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 Pierre Michon

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coline
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MessageSujet: Pierre Michon   Lun 5 Fév 2007 - 15:32




Bibliographie

Citation :
Index: (cliquez sur les numéros de page pour y accéder directement)

 Vies minuscules, Gallimard (1984)   Pages 1 ; 2 ; 3 ; 4 ; 5 ; 6
   Vie de Joseph Roulin, Verdier (1988), Pages 1, 8,
    L'Empereur d'Occident, avec des illustrations de Pierre Alechinsky, Fata Morgana (1989)
   Maîtres et serviteurs, Verdier (1990), Pages 3
   Rimbaud le fils, Gallimard "L'un et l'autre" (1991)   Pages 1 ; 5, 7,
   La Grande Beune, Verdier (1995)   Pages 1 ; 2, 6, 7,
   Le Roi du bois, Verdier (1996)
   Mythologies d'hiver, Verdier (1997)   Pages 4
   Trois auteurs, Verdier (1997)
   Abbés, Verdier (2002)
   Corps du roi, Verdier (2002), prix Décembre Pages 6
   Le Roi vient quand il veut : propos sur la littérature, Albin Michel (2007) Pages 1
   Les Onze, Verdier, 2009, Grand Prix du roman de l'Académie française 2009 Pages 2 ; 3 ; 4 ; 5 ; 6

Citation :
mise à jour le 05/10/16, page 8


Vies minuscules

En 1984, paraissait, chez Gallimard, un livre étrange, inclassable : Vies minuscules. C’était le premier livre de Pierre Michon, un auteur né en 1945 dans la Creuse.

« Pierre Michon crée alors l'événement. Il a 37 ans; il n'est rien, il ne possède rien, il veut tout et joue sa vie. Tout le monde tombe d'accord: ces huit vies dont la succession dessine en creux le visage hâve et farouche du narrateur, sont un chef-d'œuvre. Dans une langue où chaque mot sonne et tonne, Pierre Michon enlumine, exécute, pleure et transfigure les pauvres bougres admirables qui lui tinrent lieu de passé. »

Pierre Michon raconte les vies obscures, les destins ordinaires de personnages oubliés de l’Histoire : un prêtre défroqué, deux anciens camarades d’étude, quelques piliers de bars, des parents éloignés. Car il s’agit de la vie de ses parents, deux voire trois générations plus haut,de ses proches… pour arriver à nous parler de sa vie à lui.
« Mais parlant de lui, c'est de moi que je parle ... »
(Vies minuscules)

Ces Vies minuscules ne sont ni un roman, ni une véritable autobiographie, ni une biographie... un mélange de tout ça…

« Une façon unique de magnifier les vies bousillées » a-t-on dit.
C’est que la plume de Pierre Michon est unique : élégante, magnifique,recherchée,poétique et précise.
France Culture ne s’y trompa pas qui lui attribua, pour ce brillant coup d’essai, son Prix littéraire

Pierre Michon, « ce barbare au phrasé princier, au tumulte épuré »,sera sans doute adulé par les générations futures. On organise des colloques à son sujet. Il est tenu en haute estime par le milieu littéraire. Et par lui seul. Preuve en est la publication en poche des Vies minuscules …près de treize ans après sa publication ! Critiques, écrivains et intellectuels du moment le rangent parmi les auteurs les plus importants des deux dernières décennies.

« Il y a du Faulkner là-dedans, du Jean Genet aussi. » ai-je pu lire.

Ce livre remarquable est à lire sans précipitation, en prenant son temps.


Dernière édition par coline le Lun 30 Mar 2009 - 20:26, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Pierre Michon   Lun 5 Fév 2007 - 15:35

Interview de Pierre Michon (dans LIRE).

Extrait:
Extraits d'une interview de Pierre Michon:-LIRE.

-Vos Vies minuscules sont reconnues comme un classique de la littérature contemporaine. Vous restez cependant un auteur confidentiel. Aspirez-vous à la notoriété?

-Pierre Michon. Lorsque j'ai publié mon premier livre il y a quatorze ans, je pensais que toutes les machines allaient s'arrêter de tourner, que tout le monde dirait: «Celui-là, il faut lui donner sur le champ une fortune», une belle somme avec laquelle je me serais acheté un palais. J'attendais de l'écrit son poids d'or. Je me suis trompé. Je ne savais pas que la littérature est fille de la démocratie, au sens où c'est la loi du plus grand nombre qui prévaut, la tyrannie de la majorité. Je pensais que la littérature était l'un des derniers domaines hiérarchisés où la valeur faisait sens et triait. Eh bien, la valeur a fait sens, et elle a trié: je suis presque aussi pauvre qu'avant d'avoir écrit.

-Vous avez écrit un premier livre épais, fulgurant, suivi de sept autres denses et menus. Et maintenant, qu'advient-il?

-P.M. J'ai mis dix-huit ans à sauver ma peau, à écrire mon premier livre, Vies minuscules, et je suis encore dessous. Les suivants ne sont que des notes en bas de page, des gloses, des chambres d'écho. Ce texte-là, le premier, était trop capiteux pour être suivi tout de suite d'un autre qui infléchisse ma vie de la même façon. Mais je ne peux pas rester celui qui a écrit Vies minuscules. Le narrateur était un écrivain qui n'écrit pas, ce ne peut plus être moi puisque justement j'ai écrit. Celui qui l'a écrit est mort et je ne sais pas, à ce jour, si de ce cadavre sortira une nuée de mouches ou une œuvre phénoménale.

-Comment est né Vies minuscules? D'un coup? Dans un grand cri?
-P.M. Il s'est présenté par la tête.

-Mais par quelle mystérieuse alchimie ce texte qui ne venait pas a-t-il fini par apparaître?

-P.M. Divers facteurs ont joué. J'ai vécu une enfance campagnarde, reléguée. A vingt ans, la bibliothèque me faisait défaut. A trente-huit ans, j'étais enfin mûr culturellement. Je pouvais écrire dans le non-savoir après avoir acquis le savoir, m'y adosser. La littérature est un acte de non-savoir mais qui doit savoir. Il m'a fallu en passer par là. Autre chose: j'étais, à trente-huit ans, assez jeune encore pour porter en moi la violence d'un écrit presque juvénile. Et puis, ce livre, c'était ma première et dernière chance. N'ayant jamais travaillé, je coulais vers la clochardisation. J'éprouvais vis-à-vis de ce livre un sentiment de nécessité absolue; il y avait aussi une femme que j'aimais et à qui je pouvais donner ce texte comme une justification.

-Que vouliez-vous justifier?

-P.M. De m'en aller tout doucement vers l'état de clodo, d'avoir cassé des tables et des vitres entre vingt et trente ans, de m'être demandé alors en lisant les faits divers dans le journal si ce n'était pas moi qui avais fait le coup. Ce sont les Vies minuscules qui m'ont délivré de ça: au fur et à mesure de son énonciation, ce texte dément ce qu'il dit. Les Vies minuscules, c'est un constat d'échec et une délivrance de l'échec, un désastre qui se transforme en prouesse
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MessageSujet: Re: Pierre Michon   Lun 5 Fév 2007 - 15:36

« Je ne savais pas que l’écriture était un continent plus aguicheur et plus ténébreux que l’Afrique, l’écrivain une espèce plus avide de se perdre que l’explorateur; et, quoiqu’il explorât la mémoire et les bibliothèques mémorieuses en lieu de dunes et forêts, qu’en revenir cousu de mots comme d’autres le sont d’or ou y mourir plus pauvre que devant - en mourir - était l’alternative offerte aussi au scribe »

(MICHON, 2002)
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MessageSujet: Re: Pierre Michon   Lun 5 Fév 2007 - 15:38

L'écriture poétique de Pierre Michon peut sembler précieuse. Elle n’a rien à voir en tout cas avec la langue d’usage commun et c’est d’autant plus surprenant que, justement, elle parle dans Vies minuscules de « petites gens ».
Pierre Michon parle d’eux mais ne leur donne pas la parole.
Il parle d’eux en esthète, exigeant, en des phrases complexes mais dont le sens est toujours limpide.
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MessageSujet: Re: Pierre Michon   Lun 5 Fév 2007 - 15:43

A quelqu'un qui le présentait (très injustement me semble-t-il) comme "un écrivain désireux de "brandir son savoir" , j'ai répondu ceci:

C'est peut-être parce que j'ai découvert "l'homme Pierre Michon" avant l'écrivain que ses textes me bouleversent.
Sa modestie et ses doutes.
Son caractère torturé qui le portait (le porte?) à oublier ses tourments dans l'alccol et la drogue.
Son parcours difficile et douloureux depuis une enfance en milieu populaire dont le père fut absent.
Son aspiration vitale à écrire sans jamais se sentir à la hauteur pour cela .

...Michon, un écrivain désireux de "brandir son savoir"?...
Mais ça ne lui ressemble en rien.
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MessageSujet: Re: Pierre Michon   Lun 5 Fév 2007 - 15:46

Vie d’Antoine Peluchet (extrait de Vies minuscules)


« A Mourioux dans mes premiers âges, il arrivait lorsque j’étais malade ou seulement inquiet, que ma grand’mère pour me divertir allât chercher les Trésors. J’appelais ainsi deux boîtes de fer-blanc naïvement peintes et cabossées qui avaient jadis contenu des biscuits, mais qui recelaient alors de toutes autres nourritures : ce qu’en tirait ma grand’mère, c’étaient des objets dits précieux et leur histoire, de ces bijoux transmis qui sont mémoires aux petites gens. Des généalogies compliquées pendaient avec des breloques aux chaînettes de cuivre ; des montres étaient arrêtées sur l’heure d’un ancêtre ; parmi des anecdotes courant sur les grains d’un chapelet, des pièces portaient, avec le profil d’un roi, le récit d’un don et le nom manant du donateur. »

(Plus loin) :

« Puis il y eut cette nuit terrible, et je ne doute pas que ce fût au printemps, en l’absence de lune, sous le charme pesant des foins et d’un ciel de rossignols. Les hommes (le père et le fils) sont rentrés tard, les aisselles enfiévrées par le manche des faux, un soleil géant poussant leurs ombres longues qui s’entre-heurtent sur les cailloux mauvais du chemin …
…La porte se referme, la nuit patiente vient. La chandelle s’allume, on les voit tous les trois par la fenêtre, penchés sur la soupe : la louche dans la main de Juliette va et vient, un grand papillon effaré cogne aux vitres ; du vin coule, beaucoup de vin, dans le seul verre du père. Soudain il regarde Antoine, visage d’encre dans la pénombre ; un peu de vent agite les ombelles peureuses du sureau, elles se penchent, effleurent la vitre, de la chandelle une flamme plus claire jaillit…
…Le père est debout, brandit quelque chose qu’il maudit et jette à terre, un verre plein, un livre peut-être, et les gros poings assènent à la volée sur la table des vérités qu’on n’entend pas, les vérités niaises, terrifiées et hagardes qui parlent d’aïeux, de morts vaines et de permanence du malheur. Et dans ce coin là-bas, corps pauvre tassé dans l’encoignure du buffet pauvre, ombre aspirant à plus d’ombre, que fait la mère ? … Elle sanglote peut-être ou se tait ou prie, elle sait quelque chose, elle est coupable…
…Le fils est debout ; la porte s’ouvre comme une dalle tombe, la lumière frappe le sureau qui tremble doucement, interminablement. Antoine un instant s’encadre sur le seuil, sombre dans le contre-jour, et nul ne sait, sureau ni père ni mère, quels sont alors ses traits ; des rossignols là-haut élargissent la nuit, ébauchent les routes du monde : que ces chemins moussus sous ses pieds soient d’airain, de fer sur sa tête ces cieux chantants. Il part, il n’est plus d’ici
. »
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MessageSujet: Re: Pierre Michon   Lun 5 Fév 2007 - 15:54

Pierre Michon
Ecrire avant l'autodafé


Aussi grand écrivain qu'auteur paradoxal, Pierre Michon est une exception dans notre littérature. Il écrit peu, parfaitement, et ne fait que cela. Ses textes sont des blocs de prose impeccable, son écriture est rare et sans compromis, ses récits, anachroniques et mallarméens, ont la brièveté du haïku. Au total, ses œuvres complètes n'occupent pas plus de 20 centimètres dans nos bibliothèques, les connaisseurs en parlent à mi-voix de peur que son succès ne s'ébruite, mais cet auteur pour happy few est en fait connu dans le monde entier comme l'un des symboles de ce qui se fait de mieux en littérature française aujourd'hui et si vous cherchez son nom sur le Web, attendez-vous à crouler sous une avalanche de plus de 10 000 sites, pages et dépêches. Ses textes laconiques ont déjà suscité des milliers de commentaires et lui ont valu le prix Décembre. Les chercheurs s'intéressent à ses manuscrits et on a vu paraître les actes d'un colloque international entièrement consacré à son œuvre (Pierre Michon, l'écriture absolue, textes réunis par Agnès Castiglione, publication de l'Université de Saint-Étienne, 2002). Trois ouvrages de Pierre Michon en librairie : un beau livre chez Marval (Bovary, photographies de Magdi Senadji) et, chez Verdier, deux nouveaux textes, Corps du Roi et Abbés. Pierre Michon évoque ici ces œuvres, et plus généralement son métier d'écrivain.

(Propos recueillis par Pierre-Marc de Biasi)
L'Intégrale de l'entretien avec Pierre Michon dans le Magazine littéraire n° 415 - Décembre 2002)
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MessageSujet: Re: Pierre Michon   Lun 5 Fév 2007 - 15:56

dans le Magazine Littéraire...

"Vies minuscules fut le livre qui intronisa d'emblée Pierre Michon (né en 1945) au rang des maîtres françaisde la prose.
Malgré son titre modeste, ce livre n'a pas grand'chose à voir avec un quelconque mouvement des "moins que rien", comme se définissent eux-mêmes les regrettables représentants du minimalisme à la française: en huit chapîtres, qui sont autant d'écrins somptueux, Michon évoque les figures d'êtres qu'il a connus.
[...]Ses personnages, puisés dans son enfance, dans sa famille, dansson voisinage, surgis du passé ou de ses rencontres, sont des êtres ordinaires et magiques, sanctifiés par la splendeur des tombeaux de mots que leur offre l'auteur, qui se met lui-même en scène dans l'un des plus beaux textes jamais consacrés à l'art d'écrire, à la fonction quasi sacrificielle de l'écrivain."
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MessageSujet: Re: Pierre Michon   Lun 5 Fév 2007 - 15:57

Sortie prochaine chez Verdier Poche de L'empereur d'Occident.
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MessageSujet: Re: Pierre Michon   Sam 26 Jan 2008 - 23:39

Le roi vient quand il veut

A lire en piochant peu à peu...des entretiens qu'a donné Pierre Michon à propos la Littérature sur laquelle il a édifié la sienne...

De la nourriture essentielle pour lecteurs avides...


«Parmi les entretiens que j'ai donnés depuis 1984, j'en ai réuni trente. On y trouvera le jeu de masques que ce genre exige, des contrevérités peut-être, de l'incongru, des traits de mauvaise foi, mais sûrement aussi quelques vérités, pas toutes involontaires. Et puis, relisant ces propos, je me dis qu'à défaut de la vérité introuvable, on y trouve enlacés les souvenirs et les lectures qui m'ont constitué : le panthéon aztèque et la chasse à Dieu dans "Moby Dick", le petit roman de trente pages de Lautréamont et le rasoir d'un théologien anglais, une écoute enfantine de "Salammbô" qui est ma scène primitive, des lieux et des noms. Melville et Faulkner, Beckett, y voyagent parmi des toponymes limousins. Mes morts bavards, Flaubert, Rimbaud et Villon, Giono et Borgès, Hugo, y fréquentent des prolétaires morts sans discours. J'ajoute que, si j'ai peu touché aux entretiens que j'avais donnés par écrit, j'ai retouché librement ceux qui, enregistrés, avaient été récrits par mes interlocuteurs. Que ceux-ci ne me tiennent pas rigueur de cette réappropriation.»

Pierre Michon.
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MessageSujet: Re: Pierre Michon   Sam 26 Jan 2008 - 23:45

Extrait d'interview pour Télérama:

La littérature et la vulgarisation sont-elles compatibles ?
Il y a toujours eu du battage médiatique autour d'ouvrages qui n'en valaient pas la peine. Aujourd'hui, nous assistons à la démocratisation de l'écrit. Tout le monde écrit, et c'est plus facile de se faire publier qu'il y a cent ans. Mais on ne peut pas tout lire. C'est inhumain. Je lis la presse littéraire. Tous les journaux parlent des mêmes livres. Pourquoi ? Par crainte de pas être dans le coup ? D'être trop différent ?

Vous évoquez la « non-littérature », les livres de rien. Sommes-nous envahis par les non-livres ?
Bien sûr. Mais il y a une certaine inélégance à le dire. Les auteurs de non-livres - je ne citerai pas de noms - ont fait tout leur possible pour faire un livre. On ne peut pas les mettre à mort, comme ça, en deux mots. Je me sens solidaire des auteurs de non-livres parce qu'ils ont essayé d'accéder à la littérature. Sans doute tout écrivain pense qu'il n'y a que des auteurs de non-littérature, sauf lui. Vous voudriez que je dise du mal de mes semblables ?

On vous consacre des colloques, des essais, on vous étudie dès le collège. Seriez-vous devenu un auteur classique ?
C'est inquiétant. Savez-vous qu'en 1910 le grand auteur classique que l'on étudiait et que Proust lui-même prenait pour maître s'appelle Anatole France ? Qui lit Anatole France aujourd'hui ? Vous voyez, c'est très inquiétant. Et Victor Hugo ? Lui, quand même, il vend plus que moi ! Victor Hugo, un de mes préférés, a été victime d'André Gide. Quand on lui demande : « Quel est le plus grand poète français ? » Gide répond : « Victor Hugo, hélas ! »
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MessageSujet: Re: Pierre Michon   Mar 26 Fév 2008 - 18:59

La Grande Beune

«La terre dormait nue et tourmentée comme une mère dont la couverture aurait glissé. » (Platonov).
Voici l’épigraphe de ce roman qui devait initialement porter le titre L'Origine du monde. Je regretterais presque qu'il l'ait débaptisée.

Bien sûr, la grande Beune, affluent de la Vézère, qui coule dans le Périgord symbolise l'origine du monde puisque c'est là que :
"Les hommes descendaient dans les grottes et faisaient des peintures. Pas tous les hommes : ceux-là seulement qui avaient la main plus déliée, l'esprit plus prompt ou contourné, les coeurs célibataires qui allaient la nuit chercher sens dans les flaques des Beune, ne l'y trouvaient pas et ramenaient à la place des pierres opaques qui font sens, des mots et des combinaisons de pierres et de mots qui font sens".

Mais on comprendra aussi pourquoi Pierre Michon avait envisagé ce titre lorsqu’on saura qu’il a écrit, en 90 pages à peine, un roman très intelligent sur le désir.

En 1961, à Castelnau, sur les bords de la Grande Beune, le narrateur, un instituteur est nommé pour son premier poste.

"C'est perdu; des autobus partis le matin de Brive ou de Périgueux vous y larguent fort tard, en bout de tournée."

Le narrateur a vingt ans. Et ce village du Périgord est resté un village de chasseurs et de pêcheurs, frustes mais rusés. Il les côtoie et les observe à l’auberge, chez Hélène. Hélène, la figure maternelle du récit.

La vie ici est marquée par l’omniprésence de la rivière, la Grande Beune. Par l’eau qui a creusé les grottes.
"On le sait : sous ces lieux beaucoup d'eaux coulent, qui dans le calcaire font des trous. Au-dessus de ces trous pendant des années innombrables des rennes transhumèrent, qui de l'Atlantique remontaient au printemps vers l'herbe verte de l'Auvergne dans le tonnerre de leurs sabots, leur immense poussière sur l'horizon, leurs andouillers dessus, la tête morne de l'un appuyée sur la croupe de l'autre".

L’instituteur s’intéresse bien sûr à son environnement et aux pierres préhistoriques que lui amènent les enfants.

Mais il est surtout taraudé par le désir trouble et brûlant que suscite en lui la beauté charnelle d’Yvonne, la buraliste. "Le monde était une chair blanche, un beau morceau". (Pierre Michon lorsqu’il écrivait appelait ce personnage Ava Gardner).

« Je ne crois guère aux beautés qui peu à peu se révèlent, pour peu qu’on les invente ; seules m’emportent les apparitions ».

Par sa prose exceptionnelle, Pierre Michon compte parmi les plus grands écrivains francophones vivants bien qu’il ait peu publié et toujours des récits extrêmement courts. Si Pierre Michon écrit des livres brefs, c'est tout bonnement que « son travail le plus assidu consiste à les raboter jusqu'à l'âme. »
Celui-ci est paru en livre de poche.
Pierre Michon a mis 9 ans à l’écrire.

« Une langue-bijou qui s’invente à chaque instant, sertie de néologismes et de créations lexicales, mais aussi une langue qui se souvient d’elle-même et s’enracine dans le terroir de ses origines. »
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MessageSujet: ard   Mar 26 Fév 2008 - 22:50

Vie de Joseph Roulin. - Verdier. - 1988

Vie de Joseph Roulin s'inscrit dans la suite logique des Vies minuscules.
Mieux vaut donner la parole à Pierre Michon pour introduire ce livre :

"Je voudrais faire des portraits qui un siècle plus tard aux gens d'alors
apparussent comme des apparitions" écrivait Van Gogh il y a justement un
siècle. Ces portraits, on peut douter qu'ils apparaissent aujourd'hui : comble de la valeur marchande, ils sont aussi peu visibles que les effigies des billets de banque. C'est que Van Gogh, qui accessoirement était peintre aussi, est une affaire en or. Dans cette affaire, il est bien au-delà de son oeuvre maintenant, nulle part.
J'ai voulu le voir en deçà de l'oeuvre ; par les yeux de quelqu'un qui ignore
ce qu'est une oeuvre, si ce phénomène était encore possible à la fin du siècle dernier ; quelqu'un qui vivait dans un temps et un milieu où la mode
n'était pas encore que tout le monde comprit la bonne peinture : ce facteur Roulin qui fut l'ami d'un Hollandais pauvre, peintre accessoirement,
en Arles en 1888. Et bien sur je n'y suis pas parvenu. Le mythe est beaucoup
plus fort, il absorbe toute tentative de s'en distraire, l'attire dans son orbite et s'en nourrit, ajoutant quelques sous au capital de cette affaire
en or, sempiternellement.
Cet échec est peut etre réconfortant : il me permet de penser que le facteur Roulin se tient nécessairement devant lui qui l'évoque à la façon
d'une apparition, comme le voulait celui qui le fit exister."

Je crois qu'on reconnaitra la modestie sans pause de Pierre Michon...

Juste un mot pour inviter à lire la correspondance de Van Gogh, et notamment celle à son frère Théo (Coll. L'imaginaire, Gallimard). Van Gogh est un écrivain. Et c'est
aussi ce que pense Artaud dans Van Gogh le suicidé de la société (Gallimard).
colibri
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MessageSujet: Re: Pierre Michon   Ven 15 Aoû 2008 - 18:05

Rimbaud le fils

"On dit que Vitalie Rimbaud , née Cuif , fille de la campagne et femme mauvaise , souffrante et mauvaise , donna le jour à Arthur Rimbaud .On ne sait pas si d'abord elle maudit et souffrit ensuite , ou si elle maudit d'avoir à souffrir et dans cette malédiction persista ; ou si anathème et souffrance liés comme les doigts de sa main en son esprit se chevauchaient , s'échangeaient , se relançaient , de sorte qu'entre ses doigts noirs que leur contact irritait ,elle broyait sa vie , son fils ,ses vivants et ses morts . Mais on sait que le mari de cette femme qui était le père de ce fils devint tout vif un fantôme, dans le purgatoire de garnisons lointaines où il ne fut qu’un nom, quand le fils avait six ans. On débat si ce père léger qui était capitaine, futilement annotait des grammaires et lisait l’arabe, abandonna à bon droit cette créature d’ombre qui dans son ombre voulait l’emporter, ou si elle ne devint telle que par l’ombre dans quoi ce départ la jeta ; on n’en sait rien. On dit que cet enfant, avec d’un côté de son pupitre ce fantôme et de l’autre cette créature du désastre, fut idéalement scolaire et eut pour le jeu ancien des vers une vive attirance : peut-être que dans le vieux tempo sommaire à douze pieds il entendait le clairon fantôme des garnisons lointaines, et les patenôtres aussi de la créature du désastre, qui pour scander sa souffrance mauvaise avait trouvé Dieu comme son fils pour le même effet trouva les vers ; et dans cette scansion il maria le clairon et les patenôtres, idéalement. Les vers sont une vieille marieuse. »

Ainsi commence Rimbaud le fils de Pierre Michon.
On entre directement dans le sujet et dans cette écriture riche et très poétique de Pierre Michon. L’un des plus grands prosateurs de notre époque.
Un début remarquable et tout le livre est de la même tenue.

Cette biographie de Rimbaud se compose de 7 chapitres. Entre ce qui, tout jeune, le lance dans l’écriture et le désastre final qu’on connaît.…

"Qu'est-ce qui relance sans fin la littérature ? Qu'est-ce qui fait écrire les hommes ? Les autres hommes, leur mère, les étoiles, ou les vieilles choses énormes,Dieu , la langue ? » demande Pierre Michon sans apporter de réponse.
Pourtant le titre de l’ouvrage pourrait en être une concernant Rimbaud qu’il voit écrire pour (mais contre) ses parents : la mère, « la Carabosse » et le père absent…
La poésie de Rimbaud serait donc une « poésie de fils ».

On y découvre un Rimbaud sans cesse en quête d’un amour et de reconnaissance de ses pairs (les « phares ») auxquels il s’oppose : Izambard, Banville, Verlaine, Carjat...A chacun un chapitre est consacré. Son génie les surpasse tous.
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MessageSujet: Re: Pierre Michon   Ven 15 Aoû 2008 - 18:07

Rimbaud le fils (extrait)

Evocation d’une fugue d’Arthur Rimbaud : au cours de cette fugue, Rimbaud aurait, à 16 ans, écrit "La bohême", « Au Cabaret Vert! » et « Les Chercheuses de poux ».

« On dit qu'Arthur Rimbaud, dans ce combat où il luttait pied à pied avec la Carabosse* fit des escapades pour la semer dans la campagne des Ardennes; que ses grands pas alors le portèrent dans des patelins formidables et mornes comme des coups de canon, des mouchoirs enfoncés dans la bouche, Warcq, Voncq, Warnécourt, Pussemange, Le Theux; qu'il avait faim de ces lieux, de ces mouchoirs, de ces coups de canon, et que les vers qu'il semait en chemin le disaient; qu'il avait les dents longues et trompait sa faim par des petits cailloux rythmés, ogre et petit Poucet, comme le veut sa légende. On dit qu'une plus longue fugue, un rêve, à la fin de l'été le porta en Belgique, vers Charleroi par des petits chemins avec des mûres sans doute, des moulins dans des arbres, des usines surgies au bout d'un champ d'avoine, et nous ne saurons jamais exactement où il passa, où son esprit jeune bondit sur tel quatrain aujourd'hui plus connu en ce monde que Charleroi, où le lacet de la grande godasse lui resta dans la main, sous la Grande Ourse. »

* la Carabosse : allusion à la mère d'A. Rimbaud.

POur rappel et se faire plaisir, le célèbre poèmede Rimbaud:La bohême

Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées;
Mon paletot soudain devenait idéal;
J'allais sous le ciel, Muse, et j'étais ton féal;
Oh! là là! que d'amours splendides j'ai rêvées!
Mon unique culotte avait un large trou.
Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur!
Arthur Rimbaud
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Pierre Michon
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