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 Amin Maalouf [Liban]

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coline
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MessageSujet: Amin Maalouf [Liban]   Dim 27 Juil 2008 - 16:09


Né à Beyrouth (Liban) en 1949, Amin Maalouf vit à Paris depuis 1976.
Après des études d’économie et de sociologie, il entre dans le journalisme. Grand reporter pendant douze ans, il a effectué des missions dans plus de soixante pays.
Ancien directeur de l’hebdomadaire An-Nahar International, ancien rédacteur en chef de Jeune Afrique, il consacre aujourd’hui l’essentiel de son temps à l’écriture de ses livres.


Bibliographie

Citation :
Index: (cliquez sur les numéros de page pour y accéder directement)

Romans:
Léon l'Africain (1986) Pages 2
Samarcande (1988) Pages 1
Les Jardins de lumière (1991) Pages 1
Le premier siècle après Béatrice (1992)
Le Rocher de Tanios (Prix Goncourt 1993) Pages 1, 3
Les Échelles du Levant (1996) Pages 1
Le Périple de Baldassare (2000). Pages 1
Les désorientés, (2012 )

Essais
Les croisades vues par les Arabes
Les Identités meurtrières Pages 1, 2, 3
Origines (Prix Méditerranée 2004) Pages 1
Le Dérèglement du monde : Quand nos civilisations s’épuisent( 2009 )

Livrets d'opéra
2001 : L'Amour de loin de Kaija Saariaho Pages 1
2004 : Adriana Mater de Kaija Saariaho Pages 1
2006 : La Passion de Simone, oratorio de Kaija Saariaho ; création mondiale 2006 à Vienne
2010 : Émilie de Kaija Saariaho ; création mondiale 2010 à l'Opéra de Lyon

Citation :
Mise à jour le le 29/12/2011, page 3
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coline
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MessageSujet: Re: Amin Maalouf [Liban]   Dim 27 Juil 2008 - 16:17

ORIGINES

« Je suis d’une tribu qui nomadise depuis toujours dans un désert aux dimensions du monde. »
La famille d’Amin Maalouf, écrivain de l’exil, est sa seule patrie.

Jusqu’ici il avait seulement effleuré l’histoire de cette famille . Dans ce livre, il plonge dans la généalogie Maalouf et retrace l’histoire des siens du XIXème siècle dans l’Empire ottoman à aujourd’hui.

A la disparition de son père, l’ histoire de ses ancêtres lui a été restituée à la faveur d’une valise encombrée de papiers, de photographies, de lettres.

« Il y a des générations qui ont souffert, qui se sont battues pour faire des études, qui ont bâti la maison qui est la mienne aujourd’hui…J’ai besoin de parler d’eux, de me faire leur interprète. Ils sont morts obscurs. Je n’ai pas le droit de les laisser sombrer dans l’oubli. »

D’autres que lui auraient parlé de « racines ». Amin Maalouf a préféré le terme « Origines » : « Je n’aime pas le mot « racines », et l’image encore moins. Les racines s’enfouissent dans le sol, se contorsionnent dans la boue, s’épanouissent dans les ténèbres ; elles retiennent l’arbre captif dès sa naissance, et le nourrissent au prix d’un chantage : « Tu te libères, tu meurs. ».
Les arbres doivent se résigner, ils ont besoin de leurs racines ; les hommes pas. »


Amin Maalouf remonte notamment sur les traces de son grand-père Botros et de son oncle Gebrayel. Botros a un jour décidé de quitter la maison familiale, sans l’accord de ses parents, et d’aller dans une autre partie de la montagne libanaise pour étudier. Il est devenu un homme de Lettres éclairé. Il n’a pas eu le courage de partir mais celui de rester sur place, de construire une école au village, de lui donner le nom d’école « Universelle ».
Gebrayel, lui, voulait aller ailleurs, découvrir « les contrées américaines ».Il est parti faire fortune à Cuba.

Ce livre, d’une lisibilité et d’une limpidité absolues est une profession de foi en matière de tolérance . En toile de fond, l’espoir déçu de Botros d’une société qui respecte les appartenances confessionnelles et les cultures de chacun tout en rejetant les conflits identitaires. Un rêve toujours d’actualité.
« En décrivant la déception de mon grand’père à son époque, je décris celle qui est la mienne aujourd’hui. J’ai toujours rêvé de créer, par le biais de mes écrits, des passerelles entre le monde occidental et le monde oriental. Mais la confrontation entre ces deux mondes, que je croyais évitable, semble s’imposer à nous et c’est le fanatisme qui risque de prendre le dessus. La perspective d’une lutte entre ces deux mondes m’attriste. »
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coline
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MessageSujet: Re: Amin Maalouf [Liban]   Dim 27 Juil 2008 - 16:20

Adriana Mater

Amin Maalouf est l'auteur de deux livrets d'Opéra.
(voir en musique:Kaija Saariaho )
Adriana Mater est donc le livret de l'Opéra qui porte le même titre, composé par la Finnoise Kaija Saariaho et créé à l'Opéra Bastille le 30 mars 2006.
C’est le deuxième livret d'opéra de l'auteur après L'amour de loin (2001).

Adriana mater comporte sept tableaux.
Le texte est très simple mais l’écriture d'un livret n'est pas celle d'une pièce de théâtre : chant, orchestre et costumes apportent plus au texte que la simple lecture de ses répliques.

Adriana Mater se passe dans un pays en guerre.
Adriana se prélasse en chantant un vieux refrain nostalgique. Elle rêve du prince charmant. Lorsqu'elle veut rentrer chez elle, sa route est barrée par Tsargo, un jeune homme ivre. Elle se refuse à lui, elle le trouve grossier et bien trop porté sur la bouteille. Il s'en va, humilié.

Plus tard, les grondements de la guerre font écho à la fureur de Tsargo. Le jeune homme revient en habit de combat, une arme à la main. Il frappe à la porte d'Adriana. Sous prétexte de surveiller des troupes ennemies, il force sa porte… et l'on comprend que la jeune femme est violée. Tsargo disparaît.


Adriana est enceinte. Elle discute avec sa sœur, qui lui reproche d'avoir choisi de garder l'enfant. L'enfant à naître porte deux sangs, celui d'une victime et celui du bourreau. « Sera-t-il Caïn ou Abel? » se demande Adriana.

Pendant dix-sept ans, elle cache la vérité à son fils , Yonas. L'adolescent l'apprend par une tierce personne. Son père n'est pas du tout mort en héros en essayant de les protéger, comme Adriana le lui a toujours raconté. L'adolescent est ivre de rage.

« Ne crois-tu pas qu'il est encore plus lourd à porter,
Le mensonge ?
Quand tout le monde connaît la vérité sur toi,
Et que toi tu l'ignores ?
Quand tout le monde autour de toi chuchote,
Avec pitié, avec mépris,
Sans que tu en devines la raison ? »

« Yonas,
De grâce, suspends ton interrogatoire !
Puisque tu es devenu soudain adulte,
Viens te mettre un instant à ma place,
Sur la chaise de l'accusée !
A toi de répondre maintenant !
A quel âge aurais-je dû dire à mon enfant que j'avais été violée ?
Et que le violeur était son propre père ?
A quel âge dis-moi ? A quatre ans ? A huit ans ?
Ou dix ans ? Ou douze ?
Le Ciel ne m'a pas envoyé mon fils emballé dans la soie,
Avec un mode d'emploi !
J'ai dû lui inventer un avenir, un passé, et une vie quotidienne.

Je t'ai aimé comme j'ai pu, Yonas,
A toi maintenant de m'aimer
Autant que tu pourras. »


Apprenant le retour de Tsargo, Yonas crie vengeance et se met en quête de son père pour lui faire payer son crime. Adriana ne cherche pas à l'en dissuader.

Yonas va donc à sa rencontre. L'autre, de dos, ne fait pas trop de difficulté pour avouer qui il est et ce qu'il a commis. Yonas lui annonce qu'il a l'intention de le tuer. Mais il ne veut pas le frapper dans le dos ; il lui demande de se retourner, et de le regarder. Tsargo se retourne lentement, il est devenu aveugle…

La fin de l'opéra porte sur la question de savoir si Yonas mettra sa vengeance à exécution ou non . De cela dépend s'il est le fils spirituel de son père ( un criminel donc ) ou celui de sa mère Adriana.

« Cet homme méritait de mourir, mais toi, mon fils, tu ne méritais pas de le tuer », lui dit Adriana.
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coline
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MessageSujet: Re: Amin Maalouf [Liban]   Dim 27 Juil 2008 - 16:25

Je regrette que mes lectures soient un peu lointaines maintenant mais par le passé je suis tombée sous le charme de:
- "Les jardins de lumière":un livre consacré à Mani, peintre, médecin, prophète au nom oublié mais pourtant sur toutes les lèvres lorsqu'on parle de "manichéisme"!

- "Les échelles du Levant":nom donné à un chapelet de cités marchandes par lesquelles les voyageurs d'Europe accédaient à l'Orient: Constantinople, Alexandrie, Smyrne, Adana, Beyrouth...Le héros, un homme, Ossyane, pris dans la tourmente de l'Histoire, dépossédé de son avenir, à qui il ne reste que l'amour.

- "Samarcande" bien sûr, la Perse d'Omar Khayyam (poète des Rubayat , poèmes consacrés à l'ivresse et au vin)...
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Eve Lyne
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MessageSujet: Re: Amin Maalouf [Liban]   Sam 16 Aoû 2008 - 15:40

Un très beau roman : "Samarcande".

Amin Maalouf nous conte avec talent la vie d’Omar Khayyam, ce poète et homme de science oriental du XIe siècle, qui aimait les beautés et les plaisirs de la vie dont il entendait jouir pleinement, même si cela était contraire aux enseignements de l’islam. Il a d'ailleurs laissé des quatrains qui témoignent de cet épicurisme. Mais le XIe est aussi l'époque de la Secte des Assassins, avec des Kamikazes avant l'heure qui fument du haschich avant de se sacrifier pour la "bonne cause".

La recherche du Manuscrit égaré de Khayyam permet à l'auteur d'aborder ensuite la Perse de la fin XIX - début XXe siècle. Les personnages et les faits historiques sont décrits avec précision, et surtout avec le souci de faire comprendre au lecteur occidental la différence de culture.

Une plume enchanteresse. Un Poète conté par un autre Poète, que demander de mieux.

Un petit quatrain, pour vous mettre l'eau à la bouche :

Quel homme n'a jamais transgressé Ta Loi, dis ?
Une vie sans péché, quel goût a-t-elle, dis ?
Si Tu punis le mal que j'ai fait par le mal,
Quelle est la différence entre Toi et moi, dis ?
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Ezechielle
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MessageSujet: Re: Amin Maalouf [Liban]   Jeu 14 Mai 2009 - 20:35

Les identités meurtrières

Très bel essai traitant de la complexité de nos identités se formant, se déformant au gré de nos évolutions, des situations mais ne s'y réduisant jamais, malgré ce qu'elles nous laissent penser. Pour Amin Maalouf, ce qui produit l'intolérance et le racisme, c'est la réduction identitaire non seulement de l'autre, mais aussi de soi! Lorsqu'un raciste s'exprime "dehors les étrangers!", il révèle la vision réductrice qu'il a des étrangers, mais aussi la sienne qu'il réduit immanquablement à son pays alors qu'une vision plus humaniste lui permettrait d'accepter "l'étranger" comme son semblable. La réduction de l'identité est indispensable pour porter un regard sur notre personne (à la manière de la réduction phénoménologique) car elle nous permet de nous cerner, mais lorsque la réduction ne s'accompagne pas d'une réouverture de l'identité, on tombe dans l'intolérance et les vues pauvres que nous livre aujourd'hui notre société et nos médias...
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Bellonzo
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MessageSujet: Re: Amin Maalouf [Liban]   Jeu 14 Mai 2009 - 21:54

J'ai eu bien du plaisir à lire trois fois Amin Maalouf,un de ces passeurs de Méditerranée comme j'aime à appeler ceux qui,un pied sur chaque rive,rapprochent sans cesse et avec talent deux lèvres éloignées par tant de meurtrissures.Livres;Samarcande,Rocher de Tanios,Les Echelles du Levant.
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MessageSujet: Re: Amin Maalouf [Liban]   Mar 15 Sep 2009 - 13:29

Belonzo a dit a propos d'Amin Maalouf:

Citation :
un de ces passeurs de Méditerranée comme j'aime à appeler ceux qui,un pied sur chaque rive,rapprochent sans cesse et avec talent deux lèvres éloignées par tant de meurtrissures

Je suis ravie de lire cette metaphore si poetique! respect

Moi aussi j'ai lu plusieurs livres de Maalouf et il ne m'a jamais decue! Le premier, c'etait "Le periple de Baldassare".
C'est le journal intime de Baldassare Embriaco, descendant d'une importante famille genoise, qui nous fait vivre un conte dans lequel l’histoire est parfaitement mêlee à la fiction. Son périple a la recherche d'un livre secret dure un an. Un an d’aventures étranges qui conduisent un esprit curieux qui a tant besoin de découvrir les gens, les pays lointains. Ce voyage initiatique lui fait decouvrir l’amour et son propre destin.
La monotonie de la vie quotidienne est sacrifiee pour une existence mouvementee qui rempli tout ce roman de Maalouf ou Baldassare recherche un livre legendaire cense receler le nom cache du createur.
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thomas212
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MessageSujet: Re: Amin Maalouf [Liban]   Mar 15 Sep 2009 - 15:44

Je suis aussi un très grand fan de Maalouf.Un des meilleur ecrivain en langue Francaise vivant ,selon moi,avec Andrei makine.Tout deux expatriés et merveilleux créateurs d'une prose a laquelle il donne un musique proche de la poésie.
J'ai lu presque tout Amin Maalouf(sauf le dernier et son récit biographique)certain plusieurs fois(Leo l'africain au moins 5,le rocher de tanios 4,et les croisades une bonne dizaine..)
Un ami revenant de l'ile D'yeu a eut l'immense gentillesse de me fair dedicacé un livre par ce grand homme.(il est des faveur que l'on oubli pas)

J'ai été un peu moins séduit par Baltassard et les echelles.Quand je dis moins,s'entend milles lieu au dessus de la moyenne.
Le derniers siecle de Beatrice est un entonnant petit livre de science fiction(pas interplanétaire !) que je conseille vivement a tout le monde.
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Bellonzo
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MessageSujet: Re: Amin Maalouf [Liban]   Mar 15 Sep 2009 - 20:01

Orientale,merci. bonjour
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MessageSujet: Re: Amin Maalouf [Liban]   Dim 20 Sep 2009 - 14:13

Coline a parlé d'Adriana Mater, le livret de l'opéra de Kaija Saariaho et vous pouvez découvrir un autre texte de Maalouf pour le premier opéra auquel il avait collaboré avec la compositrice finlandaise: L'amour de loin dont l'enregistrement (avec le livret) vient de sortir. Voir fil opéra.

Un extrait et un commentaire de ce beau texte sur l'amour courtois au Moyen Âge:



Citation :
L’amour de loin est un opéra en cinq actes de la compositrice finlandaise Kaija Saariaho sur un livret original de l’auteur libanais Amin Maalouf. Mis en scène en août 2000 à Salzbourg, en Autriche et repris en novembre 2001 au théâtre du Châtelet à Paris, sa publication chez les Éditions Grasset a eu lieu la même année. Celui-ci nous emmène vers la Méditerranée du XIIème siècle, entre Orient et Occident, à travers une histoire mélangeant fantasme et réalité.

En Aquitaine, Jaufré Rudel, prince de Blaye, s’est lassé de la vie de plaisir des jeunes gens de son rang. Il aspire à un amour différent, plus pur, lointain, quitte à ce qu’il ne soit jamais satisfait. Ses compagnons, qui constituent le premier choeur de l’opéra, lui reprochent ce changement d’attitude et le moquent. Ils essaient de le convaincre que la femme qu’il chante n’existe pas. Mais un pèlerin, arrivé d’Outremer, affirme qu’une telle femme existe bel et bien, qu’il l'a même déjà rencontrée. Jaufré, qui refuse de connaître son nom ne pensera plus qu’à elle. (Acte I).

Reparti en Orient, le pèlerin croise le chemin de Clémence, la comtesse de Tripoli et lui raconte qu’un prince-troubadour la célèbre dans ses chansons en l’appelant son « amour de loin ». Dans un premier temps offusquée, elle se met à rêver de cet amoureux étrange et lointain tout en se demandant si elle mérite une telle dévotion. (Acte II).

De retour à Blaye, le pèlerin rencontre de nouveau le prince et lui avoue que la dame sait désormais qu’il la chante. Cette nouvelle décide le prince-troubadour à se rendre auprès d’elle. (Acte III).

Lors de son voyage en mer, Jaufré redoute de plus en plus cette rencontre et regrette d’être parti sur un coup de tête. Ses angoisses sont telles qu’il en tombe malade et qu’il arrive mourant à Tripoli. (Acte IV).

Prévenue de l’état du prince, Clémence, accompagnée du chœur des femmes tripolitaines attend son arrivée. La rencontre entre les deux amants a enfin lieu. L’approche de la mort leur fait alors briser leur amour platonique, ils s’avouent leur passion et se promettent de toujours s’aimer. Lorsque Jaufré meurt, Clémence se révolte contre le ciel, puis se sentant responsable de sa mort, elle décide d’entrer au couvent. Ses toutes dernières paroles sont dédiées à son seigneur, mais leur ambiguïté ne permet pas de savoir s’il s’agit de son Dieu ou de son « amour de loin ». (Acte V).

Cet admirable conte sur l’amour pur et passionné s’inscrit dans la longue tradition de l’amour courtois (également appelé la fin’amor), un concept qui remonte à la littérature du Moyen Âge et qui désigne l’amour profond, prude et totalement désintéressé que l’on retrouve entre un prétendant et sa dame. Parmi les exemples romanesques les plus connus, citons celui de Lancelot et Guenièvre dans l’oeuvre de Chrétien de Troyes, Lancelot ou le Chevalier de la charrette, ou encore celui de Tristan et Iseult.

Dans L’amour de loin, nous retrouvons de nombreuses thématiques de l’amour courtois : déclarations d’amour (occasionnellement en ancien français), désir grandissant de l’être aimé ou encore le motif de la rencontre qui ne fait qu’affleurer entre les deux amants (p. 80-81):


Seigneur, si je pouvais rester ainsi quelques moments, quelques moments de plus,

Si je pouvais revivre un peu, un peu seulement.

Mon amour qui était loin est maintenant près de moi, mon corps est dans ses bras et je respire le parfum le plus doux.

Si la mort pouvait attendre au dehors au lieu de me secouer ainsi, impatiente.



Mais la grande originalité de ce conte d’amour est qu’il explore un espace onirique ambigu : ce lieu critique entre absence et présence, entre Occident et Orient, où la relation amoureuse fantasmée se précise à mesure que l’être aimé se rapproche : « J’ai peur de ne pas la retrouver et j’ai peur de la retrouver […] J’ai peur de mourir […] et j’ai peur de vivre » (p. 64.)

Dans cet espace entre deux mondes, le personnage du pèlerin joue alors le rôle crucial du passeur. Il transmet aux amants les pensées fluctuantes que chacun nourrit pour l’autre par-delà les mers. Et pour transformer cette histoire inspirée par la vie du troubadour, Jaufré Rudel, en son premier opéra, Kaija Saariaho avait elle aussi besoin d'un passeur, d'une personne capable de convertir une légende en un texte lyrique. Elle l'a trouvé en Amin Maalouf, célèbre écrivain libanais francophone dont les œuvres tentent de jeter un pont entre les mondes occidentaux et orientaux desquels il se réclame simultanément. Car si les deux auteurs ne se connaissaient pas, la similitude de leur inspiration, elle, est perceptible. En effet, étant tous deux de grands « irrationnels », ils construisent leur œuvre à partir de l'impression progressive et parfois involontaire d'une réalité sensible. Par exemple, Amin Maalouf évoque les nombreuses soirées passées à l'opéra ainsi que la lecture abondante de livrets avant de s'atteler à l’écriture de L'amour de loin : « Je sentais que j'avais besoin de m'imprégner de cette écriture musicale, sans savoir de quelle manière cela m'a réellement influencé ».

Le thème de l'hybridité est, quant à lui, omniprésent dans l'œuvre de cette compositrice née il y a près de cinquante ans en Finlande et installée depuis 1982 en France qui se déclare elle-même avide d'échanges. Il s’inscrit aussi bien dans le genre (qui mêle le texte, la musique et la mise en scène), que dans les lieux évoqués (Orient et Occident), dans les inspirations littéraires (amour courtois, contes orientaux) et enfin dans la thématique qui se joue de la réalité et du fantasme.

Cette œuvre singulière se constitue donc par flux et reflux d'amour, de modes d'écriture, de vagues successives qui se recouvrent et portent à nouveau la barque créatrice vers d'autres courants : « Pour savoir qui l'on est, il faut aller sur l'autre rive », notait Peter Sellars, metteur en scène de L'amour de loin.

Cette écriture composite, toute en nuance et en partage se retrouve également dans la seconde collaboration entre Kaija Saariaho et Amin Maalouf, intitulée Adriana Mater (livret paru en mars 2006 aux Éditions Grasset), qui croise, toujours sous la forme d’un opéra, le thème de la maternité et celui de la violence humaine.

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"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).
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MessageSujet: Re: Amin Maalouf [Liban]   Lun 4 Jan 2010 - 16:13

Samarcande était génial ! J'ai aussi lu de lui Les croisades vus par les arabes qui m'a beaucoup plu, si édifiant !
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MessageSujet: Re: Amin Maalouf [Liban]   Lun 18 Jan 2010 - 17:51

Les Identités meurtrières, que je finirai bientôt, est une passionnante lecture. Cet essai nous apprend bien des choses, en reprenant l’idée de l’identité, qui semble en perpétuelle mutation à travers le temps et les évènements historiques et mêmes politiques.

Sombrant dans les pensées de l’être humain, sur ce qu’il est et ses origines, et que représente pour lui le besoin d’appartenance, l’auteur n’hésite pas à donner pour exemple sa vie, l’histoire de sa famille, pour démonter le tout de l’homme, un tout à la fois complexe et homogène, qui fait de lui un être particulier, avec une identité propre à lui. « L’identité n’est pas donnée une fois pour toute, elle se construit et se transforme tout au long de l’existence ».

Je serai aussi intéressée à lire ses romans. Les commentaires publiés dans ce fil en donnent vraiment envie…
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Arabella
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MessageSujet: Re: Amin Maalouf [Liban]   Dim 14 Fév 2010 - 22:10

Quelques mots sur Le rocher de Tanios que j'ai lu récemment. L'écriture est bien agréable, l'histoire, qui ressemble à un conte, plutôt jolie et touchante, les personnages pittoresques à souhait. Mais malgré toutes ces qualités, je ne me suis pas vraiment embarqué avec l'auteur pour le Liban ou ailleurs. Quelque chose m'a paru un petit peu artificiel, fabriqué, une sorte d'Orient tel que nous aimons l'imaginez ici. Difficile de formuler exactement ce qui m'a manqué, mais il m'a manqué quelque chose. Il faut dire que je sortais du livre d'André Aciman, qui se passe en Egypte, et ce voyage là m'avait tellement embarqué, que ces montagnards libanais me paraissaient par contraste un peu trop couleur locale, et pas vraiment des personnes de chair et de sang.

Je trouve que réussir un conte qui corresponde au critères d'un conte mais qui en même soi de son temps, et nous parle de nous, est une tâche très difficile, à la fois en suivant les lois du genre, mais en même temps pour que le livre soi de son temps, et non pas une copie de l'ancien, une dimension supplémentaire, peut être une ironie, une voix propre de l'auteur. Ce que quelqu'un comme Ivo Andric réussit tellement bien. Je n'ai pas complètement été convaincue par Amin Maalouf, même si je conviens de réelles qualités de cet auteur, et que je ferais peut être malgré tout une autre tentative avec un autre de ses livres.

_________________
La meilleure façon de résister à la tentation c'est d'y céder. (Oscar Wilde)
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MessageSujet: Re: Amin Maalouf [Liban]   Ven 30 Avr 2010 - 15:35

Un fil sur Maalouf : impossible de passer à côté.
C'est un auteur que j'ai découvert l'an dernier avec Le Rocher de Tanios. Sous la forme d'une chronique historique et à partir d'un fait authentique, il tisse un roman d'une poésie merveilleuse ayant pour centre son héros (Tanios).
J'ai tellement aimé, que j'ai rapidement enchainé avec Samarcande. Un livre plus épais qui se dévore. Outre une histoire passionnante, il m'a permis de découvrir Omar Khayyam et ses rubayyat que j'ai lu ensuite. L'intrigue, bien ficelé, évolue du XIe siècle au début du XXe. Une autre référence à lire : Les Echelles du Levant. Ce 3e livre est très émouvant. Le héros conte son histoire à un inconnu rencontré par hasard dans la rue. La fin devrait normalement vous arracher une larme.

En fin de compte, j'ai lu récemment Les Jardins de Lumière :
Mani (216 - 274 ap. JC) est visité dans sa jeunesse par une voix céleste qu'il appellera "son jumeau". Cette voix de Dieu l'envoie sur les routes de la Mésopotamie à l'Inde répandre une nouvelle doctrine religieuse visant à rassembler les peuples au-delà de leur religion respective. Cette nouvelle parole est très respectueuse des autres et s'appuie sur les ressemblances au lieu de s'acharner à fustiger les différences de l'autre.
Comme le dit Mani, il ne sera pas adulé de tous pour le respect des autres, mais haï par tous pour cette même raison : chacun attendant de lui qu'il critique les païens...

En conclusion : Quatre livres et quatre réussites. Une bonne moyenne !

_________________
Etre un écrivain, c'est braver l'observation de Darwin voulant que, plus une espèce se spécialise, plus elle risque de disparaître.
[Joyce Carol Oates - J'ai réussi à rester en vie]
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