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 Les poètes bretons

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Constance
Zen littéraire


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MessageSujet: Les poètes bretons   Lun 10 Mai 2010 - 18:03

Citation :
Entre la harpe d'or de Merlin, et les premiers trilles de Chateaubriand, mille ans ont passé.[...] Les poètes bretons, ce sont des tragiques. Depuis des siècles, on peut dire qu'il ont souffert dans leur parentèle. [...] Les tragiques ne s'amusent pas, ne jouent pas avec les mots, mais s'en servent comme s'ils pouvaient retourner une situation. Comme si les mots étaient encore chargés du pouvoir de transformer les esprits et de favoriser plus de compréhension et d'amour entre les hommes. [...]
A quelques exceptions près, nous n'avons jamais eu des poètes de la qualité de Villon, Marot, Scève, Nerval, Verlaine, Baudelaire, Rimbaud, Apollinaire, mais les quelques paladins qui ont traversé notre Breiz l'ont fait avec le souci de se faire entendre et de cicatriser les coeurs.
D'où ces chants rudes, simples, toujours dédiés à la patrie, à la femme qui lui ressemble, à l'enfant qui en est l'espérance.
"Bretagne est univers". ce mot de Saint-Pol Roux a été bien agréable à nos oreilles, mais il faut l'entendre avec modestie.
Oui, la Bretagne permet de passer, comme on passe d'île en île dans le golfe du Morbihan, d'un état de ferveur à un état de grâce.
Elle favorise tous les passages vers l'Imaginaire.

Charles Le Quintrec

(Extrait de l'introduction de "Poètes de Bretagne")











Dédicace



Celle pour qui j'écris avec amour ce livre
Ne le lira jamais : quand le soir la délivre
Des longs travaux du jour, des soins de la maison,
C'est assez à son fils de dire une chanson;
D'ailleurs, en parcourant chaque page légère,
Ses yeux n'y trouveraient qu'une langue étrangère,
Elle qui n'a rien vu que ses champs, ses taillis
Et parle seulement la langue du pays.
Pourtant je veux poursuivre; et quelque ami peut-être
Resté dans nos forêts et venant à connaître
Ce livre où son beau temps tout joyeux renaîtra.
Dans une fête, un jour, en dansant lui dira
Cette histoire qu'ici j'ai commencé d'écrire,
Et qu'en son ignorance elle ne doit pas lire;
Un sourire incrédule, un regard curieux,
A ce récit naïf passeront dans ses yeux;
Puis, de nouveau mêlée à la foule qui gronde,
Tout entière au plaisir elle suivra la ronde.


Auguste Brizeux

(Fragment de "Marie", roman autobiographique, écrit en alexandrins)

Illustration : Statue d'Auguste Brizeux à Lorient




Extrait de l'introduction à l'oeuvre de Brizeux : "Ce roman en alexandrins - publié sans nom d'auteur - le poète l'aura vécu le long du Scorff dans un âge tendre, avec une jeune paysanne qui portait, en ce temps-là, le nom de toutes les bretonnes [...]
Alfred de Vigny sera sensible à la grâce, à la rusticité, au charme de "Marie" que Sainte-beuve comparera "à ces fleurettes simplettes et sauvages qu'une chèvre d'Arcadie s'en va mordre aux fentes des rochers" [...]


Dernière édition par Constance le Lun 10 Mai 2010 - 18:47, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Les poètes bretons   Lun 10 Mai 2010 - 18:32

Ils sont nombreux les poètes bretons !
Et sans doute tout aussi peu lus que les poètes d' ailleurs...
C' est ainsi !
Et sans parler de ceux qui ont écrit en breton, quelques uns au passage :
Max Jacob, Segalen, Armand Robin, Gorges Perros, Paol Koeineg...
Que les bretons ou les poètes complètent.
Je vais chercher un poème de Tristan Corbière, parce que celui-là, je l' aime bien...
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Constance
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MessageSujet: Re: Les poètes bretons   Lun 10 Mai 2010 - 18:44

Benjamin Perret, René Guy Cadou, Xavier Grall, Eugène Guillevic, Jean-Pierre Calloc'h, Alfred Jarry, Victor Segalen, Saint-Pol Roux (breton d'adoption) et tant d'autres ... et oui, les poètes bretons sont très nombreux Bix229 !
Sinon, j'avais pensé ouvrir un fil spécifique pour Armand Robin car son oeuvre est immense, mais il apparaîtra sur celui-ci ...
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dalchmad
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MessageSujet: Re: Les poètes bretons   Mar 11 Mai 2010 - 7:48

ARMAND ROBIN

Citation :
Avec de grands gestes,
J'ai jeté pendant quatre ans mon âme dans toutes les langues,
J'ai cherché, libre et fou, tous les endroits de vérité,
Surtout j'ai cherché les dialectes où l'homme n'était pas dompté.
Le martyre de mon peuple, on m'interdisait
En français,

J'ai pris le croate, l'irlandais, le hongrois, l'arabe, le chinois
Pour me sentir un homme délivré . . .

Je ne suis pas breton, français, letton, chinois, anglais
Je suis à la fois tout cela.
Je suis homme universel et général du monde entier. . .

S'il faut au désespoir un rendez-vous dans le monde,
Je suis là, passager possesseur d'une âme soumise,
On peut chez moi déposer les nouvelles du monde entier,
Des nouvelles du monde resté intact, resté vrai!
Pour que tous les mots vrais puissent exister,
Je me suis, moi par moi pillé, durement dénudé!

sourire
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Constance
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MessageSujet: Re: Les poètes bretons   Mar 11 Mai 2010 - 8:19

Dalchmad ...


Site consacré à Armand Robin


Citation :
Texte consacré à Armand Robin, extrait de l'ouvrage "Les désemparés" :

Ausculteur de langues

La mort spectaculaire d'un poète, "abusivement inséré dans l'existence", arc-bouté contre le discours des tyrans, le venge souvent de l'indifférence dans laquelle le grand public tient son oeuvre de son vivant. Voyez Nerval pendu à un revébère du quartier du Temple.
Arthur Cravan disparaissant au large du Mexique à bord d'une embarcation légère, contemplez Crevel la tête dans le réchaud à gaz, shelley se noyant au large de Lerici, Pouchkine succombant sur le pré ou bien Rilke se piquant avec l'épine d'une rose et contractant une septicémie.

La postérité retiendra surtout d'Armand Robin qu'il est décédé le Jeudi-Saint 1961, après une longue nuit d'errance, à l'infirmerie spéciale du Dépôt dans des conditions suspectes où la responsabilité de la police n'a jamais été tirée au clair. Le médecin légiste stipulera "embolie" sur le régistre oblong. Ne s'agissait-il pas plutôt d'une crise aigüe de divine fierté ?
Armand Robin, tout contre son coeur, réchauffait le goût fatal de l'absolu.
L'auteur de "Ma vie sans moi", opposant-né, concevant l'existence comme une malédiction, refusa toujours d'habiter son nom, traduisant jusqu'à l'extrême fatigue des poètes flamands, finlandais, gallois, kalmouks, kirghizes, uruguayens, hindi, urdu, ouïgour, arabes du VI ème siècle ou tchérémisses des prairies.
Ainsi trouve-t-il sa juste mesure. Celle d'un Ulysse dépossédé ... "Poète sans oeuvre, aboli par sa poésie, se suicidant chant par chant, gorge étouffée en mots trop exigeants".

Un métal rare ce phénomène polyglotte, évanescent, "nomade et non contemporain", qui passa le plus clair de son temps à rédiger des bulletins d'écoute, l'oreille collée aux ondes courtes d'un monumental poste en acajou, tripatouillant l'aiguille frémissante de l'écran glauque de ses nuits blanches., "ses bruissements d'oiseaux en proie", en provenance de Varsovie et Vancouver, Bueno-Aires et Kaboul. Ses traductions de quatre poètes russes, Maïakovski, Pasternak, Blok et Essenine font autorité. Il donne à lire Ungaretti, Ady, Mickiewicz, Fröding : "J'aurai passé dans le monde sans rien comprendre tellement j'aurai travaillé."

Le hasard d'une échine lasse et muette vacille de rive en rive. Simplement, doucement, cet être d'étoiles messagères rendra son âme comme une plante. Exclu, proscrit de naissance, sa mission est de tenir parole tout bonnement et d'aller, de par le monde, au-devant de ce qui sauve de l'asservissement. La résurrection par le verbe. Sa force, son état de grâce, aura été d'organiser jusqu'au bout sa dérive et de tenter de rester fidèle à l'anormalité de son serment originel : "J'ai choisi pour me bâtir d'être partout détruit."

Armand Robin disparaît quand la télévision commence à peine son règne : à n'en point douter, il aurait trouvé sur le petit écran la pâture au centuple de sa hargne inextinguible.
Avec Robin, tel un bateleur sur son estrade de carrefour, il convient de crier à l'encan des mots simples, des informations urgentes, pardon pour ceux qui savent déjà.

Mais cet homme a si longtemps vécu au service de la nuit, qu'il peut bien, ici, faire l'ordre du jour. Né en 1912, dans une famille nombreuse et déshéritée de la Bretagne la plus pauvre, il participe de ce grand combat humaniste contre la peur, la misère, l'ignorance, luttant pour sauver tout un monde du silence et de l'oubli. Autre élément de biographie qui dénote la constante nécessité pour le poète d'immoler sa propre vie : dans le climat troublé de la Libération, Armand Robin n'hésita pas à demander sa propre inscription sur la liste noire des suspects de collaboration établie par le Comité national des écrivains, espérant ainsi dénoncer toute poursuite contre qui que ce soit. Il s'était appliqué à se dénoncer lui-même (c'est-à-dire "inopportunément authentique"), à adresser à la Gestapo et aux comités d'épuration, sous son nom, des lettres pour leur dire leur fait, et proposer son secours pour son propre anéantissement ...

Ne rien dire que sa vérité : voilà l'enjeu des proses et des poésies de Robin. "La plus vraie livrée de l'homme est celle des rapports qui l'unissent à la souffrance. Jamais une douleur n'a menti."
Ce qu'il avait à vociférer, d'autres sur cette terre de victimes bafouées, l'avaient gueulé avant lui. Alors il fit corps fougueusement avec cette tempête, devint fétu dans cet ouragan.
"Au prix de ce qui fait ma plus vivante vie, je veux me perdre pour que des poèmes étrangers deviennent des poèmes absolus; et qu'il n'y ait sur moi que les rayons tremblants d'un soleil couchant"
Authentiquement sans but, le piéton erre, vaque, vaguement traqué, sûrement condamné. Il s'alimente d'exténuations, son opium étant l'extrême lassitude des longues veillées sur des manuscrits inextricables. Armand Robin se suicide à chaque seconde, chant par chant, strophe par strophe. Mobilisation générale des mots.
Armand Robin, poète de dimension cosmique ayant voulu jusqu'au dernier souffle serrer entre ses dents le monde entier, cela vous fait drôle comme si on apprenait qu'Arthur Rimbaud avait été petit rat à l'Opéra de Paris, qu'Antonin Artaud avait joué dans un remake d'Hellzapoppin ou que Raymond Queneau avait monté un numéro de trapèze volant à Médrano. (Patrice Delbourg)







Mon Pays



Je vous viens d'un pays en dedans des souffrances
Où je dois me créer grâce à mes créatures;
J'y possède depuis mon premier souvenir
Un cheval immobile qui mâche de biais
Son trèfle et j'y possède ce trèfle qui lui tire
En gamin sur les dents pour être enfin mangé.

Dans ce pays en dedans des souffrances,
Le chuchotis du Temps n'alourdit plus les branches,
Les mots tombent de moi, sans poids, plus nuls qu'un songe
Où jamais ne s'émut que le remous d'une ombre;
Trop imagés de mort pour n'être pas présages,
Mes héros délivrés m'ont laissé leurs blessures.

Dans ce pays en dedans des souffrances,
Voici ma joie, oui, joie, - semblable à ma torture:
J'y murmure très seul des silences plus ténus
Que moi-même ou parfois, triste plaisir trop pur,
Au paradis de l'art d'où nul ne revient plus,
Je poursuis sans nul but l'aventure des nues.

Seuls les jeux des oiseaux, des ruisseaux, des herbages,
M'aident lorsque je veux descendre en votre sang
Pour céder tous mes cris à l'amour des vivants,
(Oh! pleurs, détruirez-vous d'eux à moi la distance?)
A l'amour des passants, moi qui suis de passage
Et qui ne prétends plus qu'à mon trop haut tourment.

Et lorsqu'au sol enfin j'accède en égaré,
J'y suis contrebandier d'indicibles souffrances
En me cachant de tous je les porte au marché,
Contre elles dans un coin je demande en silence
De ce vin qu'il me faut pour ne pas trop pleurer,
Mais je n'insiste pas, je suis contrebandier.


(In Ma Vie Sans Moi)

Toile "Turkey Pond", de Andrew Wyeth
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MessageSujet: Re: Les poètes bretons   Mar 11 Mai 2010 - 20:56

99% de mes livres avec poèmes sont soit en allemand, soit en anglais.. mais j'ai un livre de Eugène Guillevic Very Happy









Je suis allé sur la plage.
J'ai marché le long des vagues.

Je vais et je marche
Pour être compagnon de l'océan,

Avec l'espoir qu'il m'aidera
À trouver comment écrire sur lui.

Et sans doute,
Me connaîtrai-je mieux alors.




Eugène Guillevic




Toile:
Caspar David Friedrich,
Mondaufgang über dem Meer/Lever de la lune au dessus de la mer, 1819

_________________
La vie, ce n'est pas d'attendre que l'orage passe,
c'est d'apprendre à danser sous la pluie.


Sénèque
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MessageSujet: Re: Les poètes bretons   Mer 12 Mai 2010 - 7:18




L'étranger

Je ne suis qu'apparemment ici.
Loin de ces jours que je vous donne est projetée ma vie.
Malhabile conquérant par mes cris gouverné,
Où vous m'apercevez je ne suis qu'un étranger.
Gestes d'amour partout éparpillés
Je me fraye une voie isolée, désertée.
D'une science à l'autre j'ai pris terrier,
Lièvre apeuré sentant sur lui braqué
Le fusil savant et sûr de la destinée.
Aucune terreur ne m'a manqué.

Armand Robin

(Le Monde d'une Voix/Fragments)

Portrait esquissé d'Armand Robin
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MessageSujet: Re: Les poètes bretons   Jeu 13 Mai 2010 - 7:49

Citation :

Xavier Grall est un journaliste, poète et écrivain breton né le 22 juin 1930 à Landivisiau (Finistère) et mort le 11 décembre 1981 à Quimperlé (Finistère).
Son œuvre mystique magnifie la Bretagne. Xavier Grall « redevient breton » lorsqu'il quitte Paris en 1973, pour retourner définitivement dans la région de Pont-Aven, à Nizon, dans la ferme de Bossulan. Il exerce à La Vie catholique, dont il fut le rédacteur en chef, au journal Le Monde, à l'hebdomadaire Témoignage chrétien, et au mensuel Bretagne.
Ses souvenirs et enquêtes sur la Guerre d'Algérie le conduisent à se détacher de la "haute" idée qu'il avait de la France.
Xavier Grall prend alors conscience de son identité bretonne.
À partir de là, ses œuvres se diversifient : Xavier Grall, poète et romancier, construit une œuvre unique, exemple de la littérature bretonne d'expression française.
Avec ses amis Alain Guel et Glenmor, il est partie prenante de la fondation des éditions Kelenn, où il publie Barde imaginé (1968), Keltia Blues (1971), La fête de la nuit (1972), et Rires et pleurs de l'Aven (1978). Alain Guel, qui suivit ses premiers pas en littérature, et avec qui il entretint une abondante correspondance, compta parmi ses meilleurs amis, dont le soutien et l' amitié ne firent jamais défaut jusqu'à la fin de sa vie.
Renouant avec son passé de chroniqueur, il publie Le Cheval couché, cinglante réponse au « folklorisme fossilisant » du Cheval d'orgueil de Pierre-Jakez Hélias, livre qu'il regrettera par la suite. Xavier Grall poursuit aussi à distance sa collaboration avec Le Monde et La Vie. Il publie des billets, des chroniques - le billet d'Olivier, exposé de ses passions et de ses humeurs sur des sujets d'actualité -, des essais sur François Mauriac ou James Dean, etc.
Au début des années 1970, il fonde le journal nationaliste breton la Nation bretonne avec Alain Guel et Glenmor, où l'on retrouve ses textes sous le pseudonyme de "Saint Herbot", entre autres.
Il meurt de maladie en 1981. (Wiki)









Ci-gît Robin



Aux poètes de Bretagne



Armand Robin


Robin des nuits, Robin des bois et des rivières
sans un mot tu t'en es allé dans la paisible mort
des pierres du silence
Tes yeux fermés sur le rêve libertaire
tu gis, tranquille
tel le mendiant sous le porche à Rostrenen et Langonnet.

Robin, anarchiste du Poher
épi trop mûr de la douleur paysanne
résidu exilé aux durs pavés de Paris
toi l'ami de Maïakowski, d'Essenine et de Calloc'h
toi qui chantais la fraternité dans toutes les langues ouvrières
il a fallu que tu voies les banquiers et les flics
faire de cette terre bien-aimée une morgue et une salpétrière.

Robin


Robin des ruisseaux et des genêts
Maudits soient qui t'écrouèrent
Fresnes, Santé, Conciergerie, Bastille
c'est fou comme on aime les geôles à Paris
et c'est là qu'ils ont voulu que tu meures
toi, l'homme des steppes et des collines
et des libres espaces sous le vent
là, au Dépôt, entre leurs mains pourries
Dis, Robin, en quel caveau t'ont-ils enseveli
qui a signé la levée d'écrou de ta dépouille
quelle fripouille de leur République de nantis
faut-il désigner aux partisans de colère ?

Robin, poète des longs silences fiers
vagabond des pluvieuses nuits, où dors-tu
la bouche scellée sur l'indicible poème
Dis, Robin
en quel village danses-tu avec Ben Barka
le jabadao des suppliciés
si loin, si loin de Rostrenen et Langonnet ?

Robin, je vais te le dire :
ce n'est pas assez de vivre en fraude
il faut que les Bretons meurent en maraude
Cloportes, rats, rongeurs de rêves
ce n'est pas assez d'être pauvres
il faut encore crever sans trêve
comme des truands dans les cul-de-basse-fosse

Robin, je vais te le dire
ce jour où les matons sonnèrent tes glas
avec leur trousseau de clés
les merveilleux haillonneux vagabonds
récitèrent un Dies Irae
là-bas, dans les prés de Kéranglaz

Robin

Robin des nuits, Robin des bois et des rivières
les barricades auront un jour l'accent de Plouguernevel
nous craquerons le silence avec des jets de pierres
nous parlerons breton aux juges du Sanhédrin
nous parlerons breton aux fêtes fraternelles

Robin

Robin des nuits, Robin des bois et des rivières
je clamerai ta rime aux éoliennes
et le vent de la mer dira aux hommes et aux pôles
"en France, c'est sûr, on n'aime les poètes qu'assassinés"

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Constance
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MessageSujet: Re: Les poètes bretons   Sam 15 Mai 2010 - 9:13






Menhir


Tout est bien de ce qui est
Tout est bien de ce qui sera
J’ai vécu mes journées
Viendra ma nuit
La mort ailleurs continue les songes de la vie
Le soleil ne se lasse de caresser la stèle funéraire
Sans que la terre en tire ombrage
Et les pluies adoucissent la rigueur ossuaire
Tout ce qu’il est possible d’aimer
Je l’ai aimé
J’ai fait aller le mythe avec la théologie
Et le rêve toujours épousa ma raison
Ainsi par les chemins d’Argol
La pierraille chante avec l’ancolie


Menhir


Je veux une mort verticale
Parmi les ronces paysannes
Que nul féalement ne grave mon nom
Nulle épitaphe sur la pierre
Nulle dédicace au granit

Menhir

Je veux seulement des vocables de lichen
Et la jaune écriture que silencieusement burinent
Les bruines hivernales et les vents d’océan.



Xavier Grall

(In La Sône des pluies et des tombes)

Illustration : détail d'un trompe l'oeil sur un château d'eau de Treffiagat-Le chiagatt dans le Finistère
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MessageSujet: Re: Les poètes bretons   Dim 16 Mai 2010 - 18:26

Paul-Pierre Roux, dit Saint-Pol- Roux , né à Marseille dans le quartier de Saint-Henry le 15 janvier 1861 et mort à Brest le 18 octobre 1940, poète symboliste français.


Une danseuse de foire lui prédit que son destin se jouerait en terre Celte. "Allez à Camaret !", dit-elle au poète et à sa femme. Ce fut chose faite dès le lendemain, le couple s'installa en Bretagne ... ... Le poète y demeurera 42 ans, jusqu'à sa mort ...


Citation :
Enfance

Saint Pol Roux est né le 15 janvier 1861 à Saint-Henry - de nos jours un quartier de Marseille - dans une famille d'industriels en produits céramiques. En 1872, à l'âge de 10 ans, il est envoyé au collège de Notre-Dame des Minimes à Lyon et en sortira en 1880 en tant que Bachelier ès Lettres. La même année, il s'engage pour un an de service militaire. Sa première œuvre, Raphaëlo le pèlerin, drame en trois actes, montre son attirance pour le théâtre.

Années parisiennes

En 1882, il part s'installer à Paris et commence des études de droit, qu'il ne terminera jamais. Il fréquente en particulier le salon de Stéphane Mallarmé pour qui il a la plus grande admiration. Il gagne une certaine notoriété, essaie quelques pseudonymes et signe à partir de 1890 « Saint-Pol-Roux ». Il tente de faire jouer une de ses pièces, la Dame à la faux, par Sarah Bernhardt. Il est même interviewé par Jules Huret, en tant que membre du mouvement symboliste. Il aurait peut-être participé à la Rose-Croix esthétique de Péladan. Mais il n'y appartient pas très longtemps, car il ne figure pas parmi les signataires sur l'original du document. Saint-Pol-Roux s'est sans doute intéressé à cette audacieuse tentative littéraire, et a dû la quitter rapidement. En 1891, il rencontre sa future femme, Amélie Bélorgey. À cause de difficultés financières, Saint-Pol-Roux quitte Paris.




La suite dans le spoiler :


Spoiler:
 












Vision


A Puvis de Chavannes


Dans l'ambiguë Forêt des Heures, nous rencontrâmes
une Dame à la chevelure d'amandier en fleur.
Ses pommettes roses mettaient à cette femme
un air d'enfance à la Puvis de Chavannes,
mais de plus près la figure me parut craquelée
de ridettes à la manière d'un Dürer.



- "Jeune et jolie vieille, d'où viens-tu ?"
- "De l'Orient"
- "Jeune et jolie vieille, où donc vas-tu ? "
- "Vers l'Occident."
Sa voix avait le son fané du clavecin.


- "Ton nom, fantôme ? "
- "Ce nom te fait pleurer chaque fois qu'il vient boire au creux de ta mémoire."

Mon coeur se prit à battre ainsi que le balancier de la
lointaine horloge de ma nourrice, magistralement ...
Alors, m'enrubannant le col de ses deux bras de revenante,
à l'ombre fugitive d'un vol suprême d'hirondelles, se nomma la Dame :

- "Ta jeunesse ! "
Dit-elle.


Le ciel était couleur de nos cendres humaines.



(La rose et les épines du chemin, in Les Reposoirs de la procession I)

Toile de Pierre Puvis de Chavannes
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MessageSujet: Re: Les poètes bretons   Lun 17 Mai 2010 - 6:48

Une poétesse bretonne qui écrit en Breton.

Anjela DUVAL(1905-1981)

Anjela Duval est cette femme qui pendant le jour cultive la terre de sa petite ferme, Traoñ an Dour, et qui le soir sort ses cahiers et écrit des poèmes, devenus parmi les plus aimés de la langue bretonne. Le breton est sa langue de tous les jours, et elle a appris la langue littéraire, qu'elle enrichit de ses mots, de sa sensibilité. Ses poèmes révèlent son amour lucide de la nature, sa rage contre le déclin organisé du breton, ses angoisses, son humour...

Citation :
Yezh ar Gwez



Ar yezh a garan

O, na dous hag heson

Eo yezh ar Boudoù mut

Flouroc’h eo d’am c’halon

Eget yezh rok an dud

Pegen sioul, pegen flour

E komz ouzhin ar gwez

Ar raoskl war vord an dour

Ar brug war ar menez.

Balan ar gwaremmoù

’N avel o wagenniñ

Mor aour al lannegi

A gont din koñchennoù

A gan e gwerzennoù :

Arzhur. Izold. Marzhin…



5 a viz C’hwevrer 1968
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Constance
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MessageSujet: Re: Les poètes bretons   Mar 18 Mai 2010 - 8:50

Dalchmad, pourrais-tu me donner une traduction, même approximative, du poème d'Anjela Duval ...











La Religion du tournesol



À Antoine de La Rochefoucauld.
Tout à virer d’après le Soleil qu’ancillairement il admirait, jamais ce Tournesol, fervent comme un coup d’encensoir figé en l’air, n’avait daigné m’apercevoir, malgré ma cour de chaque heure et de chaque sorte.
Œil du Gange en accordailles avec le nombril du Firmament, la fleur guèbre ne voulait se distraire de son absolue contemplation.
L’indifférence de cet héliotrope me rendit jaloux de l’astre.
Naine au début tant que superficielle fille de ma vanité, cette jalousie, foncière dès qu’adoptée par ma raison, prit désormais une envergure énorme.
Mes moindres appétits de rival convergèrent vers ce mystérieux pétale à conquérir : un regard de la fleur.
Pour une telle victoire je mis au vent, l’un après l’autre, tous les moyens de stratégie possibles.


Vêtu d’étoffes somptueuses, comme taillées dans un songe de poète pauvre, une grappe adamantine à chaque oreille, les phalanges corselées de bagues, pontife de l’idée sous la tiare ou prince de la matière sous le diadème, j’allai promener autour de la fleur ma braverie de guêpe humaine.
Le Tournesol ne me regarda mie.






Longtemps je m’appliquai à parfaire ma force ainsi que ma beauté, conjuguant la course, le bain, les poids, luttant avec la corne ou la crinière ou le chef-d’œuvre ; une fois, très fort et très beau, je vins, un essaim de vierges pâmées à mes flancs, produire à l’œil incorruptible de l’inexorable idole le verger de ma forme.
Le Tournesol ne me regarda mie.






Jugeant nécessaire de joindre à l’argument du corps celui de l’âme, je lavai dans mes vagues de repentir le corbeau prisonnier en ma personne, puis on me vit parader devant la spéculative avec un roucoulement de colombe aux lèvres.
Le Tournesol ne me regarda mie.






Traversé de la baroque hypothèse que cet œil pouvait n’être qu’une extraordinaire oreille de curiosité je m’environnai de harpes, de violes, de buccins, et, comme au mitan d’un harmonieux brasier, je m’avançai saluer d’une strophe divine l’inflexible.
Le Tournesol ne me regarda mie.






Sa rude margelle en guise de pupitre, je m’abreuvai si bien à tous les seaux jaillis de la Science que les pygmalions copièrent ma renommée et que les édiles votèrent d’épaisses semelles de granit à mes statues sollicitées par les forums.
Le Tournesol ne me regarda mie.






Espérant décisif le moyen de patrie, je fondis sur la multitude étrangère, saccageai ses lois, brisai ses symboles, brûlai ses bibliothèques, pour finalement m’asseoir sur le trône du roi vaincu, dont la langue coutumière de l’ambroisie léchait mes orteils d’apothéose.
Le Tournesol ne me regarda mie.






Si la fleur était simplement quelque étrange malsaine ? complotai-je un jour d’exaspérée lassitude, — et vite d’assassiner une très vieille femme en train d’éplucher des carottes.
Le Tournesol ne me regarda mie.






Découragé, rageusement j’imaginais des combinaisons, inutiles d’avance, — lorsque passèrent sur la route trois Mendiants...
Évangélique, je m’avance.
— Je suis la Semaille.
Dit le premier, aux membres de terre et cheveux de fumier.
Je baisai ses cicatrices, desquelles soudainement vagit un avril d’arc-en-ciel.
— Je suis le Chagrin.
Dit le second, drapé de feuilles mortes.
Je l’enchantai d’espoir, à telles enseignes que sa bouche verdâtre s’ouvrit en grenade et montra des grains de rire.
— Je suis la Vieillesse.
Dit le troisième, couleur de givre et de faiblesse.
Je jetai mon manteau sur ses épaules, lui cueillis un sceptre de houx dans la lande et lui remis les fruits jolis de ma besace avec le sang rosé de ma gourde, si bien qu’il partit la jambe gaillarde et les pommettes riches.
Alors, me prenant sans doute pour le Soleil, le Tournesol tourna vers moi son admiration, — et dans cet œil je m’aperçus tout en lumière et tout en gloire.






(In les reposoirs de la procession, NRF Gallimard)
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Constance
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MessageSujet: Re: Les poètes bretons   Mer 19 Mai 2010 - 8:49





Ex-voto



Tu es donc parti seul sur ta barque de nuit
Sans autre bagage que ton âme et ton corps
Seul maître à bord pêcheur de rêve et d'absolu
Pur et naïf avec ta barbe de Jésus
Tu as voulu marcher sur la mer éternelle
Vers la grand mort, du dernier quai du dernier port
Ouessant la cruelle point final de la terre
Dernier embarcadère
Pour joindre à travers l'onde en Celte impénitent
L'île du Nouveau Monde où dorment les vivants.
Ami, te prenais-tu pour le passeur des âmes
Mais tu as oublié la chaloupe et les rames
Et tous les voyageurs
Et tous les voyageurs maintenant crient ton nom
Pleurent te réclament tandis que tu abordes
Ô jeune dieu couvert de sel d'écume et d'algues
Aux grèves d'Anaon
Tu salueras pour moi toutes les connaisances
Tous ceux qui sont partis pêcher l'éternité
Aux abers du silence.
Votre souvenir fulgure tel un départ
Mais vous oubliez tous un verrou quelque part
Dont je cherche la clé.


Christian Querré

Toile "At Pistol river", de René Magritte
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IzaBzh
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MessageSujet: Re: Les poètes bretons   Mer 19 Mai 2010 - 20:59

Je suis ravie de découvrir ce fil de lectures qui me donne plein d'envies, merci beaucoup, trugarez
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Constance
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MessageSujet: Re: Les poètes bretons   Jeu 20 Mai 2010 - 7:01

... IzaBzh


Un célèbre poète breton ...










La mer


Des vastes mers tableau philosophique,
Tu plais au coeur de chagrins agité :
Quand de ton sein par les vents tourmenté,
Quand des écueils et des grèves antiques
Sortent des bruits, des voix mélancoliques,
L'âme attendrie en ses rêves se perd,
Et, s'égarant de penser en penser,
Comme les flots de murmure en murmure,
Elle se mêle à toute la nature :
Avec les vents, dans le fond des déserts,
Elle gémit le long des bois sauvages,
Sur l'Océan vole avec les orages,
Gronde en la foudre, et tonne dans les mers.
Mais quand le jour sur les vagues tremblantes
S'en va mourir ; quand, souriant encor,
Le vieux soleil glace de pourpre et d'or
Le vert changeant des mers étincelantes,
Dans des lointains fuyants et veloutés,
En enfonçant ma pensée et ma vue,
J'aime à créer des mondes enchantés
Baignés des eaux d'une mer inconnue.
L'ardent désir, des obstacles vainqueur,
Trouve, embellit des rives bocagères,
Des lieux de paix, des îles de bonheur,
Où, transporté par les douces chimères,
Je m'abandonne aux songes de mon coeur.

François-René de Chateaubriand

(In Tableaux de la nature)

Toile "Voyageur contemplant une mer de nuages", de Caspar David Friedrich
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Les poètes bretons

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