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 Maurice Blanchot

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animal
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MessageSujet: Maurice Blanchot   Dim 30 Nov 2008 - 17:17



Maurice Blanchot (22 septembre 1907 - 20 février 2003)

evene a écrit:
Auteur d'articles de Droite entre 1930 et 1940, de Gauche entre 1958 et 1968, Maurice Blanchot surprendra toujours non par un quelconque engagement mais par son silence. Il se posait des points de réflexion tels l'objet de création, celle des écrivains, la condition de réalisation, la place de l'écriture littéraire au sein du langage. Sa pensée, qualifiée de complexe, oscille entre philosophie et analyse littéraire. Le philosophe a essentiellement réalisé des oeuvres où la fiction domine et leur lecture implique de la part du lecteur patience, curiosité et participation. Les personnages de Maurice Blanchot sont souvent dénués d'ego et l'angoisse demeure, le tout servi par une écriture en quête perpétuelle d'elle-même.
lien

Bibliographie

Citation :
Index: (cliquez sur les numéros de page pour y accéder directement)

· 1941 : Thomas l'obscur (Gallimard).
· 1942 : Aminadab (Gallimard, Coll. L'imaginaire)
· 1942 : Comment la littérature est-elle possible ? (Corti)
· 1943 : Faux pas (Gallimard)
· 1948 : Le Très-Haut (Gallimard, Coll. L'Imaginaire)
· 1948 : L'Arrêt de mort (Gallimard, Coll. L'Imaginaire) Pages 3
· 1949 : La Part du feu (Gallimard)
· 1949 : Lautréamont et Sade (Éditions de Minuit)
· 1950 : Thomas l'obscur Seconde version (Gallimard, Coll. L'Imaginaire) Pages 1, 2, 5, 6
· 1951 : Au moment voulu (Gallimard, Coll. Blanche) Pages  5
· 1951 : Le Ressassement éternel (Editions de Minuit) Pages 5
· 1953 : Celui qui ne m'accompagnait pas (Gallimard, Coll. L'Imaginaire Pages 1
· 1955 : L'Espace littéraire (Gallimard)
· 1957 : Le Dernier Homme (Gallimard, Coll. Blanche) Pages 5, 6
· 1958 : La Bête de Lascaux (GLM, repris dans Une voix venue d'alleurs, 2002)
· 1959 : Le Livre à venir (Gallimard) Pages  4
· 1962 : L'Attente, l'oubli (Gallimard, Coll. L'Imaginaire) Pages 1, 7
· 1969 : L'Entretien infini (Gallimard)
· 1971 : L'Amitié, (Gallimard)
· 1973 : Le Pas au-delà (Gallimard)
· 1973 : La Folie du jour (Fata Morgana)
· 1980 : L'Écriture du désastre (Gallimard)
· 1981 : De Kafka à Kafka (Gallimard)
· 1983 : Après Coup, précédé par Le Ressassement éternel (Éditions de Minuit)
· 1983 : La Communauté inavouable (Éditions de Minuit)
· 1984 : Le Dernier à parler (Fata Morgana, repris dans Une voix venue d'ailleurs, 2002))
· 1986 : Michel Foucault tel que je l'imagine (Fata Morgana, repris dans Une voix venue d'ailleurs)
· 1987 : Joë Bousquet (Fata Morgana)
· 1992 : Une voix venue d'ailleurs - Sur les poèmes de LR des Forêts (Ulysse Fin de Siècle, repris dans Une voix venue d'ailleurs 2002)
· 1994 : L’Instant de ma mort (Fata Morgana)
· 1996 : Pour l'amitié (Fourbis, republié chez Farrago en 2000)
· 1996 : Les Intellectuels en question (Fourbis, republié chez farrago en 2000)
· 1999 : Henri Michaux ou le refus de l'enfermement (farrago)
· 2002 : Une voix venue d’ailleurs (Gallimard)
· 2003 : Écrits politiques (1958-1993) (Léo Sheer)
· 2005 : Thomas l'obscur, première version (Gallimard, posthume, non souhaitée par l'auteur)
· 2007 : Chroniques littéraires du "Journal des Débats" (avril 1941-août 1944) (Gallimard, posthume)
· 2008 : Écrits Politiques 1953-1993, (Gallimard, posthume)
· 2009 : Lettres à Vadim Kozovoï (1976-1998), (Manucius, posthume)
· 2010 : La Condition critique. Articles, 1945-1998, (Gallimard, posthume)
· 2012 : Maurice Blanchot - Pierre Madaule Correspondance 1953-2002, (Gallimard, posthume)

livre sur l'auteur : Maurice Blanchot, l'absence silencieuse par Jean-Claude Lamy : Pages 1

Citation :
mise à jour à la page 7 le 03/11/2015

une lecture découverte que je dois à Cachemire bonjour

L'attente, l'oubli

Un titre qui intriguera et fera facilement envie, tellement ces deux objets sont essentiels, ennuyeux et fascinants... parfois savoureux ?

Ouvrage court et étrange composés d'une suite de billets (ça sedit comme ça non ?) parfois réduits à une unique phrase. Une construction qui s'impose comme une cascade hermétique et complexe, légèrement angoissante, dont le jeu et les interrogations sur le sens des mots et la conception des phrases laissent par à-coups se dégager une vue significative... c'est d'un dialogue amoureux et existentiel qu'il s'agit entre un homme et une femme ou plutôt deux hommes et deux femmes si on inclut comme doubles l'autre qu'ils voient mais n'est pas l'autre. (c'est encore clair ?). C'est très cérébral et demande un certain effort de concentration... que je qualifierai de presque impossible tant les mots et les phrases se coupent et se recoupent sans scesse pour définir, approcher, l'attente et l'oubli et plus encore l'autre, la recherche de l'autre, une vérité de l'autre et de soi. Mais est-ce si grave de ne pas être capable de suivre à la trace, au mot près ce texte ? N'est-ce pas là le reflet naturel de ce que décrit l'auteur, qui subtilement superpose aux réflexions incessantes des impressions bien réelles, teintées certes de tourment, mais dégageant aussi une certaine sensualité.

Certainement à relire, au moins de petits passages, pour voir. Surprenant, impressionnant... et un peu intimidant. Difficile et exigeant mais pas désagréable. On pourrait presque dire que l'auteur produit l'inverse de ce qu'il utilise... ce qui traduit je pense une maitrise conséquente de l'écriture et un savoir non négligeable, un talent qui serait d'aborder une manière différente d'en dire beaucoup.

Ce qui rapproche, ce qui sépare, ce qu'on veut dire ou entendre... musique compliquée et emmêlée, occupante pour l'esprit, pas étrangère à une certaine constance, au tatonnement, à la découverte, à l'erreur...

quatrième de couverture a écrit:
Depuis quand avait-il commencé d'attendre ? Depuis qu'il s'était rendu libre pour l'attente en perdant le désir des choses particulières et jusqu'au désir de la fin des choses. L'attente commence quand il n'y a plus rien à attendre, ni même la fin de l'attente. L'attente ignore et détruit ce qu'elle attend. L'attente n'attend rien.

extrait a écrit:
Il ne pensait pas qu'une parole eût plus d'importance que l'autre, chacune était plus importante que toutes les autres, chaque phrase était la phrase fondamentale, et pourtant elles ne cherchaient qu'à se rassembler toutes ensemble dans l'une d'elles qu'on aurait pu taire.

extrait a écrit:
"Vous ne vous adressez jamais à moi, seulement à ce secret en moidont je suis séparée et qui est comme ma propre séparation."

En refeuilletant le livre, on (re)découvre beaucoup de très jolies et tranquillement énigmatiques phrases....


Je serai bien curieux d'avis parfumés sur d'autres textes (avec des titres comme Le ressassement éternel, il doit y avoir des choses qui se cachent encore...

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Dernière édition par animal le Mar 3 Nov 2015 - 19:38, édité 4 fois
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MessageSujet: Maurice Blanchot   Dim 30 Nov 2008 - 18:16

Blanchot est un immense écrivain qui s'est consacré à l'élucidation de la création littéraire et aussi de ce qui en jeu pour l'homme d'aujourd'hui.

Quand on a dit cela, on a rien dit, évidemment.
En tout cas, qui souhaite en savoir plus sur Kafka, Holderlin ou Rilke devrait le lire...
Il découvrirait un écrivain qui est leur égal.
Un peu comme Sebald parlant de Rousseau ou de Walser...
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Cachemire
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MessageSujet: Re: Maurice Blanchot   Sam 13 Déc 2008 - 15:51

Maurice Blanchot est l'un de mes écrivains préférés.
aime
Pour ceux qui aimeraient le découvrir, rendez-vous sur le site :

www.mauriceblanchot.net/blog/
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MessageSujet: Re: Maurice Blanchot   Sam 13 Déc 2008 - 17:21

Une de mes grandes lacunes... honte
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MessageSujet: Re: Maurice Blanchot   Dim 12 Avr 2009 - 12:34


Thomas l'obscur

Proche d'un récit cyclique construit sur des phrases où l'opposition est la règle, une opposition des mots et, c'est plus particulier, peut-être, des phrases avec ce qu'elles veulent dire ou montrer. Tordu mais plus fluide et imagé qu'on ne le croirait, ça provoque des impressions troubles commes les paysages intérieurs des films de Herzog... paradoxal, en jouant avec les idées plus que les images.

Petit à petit et avec d'infinis nuances et variations ce récit pas absolument cyclique dévoile son histoire, une histoire "d'amour" entre Anne et Thomas, histoire toute en recherche et en opposition (en contraires qui se rejoignent et se cherchent). Une recherche d'absolu indéniable. Un côté zen de réfléxion sur la vacuité, le néant. Des pages incroyables sur la mort, extraordinairement présente et révélée.

Ressemble à un exercice de style par sa forme travaillée et constante mais tout sauf vain et savamment orchestré. Si on s'égare parfois on en est que plus perméable et ça provoque des sensations sourdes et profondes.

Etrange, beau... livre en forme d'équilibre vaguement inquiétantqui décrit une facette d'équilibre inquiétant lui aussi, le genre d'équilibre qui dit forcément quelque chose au lecteur qui lit lentement les pages et relit certaines phrases parce que cet équilibre il a besoin de le comprendre...

Bizarre mais bon, captivant.

quatrième de couverture a écrit:
Thomas demeura à lire dans sa chambre. Il était assis sur une chaise de velours, les mains jointes au dessus de son front, les pouces appuyés contre la racine des cheveux, si absorbé qu'il ne faisait pas un mouvement lorsqu'on ouvrait la porte. Ceux qui entraient se penchaient sur son épaule et lisaient ces phrases : " Il descendit sur la plage : il voulait marcher. L'engourdissement gagnait après les parties superficielles les régions profondes du coeur. Encore quelques heures et il savait qu'il s'en irait doucement à un état incompréhensible sans jamais connaître le secret de sa métamorphose. Encore quelques instants et il éprouverait cette paix que donne la vie en se retirant, cette tranquillité de l'abandon au crime et à la mort. Il eut envie de s'étendre sur le sable : las et informe, il épiait le moment où allait paraître la première agonie de sa vie, un sentiment merveilleux qui doucement le délierait de ce qu'il y avait de raidi dans ses articulations et ses pensées. Il vit que tout en lui préparait le consentement : son corps commençait à se détendre ; ses mains ouvertes s'offraient au malheur ; ses yeux mi-fermés faisaient signe au destin

ça mérite que je trouve un autre extrait.

il peut donner l'impression d'être incompréhensible ce Maurice Blanchot, mais je crois que ce qu'il a à dire est plus important et que la forme qu'il adopte à un sens pour passer au delà de schémas trop rapides et rendre des impressions plus justes. (de tout ce bazar).

un petit merci encore à cachemire, pour continuer à découvrir (et avec un semblant de sérénité), il fallair d'abord découvrir tout court.

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MessageSujet: Re: Maurice Blanchot   Dim 12 Avr 2009 - 19:06

C'est bien d'avoir le moral pour ce genre de lecture.

On trouve aussi le fait qu'on peut supposer que les sentiments ou cheminements décrits pour l'un (surtout les passages qui concernent Anne en fait) sont valables pour l'autre.

Petits extraits de longs paragraphes... ça veut dire que vous perdez ce qui amène et ce qui suit, qui est à la fois pareil et potentiellement très différent, vous perdez par exemple un épisode plutôt magnétique, après le premier extrait, avec une jeune fille sur un banc, et avec le même ryhtme. Mystère !

Citation :
C'est la propriété de ma pensée, non pas de m'assurer de l'existence, comme toutes choses, comme la pierre, mais de m'assurer de l'être dans le néant même et de me convier à n'être pas pour me faire sentir alors mon admirable absence. Je pense, dit Thomas, et ce Thomas invisible, inexprimable, inexistant que je devins, fit que désormais je ne fus jamais là où j'étais, et il n'y eut même en cela rien de mystérieux. Mon existence devint tout entière celle d'un absent qui, à chaque acte que j'accomplissais, produisait le même acte en ne l'accomplissant pas. Je marchais, comptant mes pas, et ma vie était alors celle d'un homme strictement muré dans le béton, qui n'avait pas de jambes, qui n'avait même pas l'idée du mouvement. Sous le soleil s'avançait le seul homme que le soleil n'éclairât pas, et cette lumière qui se dérobait à elle-même, cette chaleur torride qui n'était pas de la chaleur, était pourtant issue d'un vrai soleil.

Citation :
Voilà donc la nuit. L'obscurité ne cache aucune chose. Mon premier discernement est que cette nuit n'est pas l'absence provisoire de clarté. Loin d'être un lieu possible d'images, elle se compose de tout ce qui ne se voit pas et ne s'entend pas et, en l'écoutant, même un homme saurait que, s'il n'était pas homme, il n'entendrait rien.

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MessageSujet: Re: Maurice Blanchot   Dim 12 Avr 2009 - 20:41

Courageux l' Animal !

Moi je préfère ce qu' il a écrit sur les autres écrivains...
Quand un écrivain come Blanchot écrit sur les autres, c'st carrémént un
genre à part. Comme quand Sebald parle de Rousseau ou de Keller.
Je ne sais si quelqu' a aussi bien lu et parlé d' écrivains comme Artaud, Beckett, Michaux, Woolf, Louis René Des Forets.
Ou encore Kafka, Holderlin et Rilke.

Cet homme, Blanchot, a failli etre fusillé par les Allemands en 1944. et ça
l' a changé à jamais.
Par moments il m' apparait comme un personnage immense granitique
de solitude et d'absence.
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MessageSujet: Re: Maurice Blanchot   Dim 12 Avr 2009 - 22:31

Ah mais pour ça il faudrait que je commence par lire plein d'auteurs que je ne connais pas encore !

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MessageSujet: Re: Maurice Blanchot   Mar 2 Juin 2009 - 22:38

un article publié à l'annonce de sa mort et lu sur un site consacré à l'auteur, qui peut aussi pour ce fil fournir une biographie un peu plus étoffée :

Maurice Blanchot, l'absence silencieuse par Jean-Claude Lamy

j'avais envie de faire remonter le fil, bien que loin d'avoir terminé ma lecture en cours, parce que j'y trouve un plaisir et une curiosité provoquée incroyable... une histoire de précision épurée, d'ambiance et de dynamique, d'espaces... passée la première trentaine de pages c'est un "spectacle" sans limites. spectacle parce qu'on lit,regarde, observe un travail et un effet incroyables.

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MessageSujet: Re: Maurice Blanchot   Dim 7 Juin 2009 - 13:58

Celui qui ne m'accompagnait pas

quatrième de couverture a écrit:
Que va-t-il donc arriver ? Ai-je vraiment eu ce désir de me dérober, de me décharger sur quelqu'un d'autre ? plutôt de dérober en moi l'inconnu, de ne pas troubler, d'effacer ses pas pour que ce qu'il a accompli s'accomplisse sans laisser de reste, de sort que cela ne s'accomplit pas pour moi qui demeure au bord, en dehors de l'événement, lequel passe sans doute avec l'éclat, le bruit et la dignité de la foudre, sans que je puisse faire plus qu'en perpétuer l'approche, en surprendre l'indécision, la maintenir, m'y maintenir sans céder. Etait-ce autrefois, là où je vivais et travaillais, dans la petite chambre en forme de guérite, en cet endroit où, déjà, comme disparu, loin de me sentir déchargé de moi, j'avais au contraire le devoir de protéger cette disparition, de persévérer en elle pour la pousser plus loin, toujours plus loin ? N'était-ce pas là-bas, dans l'extrême détresse qui n'est même pas celle de quelqu'un, que m'avait été offert le droit de parler de moi à la troisième personne ?

C'est une forme de dialogue, d'angoisse, d'attente et de beaucoup de solitude. Le dialogue est en miroir et en silences, un, deux, peut être trois hommes dans une maison et le silence, la lumière l'obscurité. L'attente dans l'urgence de résoudre... cet homme, celui qui est au centre, qui parle, qui écrit, mais n'est il pas aussi les autres, et cette résolution qui n'arrive pas mais arrive d'elle même ne sera-t-elle pas trop définitive ?

On retrouve la forme plutôt compliquée de l'écriture, compliquée mais précise. Par rapport aux mots, aux être et aux choses c'est un peu un dictionnaire à l'envers... les tentatives de descriptions et de définitions se rejoignent sur un mot dont on approchera peut-être ainsi le sens véritable. C'est une affaire exigente de patience et de concentration, car le jeu dans ces longues phrases changeantes est de perdre l'origine dans les réflexions qui l'accompagnent et perdre, bercé par la musique calme de la langue, l'idée essentielle. On se perd dans la complexité ou par un manque de capacité au moment de la lecture... frustrant et dommage, promesses de relectures, plus tard. On est frappés, quand tout y est, par la force et la justesse de l'expression de la pensée (objet, origine et déroulement), comme par une révélation.

C'est aussi une ambiance constante et riche, troublante, aussi remarquable mais à travers un vocabulaire tout autre que celle d'un Julien Gracq par exemple. Un vocabulaire plus réduit, simple mais poussé très loin.

Quelques très belles descriptions minimalistes d'intérieurs et un des suspens les plus forts que j'ai pu lire.

reprise de l'extrait du fil de nos lectures :

Citation :
Il se peut qu'il passât du temps, un temps, lui aussi, sans air et sans racine. J'avais toujours soif, je m'étais assis près d'une table, et quand je l'entendis murmurer : "C'est un moment à passer", je confondis cette parole avec cette autre : "Voilà encore un jour de passé, n'est-ce pas?", et ce souvenir me fit frissonner, en moi quelque chose se brisa. J'avais soutenu tant de luttes, j'avais été si loin, et si loin, où était-ce? Là, près d'une table. Peut-être mon silence, mon immobilité et le sentiment qu'il s'était établi entre nous comme un équilibre, me redirent-ils une part de mes forces; peut-être, au contraire, avais-je gagné en faiblesse; à un certain moment, je me retrouvai dans la salle, et au delà de la table, là où je m'étais dit que devait se situer la fin, il y avait un mur et, je crois, une glace, du moins une surface légèrement brillante. J'essayai de reconnaître cet endroit, était-ce là où j'étais tout à l'heure? était-ce moi? En tout cas, à présent, celui qui s'y trouvait s'appuyait, lui aussi, sur une table. La soif, le besoin d'épuiser l'espace, fit que je me levai. Tout était extraordinairement calme. En regardant vers les grandes baies - il y en avait trois - je vis qu'au delà se tenait quelqu'un; dès que je l'aperçus, il se tourna contre la vitre et, sans s'arrêter à moi, il fixa intensément toute l'étendue et la profondeur de la pièce. Je me trouvais encore près de la table, je voulus me retourner rapidement pour faire face à cette figure, mais je fus surpris d'être maintenant très près des vitres et de me sentir cependant toujours au centre de la salle. Cela m'obligeait à regarder étrangement en un point qui ne m'était pas donné, plus proche qu'il ne me semblait, proche d'une manière presque effrayante, car il ne tenait pas compte de mon propre éloignement. Tandis que je la cherchais presque au hasard, je m'aperçus en un éclair - un éclair qui était la brillante, la tranquille lumière d'été - que je tenais cette figure contre mes yeux, à quelques pas, les quelques pas qui devaient me séparer encore des baies, et l'impression fut si vive que ce fut comme un spasme de clarté, un frisson de lumière froide. Je fus si saisi que je ne pus m'empêcher de murmurer : "Ne bougez pas, je crois qu'il y a quelqu'un. - Quelqu'un? Ici? - Quelqu'un nous regarde par la vitre. - Par la vitre?" Paroles qui, aussitôt, me donnèrent un sentiment d'épouvante, d'horreur, comme si le vide de la vitre s'y fût reflété, comme si tout cela avait déjà eu lieu, et à nouveau, à nouveau. Je crois que je poussai un cri, je glissai ou tombai contre ce qui me sembla être la table. Je l'entendis cependant encore me dire : "Vous savez, il n'y a personne."

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MessageSujet: Re: Maurice Blanchot   Dim 7 Juin 2009 - 14:54

Superbe lecture, Animal ! bravo
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MessageSujet: Re: Maurice Blanchot   Dim 7 Juin 2009 - 19:48

j'ai bien peur que ces avis ne soient très incomplets...

un autre petit extrait :

Citation :
La certitude d'être à un tournant qui demandait toutes mes forces, toute mon attention, je je ne m'en laissai pas détourner par le souvenir que déjà et presque à chaque instant j'avais eu la certitude de m'approcher d'un tournant dont ensuite je voyais qu'il m'avait seulement retourné, ramené en arrière. Je me rendais bien compte d'où venait cette nouvelle assurance, cette résolution d'aller plus loin, oui, de ce côté, jamais d'un autre, que je pris à cet instant. Je le voyais : nous nous étions tenus face à face; du moins, j'avais eu ce sentiment et jusqu'ici je ne l'avais jamais eu. Qu'il n'en fût rien résulté d'heureux ni même rien résulté, cela ne suffisait pas à m'arrêter. Car ce sentiment - non pas celui d'être au pied du mur, mais le désir, en face de cette exigence redoutable qui m'avait regardé, fixé là où je ne demeurais pas, cherchant à m'entraîner dans le vide d'un temps sans air et sans racines - c'est le désir, face à une telle exigence, de revenir à quelque chose de vrai qui, pour lui répondre, avait parlé en moi. Même s'il n'avait pas tenu compte de cette réponse, elle n'en était pas moins entrée dans son espace, c'est sur elle que je m'établissais maintenant, je l'avais gagnée, je devais la maintenir même à travers le regret dont je ne pouvais non plus tout à fait me séparer.

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MessageSujet: Re: Maurice Blanchot   Dim 7 Juin 2009 - 21:19

Il me tente beaucoup depuis quelques temps déjà, je sens que je ne vais pas tarder à succomber. Juste le temps d'allèger (un peu) ma PAL...

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MessageSujet: Re: Maurice Blanchot   Dim 7 Juin 2009 - 21:27

j'ai pensé à lui en suivant avec intérêt et tentation le fil Blaise Pascal danse...

c'est un peu bizarre et son utilisation de la langue a parfois l'air atrocement exigeante... (mais <- facultatif et partiel) je pense que ça a beaucoup pour te plaire !

des trois que j'ai lus, je ne sais pas lequel je conseillerai... Thomas l'obscur est peut être plus proche de quelque chose de traditionnel/habituel, le mieux étant sans doute de suivre son impression du moment !

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MessageSujet: Re: Maurice Blanchot   Dim 7 Juin 2009 - 21:51

Je crois qu'il y a des sortes des convergences, des forces qui vous poussent à lire un écrivain parce que c'est le moment. Je suis abonnée à une revue polonaise qui commentent les dernières parutions en librairie, et dans le numéro de juin, il y a un très long article consacré à Maurice Blanchot, à l'occaision de la sortie d'un volume avec la traduction de Thomas l'Obscur et La folie du jour.

Il faut dire que c'est une revue très exigente, à mon avis c'est rédigé par des universitaire, et à chaque fois lorsuq'il s'agit de littérature étrangère le commantateur connaît la langue, et l'a lu dans l'orginal, et connaît plus ou moins ce qui a été écrit sur l'auteur. L'article en question est un peu ardu (mais c'est très souvent le cas dans cette revue) mais donne vraiment envie de découvrir l'auteur, certaines clés sont données, mais en même temps la conclusion est ouverte, chaque lecteur est invité à trouver lui même l'interprétation de l'oeuvre, qui est présentée comme non univoque, et source d'interpétations différentes et ouvrant surtout à une réflexion sans cesse renouvellée.

Voilà pourquoi je suis tentée dans un premier temps par Thomas l'Obscur.

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