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 Mo Yan [Chine]

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Le Bibliomane
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MessageSujet: Mo Yan [Chine]   Mer 20 Juin 2007 - 8:24




De son vrai nom Guan Moye, l'auteur choisit le pseudonyme de Mo Yan, qui signifie 'ne pas parler'. Etrange pour un écrivain à la plume aussi prolifique...
Né en 1956 dans une famille de paysans pauvres du Shandong, Mo Yan a longtemps vécu au coeur de la campagne chinoise, dont le souvenir nourrit son oeuvre.
Il commence à écrire en 1981 et entre en 1984 à l'Institut de l'art de l'armée de libération. Il est désormais largement connu et reconnu, tant en Chine qu'en Occident.
Après ses deux grands romans 'Les treize pas' (1995) et 'Le pays de l'alcool' (2000) , la publication de 'Beaux seins, belles fesses' (2004) confirme de manière éclatante son génie singulier.
Il a publié plus de quatre-vingt nouvelles et romans, des reportages, des critiques littéraires et des essais.
C'est l'un des plus importants écrivains chinois contemporains. Fondateur du mouvement littéraire de la 'Recherche des racines', il a remporté le China's Annual Writer's Award, prix littéraire le plus reconnu de Chine.
( Source Evene.fr )


Dernière édition par le Mer 20 Juin 2007 - 8:29, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Mo Yan [Chine]   Mer 20 Juin 2007 - 8:28

« Jiuguo » en chinois signifie « Le Pays de l'Alcool. »

La ville de Jiuguo porte bien son nom : l'alcool y coule à flots.
On en fabrique, on en vend, on en consomme à outrance. On y a même érigé une Université de Distillation dans laquelle des chercheurs, « docteurs en alcoologie » élaborent de nouveaux breuvages aux dénominations aussi poétiques que farfelues : « l'Alcool des nuages et de la pluie », le « Pyramide de fourmis vertes », le « Cheval fougueux à crinière rousse » , le « Feu brûlant les nuages », le « Fleur de deuil pour Daiyu » ou encore le « Tomber amoureux au premier regard. »

« A cent lis de notre cité, vous pouvez sentir les effluves d'alcool qui se répandent partout, et si votre odorat est un peu engourdi, à cinquante lis vous pourrez les sentir. Je ne fantasme pas, lorsque les Boeing arrivent dans le ciel au dessus de notre ville, ils décrivent immanquablement des cercles et font de puissants loopings, en toute innocence, car ils sont totalement ivres, mais la sécurité est garantie, camarades, mesdames, messieurs, chers amis, ne vous inquiétez pas, car à ce moment-là, si vous-mêmes êtes dans l'avion, vous serz aussi joyeux et pleins d'entrain que des petits chiens qui auraient bu. Cette odeur est merveilleuse, je conseille à tous de venir au moins une fois dans notre cité y goûter, que ce soit dans le ciel ou parmi les hommes. »

C'est dans cette ville de Jiuguo que les autorités ont envoyé l'inspecteur Ding Gou'er afin d'enquêter sur un trafic de chair d'enfants. Des notables locaux dégusteraient, en effet, au cours de dîners fortement arrosés, des enfants en bas âge. Des paysans locaux assureraient à ceux-ci la livraison de chair fraîche, leurs propres rejetons, contre espèces sonnantes et trébuchantes.

Mais pour mener à bien ses investigations, l'inspecteur Ding Gou'er aura fort à faire. Il devra ingurgiter, pour honorer les autorités locales, des quantités phénoménales d'alcool, et consommer les écoeurants plats « Enfant offert par la licorne » et « Heureux augures du dragon et du Phénix », ce dernier plat étant confectionné avec les parties sexuelles d'ânes mâle et femelle.

Il fera la rencontre d'une étrange et sensuelle camionneuse, d'un nain fortuné tenancier d'auberge, de cadres du Parti, d'un ancien héros de la Révolution populaire devenu gardien de cimetière, ainsi que d'un étrange vengeur, au physique d' adolescent et à la peau écailleuse.

Parallèlement à cette enquête, Mo Yan se met lui-même en scène dans un échange épistolaire qu'il entretient avec Li Yidou, ( Yidou signifie « un boisseau » , unité de mesure pour l'alcool ) aspirant-chercheur en doctorat, spécialiste de l'assemblage des alcools de l'Université de Distillation de Jiuguo. Ce jeune homme souhaite abandonner sa carrière de chercheur afin de se consacrer pleinement à la littérature. Il envoie donc régulièrement à Mo Yan les derniers récits qu'il a écrits et qui évoquent eux aussi les évenements et personnages emblématiques de Jiuguo.

Les récits s'entremêlent, des personnages récurrents apparaissent à la fois dans les histoires de Li Yidou et dans l'enquête de Ding Gou'er, des énigmes s'éclaircissent, d'autres s'opacifient.
On le voit, ce roman protéiforme et décalé est impossible à résumer tant il est foisonnant, tant il prend de directions différentes qui finissent par se rejoindre pour se séparer à nouveau. Polar sous delirium tremens, « Le Pays de l'Alcool » est un roman trash et kitsch ( il suffit de voir la couverture judicieusement choisie ) à l'atmosphère étrange, violente et poétique où ressurgissent les anciens mythes d'immortalité des rituels taoîstes mêlés à la nouvelle doctrine de la République Populaire de Chine associant maoïsme et économie de marché.

Ce récit, qui déroutera le lecteur cartésien, ravira les amateurs de littérature « déjantée » qui n'oublieront pas de sitôt leur promenade touristique au "Pays de l'Alcool."
Un régal parfois indigeste mais à lire toutefois sans modération aucune. Jubilatoire.
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MessageSujet: Re: Mo Yan [Chine]   Mer 20 Juin 2007 - 8:55

Le Bibliomane a écrit:
« Jiuguo » en chinois signifie « Le Pays de l'Alcool. »

« A cent lis de notre cité, vous pouvez sentir les effluves d'alcool qui se répandent partout, et si votre odorat est un peu engourdi, à cinquante lis vous pourrez les sentir. Je ne fantasme pas, lorsque les Boeing arrivent dans le ciel au dessus de notre ville, ils décrivent immanquablement des cercles et font de puissants loopings, en toute innocence, car ils sont totalement ivres, mais la sécurité est garantie, camarades, mesdames, messieurs, chers amis, ne vous inquiétez pas, car à ce moment-là, si vous-mêmes êtes dans l'avion, vous serz aussi joyeux et pleins d'entrain que des petits chiens qui auraient bu. Cette odeur est merveilleuse, je conseille à tous de venir au moins une fois dans notre cité y goûter, que ce soit dans le ciel ou parmi les hommes. »

ça me rappelle un voyage en bus jusqu'en bretagne où des nuages de chouchen envahissaient le car. Laughing

Citation :
Ce récit, qui déroutera le lecteur cartésien, ravira les amateurs de littérature « déjantée » qui n'oublieront pas de sitôt leur promenade touristique au "Pays de l'Alcool."
Un régal parfois indigeste mais à lire toutefois sans modération aucune. Jubilatoire.

direct dans ma LAL !!

je comprends mieux pourquoi tu parles de la couverture du livre :

elle est excellente !!!! j'adore!
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MessageSujet: Re: Mo Yan [Chine]   Mer 20 Juin 2007 - 9:41

Cerise sur la gâteau : Mo Yan evoque le Chouchen dans un discours qu'il fait tenir à Yuan Shangyu, professeur à l'Université de Distillation :

"On peut encore citer quelques mots relativement anciens signifiant "alcool". Par exemple, en chinois le mot li, qui désigne une sorte d'alcool sucré ; en langue étrangère, bojah, qui désignait dans la langue ancienne de l'Inde un alcool de grain ; en éthiopien, bosa désigne l'alcool de blé ; cervisia, en ancien gaulois, pior en vieil allemand, eolo en ancien scandinave, bere en ancien anglo-saxon. Tous ces termes désignent la bière que consommaient les peuples de cette époque ; chez les nomades des steppes mongoles de l'Antiquité, l'alcool de lait était appelé koumiss, tandis que les Mésopotamiens le nommaient mazoun ; l'alcool de miel s'appelait chez les Grecs anciens melikaton, chez les romains aqua musla, et chez les celtes chouchen. Les anciens Scandinaves utilisaient fréquemment l'alcool de miel pour célébrer les mariages, le terme "lune de miel" s'est ainsi formé à cette époque et s'est répandu jusqu'à nos jours dans le monde entier."
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MessageSujet: Re: Mo Yan [Chine]   Jeu 15 Jan 2009 - 10:44

La mélopée de l'ail paradisiaque :




Le district de Tiantang, dans la province de Shandong, en Chine du Nord, est apparemment un endroit paisible. Les paysans du cru s'y adonnent à la monoculture de l'ail, à tel point que l'air est saturé de son odeur puissante. Ici on vit par et pour l'ail, on le cultive, on le vend, on le mange à toutes les sauces. Mais en ce milieu des années 1980 , le district de Tiantang va être le théâtre d'évènements qui vont bouleverser l'apparente tranquillité de ses habitants.

Tout commence par une histoire d'amour contrarié. Gao Ma, un jeune paysan s'est épris de Jinju, la fille de la famille Fang. Mais Jinju est promise à Liu Shengli, ce qui permettra en contrepartie au frère aîné de la jeune fille – infirme et par conséquent peu susceptible de fonder une famille – de se marier lui aussi.

Mais Gao Ma ne l'entend pas de cette oreille et décide coûte que coûte d'épouser Jinju, sans tenir compte des résolutions de la famille Fang. Fermement résolu à faire valoir son bon droit – d' autant plus que Jinju semble partager ses sentiments – Gao Ma va se rendre chez les Fang afin de leur faire part de sa décision. Mais l'accueil que lui réservent ceux-ci va être cuisant. Pris à partie par le père, la mère et les deux frères de Jinju, Gao Ma va être insulté, roué de coups et jeté à la rue.

Qu'à cela ne tienne ! Gao Ma ne va pas renoncer pour autant et puisque l'on ne veut pas lui accorder Jinju, il l'enlèvera !

Parallèlement à cette histoire, Mo Yan nous décrit l'arrestation de plusieurs villageois du district, dont, entre autres, Gao Ma, mais aussi Gao Yang, un planteur d'ail (fallait-il le préciser ?) ainsi que la tante Fang, la mère de Jinju.

Étourdis à coups de matraque électrique, menottés par la police, les paysans qui ignorent tout des motifs de leur arrestation vont être incarcérés dans les cellules insalubres du centre de détention provisoire de la sécurité du district. Là, affamés, malades, soumis à toutes les vexations que leur font subir gardiens et détenus, ils vont finir par apprendre les chefs d'inculpation qui leur sont reprochés : la mise à sac du siège de l'administration du district lors des émeutes consécutives à la mévente de l'ail.

Les origines de cette révolte paysanne tiennent aux conséquences de la cupidité et de la corruption des cadres du parti local qui, après avoir submergé les cultivateurs de taxes toutes plus fantaisistes les unes que les autres, leur ont refusé l'accès aux silos de la coopérative, réservant ceux-ci à leur propre production, et laissant ainsi les planteurs d'ail avec le fruit de leur récolte sur les bras. La colère gronde puis c'est l'explosion. Les grilles du bâtiment de l'administration sont forcées, les bureaux saccagés et incendiés. Le procès qui va s'ouvrir rendra-t-il justice aux paysans et les cadres corrompus du part seront-ils réprimés pour leurs pratiques douteuses ?

Mo Yan dresse avec ce roman un portrait de la Chine rurale, une société qui, bien qu'ayant été transformée par l'avènement du communisme, garde en vérité tous les aspects d'une société féodale avec ses serfs assommés de travail, empêtrés dans les rets des traditions séculaires, et ses mandarins qui ont troqué leurs robes de soie contre les uniformes du parti, plus préoccupés de leur propre enrichissement que de justice sociale. Écrit au milieu des années 1980, on se demande comment ce roman a pu échapper à la censure tant les critiques envers les pratiques des bureaucrates du parti y sont dénoncées de manière flagrante. Peut-être est-ce le ton tragi-comique de ce roman – sa construction en apparence anarchique, la truculence des dialogues et des personnages, les chapelets d'insultes que se lancent les protagonistes, les chansons de l'aveugle Zhang Kou et les bagarres homériques qui émaillent le récit – qui donne plus de cet ouvrage l'aspect d'une farce paysanne que d'un réquisitoire contre un régime totalitaire.



Singes inconstants, chiens versatiles
L'ingratitude a toujours existé
Petit Wang Tai, tu viens à peine d'abandonner ta houe et ta faucille
Que déjà, comme un crabe despote, tu marches de côté.


(Quatre vers de la chanson interprétée dans la rue par Zhang Kou après la mévente de l'ail.
Il y invective Wang Tai, le nouveau vice-responsable de la coopérative du district.)
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MessageSujet: Re: Mo Yan [Chine]   Jeu 15 Jan 2009 - 13:11

Je n'ai guère lu que Le maître a de plus en plus d'humour.
C'est en Chine, bien sûr, et grâce au capitalisme, une usine ferme. Le discours qui l'accompagne est très drôle : les Chinois, confrontés aux difficultés, ont toujours su redresser la tête, fiers de leurs valeurs socialistes, etc. Très marrant.
Notre héros, Maître Ding, se demande comment il va faire pour gagner sa vie.
Il a une très bonne idée... mais je n'en parlerai pas, sauf pour dire que le livre a été adapté par Zhang Yimou : Happy Times (2000). (toujours ces titres en anglais, beurk). Très chouette film (à noter que Zhang Yimou avait déjà adapté Mo Yan, avec Le Sorgho Rouge, (1987) un de ses meilleurs films).
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Antigone
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MessageSujet: Re: Mo Yan [Chine]   Mer 21 Jan 2009 - 22:35

Beaux seins, belles fesses

Le titre est surprenant et peut en rebuter certains (et en attirer d’autres mais ceux-là risquent d’être déçus ! ) ! Ce livre n’est donc pas un roman érotique mais la longue saga de la famille Shangguan en Chine pendant une bonne partie du XXème siècle. Le héros est Jintong, Enfant d’Or, que l’on suit tout au long de sa vie et ce dès le jour de sa naissance, jour très attendu par tous puisqu’il arrive après huit sœurs (dont les traductions des prénoms sont : « Fais venir le petit frère », « appelle le petit frère », « amène le petit frère », « pense au petit frère » etc. ) Mais ce n’est pas tant l’histoire de Jintong le cœur du récit, que le destin de sa mère Shangguan Lushi ou encore ceux de ses huit extraordinaires sœurs (dont une « immortelle oiseau »!) qui ont eu des maris ou amants exceptionnels.
Le livre est vraiment fort, il m’a fait penser à un Garcia Marquez tant les personnages sont hauts en couleurs et l’histoire mouvementée ! Ce qui m’a le plus impressionnée, c’est cette plongée au cœur d’une Chine que je connais mal, et de me trouver bringuebalé comme les personnages entre l’invasion des japonais et la résistance qui s’organise, les guerres, les famines, la révolution culturelle de Mao, l’époque capitaliste moderne. On se sent paumé, un peu comme eux qui sont dépassés par les événements alors que d’autres prennent résolument parti dans un camp ou un autre, le tout dans une violence parfois insoutenable mêlée à un humour corrosif.
L’écriture est assez étonnante car Jintong est la plupart du temps le narrateur mais d’une ligne à l’autre le texte passe de la première à la troisième personne.
Bon, et pourquoi ce titre alors ? Parce que notre cher Jintong fait depuis toujours une fixation sur les seins, d’abord de sa mère, puis de ses sœurs puis de toute la gent féminine à tel point qu’il est allaité jusqu’à un âge très avancé et ne peut avaler aucun aliment solide !

Un extrait :


"Tirant à sa suite sa brochette de petites soeurs, Shangguan Laidi avait à peine parcouru quelques dizaines de pas qu'elle entendit en l'air des sifflements aigus. Elle levait la tête pour repérer quel oiseau pouvait émettre des cris aussi étranges quand, derrière elle, un bruit gigantesque retentitdans les eaux de la rivière, ébranlant ciel et terre. Ses oreilles bourdonnaient, tout se troubla sous son crâne. Un poisson-chat à grosse tête atterrit devant elle, complètement déchiqueté. (...) Sur la tête de Niandi pendait une masse gluante, telle une boule d'algues que des vaches ou des chevaux auraient ruminée puis recrachée ; sur les joues de Xiangdi étaint collées sept ou huit écailles de poissons argentées toutes fraîches. Au milieu de la rivière, à une dizaine de pas d'elles, l'eau tournoyait en une écume noire, formant un vaste tourbillon et projetée en l'air par les vagues, retombait à grand bruit.


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MessageSujet: Re: Mo Yan [Chine]   Jeu 19 Fév 2009 - 13:28

La carte au trésor :

Court (environ 100 pages) mais singulier roman qui nous fait rentrer de plein fouet dans la mythologie chinoise…avec moustache de tigre et expression typique à la clé.

Un homme se voit forcer à offrir le restaurant à un clodo qu’il connait mais ils vont manger dans un restaurant tenu par un couple très spécial…
L’auteur navigue adroitement entre histoire, mythologie et critique voilée du système actuel.
Un voyage agréable au pays de l’imaginaire chinois.
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MessageSujet: Re: Mo Yan [Chine]   Mer 26 Aoû 2009 - 20:05

je planche sur mon billet au sujet du dernier roman de Mo Yan La dure loi du karma....je n'ai pas été déçue par le bonhomme: toujours aussi en verve et d'un humour terrible!
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MessageSujet: Re: Mo Yan [Chine]   Jeu 27 Aoû 2009 - 13:08

La dure loi du karma


Ximen Nao, un propriétaire terrien jovial et amène, se fait arrêter en pleine Révolution chinoise et fusiller sans autre forme de procès: son crime est d'être un possédant, avec terres, épouse et concubine, même s'il n'a pas été pingre envers autrui. Malgré ses cris d'innocence, il est passé par les armes et se retrouve en Enfer où il continue, entre divers tourments, à crier contre l'injustice du monde. Lassé de ses hurlements et jérémiades, le roi des Enfers lui accorde une petite délivrance: il sera réincarné mais en animal! C'est ainsi que Ximen Nao revient sur terre, dans le village où il est né, a grandi et propéré, dans la peau d'un âne, puis d'un boeuf, d'un cochon, d'un chien et enfin d'un singe. Chaque passage terrestre est riche en aventures et mésaventures, rempli d'émotions les plus diverses: Ximen revient à chaque fois, dans son village natal, sur ses pas, auprès des siens et de ses proches pour les regarder suivre leur chemin, les épauler à l'aulne de ses moyens, les encenser ou les critiquer....silencieusement, les yeux réjouis ou noyés de larmes. Notre Ximen est toujours agacé par une drôle mouche du coche, "le petit drôle de Mo Yan" qui se trouve toujours au coeur de l'action pour répéter et amplifier le moindre fait et geste de la famille et des membres du Parti, grâce à sa verve et son humour dévastateur! Cinquante ans d'histoire chinoise défilent dans le village de Ximen du canton de Dongbei, entre rires, larmes et apartés: le lecteur est embarqué sur un fleuve où la dérision et l'ironie sont en filigrane d'un récit protéiforme et d'une richesse romanesque qui amplifie le plaisir de lire.
Mo Yan est fidèle à son image: gouailleur, impertinent, baroque et loufoque à la fois. Il brosse un portrait empreint de tendresse derrière les critiques de la paysannerie chinoise qu'il connaît bien pour avoir grandi à la campagne: ces paysans suiveurs pouvant se rebeller tout en restant dans la ligne dictée par Mao, sont menteurs, un tantinet voleurs, parfois naïfs mais toujours rigolards, prêts à boire l'alcool de riz et s'empiffrer de plats gras et moelleux...au final, ce sont de bons bougres que le manque d'éducation n'élargit pas l'horizon. Ximen Nao, notre héros, comme l'auteur, souffre avec le peuple qui ne mange pas toujours à sa faim, le comprend tout en éreintant, avec le sourire, le système qui provoque pollution et improductivité: la fin de la propriété privée annonce la chute des rendements, la catastrophe alimentaire orchestrée, sans le vouloir, par la réforme agraire....catastrophe humaine, sociale et environnementale qui perdurera quelques décennies avant que le pouvoir de Pékin fasse machine arrière (au grand dam des purs et durs de la Révolution!).
Notre Ximen est un éternel et immense contestataire et empêcheur de tourner en rond....jusqu'aux Enfers où il met à bout le roi qui, n'en pouvant plus, l'expédie dans le monde des vivants réincarné en animal....quand on chauffe les oreilles du pouvoir en place, on s'expose à des désagréments certains! Son alter ego humain est son valet Lan Lian qui s'entêtera à agacer le chef du Parti du village en restant paysan indépendant et en ignorant la réforme agraire malgré les vexations. Lan Lian, le grain de sable dans l'engrenage révolutionnaire, petit poil à gratter dans l'idéal communiste: l'individuel irréductible qui ne se plie pas à la collectivisation....le roseau qui ploie sans se briser sous la tempête idéologique.
Au fil de ses réincarnations animales, Ximen Nao suivra l'évolution idéologique de la Chine de la Révolution maoïste jusqu'à l'ouverture vers l'économie de marché: ses avatars prendront une large part à l'histoire en marche, autant de pépites de résistance qui sous le couvert d'un humour dévastateur secouent avec vivacité les bienséances. Ximen verra ses enfants prendre des chemins différents pour se trouver une place dans la nouvelle société en construction: les renoncements, l'intégration des nouveaux dogmes, l'hypocrisie, l'avidité de pouvoir et la cupidité qui assèche le coeur. Ainsi, son fils, Ximen Jinlong, se transformera-t-il en parangon de la Révolution puis en chantre du capitalisme (avec tous les défauts qui accompagne ces états d'esprits), accumulant rapidement moult perversions permises par le système (ah, la chute final due à une trop grande gourmandise est un petit éreintement, parmi d'autres, de la société chinoise actuelle qui n'échappe pas aux dégâts collatéraux dans la jeunesse dus à l'occidentalisation à marche forcées de la classe dirigeante), étouffant le passé familial dans un appétit de reconnaissance exacerbé au point de tout renier...tandis que sa fille, Ximen Baofeng, deviendra la main qui soulage les souffrances, celle qui oublie d'être pour que les autres soient.
Toute une galerie de personnages, hauts en couleurs, défilent sous la plume de Mo Yan qui n'hésite pas à se mettre en scène sous les traits d'un "petit drôle" aussi pénible qu'amusant, aussi véloce de la langue que des jambes, aussi gouailleur qu'ironique, aussi turbulent que sagace...un autre poil à gratter qui d'une pirouette se joue tant de ses concitoyens que du pouvoir en place tout en échappant aux pires châtiments: en effet, ce Mo Yan n'est qu'un vilain garnement, une mouche du coche dont tout le monde s'accommode malgré tout car il fait bien rire en virevoltant partout! Et comme il est prolixe en sarcasmes et en révélations en tous genres (c'est qu'il a la langue bien pendue ce "drôle") il devient très vite celui qu'il ne faut pas trop secouer afin de se garantir une relative paix. Le narrateur, quant à lui, n'hésite pas à remettre à sa place ce feu follet ni à brocarder les divers écrits de ce dernier....écrits tant imaginaires que réels: une mise en abyme des plus amusantes et délirante!
"La dure loi du karma" est difficilement résumable tant la richesse de l'écriture, la prolixité gouailleuse de l'auteur, la multitude des personnages, les nombreuses références littéraires et culturelles, sont des petits trésors à découvrir avec délectation tout au long des 760 pages du roman! Un vrai faux pavé, doté d'une autobiographie en filigrane de l'auteur, qui se lit avec jubilation et passion. Le lecteur se délecte des mots, des tournures stylistiques, des digressions qui nourrissent le récit de virevoltes et de plaisanteries plus osées et acidulées les unes que les autres. "La dure loi du karma" est un immense et intense voyage dans le temps, au coeur d'une Chine qui se transforme à coups de Grand bond en avant, de Révolution Culturelle, de dictature du marché et autres routes parfois à la limite du surréalisme et aux frontières de l'impossible.

Un opus digne des précédents romans de Mo Yan: verve, humour corrosif, impertinence gouailleuse, portraits sans concession d'une société qui se cherche et parfois se perd...en un mot comme en mille, une lecture ju-bi-la-toi-re!!!
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MessageSujet: Re: Mo Yan [Chine]   Mar 23 Aoû 2011 - 21:57

Je crois que je vais prendre connaissance du Pays de l'alcool un de ces quatre...

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MessageSujet: Re: Mo Yan [Chine]   Jeu 11 Oct 2012 - 13:08

Félicitations pour le Prix Nobel de Littérature 2012

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La vie, ce n'est pas d'attendre que l'orage passe,
c'est d'apprendre à danser sous la pluie.


Sénèque
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MessageSujet: Re: Mo Yan [Chine]   Jeu 11 Oct 2012 - 22:47

Tiens, en fait si, je connaissais. Je viens de remarquer que j'avais eu l'intention de le lire... (et puis j'ai dû oublier, mais j'ai tellement d'intentions...)

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MessageSujet: Re: Mo Yan [Chine]   Dim 11 Nov 2012 - 17:51

La Dure Loi du Karma
Mo Yan


Premier contact avec Mo Yan avec ce véritable pavé de 975 pages. Un bon premier contact, c’est sûr, bien que les 150 dernières pages m’aient un peu lassée.

Le roman débute juste avant la conquête du pouvoir par Mao et se termine dans les années 90, c’est à la fois la saga d’une famille, celle d’un village et aussi la mise en scène burlesque du règne de Mao à travers les réincarnations successives de Ximen Nao. Ce pauvre ‘gars’ – comme dirait Mo Yan – est en réalité le paysan le plus riche du village au début du roman et c’est une des premières victimes de la révolution. Par une erreur incompréhensible, il est réincarné en âne, et continuera à vivre dans son village et à nous raconter sa dure vie d’âne ainsi que celle de la famille et des habitants.

C’est d’ailleurs à travers les yeux de ses réincarnations animales successives que Mo Yan développe son récit tragico-burlesque, mais pas seulement, il change de narrateur comme de chemise en allant jusqu’à se mettre en scène lui-même et virevolte ainsi de rebondissement en rebondissement et de personnage en personnage. Jamais Il ne sombre dans le pathos, ou alors sur un mode exagérément mélodramatique et c’est ce qui rend ce récit léger et plaisant à travers les heures les plus sombres de la Chine.

Cette phrase du Monde Magazine au sujet de Mo Yan est très juste : « Un art imparable de conteur, mêlant la cruauté au burlesque, le surréalisme à un réalisme horrible. »

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MessageSujet: Re: Mo Yan [Chine]   Lun 12 Nov 2012 - 17:13

Je n'ai plus rien à ajouter après le commentaire de Domreader sur La dure loi du Karma, j'ai eu la même réaction : 50 de l'histoire de la Chine, et ce qui aurait pu être très dur et très âpre, acquiert de la distance et de l'humour, puisque c'est raconté par des animaux dans lesquels se réincarne notre personnage principal, et les soucis propres aux espèces se superposent aux vicissitudes des humains, et leurs problèmes. Une découverte intéressante, même si c'est un peu long, et que l'auteur aurait sans doute gagné à ramasser un peu les choses, surtout vers la fin.

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MessageSujet: Re: Mo Yan [Chine]   

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Mo Yan [Chine]
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