ans quand il assiste avec sa sœur Laure à la faillite de son père et à la folle édification d'un rêve : retrouver l'or du corsaire, caché à Rodrigues. Adolescent, il quitte l'île Maurice à bord du schooner Zeta et part à la recherche du trésor. Quête chimérique, désespérée. Seul l'amour silencieux de la jeune " manaf " Ouma arrache Alexis à la solitude. Puis c'est la guerre, qu'il passe en France (dans l'armée anglaise ). De retour en 1922 à l'île Maurice, il se replie à Mananava. Mais Ouma lui échappe, disparaît.

"Du plus loin que je me souvienne, j'ai entendu la mer." Alors l'enfant raconte la mer qui roule depuis la nuit des temps contre la barrière de corail au large de son île Maurice natale. Il dit aussi la terre rouge et sèche, les feuilles coupantes des cannes à sucre, les heures passées en haut de l'arbre Chalta à écouter la nuit. Comme beaucoup de romans de Le Clézio, Le Chercheur d'or est d'abord un poème, un hymne à la beauté, aux éléments et à la vie. C'est aussi l'histoire d'Alexis et de sa soeur Laure, qui subissent le rêve fou de leur père : retrouver l'or du Corsaire, caché à Rodrigues. Mais l'or est en réalité en chacun de nous, ne demandant qu'à mûrir loin des utopies et des illusions. L'amour, puis la guerre de 14-18 qu'il rejoint en France, initient Alexis à cette vérité.
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MessageSujet: Re: Jean-Marie Gustave Le Clézio   Sam 4 Oct 2008 - 19:09

"Ritournelle de la faim", de J.M.G. Le Clézio : cauchemar de guerre

Patrick Kéchichian
Le Monde 02/10/08


En épigraphe de son livre, Jean-Marie Gustave Le Clézio cite le poème de Rimbaud, "Fêtes de la faim", avec sa terrible ritournelle : "Si j'ai du goût, ce n'est guères/Que pour la terre et les pierres (...) Mes faims, tournez." La faim. Une réalité élémentaire, presque animale, qui creuse le corps, se diffuse, s'attaque à la conscience. Puis la réalité s'étend, le mot se fait métaphore. C'est par exemple de justice qu'on a faim alors. Mais le creusement est toujours là, le manque obsédant...

Ritournelle de la faim est pris entre deux brefs chapitres autobiographiques. Au début, l'écrivain se souvient de la Libération - il est né en 1940 - et de la faim éprouvée avant d'être assouvie, grâce à ce pain "à la mie aussi blanche que le papier sur lequel j'écris" : "Cette faim est en moi. Je ne peux pas l'oublier. Elle met une lumière aiguë qui m'empêche d'oublier mon enfance. Sans elle, sans doute, n'aurais-je pas gardé mémoire de ce temps..." A la fin, c'est une autre ritournelle qu'évoque Le Clézio - pas moins terrible que celle de Rimbaud tout à l'heure : le Boléro de Ravel. La mère de l'écrivain assista, raconte-t-il, à la première représentation, avec la danseuse Ida Rubinstein. Il souligne : le Boléro est une "prophétie. Il raconte l'histoire d'une colère, d'une faim. Quand il s'achève dans la violence, le silence qui s'ensuit est terrible pour les survivants étourdis." C'était en 1928, à Paris, des années avant sa naissance.

Entre l'avertissement et cette conclusion où la mémoire se creuse comme un estomac vide, il y a l'histoire, le roman d'Ethel. C'est sans doute l'un des plus beaux portraits écrits par Le Clézio, tremblant, fragile, jamais refermé sur lui-même, jamais figé dans un marbre de pacotille ou pris dans l'étau de pesantes certitudes psychologiques. Quant à la part autobiographique, elle est volontairement réduite à sa plus simple expression. Pas de confusion ou de confession donc, mais un simple signal en direction de l'intimité. Une intimité qu'il ne s'agit pas de taire. Pas non plus de surexposer. Au roman et au romancier seuls incombe la tâche de s'emparer du réel, de le recomposer.

Ethel a "dix ans à peine" lorsque, tenant fermement la main de son grand-oncle, M. Soliman, elle visite l'Exposition coloniale, au bois de Vincennes. Nous sommes donc en 1931. Ce n'est pas l'auteur qui le dit - d'ailleurs il donne peu d'indications chronologiques, le moins possible. M. Soliman meurt en 1934. Ici, la date est précise. Le monde est en train de basculer, et les rêves du vieil homme de faire place au cauchemar. Les conversations de salon, chez les parents d'Ethel, Alexandre et Justine, rue du Cotentin, dans le 15e arrondissement, en font entendre l'écho, d'abord assourdi, lointain. "C'est à peu près à cette époque qu'Ethel a entendu prononcer le nom de Hitler..."

LES VAPEURS DE L'ILLUSION

Il n'est déjà plus temps de rire, mais on rit encore, on défend des opinions, on se bat pour des préjugés sans bien en mesurer la portée. Le vieil antisémitisme français s'affiche, en toute innocence pour ainsi dire, bientôt exaucé par les lois antijuives de Vichy. A deux pas de la rue du Cotentin, au Vel'd'Hiv', la police française s'apprête à parquer les juifs. Et très vite, le péril grandit, l'horreur se rapproche, devient réalité, et les propos ne peuvent plus être innocents... "Fille unique dans une famille en guerre, dans une maison menacée", Ethel "n'avait pas le sens de l'humour, c'est ce qu'Alexandre aurait dit. Un rien la mettait hors d'elle". Dans l'inconscience et l'insouciance générales, dans les vapeurs de l'illusion, la jeune fille accède brutalement à l'âge adulte, à la conscience des événements. Son nouvel âge est aussi nouvel âge du monde.

Hâbleur, affairiste maladroit, Alexandre Brun vient de l'île Maurice. Dans son salon bourgeois se retrouvent les vieilles tantes Pauline, Willelmine, Milou. Et quelques figures d'époque, vagues relations du maître de maison. C'est "le clan des Brun, ces Mauriciens au parler fort, au rire communicatif, dotés d'humour et de méchanceté, capables de tenir tête à n'importe quel discoureur, fût-il parisien". De l'autre côté, celui de Justine, c'est le "clan des Soliman, toujours en infériorité numérique, et complètement surclassés" par les Brun. Un jour, Ethel aura 18 ans. Le Clézio écrit alors : "Elle n'avait rien vécu, rien connu, et pourtant c'était elle qui savait tout, qui comprenait tout, et Alexandre et Justine qui étaient semblables à des enfants. Semblables à des adolescents égoïstes et capricieux." Quand elle avait 8 ans, elle aussi était allée entendre le Boléro. C'était comme une prémonition, une "prophétie", mais on n'en pouvait rien savoir. Puis on a su, on a compris...

Pas plus qu'il ne statufie ses personnages, Le Clézio ne brosse une fresque historique. Aux côtés d'Ethel, dont le magnifique profil domine cette Ritournelle de la faim, tous les personnages ont une grande épaisseur de vérité. Le roman se construit réellement autour d'eux. Ainsi Xénia, l'amie d'enfance retrouvée après la guerre, dans un monde certes libéré, mais d'abord détruit. Un monde où "la grâce de l'extrême jeunesse" était "envolée".

L'écrivain ne dispense aucune leçon de morale. Subtil et généreux, hautement maîtrisé également - la composition du récit en témoigne -, son art est tout de compassion et d'empathie, de révolte aussi. Il est rare d'entrer avec tant d'émotion dans les sentiments de personnages romanesques. Et en premier lieu d'Ethel, dont la figure ne s'efface pas.



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MessageSujet: Re: Jean-Marie Gustave Le Clézio   Mar 7 Oct 2008 - 0:03


Ritournelle de la faim
Citation :
Résumé
« Ma mère, quand elle m'a raconté la première du Boléro, a dit son émotion, les cris, les bravos et les sifflets, le tumulte. Dans la même salle, quelque part, se trouvait un jeune homme qu'elle n'a jamais rencontré, Claude Lévi-Strauss. Comme lui, longtemps après, ma mère m'a confié que cette musique avait changé sa vie.
Maintenant, je comprends pourquoi. Je sais ce que signifiait pour sa génération cette phrase répétée, serinée, imposée par le rythme et le crescendo. Le Boléro n'est pas une pièce musicale comme les autres. Il est une prophétie. Il raconte l'histoire d'une colère, d'une faim. Quand il s'achève dans la violence, le silence qui s'ensuit est terrible pour les survivants étourdis.
J'ai écrit cette histoire en mémoire d'une jeune fille qui fut malgré elle une héroïne à vingt ans. »
J. M. G. Le Clézio.

Il y a des années que j’ai fait connaissance de quelques livres de cet auteur. Ce livre m’est ‘tombé’ par hasard entre les mains. Des coïncidences comme je les aime, qui m’apportent des lectures pas ‘programmés’.
J’avais une légère retenue concernant le sujet – mais j’ai fait l’expérience que certains hommes peuvent parler de leur mère assez raisonnable - en comparaison par exemple avec le livre de Romain Gary, La promesse de l’aube, J.M.G. Le Clézio arrive à un portrait plus émouvant de sa mère (mais cela est aussi dû à la grande différence de caractères des mères Very Happy bien qu’il y a un petit détail assez marrant – les deux femmes ont vécu pendant l’année 1942 toutes les deux à Nice Wink )

Pour moi un très bon moment de lecture qui m’a donné envie de re/découvrir d’autres livres de cet auteur. Je crois que j’ai surtout envie de me replonger dans Diego et Frida que j’ai adoré lors de la première lecture.



On n'a pas donné une jaquette à ce livre - seulement une petite écharpe Very Happy et sur cette partie on peut voir un extrait d'une image de l'artiste Shawna Eberle. Je n'ai pas pu trouver l'image du livre.. mais pour vous donner une idée..

et les photos/images de cette artiste font aussi partie de ce roman qui va rester encore pendant plusieurs jours 'avec moi'

Ainsi que le Boléro que j’ai envie de ré-écouter….

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MessageSujet: Re: Jean-Marie Gustave Le Clézio   Mar 7 Oct 2008 - 0:23

De Le Clézio, j'ai plutôt lu les romans pour ados (au moment où j'enseignais):

- Mondo et autres histoires
- Lullaby


Plus tard, j'ai acheté un autre titre, Etoile errante, et je n'ai pas accroché...Je devrais peut-être y revenir...
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MessageSujet: Re: Jean-Marie Gustave Le Clézio   Mar 7 Oct 2008 - 1:46

J'ai un excellent souvenir de Révolutions , mais c'est bien vieux!

Un résumé copié

Itinéraire d'un garçon pris dans les affres de l'histoire… Tel est l'objet de cet époustouflant roman de Le Clézio, Révolutions, qui n'est pas sans laisser penser aux œuvres de John Dos Passos. Ici, les aventures d'un jeune homme sont celles de Jean Marro, de nationalité britannique mais français, né à Ipoh en Malaisie, ayant fait ses premiers pas sur l'île Maurice, et grandissant dans une petite ville de la Côte d'Azur, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Son enfance et son adolescence, illuminées par les récits chaleureux et nostalgiques de sa tante, tout imprégnés d'ambiances mauriciennes, s'accompagnent des soubresauts politiques traversant le monde, des souvenirs de la Grande Guerre de 14, aux guerres d'Indochine puis d'Algérie. Un temps de décolonisation, d'indépendances ici et là, de révolutions. Un temps qui se double d'un autre (raconté sous la forme d'un journal intime), celui de ces premiers émigrants, partis de Bretagne en 1792, enrôlé dans l'armée révolutionnaire avant de s'installer sur les rives de l'île de France, devenue plus tard l'île Maurice. De ces Bretons au bout du monde à Jean Marro, il pourrait n'y avoir qu'un fil tendu. Affaire de filiation, de quête des origines aussi. Entre descendance et génération se correspondent destins, noms et lieux, de bonds en rebonds, d'échos en ricochets. Voilà tout le récit polyphonique, de héros de fiction, de personnages, de souvenirs, d'anecdotes, entrelardé d'airs de Luis Mariano, cependant que sur les écrans défilent Clark Gable et James Dean, les films de Fellini et d'Antonioni…

C'est tout à fait autobiographique. Et il y a des pages sur la répression du soulèvement populaire à Mexico en 68 qui glacent le sang..

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MessageSujet: Re: Jean-Marie Gustave Le Clézio   Mar 7 Oct 2008 - 12:50

J'en ai lu Désert, Printemps et autre saisons, Le procès-verbal, Diego et Frida et Mondo et autres histoires.
Mais cela fait tellement longtemps.. je vais donc relire certains.. et découvrir de nouveaux Wink

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MessageSujet: Re: Jean-Marie Gustave Le Clézio   Mer 8 Oct 2008 - 13:58

L'Africain est autobiographique, il y raconte son enfance en Afrique : "Longtemps j'ai rêvé que ma mère était noire"....

Dans Le Monde, un article le dit possible futur Prix Nobel de littérarure (même si ce ne sera aucun des écrivains pronostiqués ...)
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MessageSujet: Re: Jean-Marie Gustave Le Clézio   Jeu 9 Oct 2008 - 13:28

Gratulations pour le Prix Nobel de la Littérature 2008 tchintchin

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MessageSujet: Re: Jean-Marie Gustave Le Clézio   Aujourd'hui à 2:52

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